GLASS de Mr. Night Shyamalan

Comme un soufflé qui retombe, le dernier film de Mr. Night Shyamalan, qui clôture sa saga après Incassable en 2000 et Split en 2016, est une déception.

Attention, cet article contient des spoilers

GLASS, ça raconte quoi? Et bien…on ne sait pas trop à vrai dire. On retrouve rapidement les trois personnages,que nous connaissons déjà, dans le même établissement. Ils sont tous les trois enfermés dans un institut psychiatrique et une psychiatre leur annonce qu’elle a trois jours pour tenter de les « soigner ». S’ensuit alors d’innombrables flashbacks sur la vie de chacun ainsi qu’un nombre incalculable de transformations pour Kevin Crumb.

Les premières minutes du film sont assez intéressantes et on sent que le réalisateur joue sur les codes des films de supers-héros de ces dernières années. On est happé par l’ambiance, les plans inspirés des comics et par la musique. Mais après un bon quart d’heure prometteur, le film tombe véritablement dans une flopée de clichés et on finit par s’ennuyer.

On a la sensation que le film a voulu surfer sur la popularité du dernier personnage fort du réalisateur à savoir Kevin Crumb et ses 24 personnalités quitte à nous en dégoûter totalement. Le nombre de changements de personnalité dans le film est chouette au début. On découvre enfin les 24 facettes du personnage mais, à la longue, ces changements sont limite grotesques et rendent James McAvoy ridicule. On voit clairement que c’est du sensationnel mais, qui ne fonctionne pas. Ça perds de son sens, de son impact et c’est totalement inutile. La (longue, très longue) scène où le gardien/soignant/infirmier enchaîne les flash en face de Kevin pour provoquer un changement de personnalité est dénué d’intérêt et de sens. Au bout de deux flash, Kevin était l’une de ses personnalités inoffensives (Patricia ou Hedwig). Pourquoi insister et en faire une scène gadget? Et ce n’est que la première des longues scènes montrant Kevin sous toutes ces formes. L’’intérêt du personnage perd immédiatement en crédibilité.

En ce qui concerne la réalisation, elle est très aléatoire : les gros plans sur les visages constamment, les plans un peu différents, mais qui font tache ou qui débarque de nulle part ou encore ce montage qui fait mal au crane. La musique angoissante présente également dans SPLIT pour avertir de l’arrivée du danger, de la violence chez Kevin et donc de la transformation en « bête » est utilisée de manière forcée et constante. Le rythme est également très inégal, et tous les axes dramatiques se retrouvent larmoyants et forcés. Incassables et Split ont été des succès incroyables. Les films étaient intéressants, bien faits, avec un scénario ficelé, des tensions, une histoire intéressante et des acteurs incroyables. Une suite (ainsi qu’une rencontre entre les personnages) était une idée alléchante qui, selon le réalisateur, était prévue depuis le début. Mais alors, si GLASS était prévu depuis presque 20 ans, comment est-ce possible de l’avoir autant raté? Est-ce le fait de l’avoir laissé de coté trop longtemps, ou de l’avoir réécrit trop de fois? Peut être même que c’est au contraire, le fait de ne pas l’avoir retouché depuis vingt ans. Incassable, était important à l’époque et n’avais encore aucune concurrence réelle dans ce genre. SPLIT quant à lui, 17 ans plus tard, était vraiment bon, plus qualitatif en terme de réalisation et Shyamalan avait dans ses filets un personnage exceptionnel qu’il pouvait exploiter à l’infini. Mais dans GLASS, tout le potentiel des personnages est gâché, la fin est tellement longue qu’on décroche dès les premières minutes et surtout elle n’a aucuns sens. Ce qui avait été impressionnant dans Split ou novateur dans Incassable, n’est plus intéressant ici. On apprend rien de plus qui soit pertinent (le fait que le père de Crumb soit mort dans l’accident de train, est-ce réellement un élément incroyable?) : GLASS donne l’impression d’une synthèse des deux premiers films et ce n’est pas très intéressant. Le réalisateur à raté son final et c’est l’une des plus grosses déceptions que j’ai eu depuis bien longtemps.

L’axe sur les comics aurait pu être intéressant, mais on y adhère pas. Il nous ramène à celui qu’avait Elijah dans Incassable mais la cohérence est ici complètement mise de coté. On continue à se complaire dans des clichés (entre les révélations sur l’accident de train dans Incassable, la mort larmoyante de certains personnages, la victime avec un syndrome de Stockholm qui revient aider son agresseur, les scènes de bagarres totalement surréalistes, les gros plans sur certains détails au cas où nous les aurions loupés ou le moment où Sarah Paulson comprend que Elijah avait un autre plan) et surtout, on légitime l’existence de cette pseudo société secrète qui débarque de nulle part et qui a décidé d’éliminer les supers-héros. Bruce Willis est absent, totalement déconnecté de son personnage et il en devient presque oubliable. James McAvoy est incroyable, mais fait de son personnage une caricature loin de l’homme torturé intéressant que nous avions découvert dans Split. Quant à Samuel L.Jackson, il reprend son rôle à la perfection mais n’en fait pas grand chose de plus, à part se balader en fauteuil dans un hôpital dénué de sécurité et avoir un plan diabolique en tête.

Et c’est dommage, car l’idée de Shyamalan ainsi que sa réflexion sont visibles. Le questionnement sur le monde des super-héros et la place qu’on leur donne aujourd’hui est véritablement intéressant. Malheureusement, je n’accroche pas à la manière dont il met en place tout ça. La fin n’a pas vraiment de sens, et lui qui parle de son amour pour les plans qui veulent dire quelque chose et qui sont réfléchis : pourquoi en avoir autant abusé ? L’un des plans qui me vient en tête est celui sur le poignet des gens de la société secrète. Ce plan intervient trois fois de suite. C’est cliché au possible et surtout, absolument pas subtil. Est-ce une nouvelle fois, une manière de démontrer la grossièreté de certains retournements de situation dans les comics? Peut-être, mais ici, ça ne fonctionne pas. Même effet lors de la mort de Kevin Crumb : le gros plan sur son visage, la musique et la phrase romantique, tout était d’un cliché absolu et a clairement mis de la distance entre ce qu’il se passait à l’écran et moi. Le combat et l’issue finale du film deviennent ridicules et malgré ce qu’il a voulu questionner, je ne pense pas que c’est l’effet qu’il a souhaité faire transparaître,comme il l’explique dans l’extrait de l’interview qu’il a donné à Télérama pour la sortie du film :


« Je vois Glass comme une fiction qui prend part à un débat plus vaste : comment les superhéros et l’univers des comic books sont-ils devenus si importants dans notre culture ? Pourquoi les gens en parlent-ils autant, qu’est-ce qui les intéresse vraiment dans tout ça et leur donne tant de plaisir ? Que s’est-il passé dans le cinéma depuis que j’ai tourné Incassable ?


A l’époque, le fait que mon film soit lié à l’univers des superhéros n’intéressait personne. Aujourd’hui, on ne parle plus que de cela. Est-ce qu’il s’agit d’un trouble dont tout le monde est atteint ? Est-ce une illusion à laquelle chacun a envie de croire, en se projetant dans la peau d’un superhéros ? J’ai imaginé que cela pouvait littéralement devenir une maladie, qui serait traitée dans un hôpital psychiatrique »


« C’est ce que j’aime le moins dans les films de superhéros, le grand combat final. C’est le moment où je perds les personnages, leur intégrité et le monde autour. Dans Glass, j’ai voulu m’amuser mais j’ai également voulu ancrer l’histoire et les personnages dans la réalité. Tout peut s’expliquer. Mr Glass, le personnage de Samuel L. Jackson, veut que David Dunn, joué par Bruce Willis, affronte Crumb-James McAvoy pour que les gens comprennent que l’univers des comic books est fondé sur la réalité et qu’il a donc lui aussi, Mr Glass, une place dans le monde réel.
Tout a un sens dans le film, les combats aussi. Je joue avec l’idée qu’ils vont s’affronter au sommet d’un gratte-ciel, comme dans les films de superhéros, mais bien sûr, cela ne se passe pas comme ça. Glass est un petit film qui fait semblant d’être un film énorme ! E.T. de Spielberg a eu une grande influence sur moi. L’idée de faire un film très personnel basé sur une idée spectaculaire, j’aime beaucoup cela. Car le cinéma garde une dimension humaine et on a en même temps tout le bénéfice de l’idée énorme, qui agite notre imaginaire. On n’a pas besoin de faire s’écrouler toute une ville pour ressentir quelque chose de gigantesque. »

Entretien de Mr. Night Shyamalan pour Télérama, 2018

Comme le confirment les propos du réalisateur, les idées et les influences sont bien présentes. On comprend mieux certaines choses en lisant les nombreuses interventions du cinéaste. Mais à mon sens, Glass est certes audacieux, mais pas convaincant. Tout a un sens, pour lui peut etre mais, à l’ecran ce n’est pas le ressenti que j’ai eu. Il tente de nous vendre un film d’action excentrique et absurde dans lequel on a du mal à plonger. Entre son caméo totalement improbable en client lambda donnant la réplique à David Dunn et son fils, ses jolis plans travaillés mais sortis de nulle part ou son esthétique tantôt froide tantôt digne d’un Marvel : Shyamalan s’est amusé et son film lui ressemble. C’est du Shyamalan, donc on aime ou on déteste comme à chaque fois. J’ai adoré Signes, Le Village, Incassable, Split ou encore 6e sens. J’ai beaucoup moins apprécié Phénomènes ou The Visit tout en leur trouvant des qualités malgré tout. C’est un grand cinéaste, mais, qui a son propre univers et parfois, il est difficile de se plonger dans ce qu’il propose. Glass est un melting-pot des idées du cinéaste, du questionnement qui l’anime sur le monde des comics et sur l’importance qu’il a pris depuis plusieurs années. Mais à l’écran, cela ne fonctionne malheureusement pas, pour moi en tout cas. Au delà des questionnements sur le cinéma et sur notre monde, au delà du talent du cinéaste c’est le film en lui même qui ne fonctionne pas et que j’ai trouvé raté.

Certains vont adorer GLASS, le trouver ingénieux et terriblement efficace. D’autres, comme moi, comprendront le questionnement derrière sans vraiment voir où il veut en venir et du coup, n’accrocherons pas avec les propositions du réalisateur. Et enfin, je pense qu’une partie du public n’y verra pas un grand intérêt. Et c’est dommage parce que cette saga aurait pu être l’une des plus inventives de ces 20 dernières années. 

GLASS, sorti le 16 janvier.

Articles à lire pour approfondir/comprendre la pensée du réalisateur

SEX EDUCATION : une série nécessaire?

La nouvelle série pour ados de chez Netflix (production anglaise) est une petite surprise en ce début d’année. SEX EDUCATION raconte la vie d’un jeune garçon de 16 ans qui se retrouve à donner des conseils sexuels à ses camarades alors que lui même a de sacrés blocages en ce qui concerne ce domaine notamment à cause de sa mère, sexologue décomplexée.

Créee par Laurie Nunn, la série est une petite bulle d’oxygène. Basée sur les codes des teenmovies (un lycée, une bande de jeunes plus ou moins paumés avec les populaires, les loosers, etc.) elle réinvente totalement la vision du sexe chez les adolescents. Quand on pense aux films ou séries qui parlaient ouvertement de sexe à notre époque (génération des années 90, bonjour) on pense notamment à Sex and the city qui était déjà assez intéressante, mais qui ne s’adressait pas directement aux adolescents, mais plutôt aux jeunes adultes. American Pie, plus tard a également fait beaucoup de bruit dans les cours de récré, mais n’avais pas grand chose d’éducatif. J’aurais adoré avoir une série comme SEX EDUCATION dans ces années là.

En effet, la série est totalement décomplexée. Elle parle de sexe avec de vrais mots, de vrais sujets et de vraies situations. Je n’ai vu aucune vulgarité ni dans les situations ni dans les dialogues. Les choses sont dites simplement et les situations s’enchaînent en abordant des sujets que nous ne voyons que très rarement (voire pas du tout) ailleurs. C’est aussi la grande qualité de la série : la diversité de ses sujets. Chaque épisode aborde une problématique différente voire plusieurs en parallèle. La première fois, la fellation, le consentement, le plaisir féminin, la masturbation féminine, l’éjaculation, l’homosexualité, l’homophobie, le slut shaming, l’avortement , mais aussi des sujets dont on n’entend jamais parler dans ce type de contenus comme le vaginisme : tout est exploité de manière claire et intelligente. Personne n’est mis de coté et Otis, le personnage principal, parvient à dédramatiser chaque situation tout en s’occupant de ses propres problèmes.

Cette série est rafraîchissante et devrait être vue par de nombreux adolescents/parents. Comprendre les problématiques sexuelles à cette période de la vie est un challenge autant pour l’ado que pour les parents qui ne laissent pas souvent la porte ouverte à la discussion sur ce sujet. Et quand ils le font, parfois, c’est un peu trop intrusif comme on peut le constater avec la mère d’Otis jouée par la grande Gillian Anderson (que l’on est ravi de retrouver sur petit écran).

La série est accessible et le traitement du sujet est global, bien réalisé et éducatif. Les épisodes sur le slut shaming, l’avortement ou la masturbation féminine, notamment, sont traités avec importance et sérieux. On nous montre que le slut shaming peut se manifester sous différentes formes (revenge porn, insultes, etc) et que c’est véritablement destructeur si on n’intervient pas. L’avortement est montré de manière claire, sans tabou, comme quelque chose d’important qui mérite un accompagnement très fort pour la personne concernée. Quant à la masturbation féminine, je crois n’avoir jamais vu un tel réalisme. Adieu les scènes classiques où l’on voit la jeune femme glisser une main dans sa culotte avant de revenir vers son visage pour admirer son plaisir. Non, là, la créatrice de la série met en avant la découverte du plaisir féminin et ses nombreuses formes : sur le ventre, debout, avec un objet, etc. Une manière de décomplexer toutes les jeunes femmes qui se sentent peut être anormales en pensant à la manière dont elles se masturbent. Plus important encore, cela permet également de montrer à certaines jeunes femmes que l’exploration de leur plaisir est une chose naturelle et tout ce qu’il y a de plus normale. La masturbation féminine n’est pas sale ni honteuse au contraire, et la série met bien en avant l’importance de ce point.

En bref : SEX EDUCATION est une série que je trouve utile, si ce n’est nécessaire pour la jeune génération et pourquoi pas pour décomplexer aussi une bonne partie des jeunes adultes (et des parents!). Les acteurs sont très bons, on ne tombe jamais dans le cliché et la série se laisse dévorer facilement. La saison 2 est actuellement en préparation.

SAISON 1 disponible sur NETFLIX.

YOU, la série qui dérange

YOU est une série produite par Netflix et sortie en ce début d’année 2019 sur la plateforme. Développée par Greg Berlanti et Sera Gamble la série est une adaptation du roman (publié en 2014) de Caroline Kepnes : Parfaite.

De quoi ça parle? Joe est gérant d’une librairie quand il tombe fou amoureux de Beck, une jeune femme passionnée par la poésie et qui aspire à devenir écrivaine. Il va alors tout faire pour la séduire quitte à s’infiltrer dans sa vie privée et finir par contrôler sa vie.

YOU me faisait envie depuis un bon moment. Vendue comme une série sur le harcèlement et l’amour obsessionnel, elle s’annonçait intrigante voire utile (à savoir que je n’ai pas lu le livre et n’avais donc aucune attente particulière). Mais la série tient-elle toutes ces promesses? Et bien la réponse est non, malheureusement.

Le pitch de la série est tout bonnement effacé au bout de quelques épisodes (si ce n’est dès le début). Les actes de Joe sont justifiés constamment, alors qu’ils ont pourtant des conséquences dramatiques. Son amour pour Beck est sans limite alors même qu’ils ne se sont rencontrés qu’une fois. Le garçon est malade et traumatisé, on le comprend très vite, mais cela ne justifie en rien son comportement. La voix off (qui rappelle celle de DEXTER qui expliquait ses actes et ses méthodes de la même manière, etc.) qui rythme la série et qui n’est autre que celle de Joe noue un lien avec le spectateur. Mais du coup, nous n’avons jamais autre chose que ses propres pensées et ses propres justifications. Ajoutez à cela un acteur plutôt mignon, des personnages féminins tous plus insupportables les uns que les autres (à commencer par Beck elle même) et vous vous retrouvez à apprécier le harceleur/meurtrier. Et à partir de ce moment-là : la série est ratée sur le plan idéologique. Même l’acteur qui incarne Joe (Penn Badgley) s’insurge depuis quelques semaines des retours que lui font ses fans. Non, nous ne sommes pas censés apprécier ce personnage et encore moins tenter de le justifier. Malheureusement, c’est la série elle même qui entraîne ces émotions. Tous les autres personnages sont des psychopathes ou des gens malfaisants, ce qui annule totalement l’impact du personnage de Joe comme étant LA menace. La voix off, les caractéristiques des personnages autour de Joe, son passé, sa relation avec Pacco son jeune voisin qu’il aide et aime tous les jours, son romantisme : tout est fait pour que nous soyons touchés par le personnage. Pire encore, le scénario ne tarde pas à le mettre en concurrence avec une autre personne malsaine : Peach la meilleure amie de Beck. On déteste alors ce personnage qui est cette fois dépeint exactement comme elle doit l’être à savoir une personne destructrice, obsessionnelle et dangereuse. Ce tableau nous pousse donc à comprendre les actes de Joe à son égard voire à souhaiter qu’il s’en débarrasse et à détester davantage Beck de ne pas se rendre compte du réel visage de son amie. Est-ce une manière de montrer que les harceleurs sont souvent des gens normaux à qui l’on donne facilement sa confiance et dont on fini par excuser les actes ? Peut être que les créateurs ont souhaité mettre en avant l’impunité de ces personnes de cette manière là. Seulement, même si je suis de celle qui pense qu’un public n’a pas besoin d’être éduqué et est assez intelligent pour comprendre la fiction et les messages parfois cachés dans les œuvres : ici je suis dérangée par le discours plus qu’ambiguë de la série et son absence de morale. On s’attache à son personnage principal et l’on finit même par détester la victime (aussi insupportable soit elle). Ce que provoque la série rappelle les réactions que nous voyons trop souvent dans les médias chaque fois qu’une femme raconte avoir été harcelée, agressée ou abusée. La victime est souvent montrée du doigts et le(a) harceleur(se) a le droit à un flot de soutien. Et c’est cet aspect là qui me dérange. YOU aurait pu être une série profondément nécessaire et malheureusement elle se trompe (malgré elle peut-être) de discours.

Ici, le traitement des personnages est tel que nous ne parvenons pas à discerner le propos réel de la série. Et si l’acteur lui même est surpris de l’accueil du public envers son personnage c’est qu’il pensait surement qu’il serait tout autre non?

Cependant, si l’on s’attarde uniquement sur la qualité de la série alors elle n’est pas totalement mauvaise. Si vous acceptez l’ambiguïté du discours et le manque de morale et que vous souhaitez seulement être divertit : YOU vous plaira peut-être. Le rythme est quelque peu inégal mais on reste accroché à l’histoire. Les acteurs sont plutôt bons et le divertissement est réussi malgré une fin bâclée et un cliffhanger totalement prévisible. Et vous, YOU vous a-t-elle dérangée?

YOU, disponible sur Netflix.

Edmond de Alexis Michalik

Je jette avec grâce mon feutre, 
Je fais lentement l’abandon
Du grand manteau qui me calfeutre, 
Et je tire mon espadon ;
Élégant comme Céladon, 
Agile comme Scaramouche, 
Je vous préviens, cher Myrmidon, 
Qu’à la fin de l’envoi, je touche !

Edmond est un petit bijou pour bien des raisons. La particularité de ce film c’est qu’il s’agit d’une incroyable mise en abîme. En effet, l’acteur, metteur en scène et scénariste Alexis Michalik déjà auteur de deux pièces à succès (Le porteur d’histoire en 2011 et Le cercle des illusionnistes en 2014) s’est attaqué à l’adaptation de sa propre oeuvre. Edmond est une pièce qu’il a créee en 2016 et qui raconte la création de la célèbre comédie Cyrano de Bergerac du poète Edmond Rostand. Écrite et montée en décembre 1897 c’est une pièce en cinq actes, en vers et qui a fait trembler les planches de nombreux théâtres depuis sa création. Edmond a été ovationné pendant plus de deux ans avant de se retrouver dans nos salles. L’adaptation d’une pièce de théatre au cinéma est toujours un projet particulier. Mais lorsque l’on adapte une pièce qui elle même raconte la création d’une autre et tout cela par le même auteur : qu’est ce que ça donne?

Edmond, c’est du cinéma pour les amoureux. Amoureux du théâtre français, de la poésie, des acteurs, de Paris, et de la création. Si vous n’êtes pas sensibles à tout ça, alors le film ne vous touchera peut-être pas autant que je l’ai été. Plongés dans un Paris du 19e, on revit les quelques semaines intenses durant lesquelles Cyrano à vu le jour : l’histoire d’amour intellectuelle d’Edmond, le triangle amoureux qui fera naître le comique de la pièce, la peur de voir le théâtre s’éteindre au profit du cinématographe, sa vie personnelle tourmentée, le théâtre parisien de l’époque, l’incroyable gérant du café où il écrit une grande partie de l’oeuvre, les improbables heures de filages et de répétitions avant d’arriver à l’apothéose des applaudissements et du succès de la pièce lors de la première. On redécouvre avec délectation les vers et les dialogues, on visualise leur création, on aspire la beauté des lettres du poète à Jeanne et on se réjouit des répétitions parfois chaotiques de la troupe. A noter que le film n’est pas à prendre comme un biopic ou une réelle reconstitution des faits mais bien une fiction inspirée de faits reels écrite par le réalisateur. 

Raconter comment l’un des plus grands poètes à pondu la plus célèbre pièce française c’était un pari risqué. J’ai peut-être sciemment ignoré les quelques défauts du film mais, pour moi c’est un pari réussi. J’ai adoré la manière dont Michalik se réapproprie sa pièce. On sent l’attachement énorme du réalisateur pour l’histoire qu’il raconte, pour les acteurs qui se tiennent devant sa caméra, pour Cyrano et pour l’époque qu’il filme. Certains plans sont véritablement sublimes (plans larges et sublimés devant le moulin rouge ou devant les cafés, contre plongée sur les lieux de représentations, plans fixes sur les scènes de spectacles, etc.) et l’on sent l’amour du cinéaste pour Paris et pour le monde des artistes. Il réussit également à ne pas faire de son film une pièce de théâtre filmée. Ce n’est pas une captation d’une représentation de Cyrano ni celle de sa propre pièce et c’est pourtant ce dont on pourrait avoir peur lors des scènes finales de représentation. Mais Michalik n’oublie pas que nous sommes au cinéma et embarque sa caméra pour jouer sur les différences et les atouts des deux arts qui s’entremêlent face à nous. Il fait glisser doucement la représentation théâtrale vers une véritable scène d’amour tragique de cinéma avec les mouvements de caméra, les décors et tout ce qui s’y rattache avant de revenir doucement sur les planches et retrouver les personnages là où on les a laissés. C’est profondément poétique, engagé et une belle déclaration d’amour au texte d’Edmond Rostand, au théâtre et au cinéma.

Alexis Michalik nous touche et parvient à créer une oeuvre totale tout en s’attaquant à une histoire populaire. Le film est drôle, dynamique, intéressant, beau et rend hommage au texte d’Edmond Rostand et à son oeuvre emblématique. J’aimais déjà énormément Cyrano de Bergerac, et le film m’a rappelé pourquoi. Le cinéaste signe ici un grand film, une déclaration d’amour au théâtre français et à la poésie. La mise en scène est brillante et sa reconstitution de l’époque est sublime. Un film français que je vous encourage à voir en ce début d’année et qui donne envie de suivre ce metteur en scène/cinéaste de plus près ainsi que de découvrir son travail sur les planches. J’adorerais voir Edmond au théâtre.

J’en profite d’ailleurs pour vous rappeler que Cyrano de Bergerac a elle même été adaptée de nombreuses fois au cinéma, et l’une de mes adaptations préférées est celle de Rappeneau en 1990 avec le grand (et jeune) Gérard Depardieu dans le rôle de Cyrano. C’est l’une des premières adaptations cinématographiques que j’ai vu et elle m’a vraiment marquée.

Extrait de Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990) avec Gerard Depardieu

Mais il y a également eu la version plus ancienne de Fernand Rivers en 1946 ou encore celle de Claude Barma en téléfilm dans les années 60. La pièce sera quant à elle encore jouée cette année notamment a la comédie française et l’a été de nombreuses fois en 2018. Une oeuvre que nous connaissons tous mais qui ne prends pas une ride et qui continue de faire vibrer les planches des théâtres français et de nous éblouir sur grand écran.

Edmond de Alexis Michalik, sorti le 9 janvier 2019.

BIRD BOX de Susanne Bier

Le nouveau film produit par Netflix et mis en ligne quelques jours avant la fin d’année est le plus gros succès de la plateforme en 2018 et a comptabilisé plus de 45 millions de vues dès la première semaine, mais que vaut-il réellement?

attention, cet article contient des spoilers

BIRD BOX c’est l’histoire de Malorie (Sandra Bullock) qui vit depuis cinq ans dans un monde où d’étranges créatures ont pris le pouvoir et ont décimé une grande partie de la population. Une seule règle : ne pas ouvrir les yeux lorsqu’on se trouve à l’extérieur. Après une énième perte, Malorie et les deux enfants qui sont à ses cotés, vont entreprendre une grande traversée les yeux bandés pour rejoindre le seul endroit qui semble pouvoir les protéger.

Alors de prime abord, l’idée est assez chouette mais elle sent un peu le réchauffé. Les films d’horreurs où l’un des sens est manquant sont nombreux (dernier en date Sans un bruit de John Krasinski sorti la même année ou encore Hush de Mike Flanagan sorti en 2016 et également disponible sur la plateforme) et le genre s’essouffle un peu. Dans le cas de Bird Box je n’arrive pas vraiment à le caser dans la case « horreur » mais plutôt dans le genre apocalyptique ou (à la limite) thriller.

Le film n’est pas mauvais, que l’on s’entende, c’est même un divertissement plutôt réussi mais il est loin d’être révolutionnaire. Le fil narratif est très classique et avec peu d’originalité si ce n’est le concept de base qui est d’avoir les yeux bandés/cachés. On tombe très vite dans un contexte apocalyptique et ce, sans aucunes justifications (on ne sait pas ce que sont ces choses, on ne sait pas d’où elles viennent, ce qu’elles font ni pourquoi elles sont là) : on ne peut que supposer. La situation est acceptée très rapidement par les protagonistes ce qui réduit donc légèrement sa crédibilité et son impact. En quelques minutes le réalisateur nous propulse en dehors du monde, nous explique en quelques mots le mal qui ronge le monde (à savoir une étrange force qui vous pousserait au suicide en vous montrant vos plus grandes peurs si vous la regardez dans les yeux) puis passe directement au chapitre suivant : la survie. Pour ma part, j’aurais eu besoin d’un peu plus de détails et d’explications pour véritablement entrer dans le film, mais soit.

Autre aspect qui m’a profondément dérangée : le personnage de Malorie n’est absolument pas assez travaillé. On ne sait rien d’elle. On la prend au passage, à un instant T de sa vie sans rien savoir de plus. Pourquoi a-t-elle autant de mal à appréhender le rôle de mère pendant (et après) sa grossesse? Pourquoi était-elle si asociale avant les événements? On apprend par ci par là que ses parents n’étaient pas géniaux mais c’est tout. Du coup, l’intérêt pour le personnage met du temps à se manifester. On a l’impression de rencontrer une jeune femme, de la suivre dans cette situation apocalyptique et de la quitter lorsque les choses se sont arrangées. On ne peut s’attacher à un personnage dont on ne sait rien et dont on n’apprend rien. Et c’est dommage parce que du coup, le film reste en suspens. Il est simplement là pour nous dire : « eh, c’est la fin du monde, les gens qu’on vous présente vont tenter de s’en sortir et entre temps il y aura une ou deux scènes un peu fortes. Bonne soirée. »  Et malheureusement ça ne suffit pas pour en faire un film passionnant.

Dernier aspect légèrement décevant : le film ne va pas assez loin. L’idée d’une force ou de créatures qui vous poussent à vous suicider si vous les regardez en face est chouette mais pour que nous soyons réellement effrayés ou angoissés par l’arrivée de ces choses : montrez les nous, faites en quelque chose de réellement angoissant ou bien montrez nous ce qu’elles provoquent. L’une de ces trois choses aurait suffit pour que l’on s’inquiète vraiment, mais là il n’y a rien. On constate simplement les effets suicidaires mais on ne les vit pas vraiment. On voit quelques personnages se suicider, mais pourquoi? Qu’est-ce qu’ils voient? Cela aurait été intéressant de voir les peurs de chacun par exemple. Et je reviens donc à l’aspect le plus problématique du film pour moi : on ne connait pas assez les personnages et du coup, tout reste un peu en surface. Je regrette qu’il n’y ai pas eu une scène où Malorie aurait été confrontée directement à ces « choses » et leur aurait résisté par exemple. Et puis, pourquoi les créatures ne peuvent elles pas entrer dans les maisons? On voit bien quelles peuvent avoir une force considérable, alors pourquoi sont elles coincées à l’extérieur? Encore une chose qu’on ne nous explique pas et qui enlève un peu d’impact à l’aspect terrifiant du film.

Cela dit, il y a quand même plusieurs choses intéressantes dans le film comme le fait que ceux qui se sont échappés de l’institut psychiatrique soient « immunisés » face aux créatures : sont ils insensibles à la peur? Sont-ils trop fous pour y voir quelque chose de terrifiant? Ils parlent tous de la beauté que les créatures représentent et que tout le monde devrait voir. La scène où celui qui est entré dans la maison sort tout ses dessins est intrigante : sont-ils les seuls à pouvoir les regarder? Le fait qu’il y ai plusieurs représentations sur ses dessins montre également la psychologie du personnage et c’est vraiment intéressant. C’est d’ailleurs les seules représentations des créatures que le film nous offrira. Enfin, la seconde scène que j’ai trouvée assez percutante est celle dans le bateau où Malorie expliquent aux enfants que l’un d’eux devra enlever son bandeau pour la guider sur le fleuve. Sa réaction lorsque son fils se propose et son silence lorsque la petite fille le fait à son tour : cette scène est atroce mais nécessaire dans le processus psychologique du personnage. Va-t-elle réellement devoir choisir lequel des deux enfants doit risquer sa vie? Le silence, les regards, la résignation qui se lit sur le visage de la petite fille : tout est terrible. Cette scène est celle qui m’a le plus marquée.

BIRD BOX est un bon divertissement : on va rapidement au but, c’est bien rythmé, les scènes fortes fonctionnent plutôt bien et on ne s’ennuie pas. Mais il ne va pas assez loin, manque de profondeur et d’originalité. On en ressort pas marqué ni terrifié et c’est dommage car l’idée de base aurait pu réellement donner quelque chose de beaucoup plus intense. A voir donc, mais sans en attendre grand chose de plus qu’un bon film apocalyptique.

Dispo sur Netflix.