SHORTBUS : orgie libératrice et psychologique

Il y a des films dont on met du temps à se remettre. Il y en a d’autres dont on a envie de parler immédiatement. Et puis il y a ceux qu’on a vu très jeune, qui nous ont marqué, questionné et qu’on revoit plus tard en comprenant enfin ce qui nous échappait. SHORTBUS c’est un peu le film que j’ai gardé en tête durant des années, que j’ai revu, montré et assimilé. Il était donc temps d’en parler, au plus grand nombre.

Pour commencer, si vous n’aimez pas les films qui questionnent le désir, parlent de sexe et surtout qui en montrent : passez votre chemin, le film ne vous intéressera probablement pas.

Pour les autres : bienvenue dans cette parenthèse étrange et touchante qu’est SHORTBUS, réalisé par John Cameron Mitchell et sorti en 2007.

Un couple homosexuel dont l’un des garçons est rempli de névroses et obsédé par le corps. Une dominatrice touchante qui ne se laisse pas aimer. Une sexologue qui ne parvient pas à jouir seule ou avec son mari. Il y a une multitude de profils et de personnages qui se questionnent et tournent autour du sexe, de la liberté et du plaisir. Ils se retrouvent tous dans un club échangiste où la liberté est de mise (et le consentement également bien sur, mais est-il encore nécessaire de le préciser?) et où le monde extérieur, les jugements, les regards n’existent plus. A travers ce lieu commun et leur problématique propre à chacun, les personnages vont évoluer mais aussi apprendre énormément sur eux mêmes et sur les autres. La particularité de ce film c’est qu’il est à la fois personnel et universel. Le sexe est quelque chose d’extrêmement intime et à la fois l’une des rares choses que l’on partage sans forcément y mettre beaucoup de pudeur. Le plaisir peut être solitaire ou commun, ce qui est sur c’est qu’il est au centre de nos préoccupations depuis bien longtemps et que SHORTBUS parvient (dans une certaine mesure) à questionner cette obsession.

Il s’agit d’un film dont on pourrait critiquer allégrement l’esthétisme parfois trop simple, certains plans assez mal construits ainsi que le scénario parfois déconstruit et totalement improbable. Certaines scènes sont parfois très artificielles comme la scène de fin qui bascule dans un registre plus fantastique et dans laquelle j’ai eu du mal à plonger au premier visionnage. Mais je souhaite vous parler ici beaucoup plus de la beauté et des émotions que John Cameron Mitchell parvient à extraire de ce qu’il nous montre. Il ne s’agit pas d’un énième film avec des culs partout, des jeunes qui font l’amour n’importe où et avec n’importe qui. Ce n’est pas une œuvre qui prône la sexualisation des jeunes, qui montrent du sexe pour faire vendre ou que sais-je. Ce n’est pas non plus un film avec une histoire d’amour brulante et des scènes à vous faire chavirer. Ce n’est pas comparable à la sensualité de EYES WIDE SHUT ou à l’amour brulant dans L’EMPIRE DES SENS et il n’y a pas de scène extrêmement culte comme dans BASIC INSTINCT.

SHORTBUS est une sorte de parenthèse dans laquelle on accepte d’entrer et qui vous touche profondément ou vous laisse totalement indifférent. La caméra de Mitchell est vraiment douce, les corps sont filmés avec une véritable aura bienveillante et les scènes de sexes sont réalistes, belles et même parfois très drôles. Le partage et le désir sont vraiment au centre du film. On questionne cette obsession de l’orgasme, ce besoin de se sentir aimé, désiré. On analyse la liberté, le sexe consenti et total. On se laisse glisser dans cette bulle de plaisir et de douceur, et on s’y sent bien. C’est décomplexant et presque éducatif. On assiste à des essais, des ratés, des exercices ou des véritables échanges amoureux.

Mais SHORTBUS ce n’est pas que du sexe. C’est aussi de l’amour, et beaucoup de souffrance. Le regard que l’on a sur soi, les difficultés à lâcher prise, les démons avec lesquels on vit, la douleur liée à certains traumatismes et qui influencent forcément notre rapport à l’autre : il y a de nombreuses parts d’ombre dans chaque personne et les relations amoureuses ou juste physiques sont constamment remises en causes lorsque nous ne parvenons pas à nous séparer de nos souffrances. Le personnage de James est particulièrement construit dans ce sens. Il a de nombreuses fêlures et tente de les apaiser ou de trouver un moyen de guérir quitte à dépasser ses limites. Son parcours est à la fois dérangeant et éprouvant. Certaines scènes sont véritablement marquantes et démontrent une très grande souffrance du personnage.

Je pense qu’il faut être dans un certain « mood » pour voir ce film. Il faut accepter ce que l’on va voir, il faut être à l’aise avec les images, se questionner soi même et se préparer à ce que l’on va potentiellement pouvoir ressentir (excitation, désir, questionnement, tristesse, mal être ou gêne etc). En étant plus jeune, certaines choses me parlaient déjà. Mais certains propos du film, certains comportements ou certaines souffrances étaient bien trop difficile à assimiler. Aujourd’hui, je pense que SHORTBUS est l’un des films qui m’a le plus fait réfléchir sur mon rapport au corps et à l’esprit, et à quel point notre regard envers nous mêmes peut être dur et dangereux. C’est un film qui ne plaira pas à tout le monde. Le film avait perturbé un bon nombre de spectateurs cannois lors de sa nomination en 2006. Il me semble d’ailleurs qu’à l’époque il n’était pas sorti en salles ou alors dans très peu, mais je me trompe peut-être. Cependant, si l’expérience vous intéresse, je vous conseille fortement de vous poser et de vous lancer. Au pire, vous verrez des choses sympathiques ou alors vous trouverez ça ridicule et au mieux cela vous touchera vraiment. N’hésitez pas à venir m’en parler ensuite, je serais ravie de discuter de ce film.

Bon visionnage !

SHORTBUS de John Cameron Mitchell

3 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s