LES SAUVAGES : le coup de maître de la rentrée

Je vous en parlais dans mon article sur les séries de la rentrée (à lire juste ici) : Canal + à dévoilé ce Lundi 23 Septembre sa nouvelle série française. LES SAUVAGES réalisée par Rebecca Zlotowski (rien que ça) est une série politique française qui met en scène l’arrivée au pouvoir d’un président pas comme les autres. Idder Chaouch est élu, et la France s’embrase. La tentative de meurtre dont il est victime le soir de son élection va changer le pays et la vie de nombreuses personnes. Enquête policière, crise identitaire, fresque politique et familiale : LES SAUVAGES est un réel coup de maitre dans le paysage audiovisuel français.

La férocité de Rebecca Zlotowski

Les premières minutes de la série sont déjà percutantes : on emploie des termes controversés, on met en avant une population rejetée et stigmatisée etc. LES SAUVAGES c’est d’abord des romans, écrits par Sabri Louatah, né à Saint-Étienne dans une famille d’origine algérienne. Il écrit quatre tomes, traduits dans de nombreux pays, sur l’arrivée au pouvoir du premier président français d’origine algérienne. On est en 2012, Barack Obama est président des États-Unis depuis trois ans et Sabri Louatah se sert énormément de cette révolution outre atlantique pour construire son histoire. Sept ans plus tard, on découvre LES SAUVAGES sur le petit écran et l’histoire est encore plus poignante. Co-scénariste de la série, il laisse la réalisation à Rebecca Zlotowski, réalisatrice controversée qui aime détourner les clichés et qui revendique son envie de faire bouger les consciences. Présente à Cannes cette année avec son film UNE FILLE FACILE avec Zahia Dehar, la réalisatrice a déjà fait beaucoup de bruit cette année et n’est pas prête de s’arrêter.

Rebecca Zlotowski chez Clique pour LES SAUVAGES

Pour sa première série, il était donc légitime de la retrouver à la tête d’une œuvre aussi puissante. On reconnait Rebecca Zlotowski partout : son envie de ne rien cacher, de sublimer les mots et les gens, de se servir des clichés et des préjugés, d’être crue et d’aller au fond des choses. C’est avec férocité que la réalisatrice, s’alignant avec les romans de Sabri Louatah, donne sa vision des choses. Avec un rythme magistral qui réussit à condenser les quatre romans en six épisodes, elle en conserve les ambitions et dépeint une fresque sociale et politique incroyable, complexe et nuancée.

Avec au centre de la série, cette question de la haine qui est traitée de manière très complète. La haine de l’autre, la haine de soi, la haine de ses origines qui vient aussi de la haine que l’on reçoit et que l’on reproduit. Haïr sa famille ou son pays, c’est aussi haïr son histoire. Vision extrêmement féroce des sentiments qui règnent en France, dans chaque communauté et aussi, au sein d’une même famille. Le discours de fin de Roschdy Zem est poignant, froid et bouleversant. Qu’est-ce que veut dire « être français » aujourd’hui? La série répond, et cela ne va pas plaire à tout le monde.

Un casting extrêmement convaincant

Au delà du propos, c’est également le casting qui fait de cette série une belle réussite. Pour porter une histoire aussi forte, il fallait trouver des personnes capables de faire résonner tout ça et le pari est réussi. On retrouve des acteurs français très connus comme Marina Fois, Amira Casar ou encore Roschdy Zem (qui explose de justesse) qui côtoie des nouvelles têtes dont certaines assez inattendues. Le rapeur Fianso, de son vrai nom Sofiane Zermani, joue la figure menaçante de la série avec un talent assez impressionnant. Jamais dans l’excès, il parvient à convaincre et à prendre sa place à l’écran. Une vraie révélation, également, pour la jeune actrice suisse Souheila Yacoub, que l’on a déjà pu voir chez Gaspard Noé pour Climax ou dans le clip de Lomepal : « Trop beau ». Elle joue également à Paris, au théâtre, sous la direction de Wadji Mouawad. Un parcours intriguant et prestigieux pour cette actrice de 27 ans qui joue ici une fille aimante mais aussi une redoutable directrice de campagne. En tête d’affiche, on retrouve aussi Dali Benssalah, un jeune acteur français que vous avez sans doute vu dans le clip fou de The Blaze, sorti il y a deux ans, qui a fait le tour du monde. L’acteur alors inconnu a été repéré et sera à l’affiche du prochain 007, rien que ça ! Dans Les Sauvages, il joue le rôle de Fouad, fil rouge entre les deux familles et qui incarne parfaitement cette honte de ses origines presque aussi destructrice que la haine dont il est victime. Mention spéciale aussi pour le reste du casting qui est tout aussi puissant, notamment le jeune tireur, joué par Iliès Kadri.

Un casting qui, véritablement, apporte du cachet à la série. Roschdy Zem est magistral dans ce rôle de politicien qui ne veut pas faire comme les autres, de père, de mari et d’homme tiraillé par son histoire. Il ressemble à chacun des personnages, tous tiraillés par une forme de dualité. Une dualité que nous connaissons tous. Notre sexualité, notre famille, notre histoire, notre religion ou nos choix : on est tous catégorisés, jugés, emprisonnés. Les Sauvages montrent le pire mais aussi le meilleur de l’être humain lorsqu’il est confronté à sa condition.

Un discours percutant

Il y a deux scènes de vrai « discours » : la scène de débat qui ouvre la série et le discours de fin du dernier épisode. Ce choix d’ouvrir et de fermer la série par deux moments politiques très forts en France (le débat des présidentielles et l’investiture) est extrêmement puissant. Les propos de Idder Chaouch résonnent alors tout au long de la série et servent de fil rouge. Le silence, les questions sur l’origine, sur la légitimité à être français. Et la question qui va animer toute la série, et tous ses protagonistes, c’est bien cela. Qu’est ce que cela veut dire, aujourd’hui, d’être français? Dans une France en lambeaux et en flammes, la question se pose encore. Et en tant que spectateurs, on finit par se questionner aussi. Et c’est là la grande réussite de la série : parvenir à cogner là où ça fait mal. En six épisodes, dans un rythme effréné, avec un spectre politique et familial, Les Sauvages questionnent tout le monde sur son histoire et sur ce que nous sommes prêts à accepter pour notre avenir. Idder Chaouch répond finalement à cette question dans son discours de fin, et nous fait frissonner tant il est droit, froid et profondément changé. L’idée qu’il représente à la fin, entouré par son histoire (notre histoire) est très puissante.

Vous l’aurez compris, je ne peux que vous conseiller de jeter un œil à cette nouvelle série. Déjà parce qu’elle est française et qu’il est très rare de retrouver une telle qualité (malheureusement) dans notre paysage télévisuel. Ensuite car Les Sauvages parle à tous et sert avec une sacrée puissance un discours qu’il est important d’écouter. Il ne s’agit pas de faire la morale, Rebecca Zlotowski est bien plus subtile que cela. Il s’agit de combattre les préjugés tout en plongeant la tête la première dans ce qu’ils provoquent. Enfin, car au delà de la fresque sociale et politique, c’est une profonde histoire familiale complexe absolument passionnante. Ajouter à tout cela une très belle qualité d’écriture et de mise en scène et vous obtenez le coup de maitre de cette rentrée.

LES SAUVAGES de Rebecca Zlotowski et Sabri Louatah, disponible sur My Canal.

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