THE GENTLEMEN de Guy Ritchie : le retour de l’enfant terrible

Guy Ritchie, c’est un peu le cancre du cinéma. Vous savez, celui qui a du potentiel, des idées mais qui ne sait pas trop comment s’imposer. Alors il crie, il tape, il rate les cours et finit par devenir un faux gangster incompris. Il se retrouve seul face à lui même et il décide de tenter des choses. Alors il met en place son univers, un peu bancal au début mais avec des bonnes idées (Arnaques, crimes et botaniques en 1998 puis Snatch en 2000). Il essaie, il s’emballe (Sherlock Holmes en 2009) puis se perd (Code Uncle en 2015), rate sa course pour atterrir dans un monde qui ne lui convient absolument pas et qui lui fait faire des horreurs (Le Roi Arthur en 2017 puis Aladdin en 2019). Mais, un jour, c’est le genre de type qui débarque dans le bureau de son ancien CPE pour lui claquer la bise et lui montrer qu’il est devenu quelqu’un. Et c’est exactement ce que le réalisateur britannique Guy Ritchie est devenu : un vrai nom, dont on reconnait les erreurs mais qui nous offre ENFIN, son œuvre la plus complète.

The Gentleman, c’est le retour aux sources de l’enfant terrible, qui revient à ses premiers amours, avec la maturité et le recul d’un homme qui a vécu, qui a appris, qui a évolué, qui assume sa carrière et qui va faire fermer la bouche de tout le gratin hollywoodien qui le prenait pour un rigolo.

La recette parfaite

Guy Ritchie a ses petites habitudes. Son univers se développe depuis plus de 20 ans avec plus ou moins de réussite. La recette est simple : le monde des gangsters, de la drogue, de la violence et du pouvoir. Braquage, gangs, guerre de pouvoir, dealers : Ritchie a à cœur de faire vivre cet univers violent et décalé à sa sauce. Gros plans, violence au ralenti, personnages hauts en couleurs et dialogues grossiers : la recette de Ritchie s’est épuisée au fil du temps. Seulement voilà, après s’être un peu perdu dans les méandres d’Hollywood, reniant petit à petit son domaine de prédilection, Ritchie a décidé de se concentrer sur l’évolution et l’amélioration de son cinéma. Et, avec The Gentlemen, le réalisateur a réussit l’exploit de trouver la recette parfaite pour faire parler son art.

Avec une grande maturité et un recul certain sur son travail, Guy Ritchie nous propose un film au dosage irréprochable.

Contrairement à certains artistes à la carrière assez lisse, constamment récompensée et qui ne nous surprend plus : Ritchie est un cancre, un sauvage, un homme qui s’est perdu, a fait des erreurs qui ne sont absolument pas passées inaperçues. Mais il a le cran, le courage, les balls de revenir avec un grand film. Il manie l’écriture avec justesse, le dosage parfait d’un bon cocktail, entre sa grossièreté légendaire et un gangster au langage soutenu et intelligent. On est sur une recette pensée et réfléchie, avec une pincée d’auto dérision (cf les références à ses propres films), un casting 5 étoiles, des personnages forts et singuliers, un scénario simple mais solide et une mise en scène absolument délectable.

Il retrouve un film chorale, avec un casting zéro défaut. Après Brad Pitt dans Snatch, c’est aujourd’hui Matthew McConaughey qui incarne l’amour de Ritchie pour Hollywood dans le rôle d’un dealer de Marijuana qui a pris le pouvoir sur la ville. Pour le reste, c’est du (quasiment) 100% british. On retrouve Hugh Grant dans un rôle taillé sur mesure, celui d’un journaliste véreux qui narre l’histoire des gangsters en prenant quelques libertés et en essayant de sauver sa peau, et où il excelle. On (re)découvre Charlie Hunnam dans un rôle de bras droit aussi anglais que la reine elle même mais tout aussi dangereux que son patron. Mais aussi Colin Farrell qui use et abuse de son accent Irlandais pour donner à son personnage un coté encore plus décalé ou encore Michelle Dockery, seule femme au casting, qui interprête la femme de McConaughey aussi forte et intouchable que lui.

Un amour assumé pour son pays et sa culture, son cinéma et ses influences : entre hommage et auto réflexion, The Gentlemen est l’apogée de son art. On aime ou on déteste, mais on ne peut absolument pas renier l’intelligence et la maturité de Ritchie. Film dans le film, mise en abime du cinéma et de ses codes, Ritchie s’amuse et nous offre de nombreuses grilles de lecture de son œuvre. Les scènes de dialogues entre Hugh Grant et Charlie Hunnam sont exceptionnelles dans ce sens et sont le théâtre de la fabuleuse logique du cinéaste.

Digne héritier de Snatch, le retour de Guy Ritchie nous offre un film aussi fourni que solide. Ne boudant pas son amour pour le trash, il est sublimé, accentué mais sans jamais tomber dans la surenchère comme parfois cela a pu être le cas chez son prédécesseur. Entre écriture et mise en scène, Guy Ritchie a trouvé son équilibre pour un film réalisé aux petits oignons !

The Gentlemen

Le chic anglais

L’humour anglais, c’est certainement la meilleure chose au monde. J’ai jamais autant ri que lorsque j’ai découvert le monde des comédies anglaises. Cet humour un peu chic, aux dialogues aiguisés et au comique de situation délicieux : les anglais savent y faire ! Guy Ritchie a toujours essayé d’aller à contre coup de cette culture un peu guindée. Avec son vocabulaire grossier et ses grosses claques dans la face, c’est sur qu’on était loin de l’élégance royale ! Malgré tout, il avait toujours cet amour pour sa culture et ses références. Dans The Gentlemen, le réalisateur britannique assume enfin et propose un savant mélange entre le chic anglais et son amour pour le trash. En s’appropriant les codes de la comédie anglaise, Ritchie réinvente totalement son univers tout en gardant les bases. Costumes typiquement anglais, baston à l’américaine, menaces en langage soutenu, insultes à coup de matraques : l’équilibre est parfait.

The Gentlemen

L’écriture de ce film est très aiguisée, soutenue, intelligente (les sous titres sont extrêmement bien réussis et c’est à souligner, je ne sais pas ce qu’il en est du doublage FR mais j’espère vraiment qu’il est bon, sinon il risque de détruire le boulot de Ritchie) et donne à l’humour de Ritchie une toute autre portée. Les punchlines sont exquises et la musicalité des dialogues est véritablement incroyable.

Certaines scènes sont vraiment d’excellents modèle de style : entre dialogues au vocabulaire soutenu et insultes de charretier, le dosage est aussi réussi qu’improbable et donne au film une toute autre intensité.

Il cumule également les références culturelles de son pays qu’il mélange habilement avec celles du cinéma américain: l’agent secret le plus célèbre d’Angleterre est clairement l’influence du générique de début et se heurte à la figure du Parrain avec la silhouette de Al Pacino savamment copiée pour introduire le personnage de Fletcher (interprété par le génial Hugh Grant).

Hugh Grant dans The Gentlemen

Intelligent, mature, cinéphile, chic : The Gentlemen met tout le monde au pied du mur. Guy Ritchie vient de prouver la maitrise de son univers, avec un talent qu’il n’est plus possible de contester.

En salles depuis le 5 Février 2020.

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