ALABAMA MONROE : expérience sensorielle bouleversante

Avant de vous parler d’un des plus beaux films d’amour de ces dernières années, commençons par parler de son réalisateur, Felix Van Groeningen : belge, touchant et qui a désormais une belle carrière que je vous recommande de suivre de près.

Son premier long métrage , Dagen Zonder Lief en 2006, est une comédie dramatique dans laquelle la vie d’un groupe d’amis est perturbée par le retour de l’un d’entre eux après plusieurs années d’absence. En 2009, sa notoriété prend de l’ampleur avec son second long métrage, La Merditude des choses, adapté du roman autobiographique du même nom écrit par Dimitri Verhulst. L’histoire se concentre sur un garçon de 13 ans qui partage le toit de sa grand-mère avec son père et ses trois oncles dans un climat de beuveries effrénées. Le film est sélectionné, quelques mois avant sa sortie, à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes où il remporte le Prix Art et Essai de la CICAE.  En 2016, il réalise Belgica, son cinquième film qui a l’honneur d’être présenté en première mondiale à Sundance, où il remporte le prix de la meilleure réalisation dans la catégorie « World dramatique ». Ce film, se base sur le vécu du réalisateur, puisque son père avait lui même tenu un bar très branché dans lequel les fêtes allaient bon train. Belgica permet par ailleurs à Groeningen de travailler une nouvelle fois avec Johan Heldenbergh, qui joue le rôle principal masculin dans Alabama Monroe. Après ça , Felix Van Groeningen décide de se lancer dans l’expérience américaine. Il sort My Beautiful Boy, en 2018, avec Steve Carell et le jeune acteur Timothée Chalamet, révélé par Call Me By Your Name. Adapté d’une histoire vraie, le film relate le parcours chaotique de Nicolas Sheff, un jeune homme de bonne famille qui développe une forte dépendance à la drogue. Son père décide alors de tout faire pour lui venir en aide.

La famille et les émotions qu’elle nous procure , les drames que l’on vit avec elle et les relations fusionnelles ou non font partie des thèmes chers à Félix Van Groeningen. Sous le prisme de la comédie, de l’alcool souvent et des scènes de fêtes incontrôlées, le cinéaste tente de questionner la famille sous tous les angles : celle que l’on choisit et celle que l’on subit. Et le film qui reprend a la perfection cette thématique tout en la centrant pour la première fois sur le couple et la relation amoureuse, c’est ALABAMA MONROE.

Quatrième film du cinéaste belge, ALABAMA MONROE est l’une des histoires d’amour les plus réussies et les plus bouleversantes de ces dernières années. César du meilleur film étranger, succès critique et public quasi unanimes : le cinéaste belge a su nous prendre aux tripes avec ce film, sorti en 2013, qui s’éloigne quelque peu de son travail habituel et qui nous plonge dans un de ses thèmes de prédilection : les relations familiales bouleversées par un drame. En filmant l’amour dévorant et passionnel de Didier et Élise, joués par les talentueux Johan Heldenbergh et Veerle Baetens, le réalisateur témoigne de son talent de capturer ces instants de vies, ces émotions et ce déchirement lorsque tout s’effondre. Une histoire d’amour bouleversante et une expérience sensorielle qui laisse des traces sur le corps, l’esprit et l’âme.

Didier et Elise vivent une histoire d’amour dévorante ponctuée par leur passion commune de la musique. Mais leur relation se retrouve mise à rude épreuve lorsqu’ils apprennent que leur petite fille est atteinte d’un cancer. Comment surmonter une telle annonce? Comment appréhender l’avenir et surtout, comment continuer à aimer la vie comme ils ont pu le faire auparavant?

ALABAMA MONROE est une fresque profondément déchirante et qui questionne de manière crue les bouleversements du corps et de l’esprit face au drame.

Les corps , instrument de désir et de mémoire

Le sublime par Felix Van Groeningen c’est quelque chose que nous n’avions pas encore vu dans ses films. Bien sur, il avait déjà montré tout son talent pour la mise en scène et son regard si particulier sur les corps qui bougent, qui boivent et qui dansent notamment dans Belgica. Mais le corps comme arme de séduction, comme outil de mémoire (tatouages) , comme marqueur du temps et de la douleur ( plis, rides, sourires ou larmes) : ça, c’est nouveau, et c’est magnifique. Lumière artificielle, plans travaillés , corps sublimés : tout est pensé pour donner à la mise en scène quelque chose de magique et de crue a la fois. Le glissement d’une scène a l’autre est également parfaitement réfléchit et la douleur qui remplace la passion nous frappe comme un coup de poignard. Une authenticité fabriquée par le cinéma, et qui devient presque aussi belle que la vie elle même.

La musique, moment de grâce et de pudeur

Le cinéaste belge n’est pas connu pour sa subtilité et il en fait parfois trop. On sent le poids des émotions, des larmes et des dialogues parfois lourds de sens. Mais dans ALABAMA MONROE, malgré ce manque de subtilité encore présent par instant, Felix Van Groeningen a trouvé un moyen de faire parler sa pudeur : la musique. Comme une vitrine des émotions les plus enfouies des protagonistes, la musique devient un moment de grâce et de pudeur. La caméra du réalisateur se détend, se pose, et laisse le temps à la musique d’opérer ce petit miracle. Le chant suffit, les émotions sont crues elles aussi et elles n’ont pas besoin d’être sublimées tant elles sont criantes de vérité. Le parallèle entre ces moments de pudeur et les scènes plus écrites, est une réelle réussite dans la filmographie du cinéaste.

Ce film est profondément bouleversant, d’une beauté folle et contient des vérités qu’il est parfois difficile de mettre en images. Felix Van Groeningen parvient a proposer un tableau authentique et déchirant d’un amour sans limites que les différences et la douleur peuvent totalement détruire. Il est l’un des films qui m’a le plus touché et qui marque pendant longtemps. Un conseil : ne le laissez pas de coté plus longtemps. Et revenez me dire ce que vous en avez pensé !

ALABAMA MONROE de Felix Van Groeningen, avec Johan Heldenbergh et Veerle Baetens, 2013, 1h52.

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