CALENDRIER DE L’AVENT #14 – Et les femmes dans tout ça?

Je vous en ai déjà parlé de nombreuses fois mais pour ceux qui ne le savent pas, cette année je me suis beaucoup intéressée à la place des femmes dans l’industrie du cinéma, français et international. La parité, la diversité, la représentation des femmes dans les œuvres et leur place dans les salles : tous ces aspects m’ont interrogés. J’avais donc envie, pour ce 14e jour du Calendrier de L’Avent, de faire un petit récapitulatif de ce que j’ai pu voir en 2019 à ce niveau là.

Je ne parlerai pas de #metoo dans cet article, ni des déclarations de Adèle Haenel, même si j’aurais beaucoup à dire, ce n’est pas par ce biais que j’avais envie de traiter le sujet aujourd’hui.

En essayant de faire un parallèle avec l’international autant que possible, je vais baser mon analyse principalement sur le cinéma français. C’est parti !

Les femmes derrière la caméra

Une chose m’a saisie lorsque j’ai commencé à m’intéresser de plus près a cette problématique, c’est le nombre de noms de réalisatrices que je connaissais et dont j’avais entendu parler. Il y en avait très peu. Cette année, je me suis donc dis que si on ne mettait pas en avant ces femmes, je devais les trouver et les découvrir moi même. Et quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que de nombreuses œuvres, incroyables ou non (le fait qu’une œuvre soit réalisée par un genre particulier ne détermine pas sa qualité soyons clair), étaient en réalité réalisées par des femmes à travers le monde.

Cette année, en France, il y a eu plus de 23,3 % des films qui ont été réalisés par des femmes. On note une augmentation de plus de 60% en 10 ans. A l’échelle de l’Europe, la proportion de films réalisés par des femmes est plus importante dans les pays scandinaves par exemple (quasiment 30%).

Pour vous donner une idée plus précise du nombre de films réalisés par des femmes, prenons les chiffres du Prix Alice Guy. Ce prix, dont la première édition a eu lieu en 2018, récompense le meilleur film français (et/ou francophone) réalisé par une femme (sorti lors de l’année écoulée) grâce aux votes des internautes et un jury de professionnels (paritaire). Cette année, plus de 91 films concourraient. Ce qui signifie qu’il y a eu AU MOINS une centaine de films français ou francophones réalisés par des femmes cette année. La question que l’on peut se poser c’est : combien en avez vous vu? Combien ont été mis en avant ? Combien ont-ils, ne serait-ce que porté à votre connaissance?

Les cinq films finalistes étaient Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Eric Métayer, Un amour impossible de Catherine Corsini, Pupille de Jeanne Herry, Heureux comme Lazzaro d’Alice Rohrwacher et A 2 heures de Paris de Virginie Verrier. C’est finalement Catherine Corsini qui a été sacrée meilleure réalisatrice pour Un amour impossible avec la grande Virginie Effira.

Malheureusement, en terme de production, le budget moyen donné aux films français réalisés par des femmes n’a augmenté que de 4% en 10 ans. Ce budget reste inférieur de plus de 2 millions d’euros à celui des films réalisés par des hommes. La prise de risque est-elle plus importante lorsque l’on produit un film réalisé par une femme? Cette différence reste quand même assez scandaleuse. Surtout lorsque l’on sait que le salaire moyen des réalisateurs est toujours aussi élevé par rapport à celui des réalisatrices, pour un même poste. Une étude du CNC, publiée en Mars 2019, montre que l’écart de salaire entre les hommes et les femmes à un même poste, dans l’industrie du cinéma est toujours aussi important. Une réalisatrice (pour un long-métrage de fiction) gagne 40% de moins qu’un homme pour le même poste. Il y a encore du travail de ce coté là !

Je vous laisse un lien qui liste un grand nombre des films sortis en 2019, réalisés par des femmes (international) : ici.

La diversité au sein de l’industrie (festivals, équipe technique etc)

Lors de mon passage, pour la première fois, au Festival de Cannes, je me suis demandée ce qu’il en était de la diversité au sein de ce type d’évènements notamment. Et le résultat n’est pas fameux.

Cette année notamment, seulement 4 films sur les 21 en compétition officielle étaient réalisés par des femmes. En ce qui concerne le jury, la parité était un peu plus au rendez-vous avec 4 femmes sur 11. On retrouve la même inégalité lorsque l’on regarde les récompenses, avec seulement 12 femmes contre 260 hommes. Comme je le disais plus haut, je ne suis pas fervente de la parité au détriment de la qualité, cependant, lorsque l’on voit le nombre d’œuvres réalisées chaque année par des femmes et la proportion de femmes représentées en festival, il y a quand même un soucis. En comparaison, le nombre d’œuvres réalisées par des hommes et leur représentation dans ce type de manifestation est quand même extrêmement plus cohérente.

En réponse à ce manque dans les festivals les plus connus, depuis quelques années, il y a de nombreuses manifestations indépendantes qui se créent pour récompenser les femmes. Notamment le Prix Alice Guy dont je vous parlais juste au dessus qui permet de représenter presque une centaine de femmes réalisatrices sur l’année ou encore le festival Femmes en Cinéma à Paris. Un festival, créé en 1979, a pour but de récompenser et de mettre en avant les femmes réalisatrices du monde entier. Films de Femmes a lieu à Créteil depuis près de 40 ans et fait en sorte de mettre en avant le travail des femmes sur les courts-métrages, les films de fiction mais aussi en documentaire.

En ce qui concerne l’industrie interne (équipe technique, distribution, exploitation) l’écart de représentation est plus faible. Dans la production cinématographique de fiction, les femmes représentaient en 2016, 43,2% des effectifs contre 40,8% en 2009. On note que les postes occupés majoritairement par des femmes sont toujours ceux de scripte, assistante, coiffeuse, maquilleuse ou costumière. Dans le domaine de l’exploitation cinématographique, les femmes sont majoritaires puisqu’elles composent 51,6%.

Un collectif a vu le jour en 2018 pour analyser et dénoncer les inégalités dans l’industrie cinématographique. Le Collectif 50/50 souhaite créer un observatoire de la parité dans l’industrie du cinéma français afin d’analyser et de quantifier les évolutions. En 2018, lors du Festival de Cannes, le collectif a fait grand bruit. 82 femmes (actrices, réalisatrices, productrices etc) ont monté les marches ensemble. 82 femmes pour symboliser les 82 femmes sélectionnées en compétition officielle au festival depuis sa création contre 1688 hommes. Un texte percutant à été lu par Cate Blanchett puis repris par notre regrettée Agnes Varda.

« 82 femmes se tiennent sur ces marches aujourd’hui.
82 : c’est le nombre de films réalisés par des femmes invitées à concourir en Compétition officielle depuis la première édition du Festival, en 1946. Dans le même temps, 1 688 hommes ont pu grimper ces mêmes marches. En soixante-et-onze années de ce Festival si renommé, le Jury a été présidé par douze femmes seulement. La prestigieuse Palme d’or a été décernée à 71 réalisateurs, trop nombreux pour être cités un par un mais seulement deux réalisatrices : Jane Campion, qui est avec nous en pensée, et ma pomme, Agnès Varda. La palme de Jane était ex æquo, et la mienne honoraire… Ces chiffres sont éloquents, irréfutables. Les femmes ne sont pas une minorité dans le monde et pourtant notre industrie dit le contraire. Nous voulons que ça change. Nous sommes actrices, productrices, réalisatrices, scénaristes, directrices de la photographie, agents artistiques, monteuses, distributrices, exportatrices. Nous travaillons toutes dans l’industrie du cinéma. Nous sommes solidaires des femmes de toutes les industries. Nous mettons au défi nos institutions pour organiser activement la parité et la transparence dans les instances de décision et partout où des sélections se font. Nous mettons au défi nos gouvernements et nos pouvoirs publics d’appliquer les lois sur l’égalité salariale. Nous demandons l’équité et la réelle diversité dans nos environnements professionnels. Nous désirons travailler main dans la main avec nos collègues hommes, et prendre nos responsabilités pour créer derrière et devant la caméra des images dont nous croyons fermement qu’elles permettent la prise de conscience. Il est temps que toutes les marches de notre industrie nous soient accessibles.
Allons-y ! »

Texte lu par Cate Blanchett et Agnès Varda le 17 MAI 2018 sur les marches du Festival de Cannes

Une charte pour la parité et la diversité a été proposée par le collectif le lendemain de cet évènement. Le Festival de Cannes a été l’un des premiers à signer. Un an après, plus de 112 festivals ont signé cette charte. Il y a de nombreux éléments très intéressants que vous pouvez retrouver sur le site du collectif, notamment le bilan des assises sur la parité mais aussi des études sur la place des femmes dans le cinéma d’animation par exemple ou sur la parité derrière la caméra.

Pour mieux comprendre ces différences et la place des femmes dans cette immense industrie, je vous conseille une nouvelle fois d’écouter le podcast She Cannes présenté par Iris Brey (spécialiste du genre au cinéma). Elle discute de ces sujets avec des actrices, réalisatrices, productrices mais aussi avec l’ancienne présidente du CNC. C’est véritablement passionnant d’avoir des avis internes et des ressentis de femmes qui font partie intégrante de ce milieu.

La représentation des femmes sur grand et petit écran

Une autre question qui m’a beaucoup intéressé cette année c’est la représentation des femmes au cinéma. Et à ce niveau là, j’ai eu la sensation qu’un vent nouveau soufflait sur le cinéma. Au niveau international, j’ai vu de nombreuses œuvres proposer des personnages féminins à l’opposé des clichés auxquels on les associaient depuis des décennies. Désormais, la femme est souvent représentée comme un personnage fort, indépendant, libre. Et je ne parle pas uniquement des films indépendants, on note aussi une certaine évolution chez certaines grosses productions comme Disney ou Marvel. Je pense notamment au succès de La Reine des Neiges (dont le second volet à été co-réalisé par une femme d’ailleurs, Jennifer Lee) avec un personnage qui a d’autres soucis que de trouver un prince pour une fois et qui ne fini par mariée avec beaucoup d’enfants. On peut également citer un grand réalisateur, Yórgos Lánthimos qui a su mettre en avant trois femmes dans son univers déconstruit et fou avec La Favorite. Des femmes de pouvoir avec une sexualité libre et torturée à la fois : c’est une sacrée évolution de voir ce type de personnages au cinéma.

Dans les séries également, on a assisté à une révolution de la représentation des femmes. De nombreuses séries ont été créées avec des personnages principaux féminins : pouvoirs, criminalité, homosexualité, dépression ou liberté. Je pense notamment à Fleabag écrite et interprétée par Phoebe Waller-Bridge qui raconte avec humour la vie d’une trentenaire dynamique et sans langue de bois qui n’hésite pas a casser le quatrième mur, Gentleman Jack de Sally Wainwright qui remet en avant l’histoire vraie de Anne Lister, propriétaire terrienne homosexuelle en 1832 ou Killing Eve de Phoebe Waller-Bridge (encore) qui met en scène l’attirance obsessionnelle entre une agent du MI6 et une tueuse à gage.

Cette envie de remettre en avant les femmes, de questionner notre mémoire (femmes propriétaires ou artistes) et de détruire les clichés est également au centre de nombreux films français sortis cette année. Deux films m’ont marqué à ce niveau là : Une fille facile de Rebecca Zlotowski et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma.

Deux films au récit distinct mais qui montrent une représentation des corps cette fois, vraiment différente. Dans le film de Rebecca Zlotowski, la réalisatrice joue avec nos préjugés. Le titre du film peut s’apparenter au terme employé dans la société pour désigner une femme aux « mœurs légères ». Pour appuyer encore plus son idée, la réalisatrice a offert le rôle principal de son film à Zahia Dehar, ancienne escort girl. Le regard de Rebecca Zlotowski sur son actrice, son jeu avec le corps et la douceur de sa caméra : une belle démonstration du corps féminin, quel qu’il soit, et de ses libertés.

Dans Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma propose également une autre représentation du corps féminin. Le regard est également au centre de son film, le désir aussi, l’érotisme mais aussi les règles et l’avortement. On assiste à une représentation de la femme dans son entièreté, que ce soit dans ses désirs, sa sexualité, ses choix ou sa condition physique. Une représentation du corps sans aucune injonction et avec un regard brulant de réalité.

Noémie Merlant et Adèle Haenel dans Portrait de la jeune fille en feu de Celine Sciamma (2019)

J’aimerai beaucoup continuer cette analyse plus en profondeur, ce sera certainement le contenu d’un article plus complet qui sortira en 2020. En attendant, j’espère que cette petite rétrospective de mes constats faits en 2019 vous aura plu. N’hésitez pas à me partager votre ressenti par rapport à tout ça !

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