Grace à Dieu de François Ozon

Le nouveau film de François Ozon (Frantz, Huit Femmes, Une nouvelle amie etc) s’attaque à une histoire vraie : les accusations de pédophilie envers le prêtre Preynat officiant dans la région de Lyon. Le procès s’est terminé au début du mois de mars 2019 et le Père à bénéficier de la présomption d’innocence. Cependant, le cardinal-archevêque de Lyon Barbarin a été condamné, de « silence coupable », à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans, d’omission de porter secours, et de ne pas avoir dénoncé les actes pédophiles du père Preynat. Le film relate le processus engagé par les victimes pour faire reconnaitre les faits et leur souffrance, mais surtout, l’inaction de l’Église.

Grace à dieu fait parti des films qu’on ne conseillera pas d’aller voir un dimanche en famille ou un soir pour se détendre. C’est le genre de cinéma qui fait mal et François Ozon en est l’un des maitres. Il maitrise parfaitement tous les aspects de son métier et parvient avec précision à vous embarquer dans son film. Le scénario est précis, méticuleusement posé et ne laisse aucune chance au spectateur de s’enfuir. On sent l’implication du réalisateur dans ce récit et c’est l’une des forces du film. Cependant, malgré de nombreux points positifs, je ne peux pas ignorer les dysfonctionnements qui m’ont profondément dérangée. Retour sur les points faibles et les points forts de Grace à Dieu, grand prix du jury à la dernière Biennale de Berlin.

Une voix off froide et impersonnelle

Le film se caractérise par les choix originaux du réalisateur tant au niveau de la mise en scène que des dialogues. La première chose que j’ai trouvée intéressante au début et qui m’a vite fait décrocher ensuite, c’est la voix off qui s’empare des correspondances électroniques des personnages. Chaque interlocuteur est filmé en train d’écrire sa réponse ou de la recevoir, et on entend la voix du destinateur qui lit son mail. C’est profondément dérangeant et c’est surement l’impact qu’à voulu avoir Ozon en faisant ce choix. C’est littéralement froid et distant. Chacun y va de sa formule de politesse, de ses pensées religieuses, de son petit mot pour montrer son implication et son effarement : mais ce sont des mots, des mails, des voix. On sent la distanciation dans ces paroles et c’est certainement voulu. Montrer qu’un sujet aussi grave que la pédophilie et les émotions des victimes peuvent être évoquées aussi légèrement dans des échanges de mails sans véritable fond. L’idée est bonne mais la mécanique s’épuise et devient irritante pour le spectateur. Cela donne lieu à une succession de plans peu intéressants et à une analyse psychologique des personnages un peu lourde.

Un film chorale très puissant

La force du film est son rythme. On change de personnage principal régulièrement et cela permet une compréhension plus complète de l’histoire mais cela lui apporte également une puissance bien plus importante. Alexandre, François et Emmanuel sont les trois personnages principaux de l’histoire. Tous les trois victimes du père Preynat, ils ont chacun une approche différente de leur souffrance et de leur colère. Alexandre à élevé ses enfants dans la religion chrétienne et cherche à tout prix à préserver sa foi malgré son combat acharné pour destituer le père Preynat. François à tourné le dos à l’Église et prends à cœur de médiatiser l’affaire pour détruire l’image de cette institution qu’il considère responsable et faire le maximum de bruit. Quant à Emmanuel, il s’est perdu dans une vie de violence et de silence, et voit dans l’association La Parole Libérée une nouvelle chance de se relever et d’aller mieux. Ces trois personnages sont très différents et chacun apporte sa faiblesse et sa colère face à ce qu’il à vécu. C’est un choix très puisant d’avoir mis ces trois personnages au cœur du film. On les suit chacun leur tour dans leur quotidien : soutien familial, non-dits, violences conjugales, religion, foi, parentalité, etc. Et chaque mot, chaque plan est là pour nous montrer l’impact de ces actes insupportables qu’ils ont subi pendant leur enfance sur leur vie. Les dégâts causés par le père Preynat se devinent dans chaque quotidiens, aussi différents soient ils.

Melvil Poupaud, Denis Menochet et Swann Arlaud

Autour de ces trois personnages principaux gravite de nombreuses personnes notamment le père Preynat, Barbarin, les autres victimes, les médias, mais aussi les familles. L’inaction ou l’incompréhension des ces dernières est un élément très puissant du film. Certaines soutiennent les victimes sans conditions, parfois parce qu’elles ont également subit ce type d’horreurs ou simplement par amour. Mais d’autres sont littéralement inactives et presque insultantes envers leurs proches et c’est une chose très difficile à regarder. Le film n’épargne personne et le spectateur à intérêt à être bien accroché car on lui autorise aucun répit. C’est dur, cru, précis et aussi glaçant que les actes qui y sont relatés. Et nous ne pouvons pas rester insensibles également au jeu des trois acteurs, théâtral et précis. Melvil Poupaud est d’une justesse incroyable, dans une retenue sans faille avec une détermination déchirante. Denis Menochet est certainement l’un des acteurs qui me plaisent le plus dans le paysage cinématographique français depuis quelques années. Il peut autant me laisser de marbre comme me briser le cœur ou m’émerveiller (un retour sur Jusqu’à la garde est d »ailleurs prévu bientôt, lorsque j’aurais eu le courage de le regarder, enfin). Je suis souvent curieuse de ce qu’il peut faire et là, il m’a laissé un peu sur ma faim. Cependant, la qualité de son jeu n’est en aucun cas remis en cause : il est fort et c’est une nouvelle preuve de son talent. Swann Arlaud quant à lui n’a plus rien à prouver et endosse une nouvelle fois un rôle dans lequel il laisse éclater toute son humanité. Il est magnifique et parvient à nous pincer le cœur, parfois juste en regardant par la fenêtre, clope au bec : et ça, c’est du grand art !

Un film nécessaire mais en demi-teinte

Grace à Dieu est un film nécessaire et profondément douloureux. Il fait parti de ces films qui nous secouent, nous frappent, nous font mal et ne cherche rien d’autre qu’à nous réveiller et nous atteindre. C’est réussi, mille fois, mais c’est un peu forcé à mon sens. Bien sur, le sujet est atroce, actuel et bouleversant. Cependant, je regrette certains choix d’Ozon qui m’ont paru un peu lourds. La mise en scène est froide et appuie certainement son discours, mais elle a aussi engendrer une certaine distance entre le film et moi. J’ai trouvé certaines scènes totalement inutiles (violences conjugales, scènes avec voix off, les éternels repas de famille à la française,etc) et les acteurs parfois perdu dans une histoire bien trop vaste pour eux. Cela étant dit, Grace à Dieu est un film à voir, réussi sur bien des plans et douloureux sur tous les autres ! L’inaction de l’Église, malgré la condamnation ferme de ces actes par le Pape lui même, est immorale et totalement incompréhensible. Le dernier plan du film remet également en question la foi des victimes : peuvent-elles encore croire en la bonté de cette institution qui ne les a jamais protégés ? La réponse n’est pas donnée par Ozon, et c’est intelligent de sa part de ne pas prendre part au débat religieux. La question est plutôt de savoir si l’Église compte un jour prendre de réelles mesures contre les actes pédophiles en son sein.

Que vous soyez croyants ou non, le film vous bouleverse dans tous les cas et il éclaire sur de nombreux points souvent « oubliés » par les médias lors de ce type d’affaire.

Grace à dieu, en salles depuis le 20 Février 2019.



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