LES SAUVAGES : le coup de maître de la rentrée

Je vous en parlais dans mon article sur les séries de la rentrée (à lire juste ici) : Canal + à dévoilé ce Lundi 23 Septembre sa nouvelle série française. LES SAUVAGES réalisée par Rebecca Zlotowski (rien que ça) est une série politique française qui met en scène l’arrivée au pouvoir d’un président pas comme les autres. Idder Chaouch est élu, et la France s’embrase. La tentative de meurtre dont il est victime le soir de son élection va changer le pays et la vie de nombreuses personnes. Enquête policière, crise identitaire, fresque politique et familiale : LES SAUVAGES est un réel coup de maitre dans le paysage audiovisuel français.

La férocité de Rebecca Zlotowski

Les premières minutes de la série sont déjà percutantes : on emploie des termes controversés, on met en avant une population rejetée et stigmatisée etc. LES SAUVAGES c’est d’abord des romans, écrits par Sabri Louatah, né à Saint-Étienne dans une famille d’origine algérienne. Il écrit quatre tomes, traduits dans de nombreux pays, sur l’arrivée au pouvoir du premier président français d’origine algérienne. On est en 2012, Barack Obama est président des États-Unis depuis trois ans et Sabri Louatah se sert énormément de cette révolution outre atlantique pour construire son histoire. Sept ans plus tard, on découvre LES SAUVAGES sur le petit écran et l’histoire est encore plus poignante. Co-scénariste de la série, il laisse la réalisation à Rebecca Zlotowski, réalisatrice controversée qui aime détourner les clichés et qui revendique son envie de faire bouger les consciences. Présente à Cannes cette année avec son film UNE FILLE FACILE avec Zahia Dehar, la réalisatrice a déjà fait beaucoup de bruit cette année et n’est pas prête de s’arrêter.

Rebecca Zlotowski chez Clique pour LES SAUVAGES

Pour sa première série, il était donc légitime de la retrouver à la tête d’une œuvre aussi puissante. On reconnait Rebecca Zlotowski partout : son envie de ne rien cacher, de sublimer les mots et les gens, de se servir des clichés et des préjugés, d’être crue et d’aller au fond des choses. C’est avec férocité que la réalisatrice, s’alignant avec les romans de Sabri Louatah, donne sa vision des choses. Avec un rythme magistral qui réussit à condenser les quatre romans en six épisodes, elle en conserve les ambitions et dépeint une fresque sociale et politique incroyable, complexe et nuancée.

Avec au centre de la série, cette question de la haine qui est traitée de manière très complète. La haine de l’autre, la haine de soi, la haine de ses origines qui vient aussi de la haine que l’on reçoit et que l’on reproduit. Haïr sa famille ou son pays, c’est aussi haïr son histoire. Vision extrêmement féroce des sentiments qui règnent en France, dans chaque communauté et aussi, au sein d’une même famille. Le discours de fin de Roschdy Zem est poignant, froid et bouleversant. Qu’est-ce que veut dire « être français » aujourd’hui? La série répond, et cela ne va pas plaire à tout le monde.

Un casting extrêmement convaincant

Au delà du propos, c’est également le casting qui fait de cette série une belle réussite. Pour porter une histoire aussi forte, il fallait trouver des personnes capables de faire résonner tout ça et le pari est réussi. On retrouve des acteurs français très connus comme Marina Fois, Amira Casar ou encore Roschdy Zem (qui explose de justesse) qui côtoie des nouvelles têtes dont certaines assez inattendues. Le rapeur Fianso, de son vrai nom Sofiane Zermani, joue la figure menaçante de la série avec un talent assez impressionnant. Jamais dans l’excès, il parvient à convaincre et à prendre sa place à l’écran. Une vraie révélation, également, pour la jeune actrice suisse Souheila Yacoub, que l’on a déjà pu voir chez Gaspard Noé pour Climax ou dans le clip de Lomepal : « Trop beau ». Elle joue également à Paris, au théâtre, sous la direction de Wadji Mouawad. Un parcours intriguant et prestigieux pour cette actrice de 27 ans qui joue ici une fille aimante mais aussi une redoutable directrice de campagne. En tête d’affiche, on retrouve aussi Dali Benssalah, un jeune acteur français que vous avez sans doute vu dans le clip fou de The Blaze, sorti il y a deux ans, qui a fait le tour du monde. L’acteur alors inconnu a été repéré et sera à l’affiche du prochain 007, rien que ça ! Dans Les Sauvages, il joue le rôle de Fouad, fil rouge entre les deux familles et qui incarne parfaitement cette honte de ses origines presque aussi destructrice que la haine dont il est victime. Mention spéciale aussi pour le reste du casting qui est tout aussi puissant, notamment le jeune tireur, joué par Iliès Kadri.

Un casting qui, véritablement, apporte du cachet à la série. Roschdy Zem est magistral dans ce rôle de politicien qui ne veut pas faire comme les autres, de père, de mari et d’homme tiraillé par son histoire. Il ressemble à chacun des personnages, tous tiraillés par une forme de dualité. Une dualité que nous connaissons tous. Notre sexualité, notre famille, notre histoire, notre religion ou nos choix : on est tous catégorisés, jugés, emprisonnés. Les Sauvages montrent le pire mais aussi le meilleur de l’être humain lorsqu’il est confronté à sa condition.

Un discours percutant

Il y a deux scènes de vrai « discours » : la scène de débat qui ouvre la série et le discours de fin du dernier épisode. Ce choix d’ouvrir et de fermer la série par deux moments politiques très forts en France (le débat des présidentielles et l’investiture) est extrêmement puissant. Les propos de Idder Chaouch résonnent alors tout au long de la série et servent de fil rouge. Le silence, les questions sur l’origine, sur la légitimité à être français. Et la question qui va animer toute la série, et tous ses protagonistes, c’est bien cela. Qu’est ce que cela veut dire, aujourd’hui, d’être français? Dans une France en lambeaux et en flammes, la question se pose encore. Et en tant que spectateurs, on finit par se questionner aussi. Et c’est là la grande réussite de la série : parvenir à cogner là où ça fait mal. En six épisodes, dans un rythme effréné, avec un spectre politique et familial, Les Sauvages questionnent tout le monde sur son histoire et sur ce que nous sommes prêts à accepter pour notre avenir. Idder Chaouch répond finalement à cette question dans son discours de fin, et nous fait frissonner tant il est droit, froid et profondément changé. L’idée qu’il représente à la fin, entouré par son histoire (notre histoire) est très puissante.

Vous l’aurez compris, je ne peux que vous conseiller de jeter un œil à cette nouvelle série. Déjà parce qu’elle est française et qu’il est très rare de retrouver une telle qualité (malheureusement) dans notre paysage télévisuel. Ensuite car Les Sauvages parle à tous et sert avec une sacrée puissance un discours qu’il est important d’écouter. Il ne s’agit pas de faire la morale, Rebecca Zlotowski est bien plus subtile que cela. Il s’agit de combattre les préjugés tout en plongeant la tête la première dans ce qu’ils provoquent. Enfin, car au delà de la fresque sociale et politique, c’est une profonde histoire familiale complexe absolument passionnante. Ajouter à tout cela une très belle qualité d’écriture et de mise en scène et vous obtenez le coup de maitre de cette rentrée.

LES SAUVAGES de Rebecca Zlotowski et Sabri Louatah, disponible sur My Canal.

Séries addict – 8 séries originales qui débarquent à la rentrée

Parlons peu, parlons essentiel et kit de survie : les séries ! Vous en avez marre d’attendre la saison 12 de votre série préférée? Vous avez été déçus par les sorties de l’été? Pire encore, vous vous êtes retrouvés à passer une nuit blanche devant la saison 3 de 13 reasons why en vous demandant ce qui vous étiez arrivés? Avec la reprise, plus question de perdre nos soirées chill devant des choses ennuyeuses. Alors j’ai fait mes petites recherches, et je vous ai concocté une petite sélection des séries originales et toutes neuves qui débarquent dans les semaines à venir. A vous les nuits blanches qualitatives et les belles découvertes !

Les Sauvages

On commence par l’improbable : une série française qui parle de terrorisme, de politique et de guerre familiale. On est tous d’accord pour dire que les séries françaises parviennent difficilement à trouver leur public. Mais cette fois, Canal + propose un casting assez fou pour un projet qui s’annonce tout aussi intriguant. Roschdy Zem, Marina Foïs et Amira Casar sont au casting de cette nouvelle création originale de Canal +, signée Sabri Louatah et Rebecca Zlotowski (Une fille facile, actuellement au cinéma). Adaptée du roman du même nom, Les Sauvages sera diffusée à partir du Lundi 23 Septembre. Alors pour les amoureux de Roschdy Zem et de la géniale Marina Fois (je plaide coupable) mais aussi pour les curieux de notre patrimoine télévisuel, rendez-vous sur Canal + dans quelques jours.

Prodigal Son

Malcom Bright est un psychologue criminel qui aide la police de NY à résoudre des crimes. Pourquoi est-il si doué ? Son père est l’un des plus grands tueurs en série : Le Chirurgien.

Une nouvelle série sur les sérials-killers avec un consultant qui s’y connait un peu trop, c’est du déjà vu? Certes, il n’y a rien d’original là dedans. Cependant, c’est le type de série qui, quand elle est réussie, peut véritablement devenir une obsession et un chef d’œuvre. Prodigal Son s’annonce très sombre, et surtout a un casting extrêmement excitant : Michael Sheen en père psychopathe, tueur glaçant et dérangé, sérieusement, à qui ça ne donne pas des papillons dans le ventre? Rendez-vous dès le Lundi 23 Septembre, sur FOX (donc à streamer probablement).

Et pour ceux qui souhaitent se délecter de M. Sheen encore un peu plus, rattraper vite Good Omens (sur Amazon Prime Video) où il nous régale aux cotés du grand David Tennant : délicieusement drôle et cynique.

Carnival Row

Vous avez certainement du en entendre parler depuis quelques semaines déjà, mais la nouvelle série d’Amazon Prime Vidéo, Carnival Row, est semble – t – il une petite merveille. Esthétique incroyable, univers fantastique où créatures mythologiques se retrouvent à cohabiter avec les humains à l’époque victorienne et thèmes d’actualités : il y a de nombreuses raisons pour se plonger dans cette nouvelle série. De plus, et c’est un argument à double tranchant, le casting est assez…étonnant. Orlando Bloom et Cara Delevingne sont en effet les vedettes de cette première saison. Intriguant non? La série est disponible depuis fin aout sur Amazon Prime Vidéo alors c’est le moment de troquer vos codes Netflix avec un ami abonné à Prime !

Dark Crystal

En cette rentrée 2019, Netflix fait aussi dans la série fantasy. Mais cette fois, le pari est incroyable : une série avec des marionnettes, des vautours géants et des peuples tout aussi étranges ! Alors certains connaissent peut être déjà l’histoire de Dark Crystal puisqu’il s’agit d’un film sorti en 1982. 37 ans après, voici … le préquel ! Une série en 10 épisodes dont l’histoire se déroule toujours sur la planète Thra. Au vu des premières images, on ne peut que saluer le projet et croyez moi, ça vaut le détour. Visuellement incroyable, Dark Crystal parle de tolérance, d’écologie, de préservation et tout cela dans un univers totalement déconcertant de beauté et de poésie. Et en plus c’est réalisé par Louis Leterrier, donc c’est made in France ! De plus, au niveau du doublage, on ne se moque pas de nous. Le casting est absolument impressionnant : Natalie Dormer, Taron Egerton, Helena Boham Carter, Andy Samberg, Mark Hamil, Simon Pegg ou encore Mark Strong. De quoi vous donner le tournis et l’envie de lancer la VO sans réfléchir pour ceux qui auraient encore des doutes. Disponible depuis le 30 août sur la plateforme, je vous conseille vivement d’y jeter un œil.

vidéo de Captain Popcorn qui vous en parle en détail avec Louis Leterrier en guest

Years and Years

Bon, certains l’ont peut être déjà vu et j’en ai d’ailleurs déjà parlé sur le blog (article ici pour en apprendre un peu plus, sans spoils) mais comme la série est officiellement diffusée sur Canal + depuis début Septembre, je vous en reparle avec joie. Years and Years, c’est une série d’anticipation en six épisodes qui prend la forme d’une chronique familiale et politique. La série montre, via la vie d’une famille anglaise, les changements radicaux dans le domaine politique, écologique, économique et technologique et leurs conséquences sur le monde. Cette chronique sur 15 ans commence lorsque la Grande-Bretagne se retire de l’Union Européenne. Un récit qui bascule très vite dans nos plus grandes appréhensions et qui est un véritable coup de poing. Mention spéciale pour Emma Thompson, qui est absolument terrifiante. A découvrir, sans plus attendre, mais peut être pas un Dimanche soir sinon vous risquez de passer une sale semaine!

Unbelievable

Restons dans la joie et l’allégresse avec la mini série originale de Netflix : Unbelievable. Adaptée d’une enquête journalistique récompensée du prix Pulitzer, la série raconte les difficultés de la police pour élucider les affaires de viol. On suit notamment l’histoire d’une adolescente qui porte plainte pour viol mais les preuves manquent et la police finit par abandonner l’affaire. Dans un autre État, deux journalistes s’emparent de l’affaire et finissent par découvrir de nombreux faits…et victimes. La bande annonce donne déjà le ton et le casting finit à nous donner envie de nous plonger dans cette horreur : Toni Collette et Meritt Wever, rien que ça ! Réalisée par Susannah Grant, la série composée de huit épisodes sera disponible sur Netflix dès le 13 Septembre et promet de nous glacer le sang.

The Politician

LA série attendue de ce mois de septembre, c’est The Politician. Comédie loufoque, sorte de teen movie décadent et intelligent : la série des créateurs de Glee révolutionne l’univers du lycée et apporte un regard politique et sérieux sur la société actuelle. Ryan Murphy va-t-il réussir sa rentrée chez Netflix? On l’espère, car le projet est prometteur avec un casting tout aussi excitant : Ben Platt dans le rôle principal, avec Barbra Streisand (oui oui) et Gwyneth Paltrow à ses cotés. A découvrir dès le 27 Septembre sur la plateforme.

His Dark Materials

Le meilleur pour la fin ! Clairement, c’est le projet qui m’a le plus excitée ces derniers mois. Après la désastreuse adaptation cinématographique du premier volet par Chris Weitz en 2007 (trop douloureux pour en parler plus longuement), c’est HBO qui a entreprit d’adapter la trilogie À la Croisée des Monde de Philipp Pullman…en série ! Que dire à part que l’excitation est à son maximum et qu’au vu des premières informations, ça s’annonce plutôt lourd !

Pour resituer l’histoire, il s’agit d’une trilogie qui se déroule dans un monde parallèle où la magie, la théologie et la science occupent une place primordiale. Lyra, une jeune orpheline, va découvrir l’existence d’un complot terrifiant impliquant l’enlèvement de nombreux enfants. S’en suit une quête incroyable, une épopée magnifique qui va conduire Lyra jusque dans le grand Nord pour découvrir la vérité sur l’étrange phénomène de la Poussière.

Les bouquins sont fantastiques et ont bercé mon adolescence (je vous conseille à tous de les lire, croyez moi, c’était le Game Of Thrones de l’époque!). Des ours en armure, des compagnons de vie en fourrure, des liens invisibles, des complots et de la magie : cela fait des années que j’attends patiemment qu’une adaptation épique voit le jour, et enfin, nous y sommes peut être. Portée par un casting de rêve (James McAvoy, Dafne Keen, Clarke Peters etc), His Dark Materials s’annonce aussi impressionnante que réussie. La date de sortie n’est pas encore dévoilée mais il semble que ce soit prévu pour cet automne !

Avec tout ça, vous êtes parés pour affronter la rentrée, l’automne et les dimanche de pluie ! De la nouveauté, des castings fous, des créations originales et des adaptations incroyables : cette fin d’année s’annonce épique.

Binge Watch and Chill les amis !

YEARS AND YEARS : incontournable et anxiogène

C’est une tornade que vient de créer Russell T. Davies (Queer as Folk, Doctor Who..). Un vent de protestation souffle sur le monde et soudain, tout explose. Littéralement. Dans 5 ans, Trump lancera une bombe nucléaire sur le sol Chinois, et le monde ne sera alors plus comme avant. Le début de la série sonne comme l’angoisse que nous avons tous depuis 2017, mais est-ce vraiment ce qui changera notre monde? Produite (et diffusée) par la BBC et HBO, YEARS AND YEARS nous montre que non, d’années en années, cette famille britannique voit notre monde changer et personne ne semble réagir autrement que par des mots : deuxième mandat de Donald Trump, Grexit, France bloquée, Espagne qui passe aux mains de l’extrême gauche, effondrement des banques, réchauffement climatique, disparition de certains animaux et fruits, attentats, quartier londonien réservé aux riches avec test bancaire à l’entrée, fake news avec des politiciens recréés numériquement pour des vidéos virales, avancées vers le transhumanisme avec des téléphones intégrés, camps, génocides cachés. Russell T. Davies a écrit notre histoire, l’a anticipée et c’est effrayant.

Anxiogène est un terme parfait pour décrire YEARS AND YEARS. On est happés par ce qu’il se passe sous nos yeux pendant six heures (6 épisodes) et on reste ébahis. On rit aussi beaucoup, on trouve certaines choses improbables et puis, on finit par y réfléchir et on se demande si c’est réellement impossible. Le point de vue occidental est irritant parfois. Comme si l’autre partie du monde n’existait pas ou était déjà perdue. Mais il est également profondément efficace puisqu’il démonte justement toutes nos croyances. Vous pensez être privilégiés et à l’abri dans votre pays riche et développé? Vous pensez que ce qui arrive au Moyen-Orient, en Afrique ou en Amérique du Sud ne vous atteindra jamais et surtout, ça ne vous intéresse pas? La série s’adresse à nous tous, population privilégiée qui va voir son petit monde s’écrouler devant ses yeux. L’argent si durement gagné va disparaitre, vos maisons vont vous être enlevées, un tri sera fait à l’entrée des quartiers ou des écoles, vous ne pourrez pas voter si votre QI n’est pas assez élevé et votre liberté ne sera plus qu’un mirage. Et le coup de maitre de la série est de nous montrer tout cela via le prisme de la famille.

Une famille touchante, mixte, multi-culturelle, aimante et soudée. Une famille où l’un a beaucoup d’argent grâce à son travail au sein d’une grosse entreprise bancaire et où l’autre est partie depuis sept ans pour des voyages humanitaires et des coups d’états. Les enfants sont non-binaires ou ultras connectés. Les difficultés médicales ou financières ne leurs sont pas étrangères. L’homosexualité est au centre de la famille, le mariage mixte également et les avis politiques sont divers. La famille Lyons est faussement normale en somme, avec des souffrances, des secrets mais des gens biens. Comme vous et moi, des gens qui pensent aux catastrophes du monde avec tristesse mais qui continuent d’acheter leur t-shirt à 1e. Des gens qui sont tolérants, humains et aidants mais qui au quotidien, changent de chaine lorsque l’on parle trop de la Syrie ou des palestiniens. Et puis on découvre Daniel et son obsession féroce pour sauver son petit ami Viktor, réfugié Ukrainien. Edith et sa rage de vaincre ce système corrompu et dangereux. Bethany qui se fait instrumentaliser par/pour le gouvernement et qui finit par s’en servir contre eux. Céleste et son caractère bien trempé. Stephen dont la fragilité et la lâcheté explosera aux yeux de tous. Ou la grand mère qui ne cesse de vouloir réunir sa famille malgré les horreurs du quotidien. Un événement brutal fait basculer la famille (et nous aussi par la même occasion) et est certainement le coup de massue que la série nous porte. Un coup nécessaire pour affirmer son propos : les choses ne se passent pas uniquement chez nos voisins.

Autre coup de maitre : la mise en place de la carrière de Vivienne Rook, politicienne démesurée et dangereuse digne d’une Donald Tump ou d’un Bolsonaro au féminin. Des propos qui choquent le pays mais qui amusent, une voix proche du peuple et des soucis internes au pays, une femme forte qui ose dire ce que nous pensons tous même les pires horreurs : Rook est digne des guignols que l’on voit sur chaque chaine depuis des années et qui pensent être ce qu’il nous faut pour (re)devenir un grand pays. Riche, provocatrice, politicienne du dimanche et dangerosité au maximum. Une carrière en fond tout au long de la série mais qui rythmera de nombreux événements. De son apogée à sa chute, elle deviendra le cœur du monde pour cette famille et un monstre à qui il faut couper la tête. Un monstre, joué par l’incroyable Emma Thompson qui nous glace le sang mais que le créateur de la série choisit de ne pas nous mettre au premier plan. Il est là, il se prépare et on ne se rend compte de son pouvoir que lorsqu’il est au sommet. Un moyen intelligent de nous montrer à quel point l’insouciance et le détachement des citoyens face a ces figures ridicules peuvent les amener à gouverner sans que nous n’ayons eu le temps de nous rendre compte de ce qui se passait.

Emma Thompson est Vivienne Rook

La série est extrêmement bien écrite. Russell T. Davies réussit en seulement six épisodes a brasser de nombreux sujets. Et surtout il parvient avec brio à changer d’échelle. Il passe d’un évènement aux retombées mondiales, au destin d’un pays avant de revenir a l’intimité d’une famille. L’effet papillon par excellence, pour nous montrer la portée de certains évènements, sur plusieurs années. Et comme cette famille, nous avons tous les mêmes questions en tête : que sera notre monde dans un an? Dans cinq ans, dix ans, vingt ans? Le secret de la série est justement de parler de notre présent (la série commence en 2019) et d’avancer petit à petit vers notre avenir (15 ans plus loin environ). Sans parler de robots dans tous les foyers, de clonages ou de vie sur mars, non non, l’angoisse vient justement du quotidien : ces petites ou grandes choses qui arrivent dans le monde chaque mois, chaque année et que nous oublions après quelques temps. Ce sont ces choses qui changeront notre monde à jamais : le climat que nous laissons partir en vrille depuis des décennies, les extrêmes que nous laissons grimper dans nos pays et nos gouvernements, le racisme que nous laissons impuni, les guerres auxquelles nos gouvernements participent, les droits de l’homme que nous laissons être bafoués un peu partout. Et comme le montre si bien la série, nous ne verrons pas les choses arriver. Parce que nous allons fermer les yeux, oublier et continuer sans réagir. Parce que tant que les choses ne seront pas devant notre porte, nous n’y croirons pas. On est aveuglés par nos écrans, par les médias et nous ne pensons plus par nous mêmes. Nous allons laisser ce monde nous échapper … jusqu’à ce qu’on réagisse enfin. Par amour, par peur, par conviction ou simplement pour survivre. Est-ce le message de Davies? Pour lui, l’avenir c’est un monde de chaos dans lequel nous allons vivre pendant des années avant de nous révolter et de reconstruire quelque chose? Notre monde actuel doit-il exploser pour nous permettre de créer un monde meilleur? Peut-être.

Ce qui est sûr, c’est qu’il faut vous attendre à être secoués par YEARS AND YEARS. La série rejoint Black Mirror sans ce coté moralisateur, va au delà de House of Cards avec un monstre bien plus gros que celui incarné par Kevin Spacey, au delà de tout ce que nous avons pu regarder avec effroi ces dernières années. Plus réaliste, moins fantaisiste et du coup beaucoup plus angoissante : cette fois ci, on nous offre l’une des séries d’anticipation les plus réussies.

YEARS AND YEARS de Russell T.Davies, six épisodes, avec Emma Thompson, Russell Tovey, Anne Reid etc. Disponible en totalité sur mycanal/OCS

CALLS de Timothée Hochet : le frisson par le son

La série crée par Timothée Hochet a été diffusée pour la première fois sur CANAL + en 2017. Le concept ? Dix épisodes d’une vingtaine de minutes maximum, audio uniquement et qui vous plonge chacun dans un univers différent. Il s’agit d’une série dramatique dans laquelle la tension est au maximum. Les personnages sont tous interprétés par des acteurs français avec notamment Matthieu Kassovitz, Jérémie Renier, François Civil, Marina Fois, Sara Forestier et j’en passe. Un casting cinq étoiles pour une série qui s’écoute? Le projet a beaucoup plu et la saison 2 est disponible depuis quelques jours.

Et c’est un coup de maitre. Malgré quelques épisodes un peu plus faibles narrativement parlant, la série porte une tension qui est véritablement prenante. Chaque épisode vous prends aux tripes et votre esprit divague. Votre imagination suit son cours, il s’agit presque d’une série ludique où vous avez le pouvoir des images que vous lui associerez. Comme un bon bouquin, CALLS allie écriture, interprétation, questionnement, frissons et imagination.

La saison 2 ne se centre plus uniquement sur le drame mais glisse vers la nostalgie avec quelques épisodes sur le souvenir, l’amour et la mémoire. Les thèmes sont quant à eux toujours très divers : du thriller de base au questionnement politique il y a de tout ! Certains sont fortement inspirés de certains scénarios comme celui de THE GUILTY de Gustav Moller pour l’épisode 5. Il y a rarement une fin heureuse dans CALLS mais toujours des émotions, des frissons et des interprètes vraiment très bons. On retrouve notamment dans ce nouveau casting : Swann Arlaud, Ramzy Bedia, Lambert Wilson, Ludivine Sagnier ou encore Alban Lenoir. Et ne vous étonnez pas si chaque épisode vous laisse sur votre faim, la mécanique de la série est souvent de ne vous donner aucune réponse sur les évènements que vous venez d’entendre/de vivre. Un très bon moyen de vous rendre accroc !

Certains épisodes sont disponibles sur YOUTUBE pour ceux n’ayant pas accès à MyCanal. Je vous mets quelques liens ci dessous :

Je vous conseille fortement de mettre des écouteurs pour être bien plongé dans chaque épisode. Certains épisodes peuvent vraiment être malaisants (vous voilà prévenus !) mais l’expérience est réellement intéressante et sensorielle. Bonne écoute !

GENTLEMAN JACK : la série anticonformiste jouissive

1832, l’âge d’or du charbon (pétrole de l’époque) est en marche et Anne Lister, propriétaire terrienne à Halifax (Angleterre), toute de noir vêtue, décide d’en faire commerce. Déjouant les conventions et les attentes liées aux femmes à l’époque, (à savoir : se marier, faire des enfants et être entretenue par son mari/sa famille) Anne Lister s’impose et dérange. Sa posture « masculine » lui vaut le surnom de « Gentleman Jack » et provoque de vives réactions. Sa vie sentimentale est taboue. Attirée par les femmes et méprisant le statut imposée à celles ci, Anne est en avance sur son temps et s’en délecte, tout en souffrant secrètement des regards portés sur elle.

Anne Lister en écrivant son journal, avait à l’esprit « un mémorial à moi seule destiné, que je pourrai plus tard lire, avec peut-être un sourire, quand le Temps aura gelé le cours de ces sentiments qui s’écoulent aujourd’hui si vivement »

Suranne Jones (à gauche) dans le rôle de Anne Lister (à droite)

Sally Wainwright, scénariste et co-réalisatrice de la série, est passionnée par l’histoire incroyable de Anne Lister depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui elle signe ce biopic victorien avec un talent fou et propose une série différente, féministe et avant-gardiste. Une série se basant sur le journal de Anne Lister (comportant plus de vingt volumes dont certains seraient codés pour ne pas apporter de preuves supplémentaires de son homosexualité) et portée par Suranne Jones, qui est définitivement une actrice hors pair. Le rôle est difficile, Anne était une femme profondément intelligente, passionnée, curieuse, énergique mais aussi très désagréable avec ses opposants. Une femme dotée d’une grande éloquence, insolente presque et qui n’avait pas le temps pour les broutilles. Une femme qui, après avoir été exclue des bonnes écoles, a multiplié les aventures avant de rencontrer Anne Walker, une riche héritière névrosée et homophobe.

Homophobe c’est le terme que l’on emploierait aujourd’hui. Mais comment nommer cela si l’on se réfère à l’époque? L’homosexualité n’existait pas pour l’opinion publique. Les relations homosexuelles étaient considérées comme étant inconcevables, malsaines et contre-nature (oh, coucou les propos de la manif pour tous du XXe siècle…). Ces relations n’étaient donc pas définies et il n’y avait aucun terme pour en parler. Pas étonnant donc que les jeunes femmes ressentant de l’attirance pour le même sexe ne sachent pas comment nommer ces sentiments, les définir ou les vivre pleinement. Anne Lister ne s’est jamais préoccupée de ça, elle a accepté ses désirs mais n’a jamais pu se soustraire à l’opinion et n’a jamais pu assumer publiquement ses relations, et notamment son mariage secret avec Miss Walker. Les mariages à cette époque étaient très souvent arrangés par la famille, et surtout pour les riches jeunes femmes. L’amour n’avait pas sa place dans ce type d’union et refuser de se marier était très mal vu.

Sophie Rundle (Miss Walker) et Suranne Jones (Anne Lister) dans GENTLEMAN JACK

GENTLEMAN JACK est une série extrêmement passionnante. L’époque y est dépeinte de manière incroyable et juste. Les actrices sont époustouflantes, surtout Suranne Jones qui est définitivement l’une des actrices anglaises les plus douées de ces dernières années. Vous avez du l’apercevoir notamment dans le rôle principal de la série Doctor Foster, diffusée sur France Télévision en 2015 et disponible sur Netflix depuis peu. Elle est également connue pour son rôle dans Unforgiven (série anglaise également écrite par Sally Wainwright) diffusée depuis 2009. Mais sa prestation dans le rôle de Anne Lister est véritablement incroyable. Un talent au service des dialogues exceptionnels de S. Wainwright. Des textes absolument délicieux et qui rendent justice à l’éloquence du personnage. Des tirades tantôt profondes, comiques ou même romantiques. Dans cette époque victorienne réalisée comme un western féminin, tout est fait pour vous surprendre et vous émoustiller. Certaines scènes sont tellement sensuelles que vous ne pourrez pas y être insensibles. La mise en scène et la réalisation accompagnent le personnage principal et mettent en lumière l’impact que Anne a sur son entourage. La peur, le mépris ou l’admiration mais aussi le désir et l’amour : tout est subtil et à la fois omniprésent. Un accompagnement très intime auquel est également invité le spectateur : Anne Lister s’adresse souvent à nous. Elle s’approche de la caméra, nous regarde, et nous emmène avec elle. Clin d’œil, regard caméra profond ou amusé, texte directement adressé au spectateur : cette particularité récurrente rythme la série et permet d’être encore plus proche du personnage et de ses émotions.

Cette série est une petite pépite qui saura vous surprendre, vous émouvoir et vous instruire. Suranne Jones est jouissive dans ce rôle de propriétaire terrienne qui terrorise les hommes avec qui elle fait affaire. Touchante lorsqu’il s’agit de sa vie privée et des injonctions à son encontre. C’est une ode à la féminité libre, c’est avant-gardiste et c’est réussi.

GENTLEMAN JACK, écrite et réalisée par Sally Wainwright, produite par HBO et la BBC, avec Suranne Jones et Sophie Rundle. Une saison (la deuxième a déjà été annoncée), huit épisodes.