DUMBO : un retour en demie-teinte pour Tim Burton

DUMBO, l’adaptation du conte Disney sorti dans les années 40, sur grand écran et réalisé par Tim Burton : c’était forcément un combo qui faisait palpiter nos petits cœurs d’enfants. DUMBO c’est certainement l’un des contes les plus tristes et les plus inspirants qui est toujours d’actualité en 2019 notamment avec son discours sur la différence, l’espoir, l’estime de soi etc. Seulement voilà, le nom de Tim Burton, s’il nous émerveillait il y a longtemps, cela fait quelques années que ce n’est plus le cas. Les derniers longs métrages du cinéaste étaient d’une qualité scénaristique et visuelle très moyenne notamment sa dernière collaboration avec Disney dont on se souvient tous douloureusement : Alice au pays des merveilles en 2010. Cependant, ce nom est toujours l’un de ceux qui piquent ma curiosité et font revivre l’espoir de voir de grandes choses au cinéma. Big Eyes (2014) m’avait réconciliée un peu avec Burton mais il m’avait alors de nouveau déçue face à Miss Peregrine et les enfants particuliers (2016). Un ascenseur émotionnel qui devient fatiguant quand on connait le talent du cinéaste pour réaliser des œuvres magiques (Edward aux mains d’argent, Big Fish, Sleepy Hollow ou bien Beetlejuice). C’est donc avec espoir, curiosité et appréhension que je me suis laissée embarquer vers DUMBO. Malheureusement, la déception a refait surface malgré quelques petites surprises.

Première chose, et pas des moindres : le choix du live action. Les animaux n’ont pas la parole et ce sont donc les personnages humains qui endossent un rôle plus important pour raconter l’histoire du petit éléphant. Et malheureusement : c’est ça le problème. Les acteurs sont quasiment tous extrêmement fades. Colin Farrell est plutôt juste dans son rôle de père désabusé mais il ne convainc pas plus que ça et son personnage n’a aucune profondeur. Les deux enfants ne sont pas mauvais mais n’apportent pas grand chose à l’histoire à part servir de « voix » à Dumbo en s’identifiant à lui par la perte d’une mère etc. Eva Green (que j’aime profondément en temps normal) à huit lignes de textes et n’en fait vivre aucunes. Elle mélange l’anglais et le français avec un ton absolument insupportable et surtout, elle joue avec son visage d’une manière parfois totalement inappropriée par rapport à l’ambiance de la scène. Tantôt effrayante, tantôt mère poule : son jeu se perd totalement et ne satisfait pas. Michael Keaton est une parodie de lui même assez dérangeante et Danny DeVito sauve un peu les meubles mais est vite oubliable. En bref : le choix du live-action n’était pas assumé et la direction d’acteur assez médiocre.

L’un des seuls points positifs du film c’est son esthétique. En effet, contrairement à ce qu’on aurait pu penser, Tim Burton s’approprie l’univers Disney de manière très juste. Il ne propose pas une version gothique ou macabre de l’histoire, cependant, sa pâte est présente dans la plupart des scènes. Le soucis des détails est très intéressant et montre l’implication du réalisateur dans ce projet. Il a véritablement souhaité moderniser l’histoire en y ajoutant son propre ressenti. Malgré une histoire quelque peu édulcorée (et c’est dommage), Tim Burton parvient à proposer des images absolument sublimes : la danse des éléphants qui tournoient dans les yeux de Dumbo, le coté « nigthmare » du parc Dreamland, le maquillage de Dumbo dans les premières scènes, les grands yeux tristes de Dumbo etc. Une appropriation qui fait plaisir et qui m’a replonger dans ce qui fait de Tim Burton un réalisateur magique. De plus, la qualité d’animation de Dumbo (bien qu’imparfaite) est vraiment appréciable dans sa fluidité notamment et condamne un peu plus les choix qui avaient pu être faits sur Alice au pays des merveilles.

Autre petite surprise qui montre l’implication du réalisateur dans cette adaptation : les sous textes. La souffrance animale au sein du cirque est au cœur du film et c’est un parti pris de Burton très intéressant. Là où on ne s’y attardait pas tant que ça dans l’histoire originale, là il s’agit véritablement d’un questionnement central. Burton joue avec le passé et la modernité en questionnant notre vision de ce type d’endroit. Est-il normal de laisser des hommes maltraiter des animaux pour de l’argent ou pour du divertissement? On sent une réelle opinion dans cette adaptation et c’est appréciable. De même pour le rôle de la femme, subtilement amené avec les quelques répliques de Milly la jeune fille qui veut se consacrer à la science car elle ne veut pas qu’on « la regarde ». Ce à quoi les hommes qui l’entourent lui répondent qu’elle devrait apprendre un tour et se montrer en spectacle, sous entendu : « Sois belle et tais toi ». On retrouve cette idée avec le rôle d’Eva Green qui est présentée comme la nouvelle découverte de Vandevere et qui se définit elle même comme une joaillerie que le millionnaire aime exposer. Sans jamais donner de réponse claire, Burton joue sur l’équilibre du monde entre passé et présent. Des sous-textes intéressants qui élèvent timidement le film à un autre niveau que celui de film pour enfants.

Cependant, les bons sentiments à la Disney reviennent très vite et la fin prévisible aussi. La morale dégoulinante d’espoir et d’amour est là, les scènes d’euphories aussi : rien de nouveau sous le soleil du royaume de Walt. Au delà de l’esthétique Burton qui est vraiment appréciable et ses partis pris scénaristiques : le film laisse quelque peu indifférent. DUMBO ravira surement les enfants, qui découvriront l’histoire avec des étoiles pleins les yeux et n’auront pas le recul nécessaire pour voir les défauts du film. Mais pour le reste, il sera vite oublié et le retour de Tim Burton aussi.

En salles depuis le 27/03.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s