CALLS de Timothée Hochet : le frisson par le son

La série crée par Timothée Hochet a été diffusée pour la première fois sur CANAL + en 2017. Le concept ? Dix épisodes d’une vingtaine de minutes maximum, audio uniquement et qui vous plonge chacun dans un univers différent. Il s’agit d’une série dramatique dans laquelle la tension est au maximum. Les personnages sont tous interprétés par des acteurs français avec notamment Matthieu Kassovitz, Jérémie Renier, François Civil, Marina Fois, Sara Forestier et j’en passe. Un casting cinq étoiles pour une série qui s’écoute? Le projet a beaucoup plu et la saison 2 est disponible depuis quelques jours.

Et c’est un coup de maitre. Malgré quelques épisodes un peu plus faibles narrativement parlant, la série porte une tension qui est véritablement prenante. Chaque épisode vous prends aux tripes et votre esprit divague. Votre imagination suit son cours, il s’agit presque d’une série ludique où vous avez le pouvoir des images que vous lui associerez. Comme un bon bouquin, CALLS allie écriture, interprétation, questionnement, frissons et imagination.

La saison 2 ne se centre plus uniquement sur le drame mais glisse vers la nostalgie avec quelques épisodes sur le souvenir, l’amour et la mémoire. Les thèmes sont quant à eux toujours très divers : du thriller de base au questionnement politique il y a de tout ! Certains sont fortement inspirés de certains scénarios comme celui de THE GUILTY de Gustav Moller pour l’épisode 5. Il y a rarement une fin heureuse dans CALLS mais toujours des émotions, des frissons et des interprètes vraiment très bons. On retrouve notamment dans ce nouveau casting : Swann Arlaud, Ramzy Bedia, Lambert Wilson, Ludivine Sagnier ou encore Alban Lenoir. Et ne vous étonnez pas si chaque épisode vous laisse sur votre faim, la mécanique de la série est souvent de ne vous donner aucune réponse sur les évènements que vous venez d’entendre/de vivre. Un très bon moyen de vous rendre accroc !

Certains épisodes sont disponibles sur YOUTUBE pour ceux n’ayant pas accès à MyCanal. Je vous mets quelques liens ci dessous :

Je vous conseille fortement de mettre des écouteurs pour être bien plongé dans chaque épisode. Certains épisodes peuvent vraiment être malaisants (vous voilà prévenus !) mais l’expérience est réellement intéressante et sensorielle. Bonne écoute !

ARTIC, la synestésie par Joe Penna

Présenté en séance de minuit à Cannes, ARTIC c’est le premier film de Joe Penna, un youtubeur notamment connu pour sa chaîne de musique (MysteryGuitarMan) mais qui a également fait/produit de nombreux courts-métrages. Son premier long métrage raconte la survie d’un homme en arctique après le crash de son avion. Et qui, à part Mads Mikkelsen, pouvait accepter un rôle aussi difficile ? Le comédien connu pour jouer, souvent, le rôle d’un solitaire en marge du monde (La chasse, Polar, Michael Kohlhaas etc) était le choix parfait pour ARTIC.

Ce film, est l’un des survivals les plus convaincant que j’ai pu voir. Dénué de dialogues,(Mads doit prononcer deux phrases entières sur les 1h40 de film), tout repose sur les images et surtout sur la prestation de l’acteur. Joe Penna tourne le dos à toutes les attentes hollywoodiennes que nous pouvons avoir face à ce type de film. Et ça marche ! Chaque plan est fait pour que nous nous retrouvions dans la même situation que le personnage. On a froid, on a peur, on a mal : la synesthésie fonctionne à merveille et c’est presque effrayant tant on se sent embarquer dans cette solitude glacée en même temps que le personnage. Loin de The Revenant, où Léonardo Di Caprio avait une multitude d’interactions diverses pour jouer, ARTIC laisse Mads Mikkelsen seul avec l’environnement. Il ne se passe rien, et c’est là toute la beauté du film. Si vous deviez être un rescapé d’un crash d’avion en plein désert de glace, que se passerait il? Rien, et c’est bien ça le plus dramatique. La solitude, le désespoir, l’instinct de survie, le froid : Mads Mikkelsen livre une prestation absolument incroyable. Tourné en conditions réelles, le film donne le champ libre au talent de l’acteur et il le dévoile petit à petit avec une justesse magique. Le minimalisme du film est le défaut que beaucoup lui ont donné, pour ma part, j’ai trouvé ça ambitieux et réussi !

L’arrivée d’une deuxième rescapée pourrait être vu comme une facilité scénaristique mais elle est nécessaire et vraiment bien pensée. La jeune femme qui s’écrase en voulant porter secours à Mads sera dans un état de léthargie totale après son accident et ce, durant tout le film. Il n’y a donc pas vraiment d’interaction avec Mads et encore moins une romance forcée comme on pourrait s’y attendre. Cependant, ce personnage est essentiel car il permet au réalisateur de montrer autre chose : l’humanité sans limite dont fait preuve son personnage. Mais au delà de ça, c’est une nouvelle fois, l’occasion pour Mads Mikkelsen de prouver son talent. En quelques plans, il témoigne de son humanité et de son envie de la sauver mais aussi de son instinct de survie qu’il doit refréner. En un regard, on perçoit pendant une seconde la pensée qui le traverse : et si il mangeais cette femme? Elle représenterait des semaines de nourriture. Mais cet éclat dans son regard disparaît vite et il se remet à la soigner.

La deuxième chose intéressante est la confrontation avec l’ours polaire. Elle est brève et loin du spectaculaire qu’on pourrait attendre dans ce type de film. Mais, elle est également nécessaire pour mieux comprendre le personnage et pour faire éclater le talent de l’acteur. Ces quelques minutes où l’ours tente de détruire la caverne dans laquelle sont cachés les deux survivants, sont rapides et intenses. Overgard (M.Mikkelsen), alerte, réagit très vite et s’empare de sa fusée de survie pour faire fuir l’animal. A peine ce dernier parti, l’homme se recroqueville la tête entre les jambes et tremble de tout son corps. Cette scène est forte et montre la dualité qui anime chaque être humain dans ce genre de situations incontrolables : l’instinct de survie et la peur. Overgard parait être maître de sa situation depuis le début. On ne sait pas depuis quand il est là mais il a des habitudes, des mécanismes de défenses et de sécurité. Cependant, pour nous faire oublier ça et nous ramener à la réalité, cette scène est extrêmement bien faite. Elle montre Overgard dans une situation où la peur le terrasse mais où son instinct lui dicte de se défendre. Après la confrontation, il retrouve sa condition d’homme solitaire et laisse éclater sa fatigue et sa terreur.

Enfin, si le film fonctionne aussi bien c’est aussi pour sa réalisation. Les images sont fabuleuses et surtout, Joe Penna assume son parti pris de faire de son film, presque, un documentaire sur la survie en milieu hostile. Un peu comme un guide de survie réaliste. On voit Overgard se nourrir grâce à un mécanisme de pêche particulier, la congélation de ses poissons, comment il se repère dans le temps avec sa montre et son alarme, comment il boit etc. On vit avec lui et cet aspect du film est terriblement réussi.

La dualité constante du personnage d’Overgard, les choix scénaristiques intelligents (on ne tombe pas dans la facilité avec des flash backs et de la musique larmoyante), la photographie et au delà de tout la prestation de Mads Mikkelsen : ARTIC est un film à part, qui me permet de faire éclater une nouvelle fois mon amour pour cet acteur, et que je conseille sans hésiter.

En salles depuis le 6 février, en France.

Les Invisibles de Louis-Julien Petit

Co-Ecrit par Claire Lajeunie, dont le documentaire Femmes Invisibles, survivre dans la rue sorti en 2014 (ainsi que le livre qu’elle a écrit ensuite) a inspiré le réalisateur : Les Invisibles est un film nécessaire.

C’est compliqué de critiquer un film aussi important et utile dans le paysage cinématographique français que celui-ci. Il dépeint une réalité très souvent oubliée ou ignorée par le reste de la société. Une dureté mais aussi un espoir que l’on ne voit pas toujours. Il met en avant le courage de ces femmes, de celles et ceux qui se battent pour les aider mais aussi de l’inhumanité dont peuvent faire preuve les organismes sociaux. Avec humour et panache, le film fait un tableau de la rue mais surtout des moyens dont on dispose pour aider ces gens, et ils sont peu nombreux. Audrey Lamy est extrêmement juste et touchante dans ce rôle. Corrine Masiero rappelle une nouvelle fois son talent et quand on connaît son passé (ancienne SDF également) son personnage prend une ampleur toute autre. Elle connaît la réalité de cette situation et n’hésite pas à être dure dans certaines scènes. Elle livre une prestation très belle qui m’a profondément touché.

Malgré ces éléments, et un casting de femmes absolument merveilleux, le film ne m’a pas convaincue totalement. En terme de narration je le trouve un peu bancal. Certains propos m’ont dérangé , comme par exemple la scène de speed dating où l’une des femmes est stigmatisée comme étant une immigrée cherchant un homme uniquement pour la nationalité française. J’ai trouvé que certaines scènes étaient maladroites (la plupart des dialogues avec Angélique, la jeune femme recueillie par Manu) et le rythme bien trop inégal.

Cependant, il faut reconnaître que le sujet et le jeu des actrices permet de faire du film un beau moment de cinéma. Les femmes sont toutes très touchantes, certaines scènes sont drôles sans en faire trop, les actrices sont justes et le traitement du sujet est assez efficace.

Les Invisibles est un film que je conseille. Il est différent, utile et touchant. Ce n’est pas du grand cinéma mais ça n’a pas l’ambition de l’être. On sourit, on est ému et touchés : les émotions sont là et la qualité aussi. Le message passe et c’est pour moi l’essentiel.

Les Invisibles, en salles depuis le 9 janvier 2019.

Le Parfum : la série qui fait mal à la tête

Le Parfum tout le monde connait son histoire. Le roman éponyme de Patrick Suskind raconte l’histoire incroyable de Jean-Baptiste Grenouille qui détient un sens olfactif hors du commun et tente de s’approprier certaines odeurs, notamment celles de jeunes femmes rousses. Une adaptation cinématographique plutôt réussie a été réalisée en 2006 par Tom Tykwer.

La série, allemande, produite par Netflix et disponible depuis le 21 décembre 2018 sur la plateforme n’est pas une adaptation du bouquin. La série parle de six adolescents qui se sont « liés » lors de leur séjour en pensionnat notamment à cause de leur passion commune pour le parfum et l’oeuvre de Suskind. Adultes, l’une d’entre eux se fait assassiner et son meurtre fait remonter de nombreux secrets.

Parlons peu, parlons bien : la série ne m’a pas convaincue. Entre l’enquête policière et les secrets des cinq « amis » restants, elle se perd complètement. Les épisodes sont très longs et peu sont vraiment intéressants. On s’attarde à la fois sur la vie amoureuse, turbulente de l’inspectrice en charge de l’enquête, sur sa vie privée et son passé puis sur le passé peu glorieux de chacun des protagonistes au cœur de l’intrigue. Je mets des guillemets chaque fois que je parle de la relation entre les cinq personnages, car on ne peut clairement pas parler de lien sain et d’amitié pure. Leur relation est malsaine, violente et toxique pour chacun d’entre eux. Les nombreux (très nombreux) flashbacks nous montrent à quel point leurs liens se sont créer via une obsession commune pour K, une jolie rousse qui, on le comprendra plus tard, avait une odeur qui rendait fous les hommes. Les adolescents ont quasiment tous eu des relations sexuelles avec elle, parfois à plusieurs, ce qui provoquait de la jalousie et de l’obsession constante. L’un d’entre eux, Roman, continuait même sa relation avec elle étant adulte. Elena, la seconde femme de la bande est une victime de cette obsession : en recherche perpétuelle d’amour, elle accepte de se faire violer constamment par les autres et finit par se marier avec Roman qui continuera à la violenter même après la venue au monde de leur fille. Quant aux trois autres, entre un proxénète, un parfumeur et un paumé dépendant de sa psy : ils ont tous les trois des destins peu reluisants et dictés par l’obsession dans tous les aspects de leurs vies.

La série ne parvient pas à maintenir une quelconque tension. Le scénario est totalement déconstruit. On ne comprend pas vraiment où ça va ni pourquoi. La relation entre les personnages met mal à l’aise et l’ambiance globale de la série est lourde et pesante. Les personnages sont tous caricaturaux (le procureur infidèle, l’inspectrice frêle en maîtresse docile, les femmes sont toutes en mal d’amour frigides ou au contraire volages, les hommes sont soit impuissants soit des violeurs) et le seul qui tire son épingle du jeu est le parfumeur qui est resté cohérent en amoureux des odeurs et dont la personnalité est assez intéressante. Un parfumeur joué par August Diehl (que vous avez pu voir notamment dans L’Empereur de Paris aux cotés de Vincent Cassel l’année dernière) que j’aime beaucoup et qui est le seul à réussir à tenir son personnage dans quelque chose d’assez pertinent. Mais ce qui achève le spectateur est surement le jeu d’acteur de l’autre moitié du casting : dénués de charisme, d’intentions et de justesse.

La séquence finale aurait pu être intéressante, notamment concernant l’inspectrice et son besoin de retrouver l’amour de son amant, mais cela retombe rapidement et je n’ai absolument pas accroché à la mise en scène. En bref, Le Parfum est une série qui fait mal à la tête. Elle est déconstruite, lente, pesante et ne parvient pas à tenir le spectateur en haleine. Les personnages et l’histoire sont écrits à la va-vite, les meurtres sont finalement un détail en fond pour parler des relations obsessionnelles et toxiques tant au niveau des personnages (insupportables et abjectes) principaux qu’au niveau de l’inspectrice : on s’ennuie.

SEX EDUCATION : une série nécessaire?

La nouvelle série pour ados de chez Netflix (production anglaise) est une petite surprise en ce début d’année. SEX EDUCATION raconte la vie d’un jeune garçon de 16 ans qui se retrouve à donner des conseils sexuels à ses camarades alors que lui même a de sacrés blocages en ce qui concerne ce domaine notamment à cause de sa mère, sexologue décomplexée.

Créee par Laurie Nunn, la série est une petite bulle d’oxygène. Basée sur les codes des teenmovies (un lycée, une bande de jeunes plus ou moins paumés avec les populaires, les loosers, etc.) elle réinvente totalement la vision du sexe chez les adolescents. Quand on pense aux films ou séries qui parlaient ouvertement de sexe à notre époque (génération des années 90, bonjour) on pense notamment à Sex and the city qui était déjà assez intéressante, mais qui ne s’adressait pas directement aux adolescents, mais plutôt aux jeunes adultes. American Pie, plus tard a également fait beaucoup de bruit dans les cours de récré, mais n’avais pas grand chose d’éducatif. J’aurais adoré avoir une série comme SEX EDUCATION dans ces années là.

En effet, la série est totalement décomplexée. Elle parle de sexe avec de vrais mots, de vrais sujets et de vraies situations. Je n’ai vu aucune vulgarité ni dans les situations ni dans les dialogues. Les choses sont dites simplement et les situations s’enchaînent en abordant des sujets que nous ne voyons que très rarement (voire pas du tout) ailleurs. C’est aussi la grande qualité de la série : la diversité de ses sujets. Chaque épisode aborde une problématique différente voire plusieurs en parallèle. La première fois, la fellation, le consentement, le plaisir féminin, la masturbation féminine, l’éjaculation, l’homosexualité, l’homophobie, le slut shaming, l’avortement , mais aussi des sujets dont on n’entend jamais parler dans ce type de contenus comme le vaginisme : tout est exploité de manière claire et intelligente. Personne n’est mis de coté et Otis, le personnage principal, parvient à dédramatiser chaque situation tout en s’occupant de ses propres problèmes.

Cette série est rafraîchissante et devrait être vue par de nombreux adolescents/parents. Comprendre les problématiques sexuelles à cette période de la vie est un challenge autant pour l’ado que pour les parents qui ne laissent pas souvent la porte ouverte à la discussion sur ce sujet. Et quand ils le font, parfois, c’est un peu trop intrusif comme on peut le constater avec la mère d’Otis jouée par la grande Gillian Anderson (que l’on est ravi de retrouver sur petit écran).

La série est accessible et le traitement du sujet est global, bien réalisé et éducatif. Les épisodes sur le slut shaming, l’avortement ou la masturbation féminine, notamment, sont traités avec importance et sérieux. On nous montre que le slut shaming peut se manifester sous différentes formes (revenge porn, insultes, etc) et que c’est véritablement destructeur si on n’intervient pas. L’avortement est montré de manière claire, sans tabou, comme quelque chose d’important qui mérite un accompagnement très fort pour la personne concernée. Quant à la masturbation féminine, je crois n’avoir jamais vu un tel réalisme. Adieu les scènes classiques où l’on voit la jeune femme glisser une main dans sa culotte avant de revenir vers son visage pour admirer son plaisir. Non, là, la créatrice de la série met en avant la découverte du plaisir féminin et ses nombreuses formes : sur le ventre, debout, avec un objet, etc. Une manière de décomplexer toutes les jeunes femmes qui se sentent peut être anormales en pensant à la manière dont elles se masturbent. Plus important encore, cela permet également de montrer à certaines jeunes femmes que l’exploration de leur plaisir est une chose naturelle et tout ce qu’il y a de plus normale. La masturbation féminine n’est pas sale ni honteuse au contraire, et la série met bien en avant l’importance de ce point.

En bref : SEX EDUCATION est une série que je trouve utile, si ce n’est nécessaire pour la jeune génération et pourquoi pas pour décomplexer aussi une bonne partie des jeunes adultes (et des parents!). Les acteurs sont très bons, on ne tombe jamais dans le cliché et la série se laisse dévorer facilement. La saison 2 est actuellement en préparation.

SAISON 1 disponible sur NETFLIX.