REGARDS CONFINÉS #1 : le huis clos

OYEZ OYEZ ! Le confinement est bel et bien installé dans notre quotidien. Bientôt un mois que nous sommes telles des loques dans nos habitats, à regarder le ciel par la fenêtre (ceux qui ont des balcons, merci de ne pas la ramener). Après non pas un , mais DEUX guides de survie pour cinéphiles confinés (que vous pouvez retrouver et ) j’ai décidé de vous concocter un peu plus de contenus.

Bienvenue dans REGARDS CONFINÉS !

Le concept? Un article tous les deux jours avec une thématique précise liée à notre situation. L’occasion de voir ou revoir certaines œuvres avec un regard nouveau…un regard de confiné : mieux comprendre l’enfermement ou au contraire s’en évader, rêver de liberté ou de danses endiablées etc. Et pour ce premier numéro, on va reprendre les bases et parler d’un genre de films que j’adore et qui est précisément au cœur de notre actualité : LE HUIS CLOS.

Le huis-clos qu’est ce que c’est? Il s’agit tout simplement d’une œuvre où toute l’action se déroule dans un même lieu, fermé. Les personnages sont donc « confinés » dans une pièce, une maison, un appartement, une cave (haha) bref : le point fort de ce type de film réside donc principalement dans la qualité de l’écriture et du scénario ainsi que sur la mise en scène qui peut alors s’exprimer en arrière plan ou dans des petits détails par exemple. Le huis-clos est donc souvent assez anxiogène et c’est un exercice très particulier pour les réalisateurs. Cependant il peut aussi se coupler avec des genres bien différents comme le thriller psychologique, la comédie ou encore la romance.

Je vous propose donc de faire un tour d’horizon des meilleurs films en huis-clos et de leurs qualités. C’est parti !

Le + culte

Douze hommes en colère de Sydney Lumet est certainement le huis-clos le plus célèbre du cinéma, mais surtout l’un des plus aboutis. Ce film, sorti en 1957 , est un cas d’école. Une perfection d’écriture et de mise en scène qui encore aujourd’hui frappe le spectateur par sa maitrise et sa pertinence.

Ce drame américain raconte les délibérations d’un jury composé de 12 hommes. Ils doivent décider, à l’unanimité, du sort d’un jeune homme accusé de parricide. Si ils le déclarent coupable, le jeune homme sera condamné à mort. Si ils le déclarent innocent, il sera libre. L’enjeu est de taille et pourtant, dès le premier vote 11 jurés votent pour une condamnation. Seul un homme se montre incertain et déclare vouloir débattre plus longuement du sort de l’accusé. Un échange fabuleusement écrit va alors avoir lieu pendant 1h35 devant nos yeux.

Le tout premier film de Sydney Lumet fait, encore aujourd’hui, partie des films qui ne vieillissent pas. L’habilité du scénario et de la mise en scène, associé à des acteurs de haut vol (Henry Fonda, notamment) donnent au film un impact incroyable. C’est une œuvre forte, qui questionne avec génie la question du droit, de la liberté, de la justice etc. Un huis-clos absolument saisissant qui incarne la recette parfaite de ce type de film.

20 ans plus tard, Lumet signe un autre huis – clos un peu plus nerveux avec Un après midi de chien en 1975 porté par le grand Al Pacino. Nous suivons l’histoire de braqueurs amateurs qui se retrouvent enfermés dans la banque avec leurs otages. Un thriller, encore une fois, très bien écrit et qui vous fera oublier La Casa de Papel 😉

Le + jouissif

Carnage est certainement le film le plus jouissif en terme de huis clos et et de casting aussi ! Ce drame, réalisé par Roman Polanski et sorti en 2011, raconte l’affrontement entre deux couples de parents qui se rencontrent après que leurs enfants se soient battus. Au début, l’idée est de discuter du comportement des deux enfants, mais très vite les choses s’enveniment. Kate Winslet, Jodie Foster, John C.Reilly mais surtout Christoph Waltz offrent une prestation assez incroyable entre cynisme, animosité et humour noir.

Un huis-clos jouissif et très bien maitrisé, qui vous conduira à réfléchir à deux fois avant de vouloir rencontrer les parents des camarades de classe de vos enfants ou à vous marier, aussi !

Le + Hitchcockien

La Corde, sorti en 1948 est l’un des huis clos réalisé par le maitre Alfred Hitchcock.

La maitrise du suspens est la marque de fabrique du réalisateur et elle transperce l’écran d’autant plus dans un huis clos au scénario incroyablement bien ficelé. La Corde est un drame, mené par le grand James Stewart, où deux étudiants décident de commettre un meurtre quelques heures avant un diner avec les parents de la victime ainsi que leur professeur. Dissimulation, mensonges et ambiance macabre vont rythmer ce diner hors normes. Un incroyable exercice de style qui n’a pas pris une ride.

On pourrait aussi nommer le célèbre Fenêtre sur cour, réalisé cinq ans plus tard où un journaliste coincé chez lui observe ses voisins et va découvrir de nombreux secrets.

Le + anxiogène

Room de Lenny Abrahamson (2015) fait parti de ces films qui vous donne envie de courir nue dans un champ ou en pleine ville (j’exagère à peine). Alors certes, c’est pas forcément la période idéale pour le visionner du coup, mais je ne pouvais pas l’oublier dans cette sélection. Brie Larson (qui a reçu pas moins de cinq prix pour ce rôle) incarne Ma, une mère qui élève seule son fils de cinq ans. Elle lui apprend la lecture, l’amour et le rire mais le monde qui les entoure s’arrête aux murs de leur chambre dans laquelle ils sont enfermés. Jack n’a jamais rien connu d’autre que ces quatre murs. Cette fois c’est la mise en scène qui prime ainsi que la tension liée au dénouement. Entre rêve, espoir et horreur, Room est un huis-clos anxiogène mais incroyablement poétique.

Le + classique

Le prénom (2011) c’est l’une des meilleures comédie française de ces dernières années et surtout, un huis-clos à la recette classique mais redoutablement efficace. Le film raconte une classique réunion de famille qui va devenir une véritable guerre d’égos en quelques minutes. Vincent va être papa pour la première fois, et lors d’un diner familial, il va tenter de révéler le prénom de son futur enfant. Simple non? Et pourtant, cela va déclencher des réactions de plus en plus incontrôlables. La maitrise de l’écriture est la clef de ce chef-d’œuvre de comédie. Finesse, humour et philosophie : Le prénom est un huis-clos magistral comme on en a peu vu dans le cinéma français.

Le + futuriste

Snowpiercer (2013) de mon maitre Bong Joon-ho, est sa première grosse production américaine : une erreur pour certains, un coup de génie pour ma part ! Le huis-clos peut aussi être dans un lieu fermé…en mouvement ! Ici, il s’agit d’un train futuriste où sont confinés les derniers êtres humains. Dans un monde enfouis sous la glace, ce train est le dernier rempart face à une mort certaine. Une société à part entière s’est formée à bord du train et surtout, une grande inégalité de classes. Les « pauvres » sont à l’arrière du train, dans des conditions lamentables et sont nourris de barres énergétiques fabriquées de manière mystérieuse. A l’avant du train, les classes supérieures vivent dans le luxe, l’abondance et la luxure. La colère gronde et une rébellion se met en marche pour renverser ce système inégalitaire. Un bijou de mise en scène qu’il faut absolument voir ne serait-ce que pour la maitrise du réalisateur de cette tension et de cette escalade de violence. Avec un casting 5 étoiles (Tilda Swinton, Chris Evans, Jamie Bell, Ed Harris, Song Kang-Ho etc), ce huit-clos futuriste est une véritable pépite.

Un scénario qui peut faire écho à celui du film espagnol qui a fait le buzz il y a quelques jours sur Netflix : La plateforme de Galder Gaztelu-Urrutia reprends l’idée du huis clos en « mouvement » avec une sorte de prison en hauteur constituée de plusieurs centaines d’étages où les détenus sont nourris en fonction de leur place dans cette échiquier géant.

Le + drôle

Le diner de cons de Francis Veber, on ne le présente plus ! LA comédie française de la fin des années 90 est devenue culte et plus de vingt ans plus tard, elle est encore l’une des plus diffusées à la télévision française. Mais c’est aussi un huis-clos comique très intéressant. La soirée improbable de Pierre Brochant et de son « con », le naïf François Pignon, se déroule dans un seul et même lieu : l’appartement des Brochant. Tout le film est construit autour des situations comiques qui s’accumulent entre les deux hommes. Une belle maitrise de l’écriture et du comique de situation qui montre une nouvelle fois que l’efficacité réside souvent dans la simplicité…et une belle plume !

Le huis-clos existe sous bien des formes et je vous encourage à découvrir quelques unes des œuvres citées ci dessus. En ces temps de confinement, nul doute que votre regard sera bien plus aiguisé face à ce type d’enfermement et aux qualités cinématographiques qu’il exige.

On se retrouve dans deux jours pour une nouvelle thématique, cette fois un peu plus libératrice ! 😉

N’hésitez pas à partager cet article et à me dire quels sont vos huit-clos favoris !