LES PARFUMS de Grégory Magne : un cinéma classique et inodore

Anne Walberg était un grand nom dans le domaine du parfum, mais un jour, elle perd son « nez » et commet une erreur. Quatre ans après, elle est toujours blacklistée et se contente de fabriquer des parfums pour les supermarchés ou autres projets farfelus ce qui n’arrange pas son caractère, très arrogant et solitaire. Pour l’accompagner dans ses déplacements, elle engage Guillaume, un chauffeur en plein déboire judiciaire pour la garde de sa fille. Les deux personnages vont alors s’apprivoiser dans un road movie classique et inodore…

Le retour dans les salles de cinéma est évidemment aussi synonyme de déceptions. Mais croyez le ou non, cet ennui ou cette colère qui gronde en moi pendant une séance m’avait manqué tout autant que les émotions fortes ! La première fut pour La bonne épouse, le jour de la réouverture, ce qui donnait le ton. Mais aujourd’hui, je vous parle d’un film qui m’a non seulement déçue mais aussi mise en colère !

Emmanuelle Devos en tête d’affiche, sur une œuvre parlant du métier de « nez » si peu connu, c’était quand même assez vendeur ! Malheureusement, Grégory Magne propose une œuvre sans odeur, sans émotions, sans intérêt et reprenant un schéma narratif épuisé.

La simplicité ou la tradition au cinéma, c’est un bon choix quand on sait y apporter son style, ses idées et lui donner un nouvel éclat. Mais à l’inverse, si on ne s’approprie pas le film, qu’on se repose uniquement sur ses comédiens et qu’on plante sa caméra face à eux sans rien y apporter de plus : il y a des chances pour que ça capote. Car un bon comédien, ne peut pas faire de merveilles lorsqu’il est dirigé par un réalisateur qui ne sait pas ce qu’il fait et qui n’a pas d’idées. D’habitude tant habitée par ses rôles, Emmanuelle Devos apporte ici une sorte de tendresse dans son personnage mais ne parvient à aucun moment à atteindre une crédibilité quelconque. Tandis que Grégory Montel, excellent comédien au demeurant (notamment dans la série Dix pour Cent) propose un jeu poussif et caricatural.

Quant au scénario, il est d’un ennui incroyable et sans aucune originalité si ce n’est le domaine professionnel du personnage féminin qui est rarement abordé à l’écran. Le schéma narratif traditionnel est gentiment suivi sans jamais rien apporter de moderne. Rien, dans la mise en scène n’est réellement passionnant. Les plans s’enchainent, sans rien nous dire de plus que l’action qu’ils racontent, la composition n’est pas recherchée, même la photographie est inexistante. Grégory Magne raconte une histoire banale, nous expose des personnages et puis s’en va !

Il faut cependant reconnaitre que le réalisateur ne tombe pas complètement dans le cliché et ne mise pas sur une histoire de romance qui aurait été, pour le coup, totalement attendue. C’est probablement la seule surprise du film, et c’est bien maigre.

Cela faisait longtemps que je n’avais RIEN ressenti devant un film si ce n’est de l’ennui. Malgré un regard tendre sur ses comédiens, Grégory Magne signe un film trop classique, sans jamais y apporter une touche de style ou de modernité qui auraient pu le rendre un tantinet plus excitant. Ce genre de film provoque en moi une certaine colère. Pourquoi écrire un film, monter un dossier, trouver un producteur, passer des jours en tournage, diriger une grande comédienne française, s’entourer de spécialistes des odeurs, citer Herzog (La grotte des rêves perdus) … si c’est pour ne rien avoir à dire? Il n’y a pas forcément de grands discours derrière chaque film, évidemment, mais une œuvre qui ne propose RIEN ni dans sa forme ni dans son fond, est soit une erreur de parcours, soit un mauvais film assumé.

Les Parfums, de Grégory Magne, en salles depuis le 1er Juillet 2020.

PERDRIX de Erwan Le Duc : l’absurde au service de la tendresse ?

N’est pas Dupieux qui veut ! Le premier long métrage de Erwan Le Duc se perd un peu dans son projet initial : mettre l’absurde au service de la tendresse et réinventer la comédie romantique française. Et malgré quelques petits instants merveilleux, PERDRIX peine à trouver le bon filon pour se démarquer. L’absurde n’est pas seulement un genre, c’est aussi un art et Erwan Le Duc n’y a pas encore trouvé sa place. Quentin Dupieux l’assume et en fait des merveilles (Wrong, Rubber, Au poste etc). Son secret : aller au bout de ses idées, quitte à perdre le public. L’absurde c’est un art difficile, complexe et merveilleux à la fois. On s’éloigne de l’attendu, du classique et de la logique pour toucher à quelque chose de plus libre et de plus abstrait. Là où Dupieux excelle, Le Duc se range dans la case des timides malgré de très belles idées.

Réinventer le genre de la romance française c’est une bonne idée. Les comédies romantiques sont de plus en plus insipides et leurs schéma narratif de plus en plus similaire. Découdre ce schéma et se lancer dans un rapport plus complexe a l’amour est donc un point de départ intéressant. PERDRIX raconte la rencontre entre Pierre Perdrix, chef de la police locale d’un petit village dans les Vosges où il ne se passe jamais rien, et Juliette Webb, une nomade avide de liberté et allergique aux règles. Exit le rythme affolant de la rencontre amoureuse de base, les péripéties, les rendez-vous sous la pluie et la réconciliation : ici, l’amour est silencieux. Il se construit par des regards, quelques mots et beaucoup d’absurdité. Des nudistes extrémistes, des carnets remplis de moments de vie, une radio love dans un garage, un spécialiste des vers de terre et un chef du village totalement insignifiant; voilà de quoi se compose le scénario de cette comédie pas comme les autres. Le tout porté par un casting bancal mais efficace avec Fanny Ardant en mère de famille dévouée et en épouse endeuillée, Nicolas Maury en père enfantin et passionné par les vers de terre, Maud Wyler en jeune nomade fuyant le monde et Swann Arlaud, beau et doux dans ce rôle de chef de famille et de village totalement dépourvu d’ambition personnelle. Mention spéciale pour la jeune Patience Munchenbach impressionnante de justesse dans son rôle d’adolescente en conflit avec son père.

La famille Perdrix est une famille qui ne se parle pas beaucoup, endeuillée par la perte du père quelques temps plus tôt. Ils sont quatre survivants, happés par le fantôme du père qui trône au dessus de la table à manger. Une famille figée qui va voir débarquer un ouragan dans son quotidien avec l’arrivée de Juliette, dont toute la vie tient dans sa voiture. Mais au delà du casting qui fonctionne plutôt bien, le film peine à trouver son rythme. Comme ci le réalisateur oscillait constamment entre narration classique, histoire familiale incongrue et tendresse pudique. On ne sait plus trop où regarder, et malgré quelques belles idées, le film finira par résoudre ses conflits internes grâce à la venue d’une tierce personne tout en débouchant sur une belle histoire d’amour : une issue classique et attendue qui fait perdre au film son unicité et son originalité. Swann Arnaud confirme son talent, mais c’est malheureusement tout ce qu’on finira par retenir de PERDRIX. Dommage.

BANDE ANNONCE

PERDRIX de Erwan Le Duc avec Swann Arlaud, Fanny Ardant, Nicolas Maury et Maud Wyler.

En salles depuis le 14 aout 2019.

Les Crevettes pailletées : petit budget et grands sentiments

Il n’est pas chose facile, aujourd’hui, de proposer un film totalement original quand on se lance dans la comédie. Les scénarios se ressemblent, le schéma narratif classique est difficile à abandonner et les thèmes abordés sont souvent les mêmes. Pas évident, donc, pour nos cinéastes de proposer des œuvres innovantes et réussies. En 2018, Gilles Lellouche réussissait l’exploit d’une histoire originale avec un casting imposant, un humour grinçant et une comédie française innovante en réalisant « Le grand bain« . Il est difficile de ne pas voir les (tentatives de) ressemblances avec le premier film de Cédric Le Gallo (co-réalisé avec Maxime Govare) : Les Crevettes pailletées, prix du jury du Festival de film de comédie de l’Alpe d’Huez. Une minorité qui se retrouve autour d’une piscine et qui doit se préparer pour un championnat, sur fond de comédie et d’ode à la tolérance : que vaut Les Crevettes Pailletées ? Inspiré par sa propre équipe de water-polo, Cédric Le Gallo propose un road-movie aussi rafraichissant que touchant mais malheureusement très peu novateur.

Le film raconte la rencontre entre Matthias Le Goff, vice champion du monde de natation, et Les Crevettes Pailletées, une équipe de water-polo gay bien plus portée sur la fête que sur le sport en lui même. Après avoir proféré des propos considérés comme homophobes, Matthias est condamné par sa fédération à entrainer l’équipe de water-polo afin qu’elle se prépare pour les Gay Games, la grande compétition sportive LGBT qui se déroulera en Croatie quelques semaines plus tard.

Un scénario qui ne surprend pas

Là où Le Grand Bain apportait au fur et à mesure, de la profondeur à ses personnages et à leurs liens, le scénario des Crevettes reste très plat. On reste très en surface de chaque personnage, malgré quelques tentatives de montrer les difficultés des uns et des autres dans leur quotidien. Même Matthias n’est pas réellement exploité : on comprend qu’il a toujours mis sa soif de victoire avant tout le reste (sa fille s’appelle Victoire d’ailleurs, ce qui montre une nouvelle fois la subtilité du scénario…) mais on ne s’attarde pas vraiment sur ce qu’il ressent réellement. Il ne s’exprime d’ailleurs jamais sur les propos qu’il a tenu et on ne le voit ni comme quelqu’un de méchant ni comme un sauveur. Quant à la bande d’amis, on n’en saura jamais vraiment plus. Une scène entre Jean et Matthias explique en quelques minutes les problématiques de chaque personnage mais c’est grossièrement amené et pas très profond.

Au delà de ce manque d’étoffement des personnages, le scénario en lui même est extrêmement prévisible et chaque rebondissement est attendu. Les conflits, les réconciliations, la révélation puis le changement de direction : il n’y a pas grand chose qui surprend et c’est terriblement dommage.

Du moins … jusqu’à la séquence de fin, qui là pour le coup est un choix audacieux et agréable à voir à l’écran. Le film ne tombe pas dans le cliché de la fin « heureuse » attendue et emmène les personnages dans une séquence réellement touchante (tout en expédiant un peu son scénario de base sans prévenir) mais qui, pour une fois, est véritablement inattendue quoiqu’un peu maladroite.

Un manque de subtilité très présent

Que ce soit en ce qui concerne les ressorts humoristiques utilisés ou sur le scénario : la subtilité n’est pas au rendez-vous. Le manque de budget explique certainement pas mal de raccourcis (et apaise donc mon agacement) mais on sent malgré tout que certaines scènes auraient pu être un peu plus nuancées afin d’apporter une profondeur qui manque cruellement au film. Cédric Le Gallo s’est exprimé en expliquant qu’il n’avait pas souhaité édulcorer sa bande de potes qui sont, parait-il, dix fois plus excentriques que ce que le film montre. Certes, mais l’excentricité et la personnalité des personnages n’a rien à voir avec l’écriture du film. Il aurait fallu trouver un rythme peut être moins lourd pour insuffler un brin de subtilité ou nuancer un peu plus la lourdeur de certaines scènes. La scène où deux des membres de l’équipe se font « gentiment » tabasser par une bande de voyous tombe de nulle part et n’est pas assez exploitée. Le rôle de Fred, membre transgenre de l’équipe, est à peine effleuré alors qu’il est profondément intéressant. Par contre certaines pastiches humoristiques comme le tatouage de l’anus, l’application Grindr qui les fait s’arrêter sur le bord de la route pour prendre un auto-stoppeur sexy ou encore les deux leaders qui s’emparent des vêtements des autres pour leur faire une blague : toutes ces scènes prennent de la place et ne sont pas forcément utiles pour l’histoire.

Une recette déjà vue pour un résultat finalement pas si inintéressant

La recette des Crevettes pailletées est vieille comme le monde. Deux mondes qui se rencontrent et finissent par tisser des liens sur fond d’acceptation et d’amitié : tout ça avec une bonne dose de situations coquasses et de grands discours. Une recette connue notamment dans le cinéma français et qui fatigue un peu. Le scénario n’est plus original même si on l’adapte à un sujet différent à chaque fois. La tolérance c’est bien, mais la tolérance racontée de manière originale et profonde c’est mieux. Non?

Au delà de la recette de la comédie française par excellence, le film tire quand même son épingle du jeu. En effet, il est impossible de ne pas s’attacher aux personnages et notamment de ne pas apprécier la séquence finale. Dans ce type de film, on aurait pu s’attendre à l’apothéose du genre avec une fin heureuse et un générique musical joyeux. Mais non, Cédric Le Gallo et Maxime Govare choisissent une fin douloureuse mais pleine de bienveillance. Un hymne à la différence jusqu’au bout et qui, enfin, est un peu plus profond.

*attention spoilers dans le paragraphe suivant*

La mort de Jean provoque une coupure violente du scénario. On ne saura jamais si ils ont gagné les Gay Games. On suppose qu’ils sont tous rentrés après leur qualifications pour les quarts de finale. On les retrouvent à l’enterrement de leur camarade, tous vêtus de noir (ce qui étonne au vu des personnalités qui nous ont été dévoilées tout au long du film) et avec le visage grave. Alex, son compagnon, se lève et commence un discours tout à fait conventionnel. Puis, il termine en disant que Jean aurait détesté cette cérémonie et qu’il faut lui faire honneur. Les Crevettes se lèvent alors, se débarrassent de leurs costumes et arrivent devant le cercueil pour un show digne de ce nom. De nombreuses personnes quittent l’église, outrés, quand d’autres ont les yeux qui pétillent et remplacent leurs larmes par un sourire. Cette scène, est extrêmement touchante et grave à la fois. Une ode à la différence, un doigt d’honneur bien haut pour les conventions et un hommage fort à l’amitié. Le générique de fin démarre alors sur un arrêt sur image et la voix de Eddy de Pretto résonne dans la salle. Son titre « Kid » sur la virilité imposée par la société est extrêmement bien choisi et achève le film d’une manière très intéressante. Mais c’est vraiment dommage d’atteindre cette qualité là dans les dernières minutes du film.

Au delà des facilités scénaristiques, du petit budget (visible à l’écran), du manque de profondeur des personnages et de la grossièreté de certaines séquences : Les Crevettes Pailletées à su me toucher dans les dernières scènes et me donner envie de me souvenir de cette bande d’amis. Malgré le manque d’originalité du scénario, c’est un feel good movie qui vous fera certainement rire et pleurer. Certaines scènes valent le coup (le duo sur du Celine Dion, la pool party sur le toit du bus ou la fête en plein Gay Games etc) et les acteurs sont tous plutôt crédibles.

Une question me taraude alors après visionnage : quand va-t-on voir ce type de film avec des femmes? Encore plus que dans les histoires « classiques », les femmes dans les fictions concernant l’homosexualité sont constamment absentes. Vu la volonté des nouveaux réalisateurs sur l’ouverture d’esprit, la tolérance et la différence, il serait peut être temps d’inclure les femmes dans ces « nouvelles » histoires. Les lesbiennes aussi ont le droit à leurs figures héroïques sur grand écran.

Les Crevettes pailletées, en salles depuis le 08/05/2019.

La lutte des classes….et la valse des clichés

Faut-il se réjouir que le cinéma français continue de s’approprier les problèmes de société pour tenter d’en expliquer les tenants et les aboutissants sur grand écran? Oui et non. Avec Les Invisibles sorti en ce début d’année, Louis-Julien Petit nous avait confirmé qu’un parti pris politique était difficile à faire valoir au cinéma. Le film était réussi mais certains propos avait du mal à passer. Avec La lutte des classes, Michel Leclerc revient sur le débat français entre école publique et école privée, sous un amas d’humour et de clichés. Mais qu’est ce que ça vaut en réalité?

Le casting donne envie, Edouard Baer est l’un des acteurs français les plus appréciés. Il est également très écouté à la radio (France Inter actuellement), suivi par des milliers de personnes et restera à jamais la figure du monologue culte du film d’Alain Chabat, Astérix mission Cléopâtre, en 2002. Quant à Leila Behkti, que beaucoup ont découvert dans Tout ce qui brille en 2010, elle est de plus en plus présente dans le cinéma français. Rien qu’en 2018 elle était à l’affiche de quatre films (Le grand bain de Gilles Lellouche par exemple). Les deux acteurs ont d’ailleurs déjà travaillé ensemble notamment au théâtre, entre 2012 et 2013 pour la pièce écrite par Baer : A la française. En bref, le casting est fort et entraine forcément le spectateur vers les salles. Et pour sur, c’est ce duo qui tient le film de bout en bout et c’est loin d’être évident.

La lutte des classes, de quoi ça parle? Sofia (Leïla Bekhti) et Paul (Edouard Baer) sont en couple, elle est une brillante avocate d’origine maghrébine, lui le batteur d’un groupe de punk-rock engagé qui a connu la gloire il y a longtemps. Avec leurs enfants, et notamment leur fils Corentin, ils décident d’emménager en banlieue parisienne, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Lorsque leurs amis décident de mettre leurs enfants en école privée et que Corentin se retrouve seul dans le collège public de Bagnolet, Sofia et Paul ne savent plus quoi faire. Entre leurs valeurs, leurs croyances et leur inquiétude parentale, le couple va être mis a rude épreuve.

Au delà du casting, ce sont principalement les dialogues qui sauvent la séance. Certains d’entre eux sont brillamment écrits et ont un humour grinçant. Le comique vient avant tout des dialogues entre Baer et Behkti, parents dépassés par les évènements et qui se retrouvent face à leurs préjugés. Certaines lignes de textes de Baer notamment sont véritablement hilarantes. Cependant, c’est le seul avantage de l’écriture du film. La structure narrative est extrêmement lassante : il se passe quelque chose, la situation se règle et se dérègle ensuite davantage suite a une action idiote d’un des deux parents. Et ce cercle narratif aura lieu deux ou trois fois durant les 1h40 de film et c’est fatiguant. Le manque d’originalité de la structure narrative appauvrit le film et surtout, accentue les manques en terme d’écriture. Car au delà des dialogues parfois très intelligents, le film se perd dans son propos. Entre clichés et préjugés parfois très peu poussés, l’écriture du film ne se pose pas et n’est pas très passionnante. Les personnages ne sont pas réellement approfondis et le film se termine un peu en queue de poisson !

Michel Leclerc parle de l’hypocrisie d’une certaine bourgeoisie gauchiste mais aussi de leurs craintes et de leurs principes. Simplement, il ne voit pas plus loin. Le problème du film tient précisément dans son ambition : lorsqu’un personnage parle c’est son milieu qui parle pour lui. Le réalisateur produit une sorte d’analyse d’un milieu et de ses préjugés. Sous un fond comique dont on connait tous les ressorts, l’idée s’épuise très vite. Le film soulève des questions graves certes, mais il se contente de les poser et en reste là. Il s’amuse de ses clichés tout en continuant de les asséner. La subtilité est totalement absente du projet et la fin, classique et attendue, contente le public et laisse le film dans l’oubli aussitôt les spectateurs sortis de la salle. Dommage, on continue de perpétrer des clichés et des préjugés en pensant soulever des questions graves de notre fonctionnement. En se cachant derrière le comique de ces situations, qui existe bien évidemment mais qui est loin d’être le centre du problème, on atténue la gravité des choses et on apaise simplement pour quelques temps l’esprit des spectateurs.

Un moment pas désagréable à passer en salles, mais qui sera vite oublié et qui, si vous avez un peu de recul après tout, vous laissera quand même un goût un peu amer.

En salles depuis le 3 avril.

Le Brio de Yvan Attal (2017)

Deux ans après sa sortie, je me lance enfin dans le visionnage du dernier film de Yvan Attal : Le Brio. Un film qui me tentait depuis un moment mais que je n’avais jamais eu l’occasion de voir. Yvan Attal est un comédien et réalisateur français qui est, certes, parfois très juste mais qui ne me touche pas plus que ça. Ma femme est une actrice (2001) est certainement le seul film que j’ai réellement apprécié et il est fort probable que ce soit dû à Charlotte Gainsbourg en grande partie. J’étais donc très curieuse de voir ce que pouvait valoir ce film, dont le sujet me semble très intéressant.

Le Brio ça parle de quoi? C’est l’histoire de Neila Salat, une jeune fille des quartiers, qui entre à l’université de droit et dès son premier jour elle se fait alpaguer par Pierre Mazard son professeur qui n’hésite pas à la provoquer en usant de propos odieux et racistes. Cette altercation est filmée par les autres étudiants et se retrouve sur Youtube. La direction de l’université demande alors au professeur Mazard de présenter Neila Salat au concours d’éloquence de l’école pour apaiser les rumeurs et redorer l’image de l’université.

Alors dans les faits, la forme est très simple et on sent venir les évènements dès le début. Le schéma narratif est très classique et pousse Yvan Attal à proposer une scène d’ouverture totalement manichéenne et peu réaliste. Un professeur de droit à Paris, devant un amphithéâtre complet qui attaque une élève en ayant des propos absolument odieux. De plus, la scène traine en longueur et devient gênante. Une scène « nécessaire » pour introduire la suite du film qui pourtant est d’une simplicité totale? Une élève en minorité, un professeur odieux, des mensonges et une révélation : rien de bien passionnant sur la forme.

Le fond est bien plus intéressant et c’est là dessus que je vais m’arrêter un peu plus longuement. Le Brio c’est un film qui parle de remise en question, de maturité, de changement et d’amélioration. Le discours de fond est de ne jamais s’arrêter avant d’atteindre l’excellence dans son domaine. Savoir débattre, s’exprimer correctement pour convaincre son auditoire sont des éléments primordiaux pour être à l’aise en public et pour s’améliorer au quotidien. L’importance des mots est quelque chose qu’il ne faut pas négliger comme nous le rappelle les archives de Serge Gainsbourg, Jacques Brel encore Mitterand au début du film. Le manque total de subtilité dans les premières minutes (discours du professeur, racisme poussé à l’extrême, dialogues peu poussés, etc) est grandement rattrapé par les scènes suivantes. Le film se poursuit avec en toile de fond une préparation à un concours d’éloquence. Les dialogues s’étoffent, les scènes deviennent plus fortes et les personnages bien plus intéressants. Certaines scènes sont vraiment excellentes comme celle du Loup-Garou entre Neila et ses amis, où elle convainc tout le monde qu’elle n’est pas loup-garou avec un discours incroyable ou encore le speech qu’elle fait à Mounir pour le forcer à lui déclarer son amour sans qu’il s’en rende compte, les scènes dans le métro et dans la maison de retraite ou encore celle de fin où Neila est enfin avocate et s’est approprié les cours de son ancien professeur dans son métier, etc. Les dialogues sont donc principalement des monologues mais avec une qualité incroyable et appuyés par une réalisation vraiment réussie.

La réalisation de Yvan Attal est vraiment qualitative. Il y a des plans très beaux, très originaux notamment celui où Neila est floue au milieu de la foule d’élèves alors qu’elle est au premier plan ce qui appuie sa confusion après avoir appris la réelle motivation de Pierre pour l’aider. Le plan scié en deux lorsque Mounir quitte Neila après lui avoir reproché de ne pas savoir s’exprimer simplement. En clair : Attal m’a vraiment surprise à ce niveau là. Il y a un réel travail esthétique qui appuie les dialogues qui sont au cœur du film. Au niveau du casting, également, la réussite est là. Les amis de Neila sont tous très bons, notamment Mounir qui est d’une justesse incroyable. Camélia Jordana est vraiment surprenante et m’a donné envie de suivre de plus près sa carrière.


Cependant, et malgré un propos intelligent et très beau notamment sur les dialogues, le film reste à mon sens très classique. Une histoire d’amour en parallèle, un personnage masculin solitaire et alcoolique, un personnage féminin issu d’une minorité qui finit par être respectée grâce à sa détermination et son intelligence. Le scénario de base est plutôt faible et c’est dommage. Malgré tout, le film est réussi et le propos de départ s’efface très vite pour laisser place à une morale bien plus grande et intéressante. Chacun a les clefs pour réussir, quelque soit son milieu social ou son environnement. Une morale servie de manière intelligente et c’est ce qu’il faut retenir du film Le Brio que je vous conseille donc de visionner si ça n’est pas déjà fait !

Disponible sur My Canal notamment et en DVD.