CALENDRIER DE L’AVENT #18 : THE LIGHTHOUSE, la folie éprouvante et radicale par Eggers

Aujourd’hui, en ce 18e jour du calendrier de l’avent, je suis ravie de vous parler (enfin!) d’un film très particulier.

Remarqué lors de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes cette année, c’est LE film pour lequel je me suis battue corps et âme pendant toute la durée du festival sans jamais parvenir à entrer en salle. Quand tout espoir semblait vain, voilà que le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, monument culturel de la rentrée strasbourgeoise depuis 12 ans, décide de frapper fort en proposant THE LIGHTHOUSE de Robert Eggers en film d’ouverture ! Ni une ni deux, j’étais la première à me jeter sur les places, et c’est finalement dans ma propre ville que j’ai réussi a visionner ce film totalement fou, trois mois avant sa sortie officielle en salles.

Aujourd’hui, le film sort enfin en salles, et je vous encourage à aller le voir rapidement ! Et pour vous motiver : voici mon avis !

THE LIGHTHOUSE a une intrigue très minimaliste : deux marins se retrouvent isolés dans un phare. Eggers s’inspire, en plus d’écrits d’auteurs comme Herman Melville, de journaux de bord tenus par des marins et gardiens de phares. Le film a deux particularités : son format et sa forme. En effet, le film est diffusé en 4/3 ce qui signifie que vous allez le voir sur grand écran, mais que l’image ne prendra place que dans un format carré. De plus, le film est en noir et blanc. Deux singularités associées au genre fantastique, ce qui donne au film un cachet vraiment particulier. Le visionnage du film est une expérience en lui même. Le but du réalisateur? Mettre le spectateur dans une position inconfortable, et c’est réussi.

The Lighthouse est un film incroyable. Drôle, cru, violent, organique, sublime : cette œuvre est complétement folle. Portée par un duo improbable, c’est l’une des grosses claques de cette année pour ma part. Il a pris place dans mon top 2019 en un rien de temps.

Willem Dafoe est effrayant et totalement perché. Et même si son talent n’est plus un secret, il parvient encore a surprendre avec son élocution, ses expressions et surtout ce regard dément qui dérange mais obsède. Robert Pattinson est une révélation, il incarne parfaitement cette folie qui s’empare de son esprit et de son corps petit à petit. Certaines scènes sont absolument divines, et il est totalement convaincant. Sa vigueur, sa soif de vivre puis son désespoir, dans un film où les dialogues sont très rares, Pattinson parvient à habiter le personnage dans son entièreté. Corps amaigri, regard vide ou animé d’une incroyable fureur, gestuelle désespérée ou violente : l’acteur donne tout ce qu’il peut et réussi avec brio à nous faire ressentir sa douleur.

L’esthétique du film est particulièrement inoubliable. Le plan final est d’une beauté absolue. Sa composition rappelle parfois certains tableaux de la série Hannibal. L’horreur mêlée au fantastique dans des séquences d’une pure beauté. Le noir et blanc accentue certains contrastes et donne au film une puissance nouvelle et une certaine profondeur.

Le film est assez long, mais il me semble que sa durée fait partie de l’expérience. Peu de parole, une folie qui s’installe puis qui explose, un format particulier, une esthétique singulière et une horreur frontale : THE LIGHTHOUSE est un petit bijou de cinéma. Certains diront qu’il ne raconte pas grand chose, et je peux les comprendre. Mais saisir l’abandon à la folie de cette manière, c’est du grand art. Et ça vaut le coup d’oeil !

THE LIGHTHOUSE est un film douloureux. Il y a très peu de subtilité. Les acteurs nous font ressentir leur perdition, leur folie, leur douleur avec brio. Presque synesthésique, le film nous rend mal à l’aise. Mais sa beauté et sa plongée au cœur de la folie humaine est sans faille. A voir absolument !

CALENDRIER DE L’AVENT #11 – Ma palme d’or

Aujourd’hui, je suis vraiment ravie de pouvoir enfin vous faire découvrir LE film qui m’a le plus touché cette année.

La palme d’or du Festival de Cannes c’est un prix prestigieux que de nombreux réalisateurs rêve d’obtenir. Chaque année la sélection est composée d’une douzaine de films qui se disputent la première place pendant une dizaine de jours. Cette année, la palme d’or a donc été attribuée à PARASITE de Bong Joon-Ho. Un réalisateur que j’adore et je suis ravie qu’il ai été enfin récompensé.

Seulement voilà, entre les scandales, les montées des marches hurlantes et les photocalls qui crépitent : un film, un seul, s’est réellement figé dans mon cœur. Il s’agit du film qui a remporté le prix Un Certain Regard : La vie invisible d’Euridice Gusmao de Karin Ainou. Et je trouve ça extrêmement dommage qu’il n’ai pas été programmé en compétition officielle car pour moi, c’est LA palme d’or de ce festival.

Ce film brésilien raconte l’histoire de deux sœurs, entre 1940 et 1960, qui tentent de construire leur vie et d’avancer en tant que femme dans un Brésil oppressant et des traditions archaïques. Une histoire d’amour fraternelle, de lutte, de survie, d’absence et de mémoire : un film entier porté par deux actrices absolument parfaites. Julia Stockler (Guida) est une révélation, sa présence à l’écran est magistrale.

J’ai découvert ce film par hasard, à l’issue de la cérémonie de clôture Un Certain Regard. Et j’ai été complètement charmée. LA VIE INVISIBLE D’EURIDICE GUSMAO est une fresque incroyable portée par deux femmes aux destins différents mais liées à jamais. Le film dépeint avec une beauté folle les différences sociales et culturelles dans une ville aussi belle que triste, aussi libre que soumise.

Guida s’enfuit après une dispute avec son père. Lorsqu’elle revient quelques années plus tard, enceinte, ses parents lui ferment la porte à cause du déshonneur qu’elle a porté à la famille. Personne ne prévient alors Euridice , sa sœur, de son retour. Durant plus de 20 ans, elles vont vivre l’une sans l’autre, dans des sphères sociales totalement différentes. Le souvenir de l’autre sera constamment présent. La ville, devient alors un personnage vivant qui lie inconsciemment les deux sœurs.

Cette histoire m’a bouleversée. Sûrement parce que Karim Ainouz parvient, avec une extrême délicatesse, à mettre en avant toute la complexité des relations familiales. Mais ce n’est pas le seul propos du film, au contraire. Le réalisateur met en lumière l’émancipation des femmes dans un Brésil des années 50 très traditionnel. Que ce soit Euridice et son mariage qui l’empêche de vivre de sa passion ou Guida élevant seule son fils dans les favelas : le film raconte le combat de deux femmes pour faire entendre leur voix dans cette ville immense où personne ne semble les entendre. La solitude, la douleur, les conventions, le regard des autres et leur propre combat : tout y est.

Le film est beau, profond, impeccablement réalisé, historiquement très intéressant : en bref, c’est une pépite. J’ai été émerveillée par le travail de Karim Ainouz et par la prestation de Carol Duarte et Julia Stockler. Un film qui raconte beaucoup de choses, vous fait vivre des milliers d’émotions et vous laisse rêveur : c’est le cinéma que j’aime. Je vous encourage vivement à aller le découvrir en salles.

En salles dès le 11/12/19

Chronique ciné – Femmes libérées

Au cinéma aussi, c’est la rentrée. Les derniers films projetés à Cannes sortent enfin dans nos salles et nous accompagnent sur le difficile chemin de la reprise. Et quoi de mieux que de commencer une nouvelle année en découvrant le travail des femmes au cinéma ? Mettre en avant les femmes dans le 7e art, c’est un pari que beaucoup tentent de relever notamment en programmant de plus en plus de femmes réalisatrices dans les festivals. En 2018, une charte à été signée par le Festival de Cannes pour la parité et la diversité au sein des festivals de cinéma. Un an après c’est plus de 47 festivals signataires à travers le monde. En 2019, au total, 19 films sur les 69 de la sélection officielle du festival de Cannes ont été réalisés par des femmes. Nous sommes encore loin de la parité exemplaire… En ce mois de Septembre, je vous propose donc de découvrir deux films présentés à Cannes, écrits, réalisés et portés par des femmes : Une fille facile de Rebecca Zlotowski et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma. Féminité, sensualité, liberté sont les maîtres mots de ces deux films, parfait pour finir l’été en beauté.

Une fille facile de Rebecca Zlotowski à été présenté lors de la Quinzaine des Réalisateurs et a remporté le prix SACD1. Il est peu probable que vous n’en ayez pas encore entendu parler puisque le choix de la réalisatrice pour son rôle principal a suscité de vives réactions depuis quelques mois. En effet, il s’agit de Zahia Dehar, l’ex escort girl dont le nom est devenu célèbre lors de la médiatisation du scandale sexuel au sein de l’équipe de France de football en 2010. Un choix qui se révèle plutôt pertinent et qui permet à Rebecca Zlotowski de jouer alors sur l’image de sa protégée ainsi que sur le titre de son film. Une fille facile est un terme souvent employé dans notre société pour parler d’une femme qui ne se préoccupe pas des principes moraux imposés par la société et qui vit sa sexualité de manière très libre. Un terme que l’on emploi souvent pour une femme ayant de nombreux partenaires sexuels par exemple. Dans le film, Sofia (jouée par Zahia) est une jeune femme de 22 ans qui se sert, consciemment, de son physique pour vivre des moments privilégiés avec des hommes riches. Sexe, liberté, cadeaux : elle joue de son apparence et des fantasmes qui lui sont attribués pour atteindre ce qu’elle souhaite. La réalisatrice a fait le choix de raconter cette histoire à travers le regard de Maina (interprétée par la jeune Mina Farid), la cousine de Sophia. Une ado de 16 ans, en proie au doute quant à son avenir et à son image, en pleine découverte du corps et de ses sensations. Un regard doux, parfois accusateur, souvent admiratif qui permet à la caméra de filmer le corps de Zahia avec tendresse et élégance. La vulgarité n’est jamais présente à l’écran, malgré quelques scènes de sexe très crues. Un conte d’été, une parenthèse enchantée sur la féminité, la sexualité et la liberté, filmé avec une justesse et une douceur incroyable. Le mystère reste entier en ce qui concerne Sofia. Elle est intelligente, heureuse, épanouie et se joue des images que les autres lui collent mais nous ne saurons jamais qui elle est réellement. Une attitude assumée mais parfois épuisante. Dans un monde où la parole et les mœurs se libèrent, il est encore très difficile de s’assumer totalement lorsque l’on est une femme. Rebecca Zlotowski dépoussière le rôle de la bimbo et fait éclater les préjugés. La réalisatrice ne prône pas un seul corps et une seule manière de se libérer. Elle se sert juste d’une image parfois figée pour exprimer la complexité de cette liberté.

Au cinéma depuis le 28 août 2019. Une fille facile de Rebecca Zlotowski avec Zahia Dehar, Mina Farid, Benoît Magimel et Nuno Lopes.

Dans un tout autre contexte et une époque tout à fait différente, plongez au cœur du dernier film de Céline Sciamma (Tomboy, Bande de filles) : Portrait de la jeune fille en feuavec Adèle Haenel et Noémie Merlant. C’est certainement le film qui m’a le plus touchée à Cannes. Présentée en compétition officielle où elle obtient le prix du scénario, Céline Sciamma semble à première vue offrir au public une histoire d’amour banale, lente et en costumes. Mais le film est tellement plus intéressant que ça. Tout comme dans le film de Rebecca Zlotowski, il s’agit ici d’une histoire de regards. Les femmes se regardent, s’observent, s’acceptent, se désirent et finissent par s’aimer. Céline Sciamma parvient à nous offrir un film sublime (mise en scène, réalisation, photographie) tout en banalisant des sujets qui sont pourtant encore aujourd’hui très difficiles à traiter ou à montrer à l’écran sans être catégorisés. Réussir à faire un film d’époque sur une histoire d’amour entre deux femmes, ponctué par des scènes d’avortement, de menstruations et d’érotisme, c’est du grand art. Portrait de la jeune fille en feu ne s’adresse pas uniquement à un public cible (LGBTQ+, femmes, aficionados de films en costumes etc) : c’est un film sur l’amour et la liberté qui s’adresse à tous. Et je trouve remarquable de parvenir à mettre de la banalité dans des sujets qui sont, dans la réalité, encore tellement difficiles à mettre en lumière. Céline Sciamma réussi là où beaucoup ont échoué, elle parvient à parler d’amour et de femmes sans jamais utiliser les clichés et les préjugés que nous connaissons tous. Elle propose une œuvre unique en utilisant le naturel et la sensualité là où d’autres misent sur la provocation, le drame et le sexe à outrance. Les corps sont filmés naturellement, la caméra est douce, le désir est fort mais pas exagéré, les actrices sont montrées nues sans vulgarité ni pudeur. Le quotidien de ces femmes est également filmé avec naturel : la douleur des menstruations, l’absence de celles ci, les poils qui font partie intégrante du corps féminin, le vin, la nourriture mais aussi l’ennui. Ce film est un portrait de la vie de femme, à l’époque certes, mais qui touche toutes les époques en parlant de sujets intemporels et nécessaires. Enfin une représentation de la femme qui ne soit pas exagérée, revendiquée, dramatisée, caricaturée : il s’agit d’un être humain qui a le droit de disposer de son corps comme elle le souhaite, d’avoir des choix, une vie sexuelle, des idées, des goûts etc. Un film nécessaire que je vous invite à découvrir dès que possible.

Au cinéma à partir du 18 Septembre 2019. Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma avec Adèle Haenel et Noémie Merlant.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ces films et entendre les réalisatrices parler de leur travail, je vous conseille fortement d’aller écouter le podcast SHECANNES de Iris Brey. Il s’agit d’une collection d’entretiens qui donne la parole aux femmes du 7e art : actrice, réalisatrice, productrice etc. Il y a pour l’instant une saison avec neuf invitées notamment Rebecca Zlotowski, Céline Sciamma mais aussi Camille Cottin ou encore Alice Diop. N’hésitez pas à aller faire un tour pour écouter ces femmes parler de cinéma, de parité, de féminisme, d’expériences etc. Passionnant et enrichissant.

http://www.shecannes.fr/

Et pour aller plus loin sur la question de la diversité au cinéma, je vous encourage à vous renseigner notamment sur le collectif 50/50 (créateur de la charte sur la parité) qui se bat pour faire en sorte que les femmes soient de plus en plus visibles et respectées dans le milieu.

http://www.5050×2020.fr/

Bonne rentrée à tout le monde, on se retrouve le mois prochain pour une nouvelle chronique !

Lilylaura Devillers – Regard Caméra

1SACD : société des auteurs et compositeurs dramatiques

PERDRIX de Erwan Le Duc : l’absurde au service de la tendresse ?

N’est pas Dupieux qui veut ! Le premier long métrage de Erwan Le Duc se perd un peu dans son projet initial : mettre l’absurde au service de la tendresse et réinventer la comédie romantique française. Et malgré quelques petits instants merveilleux, PERDRIX peine à trouver le bon filon pour se démarquer. L’absurde n’est pas seulement un genre, c’est aussi un art et Erwan Le Duc n’y a pas encore trouvé sa place. Quentin Dupieux l’assume et en fait des merveilles (Wrong, Rubber, Au poste etc). Son secret : aller au bout de ses idées, quitte à perdre le public. L’absurde c’est un art difficile, complexe et merveilleux à la fois. On s’éloigne de l’attendu, du classique et de la logique pour toucher à quelque chose de plus libre et de plus abstrait. Là où Dupieux excelle, Le Duc se range dans la case des timides malgré de très belles idées.

Réinventer le genre de la romance française c’est une bonne idée. Les comédies romantiques sont de plus en plus insipides et leurs schéma narratif de plus en plus similaire. Découdre ce schéma et se lancer dans un rapport plus complexe a l’amour est donc un point de départ intéressant. PERDRIX raconte la rencontre entre Pierre Perdrix, chef de la police locale d’un petit village dans les Vosges où il ne se passe jamais rien, et Juliette Webb, une nomade avide de liberté et allergique aux règles. Exit le rythme affolant de la rencontre amoureuse de base, les péripéties, les rendez-vous sous la pluie et la réconciliation : ici, l’amour est silencieux. Il se construit par des regards, quelques mots et beaucoup d’absurdité. Des nudistes extrémistes, des carnets remplis de moments de vie, une radio love dans un garage, un spécialiste des vers de terre et un chef du village totalement insignifiant; voilà de quoi se compose le scénario de cette comédie pas comme les autres. Le tout porté par un casting bancal mais efficace avec Fanny Ardant en mère de famille dévouée et en épouse endeuillée, Nicolas Maury en père enfantin et passionné par les vers de terre, Maud Wyler en jeune nomade fuyant le monde et Swann Arlaud, beau et doux dans ce rôle de chef de famille et de village totalement dépourvu d’ambition personnelle. Mention spéciale pour la jeune Patience Munchenbach impressionnante de justesse dans son rôle d’adolescente en conflit avec son père.

La famille Perdrix est une famille qui ne se parle pas beaucoup, endeuillée par la perte du père quelques temps plus tôt. Ils sont quatre survivants, happés par le fantôme du père qui trône au dessus de la table à manger. Une famille figée qui va voir débarquer un ouragan dans son quotidien avec l’arrivée de Juliette, dont toute la vie tient dans sa voiture. Mais au delà du casting qui fonctionne plutôt bien, le film peine à trouver son rythme. Comme ci le réalisateur oscillait constamment entre narration classique, histoire familiale incongrue et tendresse pudique. On ne sait plus trop où regarder, et malgré quelques belles idées, le film finira par résoudre ses conflits internes grâce à la venue d’une tierce personne tout en débouchant sur une belle histoire d’amour : une issue classique et attendue qui fait perdre au film son unicité et son originalité. Swann Arnaud confirme son talent, mais c’est malheureusement tout ce qu’on finira par retenir de PERDRIX. Dommage.

BANDE ANNONCE

PERDRIX de Erwan Le Duc avec Swann Arlaud, Fanny Ardant, Nicolas Maury et Maud Wyler.

En salles depuis le 14 aout 2019.

Les Hirondelles de Kaboul : poésie et liberté au pays de la tyrannie

Tiré du roman éponyme de Yasmina Khadra, Les Hirondelles de Kaboul raconte l’histoire de deux couples afghans sous le régime des talibans. Quatre personnages, quatre visions des choses et quatre destins qui vont se retrouver liés de façon tragique. Atiq est désormais gardien de prison pour femmes tandis que sa femme Mussarat se bat contre un cancer en phase terminale. Mohsen et Zunaira quant à eux sont un couple de jeunes rêveurs, lui est un intellectuel apeuré et elle, une artiste avide de liberté qui écoute de la musique occidentale en cachette. A Kaboul, la vie de ces deux couples va se retrouver bouleversée.

L’adaptation est signée par l’actrice Zabou Breitman ainsi que la réalisatrice Eléa Gobbé-Mévellec (qui a notamment travaillé en animatrice sur le film Ernest et Célestine en 2012) et à déjà fait grand bruit. Présenté à Annecy, Cannes, Cabourg puis Angoulême, le film a reçu un assez bon accueil malgré ses particularités. En effet, les deux femmes ont choisi l’animation pour raconter cette histoire. La réalité du régime taliban est là (lapidation, oppression, violence) mais il se retrouve confronté à la douceur de l’amour et le désir de liberté des personnages : et tout ça, grâce aux techniques utilisées. L’aquarelle, le dessin, la peinture créent des contrastes vraiment intéressants. Visuellement, le film m’a paru réellement magnifique même si certains ont reproché au style graphique de ne pas fonctionner lors des scènes en mouvements etc. Personnellement, je trouve que l’idée des ralentis au niveau de l’image a réussi à donner de l’impact à certaines scènes qui, sans cela, auraient été assez ratées. Cependant, je conçois que l’appréciation d’un style d’animation est assez personnel et il se peut que le graphisme du film déplaise à certains.

Pour ma part, il y a seulement deux points qui m’ont dérangé. Le premier, c’est le rythme du film que j’ai trouvé assez inégal. Le film dure 1h20, ce qui est assez court même pour un film d’animation. Et pourtant, il y a malgré tout certaines longueurs qui sont difficiles à dépasser. Sur un film aussi court, ne pas réussir à maintenir un rythme cohérent et une tension importante est assez décevant, surtout au vu de l’histoire racontée ici. La deuxième chose est le choix de la version originale. Le casting est très bon : Zita Hanrot, Hiam Abbass, Simon Abkarian mais aussi Swann Arlaud. Cependant, le choix de voix françaises posent certains problèmes. En effet, le fait de rendre francophones les personnages dénature un peu le projet et rend le film beaucoup moins puissant. De plus, les acteurs ne sont pas tous très convaincants. Cela peut probablement s’expliquer par le fait qu’il ne s’agisse pas là d’un travail de doublage à proprement parler. En effet, pour Les Hirondelles de Kaboul, Zabou Breitman a souhaité que ses acteurs jouent le film avant d’appliquer leurs voix aux images. Les acteurs ont donc prêté leur voix à des personnages qu’ils ne voyaient pas et pour certains, ils ne semblent pas avoir été très à l’aise durant cet exercice.

Au delà de ces deux éléments qui sont assez perturbants, le film n’en reste pas moins assez sublime. La beauté de certains plans, la noirceur de l’histoire, la justesse du jeu des acteurs et la volonté de parler d’un pays que l’on oublie bien trop souvent suffisent à vous conseiller de voir ce film. Je regrette seulement le manque d’authenticité et le rythme inégal de l’œuvre, cependant, le propos est important et le film bouleverse par bien des aspects.

BANDE ANNONCE

En salles le 4 septembre 2019