LA MÉTHODE KOMINSKY/GRACE ET FRANKIE : senior is the new sexy

Aujourd’hui je reviens vous parler non pas d’une mais de deux séries chères à mon cœur : LA MÉTHODE KOMINSKY créée par Chuck Lorre (diffusée depuis 2018) et GRACE ET FRANKIE créée par Martha Kauffman (diffusée depuis 2015).

Je viens de binge-watcher la saison 2 de La Méthode Kominsky, et entre deux rires francs je me suis dit qu’il fallait absolument vous parler de ces nouvelles séries qui mettent en avant les séniors et qui sont devenues mon nouvel anti-dépresseur.

La recette est la même pour ces deux séries : un duo de séniors, amis depuis longtemps, mais que tout oppose (ou presque) et qui sont pourvus d’un humour incomparable. Le sarcasme, le rire grinçant, l’amitié profonde et la vie quotidienne des séniors sont le socle de ces deux histoires.

D’un coté, nous avons un duo de femmes qui se lient d’amitié après s’être fait larguer par leurs maris qui, après 40 ans de mariage, leur annoncent leur homosexualité (et leur couple). Tornade inattendue dans leur vie, Grace et Frankie vont devoir s’accommoder de cette nouvelle et trouver des solutions. Elles finissent par vivre ensemble et durant 5 saisons, nous font vivre leurs péripéties. Avoir 70 ans et se retrouver seule ça ressemble à quoi? Le quotidien, la sexualité, la mobilité, la mémoire ou encore le sport : comment on s’en sort quand on fait face à la vieillesse ? Entourées de leurs enfants et de leur humour inébranlable, Grace et Frankie nous brossent un portrait de la vieillesse touchant, drôle et profond.

La série est portée par un casting absolument PAR-FAIT avec les fabuleuses Lily Tomlin et Jane Fonda, mais aussi Martin Sheen et Sam Waterson. Malgré une baisse d’intérêt (pour ma part) envers le scénario pour la cinquième saison, Grace et Frankie est une série délicieuse qui se regarde sans faim. On se retrouve à rire de bon cœur, à se questionner et à réaliser combien la vie des séniors peut très vite devenir compliquée. On s’en amuse et s’imagine dans plusieurs années entourées de nos amis. À noter que la série a été créée par l’ancienne co-créatrice de FRIENDS, qui est LA série comédie reine du genre et que la BO de la saison 1 est vraiment géniale ! Si avec tout ça vous n’êtes pas convaincus…

Lily Tomlin et Jane Fonda dans GRACE AND FRANKIE

De l’autre coté, nous avons un duo d’artiste : Sandy Kominsky est un acteur en fin de carrière qui décide de donner des cours à la nouvelle génération. Il est soutenu par Norman Newlander son agent de longue date.

LA MÉTHODE KOMINSKY est une pure pépite. Je crois que sa force est véritablement son écriture et sa simplicité. En effet, la série est assez courte (8 épisodes par saison) et ne s’embarque pas dans des intrigues folles. Arthrite, sexualité, alcool, carrière, décès, maladie ou paternité : la série brosse de nombreux sujets qui finissent par être traités avec une finesse assez dingue. Les dialogues de cette série sont véritablement incroyables. Je me suis surprise plusieurs fois à éclater de rire et c’est assez rare. Le duo Sandy/Norman est à mourir de rire tant ils sont résignés, sarcastiques et pourtant si touchants dans leurs espoirs et leurs désirs.

Il n’y a pour l’instant que deux saisons, mais la série est directement entrée dans le panthéon des œuvres à l’humour grinçant. C’est un petit bijou d’écriture crée par le créateur de THE BIG BANG THEORY et MON ONCLE CHARLIE, deux chefs d’œuvres comiques du petit écran. Mais la dernière (et non des moindres) raison de dévorer cette série, c’est pour son casting : Michael Douglas et Alan Arkin. Rien que ça ! Un duo absolument iconique qui manie parfaitement l’auto dérision et la résignation. Un rôle qui a d’ailleurs valu un Golden Globe à Michael Douglas pour Meilleur acteur dans une série comique. Un pur délice, je vous dis !

THE KOMINSKY METHOD

Les deux séries sont disponibles sur NETFLIX.

PERDRIX de Erwan Le Duc : l’absurde au service de la tendresse ?

N’est pas Dupieux qui veut ! Le premier long métrage de Erwan Le Duc se perd un peu dans son projet initial : mettre l’absurde au service de la tendresse et réinventer la comédie romantique française. Et malgré quelques petits instants merveilleux, PERDRIX peine à trouver le bon filon pour se démarquer. L’absurde n’est pas seulement un genre, c’est aussi un art et Erwan Le Duc n’y a pas encore trouvé sa place. Quentin Dupieux l’assume et en fait des merveilles (Wrong, Rubber, Au poste etc). Son secret : aller au bout de ses idées, quitte à perdre le public. L’absurde c’est un art difficile, complexe et merveilleux à la fois. On s’éloigne de l’attendu, du classique et de la logique pour toucher à quelque chose de plus libre et de plus abstrait. Là où Dupieux excelle, Le Duc se range dans la case des timides malgré de très belles idées.

Réinventer le genre de la romance française c’est une bonne idée. Les comédies romantiques sont de plus en plus insipides et leurs schéma narratif de plus en plus similaire. Découdre ce schéma et se lancer dans un rapport plus complexe a l’amour est donc un point de départ intéressant. PERDRIX raconte la rencontre entre Pierre Perdrix, chef de la police locale d’un petit village dans les Vosges où il ne se passe jamais rien, et Juliette Webb, une nomade avide de liberté et allergique aux règles. Exit le rythme affolant de la rencontre amoureuse de base, les péripéties, les rendez-vous sous la pluie et la réconciliation : ici, l’amour est silencieux. Il se construit par des regards, quelques mots et beaucoup d’absurdité. Des nudistes extrémistes, des carnets remplis de moments de vie, une radio love dans un garage, un spécialiste des vers de terre et un chef du village totalement insignifiant; voilà de quoi se compose le scénario de cette comédie pas comme les autres. Le tout porté par un casting bancal mais efficace avec Fanny Ardant en mère de famille dévouée et en épouse endeuillée, Nicolas Maury en père enfantin et passionné par les vers de terre, Maud Wyler en jeune nomade fuyant le monde et Swann Arlaud, beau et doux dans ce rôle de chef de famille et de village totalement dépourvu d’ambition personnelle. Mention spéciale pour la jeune Patience Munchenbach impressionnante de justesse dans son rôle d’adolescente en conflit avec son père.

La famille Perdrix est une famille qui ne se parle pas beaucoup, endeuillée par la perte du père quelques temps plus tôt. Ils sont quatre survivants, happés par le fantôme du père qui trône au dessus de la table à manger. Une famille figée qui va voir débarquer un ouragan dans son quotidien avec l’arrivée de Juliette, dont toute la vie tient dans sa voiture. Mais au delà du casting qui fonctionne plutôt bien, le film peine à trouver son rythme. Comme ci le réalisateur oscillait constamment entre narration classique, histoire familiale incongrue et tendresse pudique. On ne sait plus trop où regarder, et malgré quelques belles idées, le film finira par résoudre ses conflits internes grâce à la venue d’une tierce personne tout en débouchant sur une belle histoire d’amour : une issue classique et attendue qui fait perdre au film son unicité et son originalité. Swann Arnaud confirme son talent, mais c’est malheureusement tout ce qu’on finira par retenir de PERDRIX. Dommage.

BANDE ANNONCE

PERDRIX de Erwan Le Duc avec Swann Arlaud, Fanny Ardant, Nicolas Maury et Maud Wyler.

En salles depuis le 14 aout 2019.

La lutte des classes….et la valse des clichés

Faut-il se réjouir que le cinéma français continue de s’approprier les problèmes de société pour tenter d’en expliquer les tenants et les aboutissants sur grand écran? Oui et non. Avec Les Invisibles sorti en ce début d’année, Louis-Julien Petit nous avait confirmé qu’un parti pris politique était difficile à faire valoir au cinéma. Le film était réussi mais certains propos avait du mal à passer. Avec La lutte des classes, Michel Leclerc revient sur le débat français entre école publique et école privée, sous un amas d’humour et de clichés. Mais qu’est ce que ça vaut en réalité?

Le casting donne envie, Edouard Baer est l’un des acteurs français les plus appréciés. Il est également très écouté à la radio (France Inter actuellement), suivi par des milliers de personnes et restera à jamais la figure du monologue culte du film d’Alain Chabat, Astérix mission Cléopâtre, en 2002. Quant à Leila Behkti, que beaucoup ont découvert dans Tout ce qui brille en 2010, elle est de plus en plus présente dans le cinéma français. Rien qu’en 2018 elle était à l’affiche de quatre films (Le grand bain de Gilles Lellouche par exemple). Les deux acteurs ont d’ailleurs déjà travaillé ensemble notamment au théâtre, entre 2012 et 2013 pour la pièce écrite par Baer : A la française. En bref, le casting est fort et entraine forcément le spectateur vers les salles. Et pour sur, c’est ce duo qui tient le film de bout en bout et c’est loin d’être évident.

La lutte des classes, de quoi ça parle? Sofia (Leïla Bekhti) et Paul (Edouard Baer) sont en couple, elle est une brillante avocate d’origine maghrébine, lui le batteur d’un groupe de punk-rock engagé qui a connu la gloire il y a longtemps. Avec leurs enfants, et notamment leur fils Corentin, ils décident d’emménager en banlieue parisienne, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Lorsque leurs amis décident de mettre leurs enfants en école privée et que Corentin se retrouve seul dans le collège public de Bagnolet, Sofia et Paul ne savent plus quoi faire. Entre leurs valeurs, leurs croyances et leur inquiétude parentale, le couple va être mis a rude épreuve.

Au delà du casting, ce sont principalement les dialogues qui sauvent la séance. Certains d’entre eux sont brillamment écrits et ont un humour grinçant. Le comique vient avant tout des dialogues entre Baer et Behkti, parents dépassés par les évènements et qui se retrouvent face à leurs préjugés. Certaines lignes de textes de Baer notamment sont véritablement hilarantes. Cependant, c’est le seul avantage de l’écriture du film. La structure narrative est extrêmement lassante : il se passe quelque chose, la situation se règle et se dérègle ensuite davantage suite a une action idiote d’un des deux parents. Et ce cercle narratif aura lieu deux ou trois fois durant les 1h40 de film et c’est fatiguant. Le manque d’originalité de la structure narrative appauvrit le film et surtout, accentue les manques en terme d’écriture. Car au delà des dialogues parfois très intelligents, le film se perd dans son propos. Entre clichés et préjugés parfois très peu poussés, l’écriture du film ne se pose pas et n’est pas très passionnante. Les personnages ne sont pas réellement approfondis et le film se termine un peu en queue de poisson !

Michel Leclerc parle de l’hypocrisie d’une certaine bourgeoisie gauchiste mais aussi de leurs craintes et de leurs principes. Simplement, il ne voit pas plus loin. Le problème du film tient précisément dans son ambition : lorsqu’un personnage parle c’est son milieu qui parle pour lui. Le réalisateur produit une sorte d’analyse d’un milieu et de ses préjugés. Sous un fond comique dont on connait tous les ressorts, l’idée s’épuise très vite. Le film soulève des questions graves certes, mais il se contente de les poser et en reste là. Il s’amuse de ses clichés tout en continuant de les asséner. La subtilité est totalement absente du projet et la fin, classique et attendue, contente le public et laisse le film dans l’oubli aussitôt les spectateurs sortis de la salle. Dommage, on continue de perpétrer des clichés et des préjugés en pensant soulever des questions graves de notre fonctionnement. En se cachant derrière le comique de ces situations, qui existe bien évidemment mais qui est loin d’être le centre du problème, on atténue la gravité des choses et on apaise simplement pour quelques temps l’esprit des spectateurs.

Un moment pas désagréable à passer en salles, mais qui sera vite oublié et qui, si vous avez un peu de recul après tout, vous laissera quand même un goût un peu amer.

En salles depuis le 3 avril.

Sorry to bother you de Boots Riley : la satire qui bouscule les codes

Pour son premier film, le rappeur Boots Riley (The Coup) connu pour être très engagé politiquement, livre une critique acerbe du capitalisme et du racisme américain sous une forme absurde et absolument savoureuse. Si les films engagés sont nombreux sur nos écrans, peu ont un concept aussi profond que celui de Sorry to bother you. Le film a mis plus de 6 mois à arriver en France tant sa sortie était incertaine. Petite oeuvre indépendante et subversive, le film était bien parti pour finir dans le catalogue Netflix dans quelques temps sans que personne n’en parle vraiment. Heureusement pour nous, Riley a finalement trouvé un distributeur outre atlantique et le film est sorti dans les salles françaises le 30 janvier.

Cassius Green (à lire : cash is green) est un vendeur par téléphone, qui se découvre un talent surprenant : imiter la voix d’un homme blanc pour accrocher ses clients. Alors que ses collègues décident de se rebeller contre leurs conditions de travail, sa productivité va le conduire à obtenir une promotion rapidement pour devenir un Super Vendeur et travailler à l’étage supérieur. Là, ce qu’il va vendre sera totalement différent des produits de base et il devra prendre des décisions importantes pour tenter de ne pas perdre son humanité dans un monde qui lui promet la réussite et l’argent.

Ce film c’est un ovni qu’on a envie de chérir. Le plus gros talent de Boots Riley c’est d’aller au bout de son idée. Il a un souci du détail incroyable (les boucles d’oreilles de Detroit, les messages sur ses t-shirts, la photo du père de Cassius qui s’adapte aux situations et le juge du regard, etc.) et il fonce dans l’improbable jusqu’au bout. Il signe une oeuvre totalement barrée, remplie de gags plus absurdes les uns que les autres, mais qui cache une satire incroyablement intelligente de la société capitaliste américaine. Les exemples de ce parti pris génial sont nombreux : le bureau de Cassius qui débarque, littéralement, dans le quotidien de ses clients lorsqu’ils décrochent peu importe leur activité à ce moment là, le slogan « suis toujours ton script » qui donne lieu à des conversations totalement incongrues, encore le code de l’ascenseur ridiculement long pour monter à l’étage des Supers-Vendeurs ou encore la voix de blanc de Cassius tout droit sortie d’un cartoon. Rien qu’avec le titre du film, Sorry to bother you annonce la couleur : il est là pour déranger, nous démanger et nous faire serrer les dents. En surface, le film dénonce par la comédie. On rit de bon cœur mais, plus l’intrigue avance plus nos rires sont jaunes. L’absurde est totalement le genre qu’il fallait adopter ici.

Boots Riley nous propulse dans un monde totalement déconnecté de la réalité. Son personnage passe son temps à s’excuser d’être ce qu’il est et de faire ce qu’il fait. Mais il finit par s’y perdre et oublier son humanité au profit de l’argent qui tombe sur son compte en banque. Une humanité oubliée par une grande partie de la société également, qui adule un homme qui a « révolutionné » la productivité en usine. Steve Lift (joué par Armie Hammer) à créer une entreprise qui promet un emploi à vie à ses employés qui sont logés et nourris sur place mais n’ont pas de salaire. Adulé par les patrons, l’homme souhaite aller de plus en plus loin. Les SuperVendeurs, y compris Cassius, proposent aux clients les plus riches du monde entier d’acheter des ouvriers/esclaves pour augmenter la productivité de leur entreprise. Steve Lift est cocainomane, véritablement déconnecté de la réalité et plein aux as. Son personnage et l’univers dans lequel il opère sont un tableau grotesque du monde des affaires et de son inhumanité grandissante. Les violences policières envers les manifestants dénonçant les pratiques de l’entreprise, la mise en valeur des SupersVendeurs pour leur chiffre d’affaires, les postes de télévision qui diffusent constamment les spots publicitaires mensongers sur la qualité de vie des ouvriers (dortoirs, plats préparés, productivité) : Boots Riley n’oublie rien et dénonce avec intelligence le capitalisme et l’oppression des plus riches sur le reste de la société.

Il va même plus loin et c’est là que le film prend tout son sens. Les vingt dernières minutes du film sont incroyables et totalement loufoques. Pendant une soirée absolument hors du temps (drogues, sexe, télés immense, argent etc) Steve Lift invite Cassius à le rejoindre dans son bureau pour lui proposer un nouveau concept. Il lui montre alors une vidéo expliquant les expériences faites par Lift pour rendre ses esclaves de plus en plus productif. Son idée : en faire des hybrides, mi-homme, mi-cheval. Il propose à Cassius un CDD de cinq ans, pour devenir le leader de ses hybrides et tenir le cap entre les employés et la direction. Une proposition totalement absurde qui encore une fois, est une idée de génie de la part du réalisateur. Evidemment, Cassius prends alors la fuite et tombe nez à nez avec des hybrides déjà créer. A partir de là, Cassius changera de camp et va tenter de faire comprendre au monde ce qui est en train de se passer. S’ensuit d’improbables scènes de violences, de plateaux télés, de manifestations et j’en passe. Cassius retourne alors dans le garage de son oncle, en n’oubliant pas de ramener les objets de luxe qu’il avait pu s’acheter lorsqu’il était un SuperVendeur. Et alors qu’il pensait être sorti de son monde dicté par l’argent et le pouvoir : il se rend compte que Lift lui avait administré le produit changeant les hommes en hybride. La fin du film achève l’idée de Boots Riley sur l’embrigadement dont on est tous victime dans la société actuelle. Il conclut son oeuvre en allant au bout de l’absurdité des choses qu’il dénonce, et c’est génial.

Sorry to bother you est une claque. Boots Riley propose une oeuvre entière qui secoue avec une bande son évidemment incroyable. Sans parler du casting absolument divin notamment Tessa Thompson que j’aime énormément mais aussi Steven Yeun, Forest Whitaker ou encore Terry Crews. Avec ce premier film qui secoue les genres et fait entendre sa voix, Boots Riley fera sans doute parti des noms dont on aura envie d’entendre parler ces prochaines années. Le film a déjà fait des millions d’entrées aux Etats-Unis et j’espère qu’il en fera autant en France. Allez-y, vous serez ravis d’avoir été dérangés.

En salles depuis le 30 janvier.

Et pour découvrir un peu plus l’univers de Boots Riley :

The Guillotine issue de l’album SORRY TO BOTHER YOU du groupe The Coup mené par Boots Riley