ARTIC, la synestésie par Joe Penna

Présenté en séance de minuit à Cannes, ARTIC c’est le premier film de Joe Penna, un youtubeur notamment connu pour sa chaîne de musique (MysteryGuitarMan) mais qui a également fait/produit de nombreux courts-métrages. Son premier long métrage raconte la survie d’un homme en arctique après le crash de son avion. Et qui, à part Mads Mikkelsen, pouvait accepter un rôle aussi difficile ? Le comédien connu pour jouer, souvent, le rôle d’un solitaire en marge du monde (La chasse, Polar, Michael Kohlhaas etc) était le choix parfait pour ARTIC.

Ce film, est l’un des survivals les plus convaincant que j’ai pu voir. Dénué de dialogues,(Mads doit prononcer deux phrases entières sur les 1h40 de film), tout repose sur les images et surtout sur la prestation de l’acteur. Joe Penna tourne le dos à toutes les attentes hollywoodiennes que nous pouvons avoir face à ce type de film. Et ça marche ! Chaque plan est fait pour que nous nous retrouvions dans la même situation que le personnage. On a froid, on a peur, on a mal : la synesthésie fonctionne à merveille et c’est presque effrayant tant on se sent embarquer dans cette solitude glacée en même temps que le personnage. Loin de The Revenant, où Léonardo Di Caprio avait une multitude d’interactions diverses pour jouer, ARTIC laisse Mads Mikkelsen seul avec l’environnement. Il ne se passe rien, et c’est là toute la beauté du film. Si vous deviez être un rescapé d’un crash d’avion en plein désert de glace, que se passerait il? Rien, et c’est bien ça le plus dramatique. La solitude, le désespoir, l’instinct de survie, le froid : Mads Mikkelsen livre une prestation absolument incroyable. Tourné en conditions réelles, le film donne le champ libre au talent de l’acteur et il le dévoile petit à petit avec une justesse magique. Le minimalisme du film est le défaut que beaucoup lui ont donné, pour ma part, j’ai trouvé ça ambitieux et réussi !

L’arrivée d’une deuxième rescapée pourrait être vu comme une facilité scénaristique mais elle est nécessaire et vraiment bien pensée. La jeune femme qui s’écrase en voulant porter secours à Mads sera dans un état de léthargie totale après son accident et ce, durant tout le film. Il n’y a donc pas vraiment d’interaction avec Mads et encore moins une romance forcée comme on pourrait s’y attendre. Cependant, ce personnage est essentiel car il permet au réalisateur de montrer autre chose : l’humanité sans limite dont fait preuve son personnage. Mais au delà de ça, c’est une nouvelle fois, l’occasion pour Mads Mikkelsen de prouver son talent. En quelques plans, il témoigne de son humanité et de son envie de la sauver mais aussi de son instinct de survie qu’il doit refréner. En un regard, on perçoit pendant une seconde la pensée qui le traverse : et si il mangeais cette femme? Elle représenterait des semaines de nourriture. Mais cet éclat dans son regard disparaît vite et il se remet à la soigner.

La deuxième chose intéressante est la confrontation avec l’ours polaire. Elle est brève et loin du spectaculaire qu’on pourrait attendre dans ce type de film. Mais, elle est également nécessaire pour mieux comprendre le personnage et pour faire éclater le talent de l’acteur. Ces quelques minutes où l’ours tente de détruire la caverne dans laquelle sont cachés les deux survivants, sont rapides et intenses. Overgard (M.Mikkelsen), alerte, réagit très vite et s’empare de sa fusée de survie pour faire fuir l’animal. A peine ce dernier parti, l’homme se recroqueville la tête entre les jambes et tremble de tout son corps. Cette scène est forte et montre la dualité qui anime chaque être humain dans ce genre de situations incontrolables : l’instinct de survie et la peur. Overgard parait être maître de sa situation depuis le début. On ne sait pas depuis quand il est là mais il a des habitudes, des mécanismes de défenses et de sécurité. Cependant, pour nous faire oublier ça et nous ramener à la réalité, cette scène est extrêmement bien faite. Elle montre Overgard dans une situation où la peur le terrasse mais où son instinct lui dicte de se défendre. Après la confrontation, il retrouve sa condition d’homme solitaire et laisse éclater sa fatigue et sa terreur.

Enfin, si le film fonctionne aussi bien c’est aussi pour sa réalisation. Les images sont fabuleuses et surtout, Joe Penna assume son parti pris de faire de son film, presque, un documentaire sur la survie en milieu hostile. Un peu comme un guide de survie réaliste. On voit Overgard se nourrir grâce à un mécanisme de pêche particulier, la congélation de ses poissons, comment il se repère dans le temps avec sa montre et son alarme, comment il boit etc. On vit avec lui et cet aspect du film est terriblement réussi.

La dualité constante du personnage d’Overgard, les choix scénaristiques intelligents (on ne tombe pas dans la facilité avec des flash backs et de la musique larmoyante), la photographie et au delà de tout la prestation de Mads Mikkelsen : ARTIC est un film à part, qui me permet de faire éclater une nouvelle fois mon amour pour cet acteur, et que je conseille sans hésiter.

En salles depuis le 6 février, en France.

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