LES ENFANTS DE LA MER : Ayumu Watanabe, la relève de l’animation japonaise ?

Il n’est pas chose facile que de résumer ou de raconter LES ENFANTS DE LA MER, le premier film de Ayumu Watanabe distribué en France. Le réalisateur japonais nous livre une expérience visuelle insaisissable et iconique en nous plongeant dans un univers aquatique à la fois merveilleux et effrayant.

Au tout début de l’été, Ruka, une collégienne, se retrouve livrée à elle-même. La jeune fille trouve refuge dans le grand aquarium où travaille son père, océanologue, et rencontre Umi, un garçon recueilli avec son frère Sora, et qui fait l’objet de recherches scientifiques pour avoir été élevé par des dugong. Les deux frères évoluent dans l’eau et entraînent Ruka sur la piste d’un phénomène inhabituel : une météorite récemment échouée au large du Pacifique provoque la migration en masse de la faune sous-marine et déclenche un son incroyable venu des baleines. L’écoute du chant des baleines réveille chez Ruka des souvenirs enfouis. Son esprit et son corps entrent en résonance avec les phénomènes naturels, tandis qu’elle assiste à la métamorphose de ses deux amis et qu’elle se retrouve emportée dans une sorte de rituel marin qui semble être au cœur du monde.

Il s’agit de l’adaptation d’un manga a succès, du même nom, créé par Daisuke Igarashi. Il a été doublement primé pour cette série. Il a reçu le prix d’excellence Japan Cartoonist Awards pour les dessins des Enfants de la mer en 2009 ainsi que le prix d’excellence des Japan Media Arts Awards au Japan Media Arts Festival de 2009. Une adaptation avec le Studio 4°C, à qui l’on doit déjà les films d’animation Mutafukaz ainsi que les trois films Berserk. A savoir que c’est un studio d’animation japonais fondé en 1986 et le nom vient de la température de quatre degrés Celsius qui correspond à la température à laquelle l’eau est la plus dense. Un rapport avec le milieu aquatique déjà présent qui rend encore plus cohérent l’envie d’adaptation du studio d’un manga parlant du monde marin et du rapport des hommes à l’univers et la nature. Il est d’ailleurs assez incroyable de voir que le dessin, notamment des personnages principaux, a été gardé intacte entre le manga et l’adaptation numérique.

Le graphisme au cœur de cette expérience visuelle

Présenté lors du dernier festival du film d’animation d’Annecy, le film de Watanabe modernise l’animation japonaise que nous connaissons tous. Le graphisme de son œuvre est totalement distinct autant sur les traits de certains des personnages, que sur les couleurs, les formes, les décors : exit les lignes rondes et les visages type mangas. Il y a une palette de détails assez incroyable chez Watanabe qui a décidé de travailler autant en 2D qu’en 3D en mixant le dessin traditionnel et les techniques numériques modernes de modélisations. Les détails renforcent l’impression d’immersion dans ce monde aquatique foisonnant. Le message écologique que beaucoup semblent avoir reçu de manière très brutal est pour moi bien plus subtil. Le réalisateur nous plonge dans une expérience visuelle profonde qui nous oblige a ouvrir les yeux en grand et à observer le monde et l’univers. Il s’agit plutôt d’une tentative de prise de conscience de tout ce qui nous entoure, de tout ce dont le monde est fait et de notre place au sein de cet univers. Et c’est l’un des points forts du film, Les enfants de la mer est un film grandiose doté d’une sensibilité incroyable. La déclaration d’amour du réalisateur pour la nature est flagrante et nous transporte. La beauté de l’animation est assez incroyable. Certains plans sont de véritables peintures, des plans larges emplis de détails, de couleurs et de sens. Le film varie constamment entre naturalisme et onirisme, plongeant Ruka dans un monde à mi chemin entre quotidien et imaginaire. Les sensations sont également très étranges et très bien représentées. En effet, Ruka parle souvent de voler, de se sentir légère et durant tout le film, on a réellement la sensation qu’elle vole. L’eau devient le ciel, on flotte puis on vole, on nage ou on plane : tout est constamment ambiguë et donne à l’image une dimension encore plus grande. La sensation de légèreté que nous ressentons tous lorsque nous sommes dans l’eau est représentée de manière très précise, et il s’agit d’une réelle prouesse à mon sens. Les enfants de la mer est une expérience visuelle unique qui peut parfois donner le tournis surtout vers la fin qui tend vers un psychédélisme très fort et où les détails se transforment en formes mouvantes mais qui questionne habilement la place de chaque être dans un cosmos bien plus grand que nous tous.

Un fil narratif exagéré et anodin

Le point faible du film à mon sens est sa narration. Dans un soucis de contextualisation qu’il a cru indispensable pour le spectateur, peut-être, Ayumu Watanabe a inséré quelques éléments narratifs à son film. Des éléments qui n’apportent pas grand chose et dont on se souci très peu. Pire encore, ils ont tendance à desservir l’expérience donnée à vivre au public. Entre la petite histoire familiale de Ruka avec ses parents, la dimension gouvernementale des recherches sur le son des baleines et sa signification, la pseudo romance entre Ruka et Umi : la narration se perd et devient parasite pour le reste du film. Le seul fil narratif intéressant et totalement pertinent est celui sur les évènements surnaturels et le rôle de Ruka dans tout cela. Les discours sur l’univers et sur la nature sont pertinents et passionnants. Mais tout le reste semble avoir été ajouté pour tenter de rendre le film accessible, classique ou encore moins expérimental. Un sentiment qui se confirme avec les scènes post génériques qui n’apportent vraiment rien à la compréhension du film ni a sa cohérence et qui ont été ajoutées juste pour montrer l’impact de ces expériences sur Ruka. Encore une chose dont on avait conscience et qu’il était inutile d’exagérer a postériori. Et c’est dommage car la force de l’œuvre est justement l’expérience incroyable qu’elle propose et qui, à mon sens, aurait été bien plus intense si elle avait été assumée jusqu’au bout.

Les enfants de la mer est donc pour moi une expérience immersive assez forte pour laquelle il faut être prêt à se laisser aller et à apprécier le spectacle qui nous est offert. Les émotions sont très fortes et le choc visuel assez impressionnant. On regrette cependant que l’intrigue soit restée à l’esprit du réalisateur comme quelque chose dont il ne fallait pas totalement s’échapper.

Les enfants de la mer de Ayumu Watanabe, japonais, 1h51. En salles depuis le 10 Juillet 2019.

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