CALENDRIER DE L’AVENT #11 – Ma palme d’or

Aujourd’hui, je suis vraiment ravie de pouvoir enfin vous faire découvrir LE film qui m’a le plus touché cette année.

La palme d’or du Festival de Cannes c’est un prix prestigieux que de nombreux réalisateurs rêve d’obtenir. Chaque année la sélection est composée d’une douzaine de films qui se disputent la première place pendant une dizaine de jours. Cette année, la palme d’or a donc été attribuée à PARASITE de Bong Joon-Ho. Un réalisateur que j’adore et je suis ravie qu’il ai été enfin récompensé.

Seulement voilà, entre les scandales, les montées des marches hurlantes et les photocalls qui crépitent : un film, un seul, s’est réellement figé dans mon cœur. Il s’agit du film qui a remporté le prix Un Certain Regard : La vie invisible d’Euridice Gusmao de Karin Ainou. Et je trouve ça extrêmement dommage qu’il n’ai pas été programmé en compétition officielle car pour moi, c’est LA palme d’or de ce festival.

Ce film brésilien raconte l’histoire de deux sœurs, entre 1940 et 1960, qui tentent de construire leur vie et d’avancer en tant que femme dans un Brésil oppressant et des traditions archaïques. Une histoire d’amour fraternelle, de lutte, de survie, d’absence et de mémoire : un film entier porté par deux actrices absolument parfaites. Julia Stockler (Guida) est une révélation, sa présence à l’écran est magistrale.

J’ai découvert ce film par hasard, à l’issue de la cérémonie de clôture Un Certain Regard. Et j’ai été complètement charmée. LA VIE INVISIBLE D’EURIDICE GUSMAO est une fresque incroyable portée par deux femmes aux destins différents mais liées à jamais. Le film dépeint avec une beauté folle les différences sociales et culturelles dans une ville aussi belle que triste, aussi libre que soumise.

Guida s’enfuit après une dispute avec son père. Lorsqu’elle revient quelques années plus tard, enceinte, ses parents lui ferment la porte à cause du déshonneur qu’elle a porté à la famille. Personne ne prévient alors Euridice , sa sœur, de son retour. Durant plus de 20 ans, elles vont vivre l’une sans l’autre, dans des sphères sociales totalement différentes. Le souvenir de l’autre sera constamment présent. La ville, devient alors un personnage vivant qui lie inconsciemment les deux sœurs.

Cette histoire m’a bouleversée. Sûrement parce que Karim Ainouz parvient, avec une extrême délicatesse, à mettre en avant toute la complexité des relations familiales. Mais ce n’est pas le seul propos du film, au contraire. Le réalisateur met en lumière l’émancipation des femmes dans un Brésil des années 50 très traditionnel. Que ce soit Euridice et son mariage qui l’empêche de vivre de sa passion ou Guida élevant seule son fils dans les favelas : le film raconte le combat de deux femmes pour faire entendre leur voix dans cette ville immense où personne ne semble les entendre. La solitude, la douleur, les conventions, le regard des autres et leur propre combat : tout y est.

Le film est beau, profond, impeccablement réalisé, historiquement très intéressant : en bref, c’est une pépite. J’ai été émerveillée par le travail de Karim Ainouz et par la prestation de Carol Duarte et Julia Stockler. Un film qui raconte beaucoup de choses, vous fait vivre des milliers d’émotions et vous laisse rêveur : c’est le cinéma que j’aime. Je vous encourage vivement à aller le découvrir en salles.

En salles dès le 11/12/19

L’ŒUVRE SANS AUTEUR 1/2 de Florian Henckel von Donnersmarck : fresque historique et romantique.

Deux parties, deux films, trois heures et un récit sur plus de trente ans : le nouveau film de Florian Henckel von Donnersmarck est, dans sa distribution et sa construction narrative, une œuvre totale et intrigante. Cinéaste oscarisé pour sa Vie des Autres (2006) déjà très remarqué par sa construction et sa vision esthétique, il revient cette fois avec une fresque historique et romantique, se basant sur une époque bien précise (de 1937 à 1970 environ) et la vie d’un peintre allemand reconnu il y a peu : Gerhard Richter. Le titre du film, L’œuvre sans auteur est le nom attribué par les critiques à l’œuvre du peintre Richter, qu’ils jugeaient trop neutre et manquant de personnalité.

Le film s’ouvre sur une exposition commanditée par les nazis, en Juillet 1937, et qui se centre sur ce qu’ils appelaient « l’art dégénéré ». Il s’agissait pour eux de démontrer que l’art moderne des allemands tels que Otto Dix, mais aussi des artistes comme Chagall ou encore Picasso n’est pas recommandable, en présentant en parallèle des œuvres glorifiant la race aryenne. Au milieu de cette exposition, on découvre le petit Kurt Barnet, âgé de 6 ans accompagné de sa jeune tante, Élisabeth. Kurt est déjà attiré par l’art, la peinture précisément, et est déjà très talentueux. Encouragé par sa tante, ils sont devenus très proche. Élisabeth est jeune, belle, pianiste et « fantasque ». Une scène, au début du film, va sceller leur destin à tous les deux. Un jour, elle joue du piano toute nue, sous les yeux de Kurt qu’il tient baissés par pudeur. La scène est fondatrice pour les deux personnages. Pour Élisabeth, elle la conduira à se faire emporter par les nazis eugénistes et pour Kurt, cette même scène sera au cœur de sa quête artistique, puisque c’est à cette occasion que sa jeune tante, sentant derrière son dos ce regard baissé, lui dit : « Ne détourne jamais les yeux. Tout ce qui est vrai est beau ». Une phrase qui hantera la vie, les peintures et les créations de Kurt jusqu’au bout, mais qui permettra à son art de lui révéler de sombres secrets, à son insu.

Ce film est multiple, il a différent niveaux de lecture et c’est ce qui fait sa force. Sa construction narrative parle d’Histoire avec les tragédies allemandes comme le bombardement de Dresde ou les nazis eugénistes et leur idée d’empêcher les « impurs » de se reproduire. On nous parle aussi d’histoire de l’art, entre le réalisme socialiste en RDA, seul art accepté et le modernisme « scandaleux » à l’Ouest qui pense que la peinture est morte et ne peux plus rien dire de neuf. Et on finit par resserrer l’histoire en parlant d’amour et de famille. Le tout étant étroitement lié pour donner une ampleur incroyable au récit et aux images.

La première partie du film est consacrée au contexte familiale et historique dans lequel le jeune artiste se construit : entre sa tante schizophrène qui disparaît, les bombardements de sa ville, ses questionnements sur l’art et sur la vérité, son parcours artistique etc. La forme est quelque peu classique et sans grande surprise, mais pose de bonnes bases et la force de mise en scène du réalisateur suffit à rendre certaines scènes assez magistrales (concert de klaxons, chambre à gaz etc).

La seconde partie développe le coté artistique de Kurt. Sa rencontre avec Ellie, ses recherches de style et de vérité, sa fuite à l’Ouest juste avant la création du Mur, les rencontres qui vont déterminer son avenir artistique ainsi que, évidemment, sa quête de vérité et les révélations qui s’ensuivent. Une deuxième partie plus rythmée, plus profonde, où l’on accompagne l’artiste et ses questionnements. Et où les liens entre grande Histoire et petite histoire se recoupent.

Professor Antonius van Verten (Oliver Masucci)
Tom Shilling is Kurt

Une réflexion sur l’art est également au centre de la deuxième partie, notamment avec le professeur Van Verten joué par l’excellent Oliver Masucci. Comment recommencer à créer après le nazisme ? Tout comme le cinéma, qui était censuré pendant de nombreuses années car on refusait de montrer ou de parler des horreurs commises par les nazis, les autres arts ont également été victimes d’une certaine censure. En obligeant les artistes à ne peindre que d’une certaine manière, on emprisonnait la créativité et le besoin de liberté du peuple. Le professeur, dans une scène assez forte, va expliquer à ses élèves que voter n’est plus envisageable. La politique ne détient plus la vérité et ne leur offrira plus jamais de réelle liberté, puisqu’elle a honte et qu’elle n’acceptera jamais de libérer la parole. La seule manière d’être libre c’est par l’art. Et cette notion de liberté, le film en parle avec douceur et violence à la fois. Le professeur Van Verten à une histoire particulière très touchante qu’il ne racontera qu’en face de Kurt, en lui expliquant que son art doit lui ressembler. Une quête de vérité, que Kurt va atteindre inconsciemment en peignant sans s’en rendre compte, les réponses aux questions qu’il n’a jamais posé. Un coup de maître du réalisateur, qui lie avec brio les trois niveaux narratifs de son film, et réussi à nous toucher alors même que nous, spectateurs, connaissons la terrible vérité depuis le début.

Sebastian Koch

Une vérité portée par le grand Sebastian Koch, terrifiant dans ce rôle de gynécologue aux idéologies nazies. Koch est absolument incroyable et complètement effrayant dans sa froideur et ses actes. Il a une prestance magistrale qui fait mouche face à la douceur et la quête de Kurt. Ils sont tous deux liés, violemment, sans le savoir. Et la vérité finira par les réunir sans que le film ne s’attarde forcément sur une confrontation quelconque. Encore une réussite, à mon sens, pour le film. Florian Henckel von Donnersmarck ne fait pas tomber son film dans une quête de vengeance ou de destruction. Il orchestre habilement la vérité, et l’horreur silencieuse qu’elle provoque chez le spectateur qui a envie de tout expliquer à Kurt qui regarde son œuvre sans comprendre tout ce qu’elle lui raconte. Une boucle qui se referme, après trois heures de film, dans une scène peut être moins subtile mais tout aussi forte où Kurt rejoins sa tante dans son monde en reproduisant l’un de ses comportements étrange mais libérateur.

L’œuvre sans auteur est un film , a priori, difficile à appréhender. En réalité, il est extrêmement passionnant. Quoique peut être trop académique, mais on pourrait aussi se dire que la forme se cale sur le fond en essayant de rester dans quelque chose qui, visuellement, aurait été accepté à l’époque ? Mais je m’égare sûrement. C’est un film extrêmement beau, très intéressant, habilement construit et porté par un casting incroyable : Tom Shilling dans le rôle principal, Saskia Rosendalh , Paula Beer, Sebastian Koch, Oliver Masucci ou encore Hanno Koffler.

Un film à voir, sans hésitation. En salles depuis le 17 juillet 2019.

PAUVRE GEORGES ! l’intrus sous toutes ses formes

Le nouveau film de Claire Devers (Chimère, Max et Jérémie etc) est sorti en salles cette semaine. Avec à l’affiche Monia Chokri (dont le premier long métrage en tant que réalisatrice est toujours en salles, La femme de mon frère) et Gregory Gadebois (Le jeu, Angèle et Tony, etc) qui jouent un couple en proie a de nombreuses problématiques.

Georges et Emma ont quitté la France pour venir s’installer dans la campagne québecoise non loin de Montréal. Georges enseigne le français dans un collège et Emma est en « convalescence » sans que l’on sache réellement pourquoi. Un jour, en rentrant, Georges tombe sur Zack, un adolescent déscolarisé qui se balade dans la maison. Georges voit en lui un nouveau projet et va se lancer pour défi d’aider Zack, malgré tout. Cette intrusion dans leur vie va engendrer de nombreuses réactions.

L’intrus, sous toute ses formes

Le scénario de PAUVRE GEORGES! est une adaptation d’un roman du même titre écrit par Paula Fox en 1967 et qui traitait déjà des relations domestiques et du quotidien chamboulé par une intrusion. Claire Devers reprend donc l’idée tout en transposant les lieux et les personnages. La « visite » de Zack n’est qu’un prétexte pour explorer le quotidien de ce couple mais aussi de ses voisins. L’intrusion est au cœur du film : Zack, les voisins, la maitresse, l’alcool etc. Il y a un intrus dans chaque maison, que l’on tente de chasser ou d’apprivoiser. Et chaque famille se retrouve l’intrus de l’autre par ses regards ou son comportement. Chacun se toise, se fixe, se regarde sans arriver à s’apprivoiser ou a se comprendre. Entre le mépris de l’une et le regard provocateur de l’autre, les relations se construisent et se détruisent à coups d’œils et de jugement. Un comportement intrusif qui pousse constamment les personnages dans leurs retranchements jusqu’à les amener au pire. Le personnage de l’intrus est constamment redistribué et confronte chacun face a ses propres peurs et fantasmes.

Une mise en scène active et témoin d’une violence sourde

Le film se base sur une mise en scène qui joue subtilement avec les détails et les décors. Mieux que les mots, l’architecture exprime davantage les émotions profondes et inavouées des personnages. La maison de Georges et Emma par exemple, ressemble à un petit labyrinthe dans lequel on se perd et on se rencontre violemment. Les escaliers, les étages, les vitres, les miroirs : tout est oppressant et renforce le sentiment d’enfermement du couple et surtout de Emma. Georges ne semble pas donner d’importance à ce qu’elle ressent ou ce qu’elle pense. Elle est comme un fantôme qui hante cette maison et les alentours. L’intérieur des autres voisins ne fait pas exception, avec pour les uns, une maison totalement épurée et luxueuse exprimant le mépris du couple pour la différence. Et pour les autres, un chaos total exprimant la perte de contrôle de la jeune mère alcoolique et l’absence de son mari infidèle. Et chacune de ces maisons est entourée d’arbres, de buissons, de graviers et cailloux comme une forteresse personnelle. Le sens du détail et la mise en scène de Claire Devers sont les véritables atouts de son film. Le regard dérangeant mais non moins intéressant qu’elle pose sur ce monde de bienséances et de conventions qui donne de la matière a ceux dont la vie semble si harmonieuse et qui est pourtant si vide. Un regard sans vraiment de parti pris, qui observe sans jamais agir et qui nous laisse admirer l’éclatement des situations. Une violence sourde qui émane de chaque plan, de chaque dialogue, de chaque geste et qui va finir par étouffer tout ce beau monde.

Une tension qui s’annonce mais qui ne prend pas

Cependant, malgré ces quelques éléments très intéressants idéologiquement et visuellement, le film ne parvient pas à accrocher son public. Les acteurs sont tous très bons, Monia Chokri n’a pas énormément de texte mais son jeu est véritablement impressionnant. De même pour Mylène MacKay qui joue le rôle de la jeune mère alcoolique et trompée. Gregory Gadebois livre une prestation tout en retenue qui convainc mais qui ne parvient pas à nous faire ressentir quoi que ce soit pour son personnage. On est également ravis de voir Stéphane de Groodt s’incruster vers la fin et mise à part Pascale Arbillot que je ne supporte décidément vraiment pas (son jeu est vraiment en dessous du reste du casting et son rôle de mère dépassée et bêta n’aide vraiment pas à l’apprécier) le reste du casting est assez juste, notamment Noah Parker, l’interprète de Zack qui impressionne particulièrement. Malgré ça, la tension globale du film ne prends pas. C’est trop long, trop lent, trop théâtral par moment : on s’ennuie un peu. On devient légèrement passif et voyeur, sans forcément comprendre ce que l’on voit. Et même si cela semble avoir été le choix de la réalisatrice, je n’ai pas réussi a entrer dans ce jeu là.

«Pauvre Georges !», comédie dramatique franco-canadienne de Claire Devers, avec Grégory Gadebois, Monia Chokri, Pascale Arbillot, Noak Parker, Mylène MacKay, Stéphane de Groodt… 1 h 53.

MA de Tate Taylor : un thriller maladroit

Les studios Blumhouse sont connus pour être les rois des films d’horreur ou de suspens à succès depuis de nombreuses années. C’est à eux que vous devez notamment GET OUT et US de Jordan Peele (dossier dispo sur le blog), SINISTER de Scott Derrickson ou même le SPLIT de Mr Night Shyamalan. Ils ont également produits de nombreux films « franchise » comme la saga Paranormal Activity, Insidious ou American Nigthmare. Une boite de production créée par Jason Blum qui a su se faire un nom depuis presque vingt ans. L’annonce d’un nouveau film produit par Blum n’était donc pas forcément synonyme d’intérêt pour moi. Jusqu’à ce que l’équipe autour du film se fasse connaitre … : Tate Taylor aux commandes et surtout, Octavia Spencer en tête d’affiche. Deux noms qui ont su attirer mon attention. Octavia Spencer est une actrice que j’aime énormément et que vous avez du voir, récemment, dans Hidden Figures de Melfi en 2016 ou The Shape Of Water de Del Toro l’année suivante. Mais elle a surtout été médiatisée en 2011 pour son Oscar reçue grâce à sa prestation dans La couleur des sentiments réalisé par… Tate Taylor ! Un film certes imparfait mais qui est une très belle adaptation du roman du même nom et qui a su toucher le monde entier. Retrouver ses deux noms dans une production Blumhouse m’a paru surprenant et du coup, assez intéressant.

MA ça parle de quoi? Un groupe de jeunes cherche à acheter de l’alcool sans se faire prendre. Sue Ann, une femme solitaire, accepte et leur propose même de faire leurs petites fêtes chez elle afin de boire de manière plus « sécurisée ». Une sorte d’amitié se créée alors entre Sue Ann, « Ma », et les lycéens. Une amitié à sens unique, qui va s’avérer malsaine et qui va provoquer des évènements dramatiques. Sue Ann semble connaitre les parents des jeunes qu’elle accueille et le lycée ne lui es pas inconnu. Que cache cette femme seule et intrusive ?

Je vous conseille d’ailleurs de ne pas regarder la bande annonce qui dévoile beaucoup (trop) de choses et qui risquerait de gâcher les quelques surprises du film.

MA est vendu comme un film d’horreur mais, navrée de vous décevoir, il ne fait pas vraiment partie de la famille des œuvres d’épouvantes. Malgré quelques petits bonds et un peu de sang en fin de séance, vous n’aurez pas à vous inquiétez pour votre sommeil en rentrant chez vous. Bien plus thriller qu’autre chose, c’est un film qui manque de profondeur, de crédibilité et de rythme. Malgré un thème plutôt intéressant, le harcèlement scolaire poussé à l’extrême et des conséquences que cela peut avoir sur le long terme, le film rate ses effets avec une absence presque totale de tension et son manque de prise de risques.

Octavia Spencer est cependant délicieuse dans ce rôle de psychopathe touchante et on sent qu’elle s’éclate dans ce nouveau type de personnage. Certaines scènes sont réellement malaisantes voir glauques et elle excelle dans ce nouveau genre. Quelques flashbacks bienvenus expliquent petit à petit la folie qui s’empare du personnage et le film tombe (dans sa dernière partie) clairement dans un coté plus gore. Malheureusement, l’actrice principale est la seule valeur ajoutée du film. Le scénario est lent, pas vraiment très crédible (la crédulité des jeunes, la montée trop rapide de la violence, le lien maladroit fait entre Ma et ses anciens camarades etc) et la tension a du mal à prendre. La dernière partie du film est assez bien rythmée mais elle arrive un peu de nulle part. Le personnage de Ma est vraiment la seule vraie réussite du film. Complexe, touchant et effrayant à la fois : elle parvient à créer un personnage ambiguë mais totalement angoissant qui finit par perdre pied dans sa folie.

Une ambiguïté que l’on retrouve également dans les sous-textes sociaux du film, et c’est un peu plus dérangeant. Le thème du harcèlement scolaire est loin d’être moderne mais il est actuel, et son traitement est plutôt bien amené. Cependant, on tombe encore une fois dans un système de vengeance et le message du « donnant-donnant » est assez fatiguant à la longue et surtout, pas vraiment formateur à l’heure actuelle. De plus, la place des femmes est également assez maladroit et sans nuances : elles sont soit passives, soit des trainées alcooliques soit des victimes. Seul l’acte final de Maggie, l’adolescente principale, appuie le fait que les femmes d’aujourd’hui ne regarde plus les choses sans agir. Une morale finale assez maladroite encore une fois et qui ne fonctionne pas vraiment.

Malgré un thème assez intéressant et un personnage principal vraiment bien traité, MA peine à nous satisfaire. La séquence de fin, plutôt gore, est vraiment là pour que le spectateur ai l’impression d’en avoir pour son argent. Mais elle n’était pas vraiment nécessaire. La psychologie du personnage de Sue Ann était tellement intéressante qu’il est presque dommage de l’avoir embarquée dans un final totalement irrationnel et violent. Le traumatisme qu’elle a vécu est profondément ancré en elle et son désir de vengeance n’apparait que parce qu’elle trouve l’opportunité de le laisser sortir. Cependant, il n’est pas prémédité ni réfléchit. Elle bascule dans la vengeance après plus de vingt ans alors qu’elle vivait dans la même ville que ses agresseurs depuis la fin du lycée. La crédibilité et la logique des actes des personnages est donc assez mal amené par le scénario qui aurait pu prendre une tout autre direction si l’idée de base n’avait pas été d’en faire un film dit d’horreur. De plus, on ne retrouve pas du tout le talent de réalisation de Tate Taylor. On aurait pu penser qu’avec un tel scénario et une telle actrice, le réalisateur réussirait à moderniser et à innover en terme de réalisation. Mais ce n’est pas le cas. Les plans sont assez banals, les jumps-scares bien (trop) présents et la réalisation vraiment simple. On sent davantage le manque de budget que la signature du réalisateur. On est loin de la poésie et de la précision de son travail dans La couleur des sentiments.

MA est donc un film relativement intéressant mais qui rate son objectif. Il sort malgré tout du lot et je vous encourage à aller le découvrir en salles. Les ingrédients du film d’horreur y sont présents dès le départ (est-il possible de commencer un film Blumhouse sans un plan sur une voiture entrant dans un nouveau monde/ville?) et le gore est au rendez-vous, bien qu’un peu tardif. Pour ceux qui s’attendent au film d’horreur par excellence, vous risquez d’être un peu déçus. Pour ceux qui y voyait un renouveau avec un scénario plus élaboré, vous le trouverez intéressant mais trop sage. Et pour les autres … vous ne vous ennuierez pas mais il passera vite aux oubliettes. En un mot? Dommage !

MA en salles depuis le 05 juin 2019.

CANNES 2019 – Parasite de Bong Joon-Ho (Palme d’or)

Et la palme d’or est attribuée à … Parasite de Bong Joon-ho ! Au delà des sempiternelles discussions sur le pourquoi du comment et surtout sur le mérite du réalisateur concernant ce prix, je pense que cette palme a une toute autre signification. Le film est vraiment bon, malgré quelques choix décevants à mon sens (j’y reviendrai plus bas dans mon analyse) et il fait partie des meilleurs films diffusés sur la croisette cette année. En partant de là, il méritait évidemment de repartir avec quelque chose. Là où il faut se questionner c’est … pourquoi la palme cette année? Bong Joon-Ho est un très grand cinéaste coréen, connu notamment pour ses œuvres comme Memories of Murder (2003), The Host (2006), Mother (2009) ou encore Snowpiercer (2013). Des œuvres poétiques, sociales, politiques et souvent violentes que ce soit dans les gestes, dans la mise en scène ou le dialogue. Des films qui n’ont jamais connu de véritables ovations en festival et surtout à Cannes, où l’année dernière son dernier film Okja avait reçu les huées du public lors de l’apparition du slogan de la plateforme de streaming Netflix pour laquelle le film avait été crée. Un parcours et une expérience cannoise/française assez perturbante pour le réalisateur qui mérite pourtant toute notre attention. Il est donc émouvant et appréciable que cette année, Parasite reçoive autant de critiques positives et qu’il reparte avec la plus haute distinction française. Cependant, j’ai toutefois été assez surprise de ce choix. Parasite est un film qui traite du même sujet que tous ses prédécesseurs, thème fondateur des œuvres de Bong Joon-ho : la lutte des classes.

La lutte des classes, la cohabitation entre les riches et les pauvres est un problème universel dans le monde actuel. Qu’on le veuille ou non, nous sommes obligés de coexister, et le film parle des difficultés qui en résultent. En France, vous avez le mouvement des « gilets jaunes », qui a démarré en raison du prix de l’essence , puis a pris une autre tournure. Nous avons le même genre de tensions en Corée . Or, je ne pense pas qu’on arrivera à une solution miracle , ni qu’il faille attendre un messie.

Bong Joon-Ho, Propos recueillis par Laurent Carpentier, à Cannes pour Le Monde

Un thème, un problème universel qui lui tient à cœur, qu’il réinvente à chaque fois et dont il parle dans tous ses films avec une approche différente. Dans Parasite, l’approche est celle de la comédie : une comédie « tragicomique » comme il le précise dans plusieurs interviews. Habituée à sa maitrise du rythme, de la poésie, de l’écriture et de la mise en scène, j’ai été assez déçue de voir que le film ratait son virage dans la dernière partie. En effet, lorsque la comédie laisse place au tragique, les évènements semblent bâclés ou fourre-tout. Le rythme est inégal, la fin trop lente et surtout les sous-textes sont expliqués de nombreuses fois. Ce film a été écrit pour le grand public et cela se sent. Bong Joon-Ho, après avoir été hué par une partie des spectateurs cannois l’an dernier, est revenu avec un film pour mettre tout le monde d’accord. Et c’est le bémol. C’est dommage parce que, même si Parasite a tout de son auteur (mise en scène incroyable, photographie magnifique, acteur fétiche et sous texte politique), il tombe presque dans la caricature de son thème. La dernière partie est bien trop longue et il nous explique par tous les moyens ce qu’il a tenté de nous montrer pendant 2h20. Le film perd de son intérêt à la minute où le réalisateur coréen croit nécessaire de prendre les spectateurs par la main. Sa filmographie est faite de films politiques et poétiques, jamais il n’a fait en sorte de simplifier son propos mais plutôt de le laisser être interpréter par le spectateur et c’est ce qui fait sa force. Cette fois, il a bien trop appuyé les choses et malgré des dialogues (et des situations) certes très drôles, le film manque cruellement de subtilité.

Bong Joon-Ho et la Palme d’or au Festival de Cannes 2019

On comprend alors que ce choix de la part du jury du 72e festival du film est principalement politique (comme souvent). S’agit-il de montrer qu’un réalisateur boudé pour ses choix peut être encensé par la suite (dans ce cas c’est un grand espoir pour Kechiche par exemple)? S’agit-il d’une manière de soutenir ces questions de lutte des classes qui se posent dans le monde entier et en France depuis quelques mois avec les gilets jaunes? Ou est-il possible que, pour une fois, la palme d’or ai été donnée à un film populaire, actuel, politique ET accessible? En tous les cas, la carrière de Bong Joon-Ho méritait cette palme et j’ai été très émue de la voir lui être remis. Mais si on s’arrête uniquement au film auquel elle était destinée … je suis assez perplexe. Je reviendrais d’ailleurs dans quelques jours vous parler du film qui, à mon sens, méritait ce prix pour bien d’autres raisons.

Mais du coup, cette palme d’or, ça donne quoi véritablement?

Palme d’or méritée ou non, la question n’est plus si pertinente. Le film sort aujourd’hui (05/06/2019) dans les salles françaises et je vous conseille très fortement d’aller le voir. Ce n’est pas le meilleur film de son auteur mais c’est un film qui fourmille d’idées, de beauté et d’humour. Il est d’ailleurs assez pertinent de commencer par celui ci, pour ceux n’ayant encore jamais vu d’œuvres de Bong Joon-Ho. Étant assez accessible, le film vous plongera dans l’univers de son réalisateur et dans ses thèmes de prédilection (lutte des classes, pauvreté, famille etc). Les acteurs sont également des personnes récurrentes dans la plupart de ses films ( Song Kang-Ho) et la mise en scène est également très proche de ce qu’il aime faire (pleine de métaphores, de plans larges, de détails etc). Parasite est, je pense, une bonne entrée en matière dans l’univers du réalisateur sud-coréen. Vous pourrez ensuite découvrir ses films précédents avec Snowpiercer par exemple, adaptation des comics avec un gros budget et un casting plus « américain », qui est l’un des films les plus onéreux de sa filmographie même s’il n’est pas aussi subtil que d’autres. Puis vous pourrez vous approchez de Okja, ovni porté par Tilda Swinton (incroyable comme toujours) et enfin attaquer les plus gros morceaux à savoir Memories of Murder (sublime), Mother ou encore Barking Dog.

Parasite raconte l’histoire d’une famille très pauvre qui va réussir à s’infiltrer dans la maison d’une famille très riche en se faisant embaucher dans chaque poste essentiel au fonctionnement du quotidien de cette élite (aide aux devoirs, chauffeur, gouvernante etc).

Toute la famille Ki-taek est au chômage. Après avoir été présenté à une mère de famille des beaux quartiers, le fils réussit à trouver un emploi de professeur de maths auprès de l’adolescente de la famille. De fil en aiguille, et surtout après de nombreuses machinations, la famille Ki-taek toute entière parvient à se faire embaucher chez les Park. Un envahissement dans un monde qui n’est pas le leur et qui va entrainer de nombreuses complications.

Le scénario de base est assez simple mais puissant. La lutte des classes en première ligne, les différences de quotidien, la crédulité de l’élite et les complots des pauvres pour prendre leur place : Bong Joon-ho pose les bases. Mais comme toujours dans ses films, il y a de nombreuses subtilités. L’une des premières scènes du film montre les deux jeunes Ki-taek en train de chercher nerveusement du wifi dans le sous-sol qui leur sert d’habitat. Une situation grotesque mais qui n’est pas sans rappeler celle que nous vivons tous chaque fois que l’internet nous échappe. Bong Joon-ho met alors l’accent sur de nombreuses choses qui parasitent notre quotidien : la recherche de reconnaissance, d’argent et aujourd’hui de wifi. Le titre du film n’est pas destiné uniquement à la famille Ki-taek, mais également à la famille Park, a la pression sociale, aux inégalités qui parasitent notre quotidien etc.

Des subtilités qui s’évaporent dans la dernière heure de film mais je n’en dirais pas plus, pour respecter votre expérience du film comme l’a demandé publiquement Bong joon-ho dans une lettre ouverte à la presse internationale : « Je vous demande donc de bien vouloir protéger les émotions des spectateurs : Quand vous écrirez une critique du film , je vous prie de bien vouloir éviter de mentionner ce qui va se passer après que le fils et la fille aient commencé à travailler chez les Park , tout comme les bandes annonces s’en sont gardées. Ne rien révéler au-delà de cet arc narratif sera, pour le spectateur et l’ équipe qui a rendu ce film possible, une véritable offrande ».

Je m’arrête donc là et reviendrai surement avec une analyse plus poussée dans quelques temps lorsque le film ne sera plus en salles. Je vous encourage fortement à aller découvrir cette drôle de palme sur grand écran. Bong Joon-Ho est un plasticien hors pair, un poète, un dialoguiste et un réalisateur formidable. Il est, à mon sens, l’un des plus grands cinéastes de notre époque. Parasite n’est pas son film le plus fort, mais il vaut le détour, ne serait-ce que pour quelques plans absolument parfaits ou certains dialogues aiguisés. Et comme je le disais plus haut, c’est certainement son film le plus « accessible » et qui parlera à tous.

Rendez-vous dans les salles dès aujourd’hui pour découvrir sur grand écran Parasite de Bong Joon-Ho et dans vos canapés pour s’immerger dans son univers pour ceux qui ne le connaissent pas encore !