GENTLEMAN JACK : la série anticonformiste jouissive

1832, l’âge d’or du charbon (pétrole de l’époque) est en marche et Anne Lister, propriétaire terrienne à Halifax (Angleterre), toute de noir vêtue, décide d’en faire commerce. Déjouant les conventions et les attentes liées aux femmes à l’époque, (à savoir : se marier, faire des enfants et être entretenue par son mari/sa famille) Anne Lister s’impose et dérange. Sa posture « masculine » lui vaut le surnom de « Gentleman Jack » et provoque de vives réactions. Sa vie sentimentale est taboue. Attirée par les femmes et méprisant le statut imposée à celles ci, Anne est en avance sur son temps et s’en délecte, tout en souffrant secrètement des regards portés sur elle.

Anne Lister en écrivant son journal, avait à l’esprit « un mémorial à moi seule destiné, que je pourrai plus tard lire, avec peut-être un sourire, quand le Temps aura gelé le cours de ces sentiments qui s’écoulent aujourd’hui si vivement »

Suranne Jones (à gauche) dans le rôle de Anne Lister (à droite)

Sally Wainwright, scénariste et co-réalisatrice de la série, est passionnée par l’histoire incroyable de Anne Lister depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui elle signe ce biopic victorien avec un talent fou et propose une série différente, féministe et avant-gardiste. Une série se basant sur le journal de Anne Lister (comportant plus de vingt volumes dont certains seraient codés pour ne pas apporter de preuves supplémentaires de son homosexualité) et portée par Suranne Jones, qui est définitivement une actrice hors pair. Le rôle est difficile, Anne était une femme profondément intelligente, passionnée, curieuse, énergique mais aussi très désagréable avec ses opposants. Une femme dotée d’une grande éloquence, insolente presque et qui n’avait pas le temps pour les broutilles. Une femme qui, après avoir été exclue des bonnes écoles, a multiplié les aventures avant de rencontrer Anne Walker, une riche héritière névrosée et homophobe.

Homophobe c’est le terme que l’on emploierait aujourd’hui. Mais comment nommer cela si l’on se réfère à l’époque? L’homosexualité n’existait pas pour l’opinion publique. Les relations homosexuelles étaient considérées comme étant inconcevables, malsaines et contre-nature (oh, coucou les propos de la manif pour tous du XXe siècle…). Ces relations n’étaient donc pas définies et il n’y avait aucun terme pour en parler. Pas étonnant donc que les jeunes femmes ressentant de l’attirance pour le même sexe ne sachent pas comment nommer ces sentiments, les définir ou les vivre pleinement. Anne Lister ne s’est jamais préoccupée de ça, elle a accepté ses désirs mais n’a jamais pu se soustraire à l’opinion et n’a jamais pu assumer publiquement ses relations, et notamment son mariage secret avec Miss Walker. Les mariages à cette époque étaient très souvent arrangés par la famille, et surtout pour les riches jeunes femmes. L’amour n’avait pas sa place dans ce type d’union et refuser de se marier était très mal vu.

Sophie Rundle (Miss Walker) et Suranne Jones (Anne Lister) dans GENTLEMAN JACK

GENTLEMAN JACK est une série extrêmement passionnante. L’époque y est dépeinte de manière incroyable et juste. Les actrices sont époustouflantes, surtout Suranne Jones qui est définitivement l’une des actrices anglaises les plus douées de ces dernières années. Vous avez du l’apercevoir notamment dans le rôle principal de la série Doctor Foster, diffusée sur France Télévision en 2015 et disponible sur Netflix depuis peu. Elle est également connue pour son rôle dans Unforgiven (série anglaise également écrite par Sally Wainwright) diffusée depuis 2009. Mais sa prestation dans le rôle de Anne Lister est véritablement incroyable. Un talent au service des dialogues exceptionnels de S. Wainwright. Des textes absolument délicieux et qui rendent justice à l’éloquence du personnage. Des tirades tantôt profondes, comiques ou même romantiques. Dans cette époque victorienne réalisée comme un western féminin, tout est fait pour vous surprendre et vous émoustiller. Certaines scènes sont tellement sensuelles que vous ne pourrez pas y être insensibles. La mise en scène et la réalisation accompagnent le personnage principal et mettent en lumière l’impact que Anne a sur son entourage. La peur, le mépris ou l’admiration mais aussi le désir et l’amour : tout est subtil et à la fois omniprésent. Un accompagnement très intime auquel est également invité le spectateur : Anne Lister s’adresse souvent à nous. Elle s’approche de la caméra, nous regarde, et nous emmène avec elle. Clin d’œil, regard caméra profond ou amusé, texte directement adressé au spectateur : cette particularité récurrente rythme la série et permet d’être encore plus proche du personnage et de ses émotions.

Cette série est une petite pépite qui saura vous surprendre, vous émouvoir et vous instruire. Suranne Jones est jouissive dans ce rôle de propriétaire terrienne qui terrorise les hommes avec qui elle fait affaire. Touchante lorsqu’il s’agit de sa vie privée et des injonctions à son encontre. C’est une ode à la féminité libre, c’est avant-gardiste et c’est réussi.

GENTLEMAN JACK, écrite et réalisée par Sally Wainwright, produite par HBO et la BBC, avec Suranne Jones et Sophie Rundle. Une saison (la deuxième a déjà été annoncée), huit épisodes.

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