ZOMBI CHILD de Bertrand Bonello : ne jouez pas avec les esprits !

Il ne s’agit pas là d’un remake de The Walking Dead version enfance macabre, ni de zombies à la Roméro ou encore du dernier Jarmush (The dead don’t die) présenté en compétition officielle cette année, et diffusé en ouverture du festival. Ici, Bertrand Bonello ne reprend pas la figure du zombie comme elle a pu être interprétée depuis le XXe siècle. Il troque le « E » et remet en avant le « I » pour parler des racines du terme : la zombification. Il s’agit d’un véritable rite dans les caraïbes et notamment à Haïti :

sert à qualifier les victimes de sortilèges vaudous permettant de ramener les morts à la vie ou de détruire la conscience d’un individu afin de la rendre corvéable à merci. Le mot « zonbi » signifie en créole « esprit » ou « revenant ». Il désigne également des dieux esprits de tribus africaines.

Bande – annonce du film ZOMBI CHILD

Après son biopic sur (Yves) Saint Laurent en 2014 porté par Gaspard Ulliel et son analyse d’une jeunesse sans repères qui pose des bombes dans Paris (Nocturama, 2016), Bertrand Bonello a donc enfin son film de zombi(e). Il propose une relecture d’un rite haïtien méconnu mais aussi d’un fait divers survenu en 1962 à Haiti. Un homme (le grand père de Mélissa, dans le film), Clairvius Narcisse, a été empoisonné, enterré vivant, puis déterré et réduit en esclavage. Le cas de cet homme a parait il été étudié par l’anthropologue canadien Wade Davis. Il en a fait un ouvrage, Le Serpent et l’arc-en-ciel, qui a d’ailleurs servi de base au film L’emprise des ténèbres de Wes Craven.1 En réalité, Clairvius Narcisse aurait été empoisonné par ce que l’on appelle la « poudre de zombie ». Interviewé par RFI en mars 2018, Philippe Charlier, anthropologue, médecin légiste, spécialiste de la mort et des cimetières, évoquait au micro de la chaîne son long travail d’enquête sur le sujet à Haïti. Selon lui, l’usage de cette « poudre de zombie » n’est pas rare en Haïti. « C’est évidemment une pratique illégale […] Et ce qui est assez intéressant, c’est qu’on ne la trouve quasiment nulle part ailleurs à la surface du globe – sauf en Haïti. C’est considéré comme l’équivalent d’un véritable empoisonnement d’après le code pénal haïtien et puni d’une peine d’emprisonnement ». Et de préciser un peu plus loin : « pour «créer un zombie», faire une zombification, ce n’est pas juste quelque chose de pharmacologique, ce n’est pas juste une drogue. Il y a énormément de choses qui rentrent en compte, à commencer par la croyance même de l’individu là-dedans et puis il y a des cérémonies… Mais néanmoins, un des principes actifs les plus importants c’est la tétrodotoxine, une substance qu’on appelle un neurotoxique, qui va bloquer pas mal de terminaisons nerveuses, qui va produire en quatre ou cinq heures, voire six heures, un état de mort apparente chez la victime. Vu de l’extérieur, on a l’impression que la personne est complètement morte, mais en fait elle respire très légèrement, sa température baisse, le cœur se met à battre très lentement. On a vraiment l’impression que tous les signes de mort son présents, alors que la personne est totalement consciente : si on lui ouvre les yeux, elle voit, et puis elle continue d’entendre et surtout de comprendre tout ce qui se passe autour d’elle ». Il s’agit donc d’une « zombification », d’un état de torpeur ou de léthargie dans lequel on est plongé sans consentement. Rien à voir donc avec une morsure ou des morts revenants à la vie. Bonello s’interroge sur l’image du zombie que les films ont mis en avant et questionne ce mythe moderne en y apportant une réalité haïtienne très intéressante et beaucoup plus ancienne.

Comme dans ses œuvres précédentes, il plonge à nouveau son public dans des allers-retours entre passé et présent, les époques diffèrent mais les souvenirs restent. Les problèmes de cœurs des adolescentes, les souvenirs familiaux qui hantent Melissa, les images de Clairvius en zombi, des forces qui les dépassent (le vaudou) : tout est extrêmement bien filmé et scénarisé. Tourné en un an, en France et à Haïti, le film est un ovni cinématographique rempli de références aux films d’horreurs et rythmé par les chansons du rappeur français Damso. Oui oui, vous avez bien lu. Damso, des rites haïtiens, entre passé et présent : ZOMBI CHILD est une œuvre totale mais difficile à appréhender.

Après la mort de ses parents pendant le tremblement de terre en 2010 à Haïti, Melissa arrive à Paris dans le pensionnat de la Légion d’Honneur. Entre passé et présent, la jeune fille et ses nouvelles amies se questionnent, se testent et se toisent.

ZOMBI CHILD de B. Bonello : Haïti, 1962. Un homme est ramené d’entre les morts pour être envoyé de force dans l’enfer des plantations de canne à sucre. 55 ans plus tard, au prestigieux pensionnat de la Légion d’honneur à Paris, une adolescente haïtienne confie à ses nouvelles amies le secret qui hante sa famille. Elle est loin de se douter que ces mystères vont persuader l’une d’entre elles, en proie à un chagrin d’amour, à commettre l’irréparable

Malheureusement, malgré un scénario vraiment intéressant et un traitement du sujet original, je suis restée totalement en dehors du film. Les actrices sont très douées, pourtant non-professionnelles, elles sont très justes et surtout Wislanda Louimat (Melissa) qui parvient à proposer un personnage très mature et très dense. Cependant, certaines choses m’ont semblé grotesques et m’ont totalement laissée indifférente : les rêves de Fanny sur son histoire d’amour, la lumière sur certaines scènes qui rend l’histoire onirique voir fantastique, les danses vaudous à l’extrême et les références au premier film L’exorciste (scène d’une danse horrifique et de possession). Tout ces éléments ont contribué à me laisser spectatrice de l’œuvre. Là où le cinéma est justement fait pour ressentir et réagir, ZOMBI CHILD m’a laissée passive.

Bertrand Bonello signe ici une œuvre déroutante, comme souvent, avec un scénario intéressant et des interprètes douées. Mais le film peine à toucher le spectateur et les émotions sont trop figées pour être partagées. Malgré quelques scènes perturbantes ou fantastiques, on ne parvient pas à entrer dans l’histoire ni à s’intéresser réellement aux personnages. Seul le propos presque documentaire du film sur les évènements de 1962 est véritablement prenant.

ZOMBI CHILD, en salles depuis le 12 juin 2019. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs 2019.

[ Zombi Child : l’histoire glaçante d’une authentique zombification survenue en 1962 ]= »Retour à la note 1 dans le texte »

3 commentaires

  1. Je peux comprendre, j’ai eu du mal aussi au début. Mais avec du recul je trouve quelles se débrouillent plutôt bien au vu de la complexité du sujet traité etc. Surtout que ce sont des actrices non professionnelles et leur premier « vrai » rôle. Être dirigée dans un Bonello, il y a plus simple comme première expérience 🙂

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  2. Intéressant ce qui est dit ici. J’apprends ce lien avec le film de Craven. Par contre, je ne dirai pas que les filles soient toutes très convaincantes. Les « héroïnes » m’ont paru un peu faibles au contraire.

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