VICE, le coup de maître signé Adam McKay

VICE raconte comment Dick Cheney, un looser alcoolique a fini par être le vice-président de Georges W. Bush en ayant un pouvoir incroyable alors que le poste de vice-president ne le permettait pas. Sa position et le pouvoir qu’il s’est attribué dans l’ombre a contribué à changer l’Histoire et notre monde. Adam McKay s’attaque donc là à un pan de l’histoire politique des Etats-Unis mais aussi du monde entier.

Je ne vais pas passer par quatre chemins : ce film c’est du pur génie. Si vous ne deviez voir qu’un seul film ce mois ci, c’est celui là. Pourquoi? Dans un premier temps parce que c’est un film qui fait réfléchir et qui vous retourne un peu l’estomac. Ensuite car l’audace du réalisateur et de toute l’équipe du film est à noter (Dick Cheney étant encore vivant, etc) et qu’un film aussi sincère fait du bien. Et enfin, car Adam McKay signe ici un film qui, non seulement met en lumière une partie de l’Histoire que nous sommes nombreux à ne pas connaitre et qui va, je vous l’assure, vous rendre mal à l’aise de nombreuses fois mais, en plus il le fait avec un style unique et parfaitement calibré. VICE c’est un biopic, un film historique et une parodie à la fois. Une parodie de la vie politique, des hommes de pouvoir mais aussi des médias et du cinéma. McKay parvient à rythmer son film quasiment à la perfection entre ces différents styles et bouleverse tous les codes que nous connaissons en tant que spectateur. Je ne vais pas m’attarder sur les aspects politiques dénoncés précisément dans le film car c’est assez compliqué à analyser et je ne souhaite pas m’y risquer. Les critiques américaines ont descendu le film sur ses inexactitudes historiques, je ne suis pas en mesure de les contredire ou de défendre McKay. Cependant, le film en tant que tel mérite qu’on s’y attarde tant il fonctionne à merveille, et ce, grâce à quelques points précis.

Le montage, chef d’orchestre du film

Si le film est aussi efficace et que les différents styles pratiqués par son réalisateur fonctionnent aussi bien c’est principalement du au montage. Le rythme précis et le style totalement unique qui se dégage de VICE est réussi grâce à un montage que j’ai rarement vu aussi brut, juste, calibré et efficace. Adam McKay joue avec ses images et leur fait dire ce qu’il veut. Il abuse des métaphores et ça marche ! Le montage est l’allié du spectateur et raconte l’histoire à lui seul. Parfois sans paroles, les images parlent d’elles même. Les métaphores entre la pêche et la politique, le passage du rire au drame ou des actes aux conséquences mais aussi les métaphores psychologiques pour appuyer le ressenti des personnages : McKay va au bout de ses idées et produit un travail incroyable à ce niveau là. L’humour qui en découle est grinçant et le drame nous prend à la gorge. Il passe d’un générique de fin en plein milieu du film à des images d’archives appuyant son propos en passant par des plans de l’eau calme qui clapote illustrant le calme de Cheney avant qu’il ne dévoile une nouvelle action. Je n’ai jamais autant ressenti l’importance du montage que devant VICE. Un talent reconnu chez le réalisateur qui en abusait également dans The Big Short mais qui, à mon sens, ne fonctionnait pas aussi bien voire écrasait peu à peu le propos et le film. Là, c’est impérieux et réussi.


« En politique, comme dans le film, l’amusement vient de la sidération, précise Adam McKay. Voir comme ces gens jouent avec les vies humaines de façon totalement décomplexée fait rire, parce que cela semble impossible. »

interview pour 20 minutes

Un casting magistral au service d’une grande inventivité

La deuxième qualité incroyable du film c’est son casting. Amy Adams, Sam Rockwell, Steve Carell et bien sur Christian Bale : ils sont tous méconnaissables mais surtout impressionnants. Christan Bale est tout simplement magique. Le ton de sa voix, sa gestuelle, son regard : tout est juste et prenant. Quelques vidéos du vrai Dick Cheney circulent, et vous pourrez apprécier la ressemblance frappante entre les deux. Christian Bale montre une nouvelle fois son talent sans limites dans la métamorphose et l’appropriation de ses personnages. Il est glaçant de bout en bout et réussit à porter sur ses épaules ce rôle si loin de ce qu’il est. Adam McKay a de nombreuses fois confié avoir écrit son film en pensant à Bale et n’aurait soit disant pas fait le film si l’acteur avait refusé le rôle. Et on le comprends, qui d’autre que le monstre des métamorphoses et des grands rôles aurait pu endosser ce costume d’homme politique aussi sombre que passionnant? Pour le reste, ils sont tous à la hauteur. Amy Adams est phénoménale dans ce rôle de femme de l’ombre ambitieuse et impitoyable. Steve Carrell atteint peut être un peu trop la caricature mais cela lui sied à merveille. Quant à Sam Rockwell il est délicieux en George W. Bush totalement à l’ouest.

Une belle brochette d’acteurs qui porte le film avec force et donne du corps aux idées du réalisateur. Séquences iconiques, parodiques et incroyablement ingénieuses (pions dans la maison de poupées, scène du restaurant, séquence de l’accord entre Cheney et Bush, métaphore de la pile de tasse et de coupelles, fausse fin, séquence post générique etc) : Adam McKay nous offre son génie sur un plateau. Les influences sont également bien présentes (de House of Card à Shakespeare) et achèvent de nous embarquer dans une tragédie comique. Son humour est noir et effrayant. On rit souvent mais pas de bon cœur. C’est un rire jaune, ahuri et qui nous prouve, de manière plus efficace qu’un documentaire sur les arnaques politiques ou les travers des hommes de pouvoir, à quel point on se fait manipuler. La mise en scène, le style et le parti pris (assumé) du réalisateur sont un coup de poing dans la fourmilière. Car oui, il y a un parti pris clair dans VICE. On ne montre que les républicains. Il n’y a pas de contrebalance avec un coté démocrate ou tout autre opposition. Un parti pris assumé par le réalisateur qui anticipe les critiques et y répond dans une scène post-générique absolument absurde et délicieuse.

Christian Bale et Amy Adams

L’aspect historique et le propos politique appuyés par des archives

L’une des forces du film est l’utilisation d’images d’archives par le réalisateur. Elles appuient ses propos et donnent du poids aux événements. On retrouve alors des images de discours de Hillary Clinton, des images de l’Irak, l’investiture de Barak Obama etc. VICE s’inscrit dans un contexte politique mondial fragile. Le gouvernement Trump, Bolsonaro au Brésil mais aussi le soulèvement des Gilets Jaunes en France, sans compter les nombreux conflits encore en cours sur le globe : les actes de Dick Cheney ne sont pas responsables de ce qui se passe actuellement, cependant, ils ont grandement contribué au glissement des choses. L’axe sur le terrorisme et sur les attentats du 11 septembre est risqué pour Adam McKay mais je l’ai trouvé très intéressant et surtout, effrayant. Le réalisateur assume son parti pris et il souhaite également ouvrir les yeux à la jeunesse qui boude les urnes depuis plusieurs années. VICE est un biopic, une comédie mais aussi un film politique engagé.


 « La défiance de la jeunesse pour la politique m’inquiète en tant que citoyen, avoue-t-il. Si Vice fait rire, je pense que cela peut être un pas vers une réflexion plus profonde. » 

Adam McKay dans un entretien pour 20 minutes
Christian Bale as Dick Cheney in Adam McKay’s VICE, an Annapurna Pictures release. Credit : Annapurna Pictures 2018 © Annapurna Pictures, LLC. All Rights Reserved.

VICE, déjà par son titre, parle à tous. En anglais comme en français, le titre du film fait référence autant au vice-président qu’au vice dont on peut tous être atteint et auquel le monde politique est davantage exposé. C’est un film effrayant mais passionnant, qui dépeint un homme tel un héros tragédien : aussi noble que avide de pouvoir, aussi sombre que loyal. Un héros américain en somme. Dick Cheney est digne d’un personnage de film et McKay l’a compris. Il en tire un portrait effrayant mais profondément réaliste, parsemé de commentaires et d’humour noir. VICE est un bijou, du cinéma de génie et une palette de talents fabuleux. Christian Bale signe ici son rôle le plus poussé, pour moi, et mérite toutes les statuettes du monde pour sa prestation.

En salles depuis le 13 février, en France.

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