CALENDRIER DE L’AVENT #5 – Le meilleur du court en 2019

Pour ce 5e jour, j’avais envie de vous parler d’un format cher à mon cœur : le court-métrage. J’en ai déjà beaucoup parlé ces dernières semaines avec le festival Chacun Son Court à Strasbourg mais j’en regarde très régulièrement et j’avais envie de vous partager ceux qui m’ont le plus marqué cette année ! Certains sont sortis en 2019, d’autres sont plus vieux, mais ce sont tous des films que j’ai vus cette année et qui m’ont fait ressentir énormément d’émotions.

Retour sur 4 œuvres courtes mais intenses !

LA DISTANCE ENTRE LE CIEL ET NOUS – Vasilis Kekatos (2019)

La poésie en 8 minutes chrono : je vous présente un bijou d’écriture. Comment faire naitre une émotion en un dialogue de huit minutes entre deux inconnus? Vasilis Kekatos y parvient et nous propose ce court-métrage complétement fou. Palme d’or du court-métrage 2019, rien que ça, ce film est une preuve de l’intensité et la rigueur des courts-métrages. Poser une situation, des personnages, faire naitre un dialogue, une émotion, un ressenti qui reste même après la fin : c’est exceptionnel et impressionnant. Ce court-métrage est certainement celui qui m’a le plus impressionné cette année tant l’idée est brillante et réussie.

Et grâce à Arte, vous pouvez voir ce film gratuitement sans modération juste ici !

SHOW – Pauline Amelin (2018)

Ce film, je vous en ai déjà parlé longuement grâce à l’entretien que j’ai réalisé avec Pauline, la réalisatrice. C’est un de ces films qui vous donne le sourire immédiatement, un sourire doux que vous gardez longtemps après la séance. Encore une fois, c’est cette capacité à proposer un moment de vie, faire naitre une émotion profonde en quelques minutes. Et cette capsule de vie entre cette femme retraitée et ce jeune drag queen : un bonheur.

Malheureusement vous ne pouvez pas (re)voir ce film pour l’instant sur la toile, mais vous pouvez écouter Pauline en parler juste et écouter la bande son, qui vaut le détour !

L’ATTENTE – Clara Stern (2016)

Retour à la réalité avec ce film d’une puissance inouïe. Le visionnage peut être difficile pour certaines personnes (comme il l’a été pour moi) tant la situation est parfaitement établie à l’écran. On suit, pendant une dizaine de minutes, l’attente de Anna à son arrêt de bus. Il est tard, elle est seule et elle va vivre ce que nous avons toutes vécu bien trop souvent : la peur et la sensation d’être une proie. Il n’y a quasiment aucun dialogue dans ce film mais sa puissance est incroyable. Presque synesthésique, c’est un film douloureux qui parvient à retranscrire une réalité sans aucun discours. Poignant.

Je vous invite vivement à tenter l’expérience, et en discuter ensuite (avec moi, ici en commentaires, ou autour de vous). Le film est à voir juste ! Et juste ici vous pouvez écouter la réalisatrice parler de son projet.

SKIN – Guy Nattiv (2018)

Direction les États-Unis avec cet incroyable film de Guy Nattiv.

SKIN est un court-métrage d’une vingtaine de minutes narrant l’histoire (réelle) d’un chef de gang skinhead et de sa famille. Structure assez classique, très américaine, certes, donc rien de bien original dans la proposition. Cependant, le film est une véritable claque. Guy Nattiv parvient à poser un cadre, un contexte, à faire vivre autant la relation tendre de cette famille extrémiste avec des moments de dialogues brillants que la guerre entre les gangs qui va se terminer en un véritable drame. Oscar du meilleur court-métrage 2019, SKIN est sans conteste un film important et poignant.

A savoir que le réalisateur a adapté son court-métrage en un long métrage de deux heures (que je n’ai pas encore visionné) du même titre. Cette histoire et l’esthétique choisit par le réalisateur n’est pas sans rappeler l’incroyable AMERICAN HISTORY X de Tony Kaye sorti en 1998.

Bande Annonce du court-métrage SKIN

Et vous, quels sont vos coups de cœurs de ces derniers mois? Vous regardez beaucoup de courts-métrages? Dites moi tout, je serai ravie de découvrir vos pépites !

On se retrouve demain pour la suite du calendrier, soyez au rendez-vous, ce sera un article pour sauver votre honneur sous le sapin !

CSC 19 – RENCONTRE#2 – Pauline Amelin, réalisatrice du film SHOW

Dans le cadre du festival CHACUN SON COURT à Strasbourg, j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec Pauline Amelin, jeune réalisatrice (et bien plus encore) qui venait présenter son court-métrage SHOW au public Strasbourgeois. Un film léger, plein d’humour et de bienveillance que j’ai vraiment adoré.

A 30 ans, Pauline a déjà tout fait. Comédienne, monteuse, scripte, chanteuse, scénariste….et réalisatrice ! Après une école de cinéma en Belgique, elle commence à écrire son projet de film et quelques mois plus tard, une rencontre, un festival et la machine est lancée ! En 2018, Pauline réalise et diffuse SHOW son premier court-métrage. Un film basé sur une histoire que sa grand-mère lui a racontée et que Pauline a décidé de mettre en lumière.

Synopsis du film: Fraîchement retraitée et légèrement coincée, Line retrouve pour la dernière fois ses anciens collègues au dîner-spectacle organisé par son entreprise. Tony, un jeune drag-queen qui fait le show, va la bousculer dans ses habitudes pour l’encourager à se transformer et se libérer.

Son parcours, ses projets, ses envies, nos divagations et notre énergie partagée : ma rencontre avec Pauline Amelin.

(une rencontre que vous pouvez écouter également, en podcast juste Youtube ou sur Sounclound )

Pauline Amelin, réalisatrice du film SHOW, à Strasbourg – Octobre 2019

Bonjour Pauline, peux-tu te présenter et nous parler un peu de ton parcours ?

Pauline Amelin : J’ai 30 ans, je vis à Paris et SHOW est mon premier film ! Moi j’ai commencé plutôt comme comédienne, en faisant des pièces, des pubs, des choses comme ça. En parallèle, j’ai fait mes études, lettres modernes puis une école de cinéma (en Belgique,l’IAD) pendant trois ans où là j’ai étudié le métier de scripte et celui de monteuse. Là bas j’ai aussi commencé à écrire, mais j’étais vraiment de base dans l’équipe technique, j’ai fait pas mal de tournages. Ensuite je suis revenue à Paris où j’ai fini par faire un master de réalisation. Et c’est durant ce master que j’ai rencontré Paul mon producteur, de chez Orfeu Productions. J’ai participé à un appel à projets de la région Grand EST, on est allé au festival de Clermont-Ferrand et en fait là bas ils organisaient des rendez-vous avec des producteurs. J’avais jamais eu de rencontre avec des producteurs donc j’étais très stressée. Et au final j’ai rencontré Paul à une soirée du festival, on a tout de suite accroché, je lui ai fait lire mon scénario et quelques temps plus tard il m’a rappelée et m’a dis qu’il voulait vraiment produire le film. J’ai hésité au début car j’étais prête à tourner mon film, l’auto-produire là dans les deux mois avec des amis, des gens que je connais. Et le confier à une production ça voulais dire repousser le tournage, attendre les financements. Mais j’ai fini par accepter et en fin de compte on a eu très vite les financements, les choses ont pris du temps ensuite mais le film a vu le jour et je regrette pas car c’est ce qui fait la qualité du film et aussi sa visibilité (achat par ARTE, les festivals etc).

Mais du coup, tu avais déjà écrit le scénario avant de partir pour Clermont-Ferrand et de rencontrer ton producteur. Comment ça s’est passé l’écriture et comment l’idée a-t-elle germée, tu me disais que c’était en partie grâce à ta grand-mère ? Raconte nous cette histoire !

P.A : Oui, j’avais commencé à écrire le scénario en Belgique et évidemment il a énormément évolué depuis puisque c’était il y a 3 ou 4 ans déjà ! Et oui, effectivement, l’idée est venue après un coup de téléphone avec ma grand-mère qui est quelqu’un de très terre à terre. Et en fait, elle m’appelle et me raconte un dîner avec ses anciens collègues où il y avait des drag-queens et elle était fascinée. Elle me disait « mais ils avaient des jambes magnifiques» ! Et cette soirée a cassé un peu ses préjugés, même si elle n’a pas conscience du rapport politique ou engagé. Et j’ai trouvé ça fou que ces deux mondes se rencontrent : que ce milieu drag hyper engagé, militant sur la cause LGBTQ réussisse à toucher une dame dans sa campagne qui n’a pas forcément conscience de tout ça et qui s’ouvre à ça. Et moi qui ai toujours eu un attrait particulier pour ce genre de performance, le spectacle, le déguisement, ça a fait rejoindre beaucoup de choses dans ma tête : la femme, le corps de la femme, le fait de vieillir et d’être face à une espèce de bombe alors qu’on ne sait pas trop si c’est une créature de la nuit ou non. Mais oui l’idée est vraiment partie de ce coup de fil !

Et concernant le casting, comment ça s’est passé ? Parce que Catherine Giron qui joue Line dans le film est assez incroyable, très belle, presque juvénile. Comment tu l’a choisie ?

P.A : C’est un véritable coup de cœur. C’était pas gagné, je faisais beaucoup de castings, mais je trouvais que les femmes que je voyais étaient pas bonne comédienne. Je pensais vraiment que je ne trouverais pas. Et puis j’ai rencontré Catherine (Giron), qui ne connaissait pas son texte et ça, c’est quelque chose que je déteste. Étant moi même comédienne, je supporte pas qu’on arrive sans connaître le texte. Donc de base ça aurait pu vraiment être rédhibitoire. Et en fait, elle arrivait hyper bien a comprendre l’intention de la scène. Et moi j’aime bien demander aux acteurs de jouer plusieurs choses, de tester plusieurs intentions pour vraiment voir si l’acteur est capable de changer de ton, de jeu parce que pour la plupart ils sont toujours dans le même jeu, et là Catherine était vraiment incroyable. Et au delà de ça, c’est un véritable coup de cœur pour la femme. On se ressemble beaucoup, elle est pas du tout comme dans le film dans la vraie vie. J’avais l’impression de me voir mais en plus âgée ! En terme de personnalité on a vraiment de gros points communs et très vite j’étais quasiment sure que c’était elle. Donc oui c’est vraiment un gros coup de cœur confirmé par le fait que au niveau du boulot, je voyais que ça allait le faire.

Catherine Giron, comédienne

Et par rapport aux drag-queens, les acteurs, comment ça s’est passé le casting ? Tu me disais qu’il y en avait un qui était vraiment dans ce milieu donc tu n’a pas fait de casting pour lui ?

P.A : Oui, j’ai choisi Clément Chevalier qui est donc un drag-queen effectivement. Mais j’ai quand même fait des essais avec lui, parce que je suis pas du tout dans cette école là de la tradition française de prendre des personnes qui n’ont jamais joué. Donc j’étais un peu réticente et en même temps son physique m’intéressait beaucoup, totalement opposé à l’autre acteur (Thomas Coumans). Et finalement pendant les essais, je me suis rendu compte qu’il avait une réelle force. Il a un côté très doux, très rond et délicat, et en même temps une voix très rauque. Ça marchait vraiment bien et j’aurais aimé pouvoir le filmer d’avantage.

Thomas Coumans (à gauche) et Clément Chevalier (à droite) pour SHOW de Pauline Amelin

C’est vrai qu’on ne le voit pas beaucoup à l’écran finalement. Est-ce que tu aurais envie de continuer à travailler sur ce thème et pourquoi pas lui proposer un prochain rôle ?

P.A : J’ai vraiment envie de tourner à nouveau avec lui. Il y avait beaucoup plus de plans avec lui, mais j’ai du couper car ça ne marchait pas, c’est vraiment une histoire de rythme. Là, j’écris un nouveau projet, une série qui parle de la naissance d’un drag-queen. Un jeune mec qui ne connaît rien au monde des drag-queens et qui va tomber amoureux et donc s’intéresser à ce domaine. Et c’est vrai que j’imagine vraiment bien Clément dans ce rôle là. Bon, je te dis ça mais je ne lui ai rien proposé encore, ce sera peut être pas lui ! Mes autres projets de courts-métrages ne traitent pas de ce thème là mais le motif du drag je le retrouverais dans d’autres projets, c’est possible. Avec SHOW j’ai pas pu encore développer tout ce que j’ai a dire sur ce thème.

Cet intérêt pour le milieu des drag-queens, que je partage aussi, tu l’a donc déjà depuis un moment même avant que ta grand-mère te raconte cette histoire. Il vient d’où et dans quel mesure est-ce important pour toi d’en parler ?

P.A : Je pense qu’il y a deux points majeurs dans mon intérêt. Déjà ça a commencé quand j’étais petite, où j’ai vu des comédiens qui jouaient des drag-queens dans le film Priscilla, folle du désert (film australien de Stephan Elliott, réalisé en 1994) avec des acteurs de fou : Terence Stamp, Hugo Weaving et Guy Pearce. Ce sont des hommes très virils, et qui s’emparent des rôles de manière incroyable et moi j’étais fascinée par ça. Et ensuite, en me penchant un peu plus sur le milieu et sur l’envers du décor politique, engagé, je ressentais vraiment un espèce de truc hyper libérateur, une grande liberté. C’est étonnant, parce qu’ils se cachent, se dissimulent, se transforment. Ils créent leur personnage. Et moi j’ai la sensation qu’ils peuvent vraiment être eux mêmes ou qui ils veulent…alors même qu’ils sont cachés. Et j’adore l’idée qu’il y ai des endroits où tu puisses te sentir libérée à ce point.

Alors tu fais aussi le show puisque le générique du film te mentionne comme étant l’auteure et l’interprète de la chanson diffusée pendant la scène de playback, raconte nous ça !

P.A : Alors oui, je chante un peu à coté dans des bars ou je fais des jams de temps en temps mais rien de professionnel. Et pour le film, j’ai écrit cette chanson un peu punchy donc « Comme une reine » avec le compositeur et on s’était dis qu’on chercherait une chanteuse avec une voix vraiment rauque, puissante. Donc en attendant on avait enregistré la maquette avec ma voix qui est plutôt douce. Et au final, ça ne marchait pas avec la chanteuse qu’on avait trouvé. Et Hugo, le compositeur m’a dit « mais il faut qu’on garde ta voix, ça marche hyper bien ». J’étais pas très sûre car j’ai une voix qui est pas du tout faite pour chanter en playback comme ça. Et finalement, c’est vrai que je trouve que ça fonctionne vraiment bien et puis, je me dis que je fais mon petit caméo dans le film ! Je suis très contente de l’avoir fait.

Retrouvez la chanson « Comme une reine » en streaming juste ici

Tu fais vraiment énormément de choses, la dessus je me reconnaît vraiment en toi. Comment tu gères tout ça ? Tu a envie de chanter ou de continuer à jouer en plus de tes projets de réalisation?

P.A : J’ai vraiment beaucoup de centres d’intérêt c’est terrible. Mais c’est aussi pour ça que le cinéma je pense que c’est parfait pour moi car je peux vraiment m’éclater à plein d’aspects de la création. C’est vrai que ce qui est compliqué c’est de ne pas s’éparpiller. Mais bon, quand tu mets quatre ans pour faire un film tu a le temps de t’intéresser à plein d’autre choses à coté ! Mais vraiment, maintenant j’estime que mon métier c’est d’écrire et de réaliser. Si je reçois des castings ou des projets intéressants, oui je pense que j’accepterai. Mais je ne fais plus la démarche de me faire connaître pour être actrice. Je ne me suis jamais autant sentie comme un poisson dans l’eau qu’en tant que réalisatrice. Alors que dans le jeu, c’est vrai qu’il y en a des dizaines des blondes aux yeux bleus, je me sens noyée dans la masse. Pour le moment j’ai pas encore trouvé un projet où je me suis dis « ah oui jouer c’est vraiment mon truc » alors que derrière la caméra je me suis sentie tout de suite bien. J’adore jouer la comédie, c’est génial et si on me propose un rôle trop cool, j’irai, mais je ne cherche plus et on verra par la suite ! Ça m’a fait plaisir d’ailleurs de voir dans La nuit elle ment de Jeremy Forni et Rachel Lang (autre film diffusé pendant le festival) que c’était une réalisatrice qui jouait et que apparemment c’était une actrice qui a joué pendant hyper longtemps. Je me suis dis que c’était bien qu’on puisse faire plusieurs choses, et je trouve que c’est pas forcément bien vu.

Avoir plusieurs casquettes, tu penses que c’est pas forcément une bonne idée ? Pourtant ça se démocratise beaucoup, on voit par exemple des actrices qui passent derrière la caméra comme Monia Chokri, Géraldine Nakache ou Angelina Jolie etc. Il y a même des chanteurs qui deviennent acteurs. Je pense par exemple à Patrick Bruel, qui au final n’est pas plus mauvais qu’un autre et a même fait de sacrées performances comme dans « Le prénom » que je trouve très réussi. Donc je ne suis pas sure que ce soit si mal vu. Au contraire, c’est vraiment inspirant de voir les gens faire plein de choses. Surtout les femmes !

P.A : Je trouve que c’est vite vu comme « ah bah elle fait plein de trucs, mais est-ce qu’elle fait un seul truc bien » ? Évidemment, elles, elles l’assument et le font très bien. Mais c’est vrai que ça peut vite être mal vu et c’est dommage. Mais oui, c’est génial de faire plein de choses.

Je pense notamment au podcast de Iris Brey, She Cannes, qui donne la parole aux femmes. Je te l’enverrai si tu ne connais pas. Mais c’est vraiment enrichissant d’entendre des femmes faire autant de choses. Même moi j’essaie de faire tout ce dont j’ai envie, et de faire pleins de choses. Il faut juste se lancer !

P.A : Je ne connais pas, mais ça m’intéresse beaucoup ! Je travaille sur un podcast aussi, sur les artistes et le milieu artistique. D’ailleurs il y avait le festival du podcast à Paris, et j’y suis allée. C’était vraiment impressionnant et enrichissant. Mais oui c’est le moment de se lancer et le podcast l’avantage c’est que tu n’es pas obligé d’avoir un matos de folie. Tu peux vraiment te lancer et voir ce que ça donne. Il faut se dire qu’on va aller que en s’améliorant. On a toujours peur de se lancer parce qu’on est perfectionniste, on veut un truc super et on se met des barrières nous mêmes. Ma philosophie serait de se lancer, quitte à ce que cela ne soit pas parfait. En plus les gens font des retours, et tu t’améliores au fur et à mesure. Surtout quand, comme nous, on est intéressé par plein de choses, il ne faut pas se mettre de barrières.

C’est exactement ça, et c’est pour ça que je suis impressionnée aussi de rencontrer des jeunes artistes comme toi (acteurs, réalisateurs etc) et de voir ce qu’ils arrivent à faire. Ça fait du bien aussi de voir que notre génération a plus envie de faire ce qu’elle aime, quitte à avoir des emplois précaires ou autre mais de se lancer.

P.A : Mais c’est vrai, c’est ce qu’on se disait aussi. On se lance beaucoup plus. A part quand on a un achat de TV, moi j’ai eu l’achat de Arte par exemple donc j’ai des droits d’auteurs qui tombent. Mais j’étais serveuse encore en Avril dernier. J’ai lâché mon boulot de serveuse et là je lis des scénarios pour Orange Studios, ça me fait des petits revenus mais ça me permet de me concentrer sur mes projets. Même si, serveuse, ça m’a donné plein d’idées !

Pauline Amelin

Merci à Pauline Amelin pour son enthousiasme et pour avoir pris un peu de temps pour discuter avec moi de son film, son parcours et d’avoir divagué sur autant de choses. C’était une rencontre très enrichissante et très agréable. Je vous mets tous les liens pour plus d’informations juste en dessous et vous pouvez également suivre les news de Pauline sur son compte instagram.

SHOW la fiche Unifrance

Rencontre avec Thomas Coulans : Tony dans SHOW

CSC 19 – RENCONTRE #1 – Charlotte Reichenbach, productrice chez Épithète Films

Dans le cadre de la neuvième édition du festival Chacun Son Court, à Strasbourg, j’ai eu la chance de rencontrer de nombreux professionnels pour vous proposer nos échanges. Des producteurs ou des réalisateurs qui ont eu la gentillesse d’accepter de me rencontrer et avec qui j’ai pu avoir des discussions passionnantes. Nous avons pu discuter des films qu’ils sont venus présenter au festival, mais aussi de leur parcours, leur projet ou leur réflexion sur le cinéma. J’espère que cette série d’entretiens vous plaira, et qu’elle signera le début de nombreuses rencontres !

Et pour débuter cette série, je vous propose de revenir sur ma rencontre avec Charlotte Reichenbach, productrice chez Epithète Films, venue présenter le film MORT AUX CODES, de Léopold Legrand.

Le film raconte la folle nuit d’une équipe du SAMU venue porter secours à un homme victime d’une crise cardiaque. L’équipe se retrouve confrontée à la sécurité improbable de l’immeuble de la victime.

Nous avons donc pu discuter à propos de ce film, en compétition officielle lors du festival , mais nous avons également pu échanger sur son rôle en tant que productrice , mais aussi sur la visibilité du court-métrage en France et l’importance des festivals qui lui sont consacrés.

Charlotte Reichenbach

Charlotte Reichenbach, productrice de Mort aux codes, premier film de fiction de Léopold Legrand. Quel a été votre rôle dans ce projet ?

« Mon rôle à été d’accompagner Léopold, le réalisateur, tout au long de l’écriture du projet. Ensuite d’entreprendre la recherche de financements et de travailler avec lui à la préparation du tournage, au choix des acteurs, des décors… »

Vous avez vraiment eu un rôle très complet en tant que productrice apparemment, comment le projet est-il né ?

« Effectivement, j’ai eu un rôle hyper complet, très complice aussi, très présent. On a vraiment travaillé main dans la main. J’ai encadré jusqu’à la post-production et maintenant, j’accompagne le projet jusque dans sa diffusion en festival. Après le projet est né grâce à Frédéric Brillion, producteur chez Épithète Films. Avec Léopold on se connaissait pas vraiment, mais Frédéric nous a réuni sur ce projet en nous proposant cette nouvelle de Patrick Pelloux, urgentiste. Une nouvelle qui fait une page et demie, qui est très brève mais qui était déjà pleine de promesses. Donc on s’est emparé de cette nouvelle pour écrire un scénario et c’est comme ça que le projet à démarré »

Comment s’est passé la transition d’écriture, entre une nouvelle d’une page et demie et un film d’une quinzaine de minutes ? Avez-vous du réécrire plusieurs choses, inventer des personnages ?

« Le scénario est beaucoup plus long évidemment, il fait une quinzaine de pages. Il a fallut créer des personnages, c’est vraiment par là que c’est passé. Assez vite on a eu cette image des trois ambulanciers, notamment le personnage du médecin en chef. Un personnage qui a de l’expérience et qui va savoir garder son calme face à l’absurdité de la situation. Mais on voulait vraiment un personnage hyper professionnel, qui à l’habitude de gérer la nervosité des personnes qui l’appellent et qui est capable d’expliquer à la femme au téléphone comment se comporter alors même que lui est bloqué au bas de l’immeuble. On voulait vraiment cette dichotomie entre le calme de sa voix pour ne pas paniquer la personne qu’il a au téléphone et sa nervosité physique qu’on pouvait vraiment filmer, montrer, communiquer. Ensuite on a pensé à ce deuxième personnage, cet ambulancier plus nerveux, plus dans l’action qui n’hésite pas à casser des vitres pour entrer dans l’immeuble par exemple. Et enfin, ce troisième personnage, plus jeune et qui est peut être notre accès le plus évident en terme d’identification puisque comme lui on a pas d’expérience et on est plus touché par la situation. »

Et c’est finalement un film de 14 minutes qui est né, avec plusieurs thèmes abordés comme la surprotection technologique mais aussi les conditions de travail des secours qui sont parfois improbables. Et finalement, en moins d’un quart d’heure vous parvenez à faire un film très tendu, très intéressant et qui fonctionne parfaitement. Comment avez-vous réussi à construire aussi précisément ce rythme et parler de ces thèmes différents de cette manière ?

« Vous l’avez très bien dis, il y a la forme et le fond. On était tous les deux d’accord sur la forme. On voulait quelque chose d’intense, de nerveux, de vibrant. On avait tout de suite l’unité de lieu et de temps qui était dans la nouvelle et qu’on voulait conserver en gardant beaucoup de nervosité à l’écran. Et pour nous, un court-métrage c’est un format qui doit être respecté, c’est une forme de narration qu’il faut respecter. Et le sujet s’y prêtait très très bien, dans son intensité, dans son absurdité et dans sa capacité à soulever des questions auxquelles on ne souhaitait pas forcément répondre. Et l’idée n’était pas de répondre forcément aux questions que l’on soulevait mais d’amener les gens à se questionner sur leurs propres pratiques. Après dans le fond, on avait déjà cette humour noir et cette absurdité dans la nouvelle mais qui était très statique. Il a donc fallu trouver un moyen de faire vivre cela, en créant des personnages etc. »

En ce qui concerne le tournage, les questions plus techniques, comment s’est passé la complicité entre vous et le réalisateur, avez-vous pris part aux décisions du réalisateur ?

« J’étais particulièrement présente lors de l’écriture du scénario. Mais sur le tournage, j’étais présente puisque j’ai assuré la direction de production mais c’est vraiment Léopold qui a pris toutes les décisions techniques et c’est toute sa force. Après on a eu de nombreux problèmes, comme sur chaque tournage, des choses imprévues. Mais ce sont des choses que l’on a menées de front ensemble et c’est vraiment une relation qui a permis de mener à bien ce projet. »

J’ai vu que le film avait également été diffusé à Clermont-Ferrand, qui est le plus grand festival international de court-métrage, où il a eu la mention spéciale du jury. Aujourd’hui vous êtes là, pour présenter le film pendant la neuvième édition de Chacun Son Court. La diffusion et la visibilité du court-métrage est très fragile et compliquée, et c’est extrêmement difficile de montrer ce type de films au public surtout en salles. Est-ce que c’est important pour vous de vous déplacer, de faire partie de ce type d’événements, en province, qui tiennent bon et qui se battent pour que les films soient vus ?

« C’est hyper important, c’est pour ça que je suis là aujourd’hui. Léopold se déplace également beaucoup. C’est très important de rencontrer le public, et surtout de pouvoir l’entendre. Comme disait Charlie Chaplin, il n’y a rien de plus important que d’entendre le public réagir à son film. Et en l’occurrence, Mort aux codes, fait énormément réagir. Il y a du rire, mais c’est un rire un peu cynique, stressé, gêné. C’est hyper intéressant à écouter, et c’est très chaleureux pour nous, l’équipe, de voir qu’on arrive à toucher le public ».

Merci à Charlotte Reichenbach d’avoir pris le temps de discuter avec moi de ce projet et de son rôle de productrice. Une partie de l’entretien est disponible en podcast juste ici.

Le film MORT AUX CODES n’est malheureusement pas disponible en ligne pour le moment mais je vous tiendrais informés de sa visibilité. Il existe cependant un making off du film que je vous mets juste ici.

Je vous joins également le dossier de presse du film, qui peut vous permettre de mieux le cerner : ici.

Léopold Legrand a réalisé un premier film, ANGELIKA, un court-métrage documentaire réalisé en Belgique comme projet de fin d’études et qui a gagné le Prix du meilleur court métrage dans la compétition nationale Féderation-Wallonie Bruxelles au Festival International du film francophone de Namur (FIFF). Un film disponible en ligne juste ici !

Il avait donné quelques interviews pour parler de ce premier film, je vous laisse les découvrir ci dessous :

Quant à nous, on se retrouve très vite pour une deuxième rencontre passionnante ! Restez connectés

Love, Death and Robots : un cocktail savoureux pour adultes avertis

Proposée par David Fincher (Seven, Fight Club, Gone Girl) et Tim Miller (Deadpool, Terminator), entres autres, la nouvelle création Netflix est aussi surprenante que savoureuse. La plateforme elle même en parle comme la version animée de Black Mirror, sa célèbre création futuriste et dérangeante. Love, Death and Robots compile une créativité, une réflexion et une maîtrise de l’animation formidable. Dix-huit épisodes entre 5 et 20 minutes, chacun dans un univers différent et une animation cohérente à ce nouveau monde. Conçus par des studios hongrois, français, américains ou encore coréens : les épisodes fourmillent de styles différents pour parler d’amour (un peu), de la mort (beaucoup) et des robots qui sont omniprésents dans un futur sombre, un passé revisité ou un présent beaucoup plus obscur que le notre. L’humour, la violence, le sexe et la mort sont assemblés autour de thèmes divers comme l’écologie, la maladie ou encore la politique.

La qualité des épisodes en terme de narration varie, certains sont exceptionnels ( L’avantage de Sonnie, Le Témoin, Bonne Chasse ou encore L’œuvre de Zima) et d’autres beaucoup moins recherchés dans l’écriture (Un vieux démon ou Une guerre secrète). Et c’est là le petit point négatif et décevant de la série. Dix-huit épisodes c’est énorme, et cela ne semble pas avoir été un choix de qualité mais plutôt de quantité. Certains épisodes ressortent des clichés de SF (soldats se battant pendant 10 minutes contre une horde de créatures à coup d’explosifs ou aliens menaçant la tranquillité d’une campagne américaine, etc), d’autres adoptent continuellement un point vue rappelant les jeux vidéos avec une qualité bien plus élevée bien sur. Le manque d’originalité (et de qualité narrative) de certains épisodes est décevant et pousse à se poser la question de la nécessité d’avoir produit autant de courts-métrages si c’est pour avoir bâclé l’écriture de certains. Cependant, la palette de style en terme d’animation est véritablement appréciable.

Autre particularité de cet ovni : l’ordre des épisodes varie en fonction des utilisateurs de la plateforme. Netflix a ainsi expliqué que les épisodes de la série sont présentés dans quatre ordres différents. La plateforme n’a pas expliqué sur quelles informations se basaient l’algorithme qui détermine l’ordre que vous obtenez. Peut être que cela se base sur vos préférences en fonction de vos visionnages précédents sur votre compte ou encore votre situation géographique, c’est une question intéressante pour laquelle nous n’avons pour l’instant aucune réponse. Cependant, l’ordre des épisodes n’est pas forcément primordial étant donné que vous pouvez tout à fait décider de passer outre et regarder certains épisodes avant les autres en toute liberté. La chronologie n’a pas vraiment d’impact sur le visionnage des épisodes étant donné qu’ils sont tous aussi différents des uns des autres.

Love, Death and Robots est donc une série qui ravira les grands enfants adeptes d’animation et d’originalité. Malgré sa qualité narrative pas toujours au rendez-vous, la qualité de l’animation remporte toute l’attention. Et pour vous donner envie de jeter un œil, voici les 5 courts-métrages qui m’ont marquée !

Le témoin

Une jeune fille qui se prépare près de sa fenêtre aperçoit un meurtre dans l’immeuble d’en face. S’ensuit une course-poursuite effrénée dans une ville surréaliste dont l’issue s’annonce surprenante.

Avec une esthétique proche des mangas, ce court-métrage est l’un des plus beaux visuellement et l’un des plus surprenant. Il ressemble davantage à l’esprit de Black Mirror mais dans un univers bien plus coloré. Un délice visuel de douze minutes.

L’avantage de Sonnie

Le premier épisode de la série est à mon sens le plus réussi. Il nous plonge dans un univers violent et sombre : les combats de « bêtes ». Sonnie est invaincue et se retrouve face à un nouvel adversaire. Ce court-métrage est extrêmement violent et délicieux à la fois. La beauté de l’animation est incroyable et le scénario très fort. La scène de fin m’a vraiment marquée. En bref : moins de vingt minutes pour vous faire frissonner de plaisir.

Bonne chasse

Dans cet univers, les Hulijing sont des créatures chassées. Le fils d’un des chasseurs se lie d’amitié avec l’une d’entre elles et va l’aider à récupérer sa forme initiale.

Cet épisode est vraiment l’un des plus beaux autant narrativement parlant qu’en termes esthétiques. Le lien qui unit les deux personnages est très particulier et l’univers dans lequel ils évoluent l’est tout autant. Un petit bijou !

L’œuvre de Zima

Cet épisode est très singulier mais c’est certainement le plus poussé en terme de narration. Le questionnement sur l’art est ici brillamment mis en avant. C’est un court-métrage très intéressant et dont la fin vous laisse réellement ahuri. A voir sans tarder !

Les trois robots

Un peu d’humour fait toujours du bien ! Cet épisode est l’un des moins sombres de la série et il est très bien fait. Trois robots à la pointe de la technologie font du tourisme sur Terre. Seul problème : les humains ont tous disparus et la planète est en ruine. Avec un humour très plaisant, cet épisode vous embarque dans une direction inattendue et dont le scénario est bien plus subtil qu’il n’y paraît.