MES JOURS DE GLOIRE de Antoine de Bary : tendre portrait d’une génération

Pour son premier long métrage, Antoine de Bary retrouve Vincent Lacoste, avec qui il avait déjà tourné son court métrage « L’enfance d’un chef » en 2016 sur un comédien très populaire se retrouvant obligé de composer avec l’indépendance, la rupture familiale et la solitude.

Quatre ans plus tard, le réalisateur reprend son histoire de comédien à succès là où il l’avait laissé. Vincent s’appelle désormais Adrien et le succès est très loin derrière lui. De Bary reprends l’idée du film sur Charles de Gaulle comme fil conducteur et nous plonge alors dans le quotidien désabusé de cet enfant star. Adrien n’a plus d’argent, plus d’ambition, de projets et se débat avec la vie. Doucement mais surement, l’acteur va sombrer, en passant du rire aux larmes, dans une dépression sévère que personne ne remarquera.

Vincent Lacoste, après nous avoir prouvé son talent dans de nombreux registres, se retrouve seul à porter un film aussi complexe. Antoine de Bary, et son coscénariste Elias Belkeddar, parviennent avec subtilité à dresser un parallèle entre le personnage d’Adrien et celui du jeune De Gaulle pour lequel il passe un casting. On se retrouve face à une jeunesse perdue, soumise à tant de possibilités qu’elle ne sait plus où aller et, en parallèle, on revit les enjeux du monde d’hier qui a grandement contribué à notre vie d’aujourd’hui. 

Avec une écriture douce, subtile, quotidienne, Mes jours de gloire nous embarque dans la vie de cet enfant star, désabusé, déconnecté et qui tente malgré tout d’être ce qu’on attend de lui. Le film est drôle, par petites touches, et nous surprend par sa douce transition vers une analyse plus sombre des souffrances du personnage.

Pour le jeune Adrien, rien n’est important, et il bascule doucement dans une indifférence à sa propre existence. Comme endormi face au monde qui l’entoure, il ne semble rien ressentir et se laisser porter par les jours qui passent. Pourtant, autour de lui, tout explose : il perd son appartement, ses parents divorcent sans même l’en informer, il n’a plus d’argent, plus de boulot à part des essais pour un grand film mais qui ne sont pour l’instant pas concluants, des problèmes d’érection etc. Le film est une subtile analyse du passage à l’age adulte et de l’impact de de cette transition sur le développement de cette génération. Loin du mélodrame, le film nous permet d’accompagner ce personnage dans les méandres de la dépression qui s’installe petit à petit. 

Vincent Lacoste est beau, touchant et incarne parfaitement la désinvolture de son personnage, coincé entre son statut d’enfant star et celui d’adulte qui ne parvient pas à gérer ses responsabilités. Adrien représente une jeunesse perdue, à peine trentenaire, qui ne sait plus où elle doit se positionner. Une jeunesse pour qui tout va trop vite et qui finit par ne plus rien prendre au sérieux. En basculant, petit à petit, vers un mal être inexplicable pour la plupart, Adrien va retrouver son envie de vivre et d’avancer dans un centre spécialisé. Sans mélodrame, sans musique dramatique, Antoine de Bary fait basculer son film dans une analyse touchante des blessures de cette génération. Avec un humour subtil, il questionne la masculinité, les non-dits, les relations familiales, la pression sociale et nous offre un véritable bijou de cinéma. 

Le reste du casting est assez oubliable, ils accompagnent le personnage mais leur prestation n’est pas assez forte. Ils sont secondaires, et se fondent dans le quotidien du personnage principal. On s’ennuie un peu parfois, mais j’ai rarement apprécié cela au cinéma et là, l’ennuie fait partie de l’œuvre. Adrien est perdu, perturbé, seul et en constant manque d’attention. Il se perd dans des journées et des nuits souvent sans intérêt. Et le réalisateur propose une mise en scène et une composition très belle autour de cette existence qui semble vide de sens.

Je vous encourage fortement à découvrir ce film, autant pour soutenir un premier film ambitieux et réussit, que pour apprécier encore une fois le talent de Vincent Lacoste. Et si Mes jours de gloire ne vous intéresse pas plus que ça, prenez le temps de visionner quelques films de la filmographie de ce jeune prodige, car je vous le redis : il en existe peu des comme lui ! 


Mes jours de gloire réalisé par Antoine de Bary, avec Vincent Lacoste, en salles depuis le 26/02/2020. 

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