MA de Tate Taylor : un thriller maladroit

Les studios Blumhouse sont connus pour être les rois des films d’horreur ou de suspens à succès depuis de nombreuses années. C’est à eux que vous devez notamment GET OUT et US de Jordan Peele (dossier dispo sur le blog), SINISTER de Scott Derrickson ou même le SPLIT de Mr Night Shyamalan. Ils ont également produits de nombreux films « franchise » comme la saga Paranormal Activity, Insidious ou American Nigthmare. Une boite de production créée par Jason Blum qui a su se faire un nom depuis presque vingt ans. L’annonce d’un nouveau film produit par Blum n’était donc pas forcément synonyme d’intérêt pour moi. Jusqu’à ce que l’équipe autour du film se fasse connaitre … : Tate Taylor aux commandes et surtout, Octavia Spencer en tête d’affiche. Deux noms qui ont su attirer mon attention. Octavia Spencer est une actrice que j’aime énormément et que vous avez du voir, récemment, dans Hidden Figures de Melfi en 2016 ou The Shape Of Water de Del Toro l’année suivante. Mais elle a surtout été médiatisée en 2011 pour son Oscar reçue grâce à sa prestation dans La couleur des sentiments réalisé par… Tate Taylor ! Un film certes imparfait mais qui est une très belle adaptation du roman du même nom et qui a su toucher le monde entier. Retrouver ses deux noms dans une production Blumhouse m’a paru surprenant et du coup, assez intéressant.

MA ça parle de quoi? Un groupe de jeunes cherche à acheter de l’alcool sans se faire prendre. Sue Ann, une femme solitaire, accepte et leur propose même de faire leurs petites fêtes chez elle afin de boire de manière plus « sécurisée ». Une sorte d’amitié se créée alors entre Sue Ann, « Ma », et les lycéens. Une amitié à sens unique, qui va s’avérer malsaine et qui va provoquer des évènements dramatiques. Sue Ann semble connaitre les parents des jeunes qu’elle accueille et le lycée ne lui es pas inconnu. Que cache cette femme seule et intrusive ?

Je vous conseille d’ailleurs de ne pas regarder la bande annonce qui dévoile beaucoup (trop) de choses et qui risquerait de gâcher les quelques surprises du film.

MA est vendu comme un film d’horreur mais, navrée de vous décevoir, il ne fait pas vraiment partie de la famille des œuvres d’épouvantes. Malgré quelques petits bonds et un peu de sang en fin de séance, vous n’aurez pas à vous inquiétez pour votre sommeil en rentrant chez vous. Bien plus thriller qu’autre chose, c’est un film qui manque de profondeur, de crédibilité et de rythme. Malgré un thème plutôt intéressant, le harcèlement scolaire poussé à l’extrême et des conséquences que cela peut avoir sur le long terme, le film rate ses effets avec une absence presque totale de tension et son manque de prise de risques.

Octavia Spencer est cependant délicieuse dans ce rôle de psychopathe touchante et on sent qu’elle s’éclate dans ce nouveau type de personnage. Certaines scènes sont réellement malaisantes voir glauques et elle excelle dans ce nouveau genre. Quelques flashbacks bienvenus expliquent petit à petit la folie qui s’empare du personnage et le film tombe (dans sa dernière partie) clairement dans un coté plus gore. Malheureusement, l’actrice principale est la seule valeur ajoutée du film. Le scénario est lent, pas vraiment très crédible (la crédulité des jeunes, la montée trop rapide de la violence, le lien maladroit fait entre Ma et ses anciens camarades etc) et la tension a du mal à prendre. La dernière partie du film est assez bien rythmée mais elle arrive un peu de nulle part. Le personnage de Ma est vraiment la seule vraie réussite du film. Complexe, touchant et effrayant à la fois : elle parvient à créer un personnage ambiguë mais totalement angoissant qui finit par perdre pied dans sa folie.

Une ambiguïté que l’on retrouve également dans les sous-textes sociaux du film, et c’est un peu plus dérangeant. Le thème du harcèlement scolaire est loin d’être moderne mais il est actuel, et son traitement est plutôt bien amené. Cependant, on tombe encore une fois dans un système de vengeance et le message du « donnant-donnant » est assez fatiguant à la longue et surtout, pas vraiment formateur à l’heure actuelle. De plus, la place des femmes est également assez maladroit et sans nuances : elles sont soit passives, soit des trainées alcooliques soit des victimes. Seul l’acte final de Maggie, l’adolescente principale, appuie le fait que les femmes d’aujourd’hui ne regarde plus les choses sans agir. Une morale finale assez maladroite encore une fois et qui ne fonctionne pas vraiment.

Malgré un thème assez intéressant et un personnage principal vraiment bien traité, MA peine à nous satisfaire. La séquence de fin, plutôt gore, est vraiment là pour que le spectateur ai l’impression d’en avoir pour son argent. Mais elle n’était pas vraiment nécessaire. La psychologie du personnage de Sue Ann était tellement intéressante qu’il est presque dommage de l’avoir embarquée dans un final totalement irrationnel et violent. Le traumatisme qu’elle a vécu est profondément ancré en elle et son désir de vengeance n’apparait que parce qu’elle trouve l’opportunité de le laisser sortir. Cependant, il n’est pas prémédité ni réfléchit. Elle bascule dans la vengeance après plus de vingt ans alors qu’elle vivait dans la même ville que ses agresseurs depuis la fin du lycée. La crédibilité et la logique des actes des personnages est donc assez mal amené par le scénario qui aurait pu prendre une tout autre direction si l’idée de base n’avait pas été d’en faire un film dit d’horreur. De plus, on ne retrouve pas du tout le talent de réalisation de Tate Taylor. On aurait pu penser qu’avec un tel scénario et une telle actrice, le réalisateur réussirait à moderniser et à innover en terme de réalisation. Mais ce n’est pas le cas. Les plans sont assez banals, les jumps-scares bien (trop) présents et la réalisation vraiment simple. On sent davantage le manque de budget que la signature du réalisateur. On est loin de la poésie et de la précision de son travail dans La couleur des sentiments.

MA est donc un film relativement intéressant mais qui rate son objectif. Il sort malgré tout du lot et je vous encourage à aller le découvrir en salles. Les ingrédients du film d’horreur y sont présents dès le départ (est-il possible de commencer un film Blumhouse sans un plan sur une voiture entrant dans un nouveau monde/ville?) et le gore est au rendez-vous, bien qu’un peu tardif. Pour ceux qui s’attendent au film d’horreur par excellence, vous risquez d’être un peu déçus. Pour ceux qui y voyait un renouveau avec un scénario plus élaboré, vous le trouverez intéressant mais trop sage. Et pour les autres … vous ne vous ennuierez pas mais il passera vite aux oubliettes. En un mot? Dommage !

MA en salles depuis le 05 juin 2019.

Un commentaire

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