Jordan Peele, le nouveau maitre de l’horreur ?

Jordan Peele est un nom dont vous avez certainement déjà entendu parler depuis quelques années. GET OUT, son premier film, sorti en 2017 fut un énorme succès critique et public. Il signe alors un nouveau genre d’horreur, sur fond de racisme latent et d’un univers familial très glauque. Ce film annonçait déjà l’univers du réalisateur qui nous offre donc son deuxième long-métrage en 2019 avec US, sorti le 20 mars dernier qui se base cette fois sur le thème du double et du quotidien corrompu par l’angoisse. Retour sur les points qui, à mon sens, font de Jordan Peele un réalisateur à suivre avec intérêt.

L’univers particulier de Jordan Peele

En 2017, on découvrait le premier film d’un réalisateur inconnu au bataillon et qui a très vite fait parler de lui. GET OUT fut un triomphe incroyable auprès du public et des critiques notamment pour sa modernité. Un réalisateur qui modernise l’horreur, remet sur le devant de la scène le cinéma afro-américain et expose au monde son talent incroyable pour l’écriture. Oscarisé pour son scénario, GET OUT raconte la rencontre entre Chris et la famille de sa petite amie. Couple mixte, Chris et Rose sont donc accueillis dans la propriété des parents de la jeune fille. Très vite, l’ambiance se corse et Chris découvre avec horreur que sa couleur de peau n’est pas son alliée. Un film sur fond de racisme qui modernise totalement le genre. Il était naturel d’être alors excité par le nouveau projet de Peele sorti cette semaine en France. US est un projet totalement différent du premier. Déjà, le film a couté cinq fois plus cher que le premier. Le triomphe de GET OUT a permis à Jordan Peele d’obtenir quasiment 22 millions de dollars pour réaliser son deuxième film. Un budget qui engendre forcément de nombreux changements : plus de libertés, plus de temps (tournage, réflexion, écriture), plus de choix et de moyens (BO incroyable avec The Beach Boys, NWA etc). US raconte l’histoire de Adelaide Wilson qui revient dans la maison de son enfance à Santa Cruz, avec sa famille. Un traumatisme lié à son enfance refait surface très vite et de nombreuses coïncidences se produisent dans son quotidien. Un soir, une famille se présente à sa porte avec des intentions malveillantes. Une famille ressemblant trait pour trait à la sienne… Un combat acharné va alors avoir lieu entre chaque membre de la famille et son double. US (« nous » ou « united states ») est profondément malaisant. Jordan Peele s’attaque à une angoisse profonde présente chez chaque personne : soi même. Mêlant le quotidien corrompu par l’horreur, la part d’ombre présente en chacun de nous et des éléments politiques liés à son pays : le réalisateur crée avec intelligence une œuvre multiple et totalement unique.

Retour sur ce qui fait l’originalité de son travail

Dans un premier temps, l’une des choses qui caractérise le travail de Jordan Peele au sein de ses deux premiers longs-métrages c’est la gestuelle. C’est une façon pour le réalisateur de montrer l’étrangeté des personnages et d’accentuer le malaise pour le spectateur. Il ne filme pas des monstres, des esprits ou des psychopathes. Il filme des êtres humains et l’horreur qui en ressort vient principalement du quotidien, des gestes, de la parole : de tout ce qu’il peut modifier pour rendre ça étrange et inquiétant. Dans GET OUT, ce sont les serviteurs de la famille de Rose qui provoquent cette étrangeté au fur et à mesure. Ils se tiennent très droits, parlent de manière presque robotique, ont un regard fixe parfois vide : ils amènent rien que part leur gestuelle une ambiance dérangeante qui entraine Chris à se poser des questions et titille le regard du spectateurs. Dans US, la gestuelle des « reliés » (les doubles) est inhumaine. Ils sont soit très statique soit animal (notamment le double de Jason qui se déplace sur les quatre membres comme un chien ou un félin). La plupart se déplacent par étapes, leur corps n’est pas fluide. Leur visage n’exprime pas d’émotions particulières. Ils sont très sauvages, leurs yeux sont grands ouverts et leur sourire malsain et fixe. Leur manière de parler est également très singulière. La plupart ne savent pas s’exprimer correctement, ils émettent des sons ou des cris. Red, le double d’Adelaide est la seule à parler mais son débit de paroles est entrecoupé de râles, sa voix est brutale et grave etc. La gestuelle et le corps de ses personnages est donc un aspect très important dans le travail de Jordan Peele. Il filme des être humains et par ce choix au niveau du jeu du corps, ils leur donnent une dimension inhumaine et extrêmement perturbante.

Lupita Nyong’o dans US de Jordan Peele (2019)

Le deuxième point sur lequel Jordan Peele se base pour créer l’ambiance de ses films c’est la musique : dans ses deux films, il choisit une musique très singulière. Il travaille avec Michael Abels dans les deux cas. Un compositeur qui est spécialisé dans les représentations en orchestre et influencé par le jazz, le blues et l’opéra. Il a réussi un travail incroyable qui colle parfaitement à l’univers de Jordan Peele, qui est à ce jour le seul cinéaste avec qui il a travaillé (exemple de son travail avec le thème principal de US ci dessous). Dans GET OUT la musique accompagne les scènes intrigantes et angoissantes : la scène d’hypnose, le moment où Chris découvre les photos de sa petite amie avec d’autres hommes noirs, etc. La musique se comporte presque comme un personnage à part entière avec des voix masculines très étranges qui rappellent les personnages autour de Chris. Elle s’adapte au scénario et raconte à elle seule quelque chose à chaque fois. Dans US, elle se mêle également aux moments d’angoisses avec des instruments à cordes qui font grincer des dents et des bruits humains qui rappellent la manière de s’exprimer des « reliés ». De plus, la musique de début dans la voiture est reprise à la fin du film dans un autre contexte et une autre interprétation et se mêle donc elle aussi à l’histoire du double. Il semble donc que chez Peele, le travail avec son compositeur soit réellement quelque chose de réfléchit et de très important dans la composition de son œuvre et de son propos.

Thème principal du film US

La troisième chose qui montre le talent incroyable de Peele pour le genre dans lequel il a choisit d’inscrire ses deux premiers films c’est le choix de l’horreur frontale. Il ne joue pas sur les ombres, les surprises etc. A part quelques jump scares ( principe qui recourt à un changement brutal intégré dans une image pour effrayer brutalement le spectateur par exemple un visage monstrueux qui apparait par surprise à l’écran ou une ombre passant en arrière plan etc) notamment dans GET OUT, l’horreur est totalement frontale. L’ambiance se construit au fur et à mesure principalement grâce au jeu des acteurs et l’utilisation de la musique (comme dit ci dessus) mais l’horreur en elle même n’est pas cachée. Elle est dans chaque plan, dans chaque image ou séquence. Il se base sur l’angoisse, l’inquiétant qui émane d’une chose qui pourrait sembler normale mais qui ne l’est absolument pas. Le miroir, les doubles, les photos, les armes, les personnes, les instants du quotidien, les regards: tout ce qui semble anodin se retrouve corrompu par l’horreur que Jordan Peele souhaite y mettre. Et c’est là l’originalité des ces deux œuvres qui se retrouvent totalement à l’opposé des derniers succès , au box office, du genre comme Ça (2017), La Nonne (2018), Conjuring (2013 et 2016) ou encore Sans un bruit (2018) qui basent tous leur succès sur les codes classiques de l’horreur de ces dernières années à savoir les esprits, les jump scares, les traumatismes d’enfance ou les créatures monstrueuses.

Daniel Kaluuya dans GET OUT (2017)

Ce qui m’amène aux derniers points, qui vont de pairs et qui, pour moi, sont les plus importants et les plus représentatifs de la réussite de Jordan Peele : l’écriture et la réalisation. Oscarisé pour le scénario de GET OUT, le réalisateur ne fait qu’élever sa réputation avec US. L’écriture est vraiment le point le plus fort de ces œuvres. Le scénario de base est extrêmement bien construit et original. Mais les sous textes (racisme, politique, psychologie, etc) sont une des obsessions du réalisateur et il excelle dans ce domaine. Il s’y perds aussi parfois, comme dans US, où à mon sens il a laissé son imagination et ses idées dicter son film quitte à ne pas proposer de réelle résolution à son histoire. Mais c’est justement ça qui le rend si intéressant. Ses œuvres fourmillent d’idées et d’interprétations. Des idées qui sont royalement accompagnées par une réalisation vraiment impressionnante. Dans US par exemple, davantage encore que dans GET OUT, on sent que Peele à souhaité raconter les choses aussi via l’image. Le point de vue de la petite fille dans la fête foraine, les plans symboliques (la famille qui arrive sur la plage avec les ombres qui sont projetées sur le sable et le masque du gamin vers le haut, le générique, etc) ou les plans séquences qui accentuent l’angoisse de la famille ou la gestuelle particulière des « reliés » : tout est réfléchit au millimètre. Il offre des plans d’une beauté sombre et malsaine. Le cadrage de ses personnages en dit beaucoup aussi sur l’histoire qu’il souhaite raconter : beaucoup de plans avec les reliés en arrière plan, gros plan sur les visages qui s’observent, cadrage pour accentuer la duplicité (miroirs, vitres, split screen, etc). Il y a une réflexion complète sur son travail et c’est ce qui le rends aussi appréciable et intéressant.

Personne n’est parfait : l’humour, le point le moins convaincant de ces deux œuvres

Le seul point qui me frustre un peu dans son travail c’est l’humour. Beaucoup moins présent et surtout plus subtil dans Get Out notamment avec les réflexions racistes et décalées des invités au début ou les discussions entre Chris et son meilleur ami, l’humour est presque centrale dans US. Un humour parfois potache (répliques du père de famille notamment) qui est en décalage total avec l’ambiance du film. Il faut savoir que Jordan Peele est un ancien humoriste qui travaillait à la télévision. L’humour fait donc partie de sa formation et de sa créativité. Cependant, je m’attendais peut être à un humour plus noir que ce qu’il propose. Certains dialogues sont clairement faits pour faire rire et ça marche (nombreux éclats de rire dans la salle) mais cela diminue parfois l’impact angoissant du film. Cela rend certainement les personnages plus sympathiques et accentue le quotidien normal des humains avec une ambiance familiale détendue. L’humour au début du film n’est donc pas contraire au propos du film. Ce qui me dérange c’est son utilisation tout au long de l’histoire. Est-ce une manière de réfléchir également sur ce comique morbide souvent utilisé dans d’autres œuvres devenues cultes (Scream ou Scary Movie notamment) ? Peut être, mais cela ne m’a pas paru très bien amené pour le coup et m’a parfois profondément dérangé dans mon approche du film.

Lupita Nyong’o and Jordan Peele on the set of Us, written, produced and directed by Peele.

A mon sens, Jordan Peele est un réalisateur intimement intéressant. L’horreur est revisitée, exit les éclaboussures de sang et les jump scares toutes les dix minutes, il se lance dans le quotidien angoissant et les sous textes profondément malaisants mais souvent emprunt de vérité. Inspiré par les premiers films psychologiques (Hitchcock, Spielberg ou Kubrick) auxquels il rend hommage notamment dans ses génériques très vieillots, il modernise l’angoisse avec une écriture précise et intelligente ainsi qu’une réalisation impeccable. Un réalisateur à suivre et qui fait partie de la nouvelle génération de cinéastes américains qui tentent de raconter notre monde actuel avec originalité et réflexion.

Bande annonce de US, en salles depuis le 20 mars 2019

Lien vers un article qui me semble assez intéressant pour mieux cerner Jordan Peele ou tout simplement aller plus loin.

https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/03/19/us-jordan-peele-tend-un-sombre-miroir-a-l-amerique_5438005_3246.html


Liens vers des critiques plus précises sur chacun des deux films

REGARDS CONFINÉS #3 : l’enfer c’est les autres

Les amis, on y est : ce soir, après un mois enfermés, notre confinement va être reporté et dieu seul sait pour encore combien de temps. Alors pour vous aider à garder le cap et à RESTER CHEZ VOUS, je vous ai concocté une petite sélection pour vous rappeler à quel point les gens sont pas si chouettes que ça. Je vous assure, vos voisins, vos amis, votre conjoint ou même votre famille : c’est loin d’être un cadeau parfois. Alors pourquoi avoir envie de sortir alors que vous êtes si bien avec vous même ?

Petite sélection pour vous montrer à quel point….l’enfer, c’est les autres ! 😀

1. Les voisins, c’est creepy

Funny Games US de Michael Haneke est un remake du film éponyme de 1997 réalisé…par Haneke lui même. Un remake plan par plan qui est également son premier film en anglais et tourné aux Etats Unis. Pour vous resituer, le film raconte l’histoire d’une famille qui se rend dans sa résidence secondaire afin d’y passer l’été. A peine sont ils arrivés, Peter, un invité de leurs voisins, se présente afin d’emprunter des œufs. A partir de cet instant, les choses vont prendre un tournant absolument terrifiant.

Le film de 1997 est incroyable, entendons nous bien. Mais la version US est plus moderne et surtout, elle est portée par un casting absolument parfait. Tim Roth et Naomi Watts sont incroyables de justesses et apportent une profondeur impressionnante au film de Haneke. Funny Games est un thriller psychologique extrême qui vous plonge dans vos pires cauchemars. D’une justesse scénaristique exceptionnelle, c’est l’un des films les plus malaisants que j’ai pu voir.

Conclusion : gardez vos œufs pour vous, et n’ouvrez pas à vos voisins !

ATTENTION : c’est un film à ne pas regarder si vous êtes trop sensibles, et je précise qu’il a été interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie.

2. Sécurité routière

Duel de Steven Spielberg est un film qui vous fera passer l’envie de prendre la route en ces temps de confinement. Sur une route déserte, un homme se retrouve confronté à un énorme camion qui, pour une raison obscure, à décidé de le prendre en chasse. Un scénario simpliste qui donne lieu à une œuvre incroyable et qui vous donnera de sacrées sueurs froides.

Vous allez laisser la voiture au garage après ça, c’est moi qui vous le dis !

3. « Ohana », ou pas

Festen est l’un des films qui ne me fait ABSOLUMENT PAS regretter de ne pas avoir de grands diners de famille. Thomas Vinterberg est un réalisateur danois que j’affectionne particulièrement et qui a un talent d’écriture époustouflant. Dans ce film, sorti en 2018, il met en scène une fête de famille qui va se transformer en règlement de comptes. Avec une esthétique et un scénario assez classiques, Vinterberg parvient à faire éclater la violence dans toute sa splendeur. Délectable.

Après ça, vous ne pleurerez plus sur votre repas dominical manqué pour cause de confinement. Un petit coup de fil c’est largement suffisant non? 😉

4. Les retrouvailles de l’enfer

Harry, un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll est le premier film que j’ai vu, seule dans mon salon, il y a une vingtaine d’années. J’étais une enfant, je n’avais pas tout compris mais il m’a marquée profondément. Quelques années plus tard, je l’ai revu, et le malaise était toujours présent. Un film français particulièrement bien écrit, qui raconte comment un homme va s’immiscer dans la vie d’un couple, prétendant vouloir renouer des liens avec son ami d’enfance. Un cauchemar porté par l’incroyable mais terrifiant Sergi Lopez (César du meilleur acteur pour ce rôle), qui m’a fait frissonner pendant des années. De quoi vous faire réfléchir à deux fois avant de vouloir renouer avec n’importe qui !

5. Permis de tirer

La chasse de Thomas Vinterberg, oui encore lui, est l’un de mes films préférés. Pour son réalisateur, certes, qui impose une nouvelle fois son talent à l’écran. Pour son casting, car tout le monde connait mon amour inconditionnel pour Mads Mikkelsen qui livre ici une prestation incomparable. Mais aussi, et surtout, pour ce scénario et cette ambiance indescriptible. Quand tout un village se retourne et s’acharne contre un seul homme, qui dit la vérité? Où est la limite entre perversion et dénonciation? Quand s’arrête le besoin de justice pour laisser place à une vengeance aveugle? La chasse est un film qui retourne, qui vous tord le bide et qui vous laissera sur le carreau sans ménagement. Bon courage.

6. L’amour est aveugle

Get Out de Jordan Peele, ou comment la rencontre avec la belle famille pour tourner au cauchemar. Le premier film du nouveau maitre de l’horreur est aussi politique que dramatique. Un jeune homme noir se prépare à rencontrer la famille assez conservatrice de sa petite-amie. Une rencontre au sommet, qui nous plonge sans vergogne dans un monde absolument détestable. Un véritable coup de poing qui se foire un peu sur la fin mais qui vaut le détour ! Comme quoi, faut bien choisir vos crushs les amis !

Le film sera dispo sur Netflix prochainement et si vous voulez mon avis plus en détails, j’ai écrit un dossier entier sur Jordan Peele, juste ICI.

7. Moldus, prenez garde

On change de registre, avec Secrets de famille de Niall Johnson qui est une comédie anglaise comme on les aime. Avec un casting cinq étoiles (Maggie Smith, Kristin Scott Thomas, Rowan Atkinson etc), ce film est un petit bijou de comédie. Une famille totalement à l’abandon, un pasteur improbable et une gouvernante quelque peu…radicale, interprétée par notre chère Maggie Smith : un cocktail explosif pour une réussite absolue ! Drôle, profond et incroyablement bien écrit, Secrets de famille est un film qui fais du bien, mais qui donne également bien envie de rester chez soi, au chaud et d’envoyer balader tout êtres humains qui oserait vous approcher.

8. Home Alone….enfin, pas tout à fait.

La Famille Tenenbaum, évidemment, ne pouvait pas ne pas apparaitre dans cette sélection. La comédie improbable de Wes Anderson est l’exemple même de l’enfer en famille ! Un père insupportable, prétendument malade, tente de renouer avec ses enfants et s’invite dans la maison familiale. S’en suit une avalanche de règlements de comptes, d’humour et de grincements de dents. Avec encore un casting merveilleux que vous allez adorer détester, La Famille Tenenbaum est loin d’être une comédie comme les autres. Une cohabitation insupportable à voir et à vivre, qui va vous faire apprécier votre solitude pendant quelques temps !

9. Amen !

Joyeuses Funérailles de Frank Oz est une de mes comédies anglaises préférées. Le parfait dosage entre humour noir, violence, comique de situations et écriture aiguisée. De quoi rire un bon coup face à l’absurdité de certaines réunions de famille qui tourne mal.

Et voilà, j’espère que cette sélection vous aura plu et vous aura permis de relativiser et vous dire que, finalement, les autres, ils nous manquent pas tant que ça 😛

Et si au contraire, vous sentez que vous allez craquer et que vous avez grandement besoin de vous évader, j’ai consacré le numéro précédent à la liberté : juste ici !

Tenez le coup, et on se retrouve très vite pour un nouveau numéro ! En attendant, n’hésitez pas à partager cet article et à me dire quels sont vos films favoris parmi la sélection. 😉

CALENDRIER DE L’AVENT #23 – Les acteurs/actrices qui ont marqué l’année

Les Oscars auront lieu en Février certes, mais pour ces derniers jours de l’année, j’avais envie de vous confier mes propres nominations. Et il y en a quelques unes qui risque de surprendre !

  • Olivia Colman pour The Favorite de Yorgos Lanthimos et The Crown S3 par Peter Morgan

Olivia Colman, c’est une des actrices qui m’épate le plus. Son charisme, son talent et sa prestance font d’elle une des actrices les plus impressionnantes de ces dernières années. Et cette année particulièrement, j’ai été ravie de la voir autant sur le devant de la scène et dans des personnages de haute gamme. Dans The Favorite, aux cotés de Rachel Weisz et Emma Stone, elle crève l’écran dans ce rôle de reine dépendante et colérique.

Olivia Colman dans The Favorite

On la retrouve quelques mois plus tard dans la saison 3 de The Crown où elle reprend le rôle de la reine Elisabeth II. Une prestation profonde et touchante qui m’a clairement confirmé mon amour pour Olivia Colman et son talent !

Olivia Colman dans The Crown Saison 3
  • Michael Sheen pour Good Omens

Dans mon top des séries 2019 (à lire juste ) on retrouve GOOD OMENS ! Cette série complétement folle portée par le duo David Tennant et Michael Sheen. Et ce dernier m’a complétement bluffé ! Je l’avais rarement vu à l’écran (contrairement à D.Tennant qui n’a plus rien à prouver) et j’ai été incroyablement séduite. Prestance, humour, talent : une belle surprise qui mérite grandement d’être mise en avant !

  • Christian Bale pour Vice de Adam McKay

Je vous en parlais dans ma critique complète du film (à lire ici) mais la prestation de Christian Bale dans le rôle de Dick Cheney m’a impressionnée. Au delà de la transformation physique qui est assez familière chez lui, c’est vraiment son appropriation du personnage qui m’a bluffée. Il interprête un monstre politique, sombre et profond. Avec une précision incroyable, Christian Bale prouve une nouvelle fois son talent fou et ses capacités de transformation.

  • Jodie Comer pour Killing Eve

Également présente dans mon top des séries de l’année, Killing Eve est vraiment une belle surprise. Mais celle qui m’a le plus charmée c’est la jeune Jodie Comer dans le rôle de Villanelle. Le personnage de tueuse à gage immature, touchante, drole et totalement folle lui sied à ravir. Certaines scènes sont incroyables et Jodie Comer montre un talent fou pour passer de la comédie au thriller en un rien de temps. Elle est touchante et hilarante mais aussi effrayante par moment.

La jeune actrice a déjà reçu de nombreux prix pour sa prestation et c’est amplement mérité. Son personnage est extrêmement bien écrit certes, mais sa prestation laisse véritablement admiratif.

  • Robert Pattinson pour The Lighthouse de Robert Eggers

Qui aurait cru que Robert Pattinson ferait un jour parti de ma sélection des acteurs marquants ? Je ne vous cache pas que je n’ai jamais vraiment apprécié cet acteur. Sans parler forcément de ses débuts qui l’ont suivi pendant trop longtemps, il ne m’a jamais vraiment touché. Et cette année, dans The King notamment, il m’a de nouveau laissé de marbre. Comment se fait il alors que sa prestation dans The Lighthouse m’ait surprise à ce point? Ma critique du film vous expliquera peut être plus en détails mon avis.

En effet, dans le dernier film de Eggers, Robert Pattinson partage l’affiche avec le grand Willem Dafoe et crève l’écran à sa façon. Je l’ai trouvé extrêmement juste et impressionnant dans cette descente aux enfers et cette appropriation de la folie. Une belle prestation que je me devais de mettre en avant!

  • Adam Driver pour Marriage Story de Noah Baumbach

Ce film, diffusé sur Netflix depuis le début du mois de Décembre, a été une véritable révélation. Je n’ai pas eu le temps d’en parler plus longuement mais croyez-moi, il vaut le coup d’oeil. Marriage Story raconte l’histoire d’un divorce, d’un couple qui se sépare, qui s’aime mais ne s’entend plus, qui subit son histoire et souffre des rouages des sentiments. Noah Baumbach nous propose un récit fort, profond mais finalement plein d’espoir. Et pour porter cette fable romantique et parfois fataliste, le réalisateur a misé sur deux monstres du cinéma. La merveilleuse Scarlett Johansson et le grand Adam Driver. Pour l’une, c’est une nouvelle fois un coup de maitre tant son talent et sa douceur explosent à l’écran. Pour l’autre, c’est une preuve (s’il en fallait une nouvelle) qu’il fait partie des grands acteurs de sa génération. Adam Driver propose une interprétation quasiment parfaite de cet homme aux défauts et aux fêlures immenses. Deux scènes sont particulièrement impressionnantes : celle de la dispute et celle du chant. L’acteur crève l’écran dans une simplicité déconcertante.

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  • Lupita Nyong’o pour US de Jordan Peele

Pour finir, je voulais absolument revenir sur US de Jordan Peele. Le film n’a pas fait l’unanimité mais, pour ma part, je lui ai trouvé de nombreuses qualités. J’ai même écrit un dossier complet sur le cinéma de Jordan Peele, que vous pouvez lire juste ici.

Cependant, ce qui nous intéresse ici c’est son interprète principale. Lupita Nyong’o joue ici deux rôles bien distincts et qui, pourtant, se ressemblent trait pour trait. Dans le film, elle se retrouve face à son double maléfique. Elle endosse alors à l’écran le rôle d’une mère de famille forte mais fragile et d’une sorte d’entité malfaisante et dérangée. Une sacrée prestation qui laisse véritablement admiratif !

J’espère que ma sélection vous a plu. N’hésitez pas à me partager vos coups de coeurs de l’année ! On se retrouve demain pour l’avant-dernier article de mon calendrier de l’avent !

MA de Tate Taylor : un thriller maladroit

Les studios Blumhouse sont connus pour être les rois des films d’horreur ou de suspens à succès depuis de nombreuses années. C’est à eux que vous devez notamment GET OUT et US de Jordan Peele (dossier dispo sur le blog), SINISTER de Scott Derrickson ou même le SPLIT de Mr Night Shyamalan. Ils ont également produits de nombreux films « franchise » comme la saga Paranormal Activity, Insidious ou American Nigthmare. Une boite de production créée par Jason Blum qui a su se faire un nom depuis presque vingt ans. L’annonce d’un nouveau film produit par Blum n’était donc pas forcément synonyme d’intérêt pour moi. Jusqu’à ce que l’équipe autour du film se fasse connaitre … : Tate Taylor aux commandes et surtout, Octavia Spencer en tête d’affiche. Deux noms qui ont su attirer mon attention. Octavia Spencer est une actrice que j’aime énormément et que vous avez du voir, récemment, dans Hidden Figures de Melfi en 2016 ou The Shape Of Water de Del Toro l’année suivante. Mais elle a surtout été médiatisée en 2011 pour son Oscar reçue grâce à sa prestation dans La couleur des sentiments réalisé par… Tate Taylor ! Un film certes imparfait mais qui est une très belle adaptation du roman du même nom et qui a su toucher le monde entier. Retrouver ses deux noms dans une production Blumhouse m’a paru surprenant et du coup, assez intéressant.

MA ça parle de quoi? Un groupe de jeunes cherche à acheter de l’alcool sans se faire prendre. Sue Ann, une femme solitaire, accepte et leur propose même de faire leurs petites fêtes chez elle afin de boire de manière plus « sécurisée ». Une sorte d’amitié se créée alors entre Sue Ann, « Ma », et les lycéens. Une amitié à sens unique, qui va s’avérer malsaine et qui va provoquer des évènements dramatiques. Sue Ann semble connaitre les parents des jeunes qu’elle accueille et le lycée ne lui es pas inconnu. Que cache cette femme seule et intrusive ?

Je vous conseille d’ailleurs de ne pas regarder la bande annonce qui dévoile beaucoup (trop) de choses et qui risquerait de gâcher les quelques surprises du film.

MA est vendu comme un film d’horreur mais, navrée de vous décevoir, il ne fait pas vraiment partie de la famille des œuvres d’épouvantes. Malgré quelques petits bonds et un peu de sang en fin de séance, vous n’aurez pas à vous inquiétez pour votre sommeil en rentrant chez vous. Bien plus thriller qu’autre chose, c’est un film qui manque de profondeur, de crédibilité et de rythme. Malgré un thème plutôt intéressant, le harcèlement scolaire poussé à l’extrême et des conséquences que cela peut avoir sur le long terme, le film rate ses effets avec une absence presque totale de tension et son manque de prise de risques.

Octavia Spencer est cependant délicieuse dans ce rôle de psychopathe touchante et on sent qu’elle s’éclate dans ce nouveau type de personnage. Certaines scènes sont réellement malaisantes voir glauques et elle excelle dans ce nouveau genre. Quelques flashbacks bienvenus expliquent petit à petit la folie qui s’empare du personnage et le film tombe (dans sa dernière partie) clairement dans un coté plus gore. Malheureusement, l’actrice principale est la seule valeur ajoutée du film. Le scénario est lent, pas vraiment très crédible (la crédulité des jeunes, la montée trop rapide de la violence, le lien maladroit fait entre Ma et ses anciens camarades etc) et la tension a du mal à prendre. La dernière partie du film est assez bien rythmée mais elle arrive un peu de nulle part. Le personnage de Ma est vraiment la seule vraie réussite du film. Complexe, touchant et effrayant à la fois : elle parvient à créer un personnage ambiguë mais totalement angoissant qui finit par perdre pied dans sa folie.

Une ambiguïté que l’on retrouve également dans les sous-textes sociaux du film, et c’est un peu plus dérangeant. Le thème du harcèlement scolaire est loin d’être moderne mais il est actuel, et son traitement est plutôt bien amené. Cependant, on tombe encore une fois dans un système de vengeance et le message du « donnant-donnant » est assez fatiguant à la longue et surtout, pas vraiment formateur à l’heure actuelle. De plus, la place des femmes est également assez maladroit et sans nuances : elles sont soit passives, soit des trainées alcooliques soit des victimes. Seul l’acte final de Maggie, l’adolescente principale, appuie le fait que les femmes d’aujourd’hui ne regarde plus les choses sans agir. Une morale finale assez maladroite encore une fois et qui ne fonctionne pas vraiment.

Malgré un thème assez intéressant et un personnage principal vraiment bien traité, MA peine à nous satisfaire. La séquence de fin, plutôt gore, est vraiment là pour que le spectateur ai l’impression d’en avoir pour son argent. Mais elle n’était pas vraiment nécessaire. La psychologie du personnage de Sue Ann était tellement intéressante qu’il est presque dommage de l’avoir embarquée dans un final totalement irrationnel et violent. Le traumatisme qu’elle a vécu est profondément ancré en elle et son désir de vengeance n’apparait que parce qu’elle trouve l’opportunité de le laisser sortir. Cependant, il n’est pas prémédité ni réfléchit. Elle bascule dans la vengeance après plus de vingt ans alors qu’elle vivait dans la même ville que ses agresseurs depuis la fin du lycée. La crédibilité et la logique des actes des personnages est donc assez mal amené par le scénario qui aurait pu prendre une tout autre direction si l’idée de base n’avait pas été d’en faire un film dit d’horreur. De plus, on ne retrouve pas du tout le talent de réalisation de Tate Taylor. On aurait pu penser qu’avec un tel scénario et une telle actrice, le réalisateur réussirait à moderniser et à innover en terme de réalisation. Mais ce n’est pas le cas. Les plans sont assez banals, les jumps-scares bien (trop) présents et la réalisation vraiment simple. On sent davantage le manque de budget que la signature du réalisateur. On est loin de la poésie et de la précision de son travail dans La couleur des sentiments.

MA est donc un film relativement intéressant mais qui rate son objectif. Il sort malgré tout du lot et je vous encourage à aller le découvrir en salles. Les ingrédients du film d’horreur y sont présents dès le départ (est-il possible de commencer un film Blumhouse sans un plan sur une voiture entrant dans un nouveau monde/ville?) et le gore est au rendez-vous, bien qu’un peu tardif. Pour ceux qui s’attendent au film d’horreur par excellence, vous risquez d’être un peu déçus. Pour ceux qui y voyait un renouveau avec un scénario plus élaboré, vous le trouverez intéressant mais trop sage. Et pour les autres … vous ne vous ennuierez pas mais il passera vite aux oubliettes. En un mot? Dommage !

MA en salles depuis le 05 juin 2019.