La lutte des classes….et la valse des clichés

Faut-il se réjouir que le cinéma français continue de s’approprier les problèmes de société pour tenter d’en expliquer les tenants et les aboutissants sur grand écran? Oui et non. Avec Les Invisibles sorti en ce début d’année, Louis-Julien Petit nous avait confirmé qu’un parti pris politique était difficile à faire valoir au cinéma. Le film était réussi mais certains propos avait du mal à passer. Avec La lutte des classes, Michel Leclerc revient sur le débat français entre école publique et école privée, sous un amas d’humour et de clichés. Mais qu’est ce que ça vaut en réalité?

Le casting donne envie, Edouard Baer est l’un des acteurs français les plus appréciés. Il est également très écouté à la radio (France Inter actuellement), suivi par des milliers de personnes et restera à jamais la figure du monologue culte du film d’Alain Chabat, Astérix mission Cléopâtre, en 2002. Quant à Leila Behkti, que beaucoup ont découvert dans Tout ce qui brille en 2010, elle est de plus en plus présente dans le cinéma français. Rien qu’en 2018 elle était à l’affiche de quatre films (Le grand bain de Gilles Lellouche par exemple). Les deux acteurs ont d’ailleurs déjà travaillé ensemble notamment au théâtre, entre 2012 et 2013 pour la pièce écrite par Baer : A la française. En bref, le casting est fort et entraine forcément le spectateur vers les salles. Et pour sur, c’est ce duo qui tient le film de bout en bout et c’est loin d’être évident.

La lutte des classes, de quoi ça parle? Sofia (Leïla Bekhti) et Paul (Edouard Baer) sont en couple, elle est une brillante avocate d’origine maghrébine, lui le batteur d’un groupe de punk-rock engagé qui a connu la gloire il y a longtemps. Avec leurs enfants, et notamment leur fils Corentin, ils décident d’emménager en banlieue parisienne, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Lorsque leurs amis décident de mettre leurs enfants en école privée et que Corentin se retrouve seul dans le collège public de Bagnolet, Sofia et Paul ne savent plus quoi faire. Entre leurs valeurs, leurs croyances et leur inquiétude parentale, le couple va être mis a rude épreuve.

Au delà du casting, ce sont principalement les dialogues qui sauvent la séance. Certains d’entre eux sont brillamment écrits et ont un humour grinçant. Le comique vient avant tout des dialogues entre Baer et Behkti, parents dépassés par les évènements et qui se retrouvent face à leurs préjugés. Certaines lignes de textes de Baer notamment sont véritablement hilarantes. Cependant, c’est le seul avantage de l’écriture du film. La structure narrative est extrêmement lassante : il se passe quelque chose, la situation se règle et se dérègle ensuite davantage suite a une action idiote d’un des deux parents. Et ce cercle narratif aura lieu deux ou trois fois durant les 1h40 de film et c’est fatiguant. Le manque d’originalité de la structure narrative appauvrit le film et surtout, accentue les manques en terme d’écriture. Car au delà des dialogues parfois très intelligents, le film se perd dans son propos. Entre clichés et préjugés parfois très peu poussés, l’écriture du film ne se pose pas et n’est pas très passionnante. Les personnages ne sont pas réellement approfondis et le film se termine un peu en queue de poisson !

Michel Leclerc parle de l’hypocrisie d’une certaine bourgeoisie gauchiste mais aussi de leurs craintes et de leurs principes. Simplement, il ne voit pas plus loin. Le problème du film tient précisément dans son ambition : lorsqu’un personnage parle c’est son milieu qui parle pour lui. Le réalisateur produit une sorte d’analyse d’un milieu et de ses préjugés. Sous un fond comique dont on connait tous les ressorts, l’idée s’épuise très vite. Le film soulève des questions graves certes, mais il se contente de les poser et en reste là. Il s’amuse de ses clichés tout en continuant de les asséner. La subtilité est totalement absente du projet et la fin, classique et attendue, contente le public et laisse le film dans l’oubli aussitôt les spectateurs sortis de la salle. Dommage, on continue de perpétrer des clichés et des préjugés en pensant soulever des questions graves de notre fonctionnement. En se cachant derrière le comique de ces situations, qui existe bien évidemment mais qui est loin d’être le centre du problème, on atténue la gravité des choses et on apaise simplement pour quelques temps l’esprit des spectateurs.

Un moment pas désagréable à passer en salles, mais qui sera vite oublié et qui, si vous avez un peu de recul après tout, vous laissera quand même un goût un peu amer.

En salles depuis le 3 avril.

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