La Favorite de Yorgos Lanthimos

Un casting féminin majestueux, une satire de la bourgeoisie anglaise du XVIIIe, Yorgos Lanthimos aux commandes et un flot de critiques positives depuis des mois : tout est fait pour que vous alliez voir LA FAVORITE en salles depuis le 6 février en France.

Le dernier film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos raconte l’histoire de Anne, reine d’Angleterre au début du XVIIIe siècle en pleine guerre contre la France. Dans un état de santé lamentable et un caractère majestueusement insupportable, la reine ne commande plus grand chose et laisse le soin à son amie Sarah Marlborough de diriger le pays à sa place. Son amie et amante se délecte de ce pouvoir et joue de son influence auprès de la reine, tout en démontrant une sincérité à toute épreuve. Mais lorsque sa cousine Abigail débarque pour se faire embaucher, les choses vont changer du tout au tout.

Lanthimos nous embarque dans un triangle amoureux mêlant politique, pouvoir, guerre et manipulations. Les trois actrices sont absolument divines. Olivia Colman et Rachel Weisz, avec qui il avait déjà tourné notamment pour The Lobster , sont sublimes en amantes déchirées entre le contrôle de l’autre et l’amour véritable. Le personnage de la reine est si complexe, incontrôlable et touchant qu’il laisse le champ libre à son interprète qui offre des scènes fabuleuses. Olivia Colman est décidément une très grande actrice. Les scènes où elle perd totalement le contrôle sont certes parfois surjouées mais saisissantes. Ce besoin irrationnelle d’être aimée profondément et sans conditions, d’avoir le contrôle sur la personne qu’elle veut mais de se laisser manipuler également, ses traumatismes de mère qui n’a jamais pu avoir d’enfants malgré ses 17 tentatives et son incapacité à diriger son pays : Lanthimos a réussi a créer un personnage féminin complexe, intéressant, frustrant parfois et totalement fou. La reine est détruite par la mort de ses enfants, comme ci l’amour inconditionnel lui avait été refusé dix-sept fois. La douceur et l’innocence dont elle fait preuve face aux lapins qu’elle a adopté pour remplacer ses enfants est triste et si belle à la fois. Et c’est grâce à son besoin d’être comprise qu’elle va s’attacher à Abigail, qui lui montre son affection envers ses « enfants » sans jugement et qui lui fait revivre des instants d’innocence (danse, jeux etc). Comme un enfant, il suffit de lui accorder de l’attention pour être dans ses petits papiers, mais si vous lui retirez votre amour ne serait-ce qu’une seconde, la frustration et la colère prenne le dessus. Ce personnage est profondément bien construit et intéressant.

Autre personnage savamment orchestré : Abigail, joué par la délicieuse Emma Stone. Présentée comme une ancienne aristocrate qui a perdue toute sa superbe et qui vient demander de l’aide à sa cousine, Abigail va très vite troquer sa fausse naïveté contre sa cupidité, sa méchanceté et son orgueil. Un personnage qui nous touche énormément au début et qu’on finit par détester. Quant à Rachel Weisz, elle est impressionnante et livre un personnage d’une froideur incroyable qui dirige d’une main de maître les événements. Elle est majestueuse à sa façon et sa rage crève l’écran. Les rôles s’inversent au fur et à mesure : le caractère insupportable de Sarah est finalement révélé comme étant la seule chose sincère entourant la reine et la douceur d’Abigail se transforme en cruelle insolence.

Au delà de l’écriture et du développement très réussit de ces trois personnages, le réalisateur prouve une nouvelle fois son talent incroyable en termes de réalisation et de scénario. Les dialogues sont absolument délicieux. Et dès les premières images on reconnait sa signature. L’image est soignée, magnifique et chaque plan nous emmène dans le même état latent et confus que la reine : le changement de focale, les contre-champs, les miroirs, les gros plans, les ralentis, les travelling interminables, les plans larges somptueux qui isolent les personnages dans des pièces immenses où tout les dépassent. Tout est calculé et sublime. Chaque plan renforce l’ambiance du film, entre absurde et malaise. Le film est un délice pour les yeux et les amoureux de cinéma. La musique est également propre à Lanthimos, qui aime les instruments à corde et qui en abuse. Elle contribue à la confusion du spectateur en mimétisme à celle de la reine, mais elle est interminable et donne vite mal à la tête.

Vous l’aurez compris, à mon sens, La Favorite est un chef d’oeuvre de part ses actrices, ses dialogues et sa réalisation. Cependant, j’émets de nombreuses réserves quand au reste. Le film a des longueurs qui, au final, m’ont fait décrocher. Tout comme dans The Lobster ou Mise à mort du cerf sacré, l’absurde ou la bizarrerie adorée du réalisateur finit par se complaire dans une contemplation de ses idées et nous emmène rarement avec lui. J’ai décroché plus d’une fois et n’ai donc pas réussit à apprécier profondément le film. La satire de la bourgeoisie est parfaite, les séquences comme celles de la course de canards ou le lancer de légumes sur un homme nu : les ralentis et gros plans qui accentue la stupidité issue de l’ennui des classes supérieures en temps de guerre, c’est génial. Mais c’est long, insistant et grotesque par moment également. Quant à la fin du film, j’ai encore du mal à y voir un sens caché quelconque. Le plan est sublime, mais la superposition tue l’image et donne le tournis. Je pense que je suis décidément très peu touchée par les fins proposées par Lanthimos.

La Favorite est un bijou, un film comme on en voit peu, mais qui a ses limites. Yorgos Lanthimos ne réussit pas à me convaincre totalement, comme à son habitude. Il divise mais s’en délecte aussi et c’est certainement ce qui fait la rareté de son art. Déjà récompensé à Venise et aux Golden Globes, La Favorite sera très certainement sacré aux Oscars dans quelques jours et restera, j’en suis convaincue, malgré tout l’un des films les plus intéressants de cette année.

GLASS de Mr. Night Shyamalan

Comme un soufflé qui retombe, le dernier film de Mr. Night Shyamalan, qui clôture sa saga après Incassable en 2000 et Split en 2016, est une déception.

Attention, cet article contient des spoilers

GLASS, ça raconte quoi? Et bien…on ne sait pas trop à vrai dire. On retrouve rapidement les trois personnages,que nous connaissons déjà, dans le même établissement. Ils sont tous les trois enfermés dans un institut psychiatrique et une psychiatre leur annonce qu’elle a trois jours pour tenter de les « soigner ». S’ensuit alors d’innombrables flashbacks sur la vie de chacun ainsi qu’un nombre incalculable de transformations pour Kevin Crumb.

Les premières minutes du film sont assez intéressantes et on sent que le réalisateur joue sur les codes des films de supers-héros de ces dernières années. On est happé par l’ambiance, les plans inspirés des comics et par la musique. Mais après un bon quart d’heure prometteur, le film tombe véritablement dans une flopée de clichés et on finit par s’ennuyer.

On a la sensation que le film a voulu surfer sur la popularité du dernier personnage fort du réalisateur à savoir Kevin Crumb et ses 24 personnalités quitte à nous en dégoûter totalement. Le nombre de changements de personnalité dans le film est chouette au début. On découvre enfin les 24 facettes du personnage mais, à la longue, ces changements sont limite grotesques et rendent James McAvoy ridicule. On voit clairement que c’est du sensationnel mais, qui ne fonctionne pas. Ça perds de son sens, de son impact et c’est totalement inutile. La (longue, très longue) scène où le gardien/soignant/infirmier enchaîne les flash en face de Kevin pour provoquer un changement de personnalité est dénué d’intérêt et de sens. Au bout de deux flash, Kevin était l’une de ses personnalités inoffensives (Patricia ou Hedwig). Pourquoi insister et en faire une scène gadget? Et ce n’est que la première des longues scènes montrant Kevin sous toutes ces formes. L’’intérêt du personnage perd immédiatement en crédibilité.

En ce qui concerne la réalisation, elle est très aléatoire : les gros plans sur les visages constamment, les plans un peu différents, mais qui font tache ou qui débarque de nulle part ou encore ce montage qui fait mal au crane. La musique angoissante présente également dans SPLIT pour avertir de l’arrivée du danger, de la violence chez Kevin et donc de la transformation en « bête » est utilisée de manière forcée et constante. Le rythme est également très inégal, et tous les axes dramatiques se retrouvent larmoyants et forcés. Incassables et Split ont été des succès incroyables. Les films étaient intéressants, bien faits, avec un scénario ficelé, des tensions, une histoire intéressante et des acteurs incroyables. Une suite (ainsi qu’une rencontre entre les personnages) était une idée alléchante qui, selon le réalisateur, était prévue depuis le début. Mais alors, si GLASS était prévu depuis presque 20 ans, comment est-ce possible de l’avoir autant raté? Est-ce le fait de l’avoir laissé de coté trop longtemps, ou de l’avoir réécrit trop de fois? Peut être même que c’est au contraire, le fait de ne pas l’avoir retouché depuis vingt ans. Incassable, était important à l’époque et n’avais encore aucune concurrence réelle dans ce genre. SPLIT quant à lui, 17 ans plus tard, était vraiment bon, plus qualitatif en terme de réalisation et Shyamalan avait dans ses filets un personnage exceptionnel qu’il pouvait exploiter à l’infini. Mais dans GLASS, tout le potentiel des personnages est gâché, la fin est tellement longue qu’on décroche dès les premières minutes et surtout elle n’a aucuns sens. Ce qui avait été impressionnant dans Split ou novateur dans Incassable, n’est plus intéressant ici. On apprend rien de plus qui soit pertinent (le fait que le père de Crumb soit mort dans l’accident de train, est-ce réellement un élément incroyable?) : GLASS donne l’impression d’une synthèse des deux premiers films et ce n’est pas très intéressant. Le réalisateur à raté son final et c’est l’une des plus grosses déceptions que j’ai eu depuis bien longtemps.

L’axe sur les comics aurait pu être intéressant, mais on y adhère pas. Il nous ramène à celui qu’avait Elijah dans Incassable mais la cohérence est ici complètement mise de coté. On continue à se complaire dans des clichés (entre les révélations sur l’accident de train dans Incassable, la mort larmoyante de certains personnages, la victime avec un syndrome de Stockholm qui revient aider son agresseur, les scènes de bagarres totalement surréalistes, les gros plans sur certains détails au cas où nous les aurions loupés ou le moment où Sarah Paulson comprend que Elijah avait un autre plan) et surtout, on légitime l’existence de cette pseudo société secrète qui débarque de nulle part et qui a décidé d’éliminer les supers-héros. Bruce Willis est absent, totalement déconnecté de son personnage et il en devient presque oubliable. James McAvoy est incroyable, mais fait de son personnage une caricature loin de l’homme torturé intéressant que nous avions découvert dans Split. Quant à Samuel L.Jackson, il reprend son rôle à la perfection mais n’en fait pas grand chose de plus, à part se balader en fauteuil dans un hôpital dénué de sécurité et avoir un plan diabolique en tête.

Et c’est dommage, car l’idée de Shyamalan ainsi que sa réflexion sont visibles. Le questionnement sur le monde des super-héros et la place qu’on leur donne aujourd’hui est véritablement intéressant. Malheureusement, je n’accroche pas à la manière dont il met en place tout ça. La fin n’a pas vraiment de sens, et lui qui parle de son amour pour les plans qui veulent dire quelque chose et qui sont réfléchis : pourquoi en avoir autant abusé ? L’un des plans qui me vient en tête est celui sur le poignet des gens de la société secrète. Ce plan intervient trois fois de suite. C’est cliché au possible et surtout, absolument pas subtil. Est-ce une nouvelle fois, une manière de démontrer la grossièreté de certains retournements de situation dans les comics? Peut-être, mais ici, ça ne fonctionne pas. Même effet lors de la mort de Kevin Crumb : le gros plan sur son visage, la musique et la phrase romantique, tout était d’un cliché absolu et a clairement mis de la distance entre ce qu’il se passait à l’écran et moi. Le combat et l’issue finale du film deviennent ridicules et malgré ce qu’il a voulu questionner, je ne pense pas que c’est l’effet qu’il a souhaité faire transparaître,comme il l’explique dans l’extrait de l’interview qu’il a donné à Télérama pour la sortie du film :


« Je vois Glass comme une fiction qui prend part à un débat plus vaste : comment les superhéros et l’univers des comic books sont-ils devenus si importants dans notre culture ? Pourquoi les gens en parlent-ils autant, qu’est-ce qui les intéresse vraiment dans tout ça et leur donne tant de plaisir ? Que s’est-il passé dans le cinéma depuis que j’ai tourné Incassable ?


A l’époque, le fait que mon film soit lié à l’univers des superhéros n’intéressait personne. Aujourd’hui, on ne parle plus que de cela. Est-ce qu’il s’agit d’un trouble dont tout le monde est atteint ? Est-ce une illusion à laquelle chacun a envie de croire, en se projetant dans la peau d’un superhéros ? J’ai imaginé que cela pouvait littéralement devenir une maladie, qui serait traitée dans un hôpital psychiatrique »


« C’est ce que j’aime le moins dans les films de superhéros, le grand combat final. C’est le moment où je perds les personnages, leur intégrité et le monde autour. Dans Glass, j’ai voulu m’amuser mais j’ai également voulu ancrer l’histoire et les personnages dans la réalité. Tout peut s’expliquer. Mr Glass, le personnage de Samuel L. Jackson, veut que David Dunn, joué par Bruce Willis, affronte Crumb-James McAvoy pour que les gens comprennent que l’univers des comic books est fondé sur la réalité et qu’il a donc lui aussi, Mr Glass, une place dans le monde réel.
Tout a un sens dans le film, les combats aussi. Je joue avec l’idée qu’ils vont s’affronter au sommet d’un gratte-ciel, comme dans les films de superhéros, mais bien sûr, cela ne se passe pas comme ça. Glass est un petit film qui fait semblant d’être un film énorme ! E.T. de Spielberg a eu une grande influence sur moi. L’idée de faire un film très personnel basé sur une idée spectaculaire, j’aime beaucoup cela. Car le cinéma garde une dimension humaine et on a en même temps tout le bénéfice de l’idée énorme, qui agite notre imaginaire. On n’a pas besoin de faire s’écrouler toute une ville pour ressentir quelque chose de gigantesque. »

Entretien de Mr. Night Shyamalan pour Télérama, 2018

Comme le confirment les propos du réalisateur, les idées et les influences sont bien présentes. On comprend mieux certaines choses en lisant les nombreuses interventions du cinéaste. Mais à mon sens, Glass est certes audacieux, mais pas convaincant. Tout a un sens, pour lui peut etre mais, à l’ecran ce n’est pas le ressenti que j’ai eu. Il tente de nous vendre un film d’action excentrique et absurde dans lequel on a du mal à plonger. Entre son caméo totalement improbable en client lambda donnant la réplique à David Dunn et son fils, ses jolis plans travaillés mais sortis de nulle part ou son esthétique tantôt froide tantôt digne d’un Marvel : Shyamalan s’est amusé et son film lui ressemble. C’est du Shyamalan, donc on aime ou on déteste comme à chaque fois. J’ai adoré Signes, Le Village, Incassable, Split ou encore 6e sens. J’ai beaucoup moins apprécié Phénomènes ou The Visit tout en leur trouvant des qualités malgré tout. C’est un grand cinéaste, mais, qui a son propre univers et parfois, il est difficile de se plonger dans ce qu’il propose. Glass est un melting-pot des idées du cinéaste, du questionnement qui l’anime sur le monde des comics et sur l’importance qu’il a pris depuis plusieurs années. Mais à l’écran, cela ne fonctionne malheureusement pas, pour moi en tout cas. Au delà des questionnements sur le cinéma et sur notre monde, au delà du talent du cinéaste c’est le film en lui même qui ne fonctionne pas et que j’ai trouvé raté.

Certains vont adorer GLASS, le trouver ingénieux et terriblement efficace. D’autres, comme moi, comprendront le questionnement derrière sans vraiment voir où il veut en venir et du coup, n’accrocherons pas avec les propositions du réalisateur. Et enfin, je pense qu’une partie du public n’y verra pas un grand intérêt. Et c’est dommage parce que cette saga aurait pu être l’une des plus inventives de ces 20 dernières années. 

GLASS, sorti le 16 janvier.

Articles à lire pour approfondir/comprendre la pensée du réalisateur

BIRD BOX de Susanne Bier

Le nouveau film produit par Netflix et mis en ligne quelques jours avant la fin d’année est le plus gros succès de la plateforme en 2018 et a comptabilisé plus de 45 millions de vues dès la première semaine, mais que vaut-il réellement?

attention, cet article contient des spoilers

BIRD BOX c’est l’histoire de Malorie (Sandra Bullock) qui vit depuis cinq ans dans un monde où d’étranges créatures ont pris le pouvoir et ont décimé une grande partie de la population. Une seule règle : ne pas ouvrir les yeux lorsqu’on se trouve à l’extérieur. Après une énième perte, Malorie et les deux enfants qui sont à ses cotés, vont entreprendre une grande traversée les yeux bandés pour rejoindre le seul endroit qui semble pouvoir les protéger.

Alors de prime abord, l’idée est assez chouette mais elle sent un peu le réchauffé. Les films d’horreurs où l’un des sens est manquant sont nombreux (dernier en date Sans un bruit de John Krasinski sorti la même année ou encore Hush de Mike Flanagan sorti en 2016 et également disponible sur la plateforme) et le genre s’essouffle un peu. Dans le cas de Bird Box je n’arrive pas vraiment à le caser dans la case « horreur » mais plutôt dans le genre apocalyptique ou (à la limite) thriller.

Le film n’est pas mauvais, que l’on s’entende, c’est même un divertissement plutôt réussi mais il est loin d’être révolutionnaire. Le fil narratif est très classique et avec peu d’originalité si ce n’est le concept de base qui est d’avoir les yeux bandés/cachés. On tombe très vite dans un contexte apocalyptique et ce, sans aucunes justifications (on ne sait pas ce que sont ces choses, on ne sait pas d’où elles viennent, ce qu’elles font ni pourquoi elles sont là) : on ne peut que supposer. La situation est acceptée très rapidement par les protagonistes ce qui réduit donc légèrement sa crédibilité et son impact. En quelques minutes le réalisateur nous propulse en dehors du monde, nous explique en quelques mots le mal qui ronge le monde (à savoir une étrange force qui vous pousserait au suicide en vous montrant vos plus grandes peurs si vous la regardez dans les yeux) puis passe directement au chapitre suivant : la survie. Pour ma part, j’aurais eu besoin d’un peu plus de détails et d’explications pour véritablement entrer dans le film, mais soit.

Autre aspect qui m’a profondément dérangée : le personnage de Malorie n’est absolument pas assez travaillé. On ne sait rien d’elle. On la prend au passage, à un instant T de sa vie sans rien savoir de plus. Pourquoi a-t-elle autant de mal à appréhender le rôle de mère pendant (et après) sa grossesse? Pourquoi était-elle si asociale avant les événements? On apprend par ci par là que ses parents n’étaient pas géniaux mais c’est tout. Du coup, l’intérêt pour le personnage met du temps à se manifester. On a l’impression de rencontrer une jeune femme, de la suivre dans cette situation apocalyptique et de la quitter lorsque les choses se sont arrangées. On ne peut s’attacher à un personnage dont on ne sait rien et dont on n’apprend rien. Et c’est dommage parce que du coup, le film reste en suspens. Il est simplement là pour nous dire : « eh, c’est la fin du monde, les gens qu’on vous présente vont tenter de s’en sortir et entre temps il y aura une ou deux scènes un peu fortes. Bonne soirée. »  Et malheureusement ça ne suffit pas pour en faire un film passionnant.

Dernier aspect légèrement décevant : le film ne va pas assez loin. L’idée d’une force ou de créatures qui vous poussent à vous suicider si vous les regardez en face est chouette mais pour que nous soyons réellement effrayés ou angoissés par l’arrivée de ces choses : montrez les nous, faites en quelque chose de réellement angoissant ou bien montrez nous ce qu’elles provoquent. L’une de ces trois choses aurait suffit pour que l’on s’inquiète vraiment, mais là il n’y a rien. On constate simplement les effets suicidaires mais on ne les vit pas vraiment. On voit quelques personnages se suicider, mais pourquoi? Qu’est-ce qu’ils voient? Cela aurait été intéressant de voir les peurs de chacun par exemple. Et je reviens donc à l’aspect le plus problématique du film pour moi : on ne connait pas assez les personnages et du coup, tout reste un peu en surface. Je regrette qu’il n’y ai pas eu une scène où Malorie aurait été confrontée directement à ces « choses » et leur aurait résisté par exemple. Et puis, pourquoi les créatures ne peuvent elles pas entrer dans les maisons? On voit bien quelles peuvent avoir une force considérable, alors pourquoi sont elles coincées à l’extérieur? Encore une chose qu’on ne nous explique pas et qui enlève un peu d’impact à l’aspect terrifiant du film.

Cela dit, il y a quand même plusieurs choses intéressantes dans le film comme le fait que ceux qui se sont échappés de l’institut psychiatrique soient « immunisés » face aux créatures : sont ils insensibles à la peur? Sont-ils trop fous pour y voir quelque chose de terrifiant? Ils parlent tous de la beauté que les créatures représentent et que tout le monde devrait voir. La scène où celui qui est entré dans la maison sort tout ses dessins est intrigante : sont-ils les seuls à pouvoir les regarder? Le fait qu’il y ai plusieurs représentations sur ses dessins montre également la psychologie du personnage et c’est vraiment intéressant. C’est d’ailleurs les seules représentations des créatures que le film nous offrira. Enfin, la seconde scène que j’ai trouvée assez percutante est celle dans le bateau où Malorie expliquent aux enfants que l’un d’eux devra enlever son bandeau pour la guider sur le fleuve. Sa réaction lorsque son fils se propose et son silence lorsque la petite fille le fait à son tour : cette scène est atroce mais nécessaire dans le processus psychologique du personnage. Va-t-elle réellement devoir choisir lequel des deux enfants doit risquer sa vie? Le silence, les regards, la résignation qui se lit sur le visage de la petite fille : tout est terrible. Cette scène est celle qui m’a le plus marquée.

BIRD BOX est un bon divertissement : on va rapidement au but, c’est bien rythmé, les scènes fortes fonctionnent plutôt bien et on ne s’ennuie pas. Mais il ne va pas assez loin, manque de profondeur et d’originalité. On en ressort pas marqué ni terrifié et c’est dommage car l’idée de base aurait pu réellement donner quelque chose de beaucoup plus intense. A voir donc, mais sans en attendre grand chose de plus qu’un bon film apocalyptique.

Dispo sur Netflix.

Retour sur…l’année 2018 !

Pour cette première publication de l’année 2019, j’avais envie de faire un petit retour sur mes visionnages de l’année 2018, et ils sont nombreux ! L’année qui vient de s’achever a été riche en émotions, en création et en cinéma. Entre les grands films attendus de tous, les créations originales de plusieurs plateformes (Netflix, Canal etc), les séries ou encore les spectacles il y eu du neuf et du beau un peu partout. Je n’ai pas pu tout voir et j’ai surement raté des pépites mais peu importe, voici mes 12 coups de cœurs de l’année!

12. Detective Dee : la légende des rois célestes de Tsui Hark

Detective Dee n’est pas une surprise : j’avais adoré les deux premiers et je savais que ce troisième opus serait un régal pour moi. L’univers complétement barré de Tsui Hark est une exception dans mon coeur. Je ne suis généralement pas touchée par les mondes improbables, les couleurs partout, les réalisations qui partent dans tous les sens, etc. Mais Tsui Hark réussit chaque fois à me faire oublier la rationalité et à m’emporter dans un tourbillon d’émotions et de beauté. Dectective Dee : la légende des rois célestes est un condensé de beauté esthétique, de personnages hauts en couleurs, d’intrigues improbables avec un rythme affolant. Il faut absolument abandonner toutes ses croyances et attentes en termes de narration classique lorsqu’on entre dans une salle pour voir ce genre de films. Et lorsque l’on a accepté cet univers alors il nous transporte totalement. C’est beau, riche, coloré, impressionnant, incroyablement réalisé et on en ressort avec de multiples images en tête. Tsui Hark propose un véritable spectacle de plus de deux heures qui nous bouscule de A à Z.

11. En liberté ! de Pierre Salvadori

Ce film, j’ai hésité à le mettre dans le classement car je pense que mon amour pour lui est lié principalement aux conditions dans lesquelles je l’ai vu et à ce qu’il m’a procuré à cet instant. Il faut savoir que j’ai vu ce film à deux, seuls dans la salle à la séance de 22h30 et cela a contribué grandement à son appréciation. La liberté qu’on a eu de réagir en direct sans se censurer en ayant cette immense salle rien que pour nous était jouissif et c’est principalement ce que le film engendre : une envie de jouir de sa liberté même lorsqu’on ne sait pas quoi en faire. En liberté ! est un film qu’on savoure presque honteusement. Le fil narratif n’est pas vraiment original et le rythme un peu décousu. Mais Pio Marmai et Adèle Haenel sont tellement exquis qu’on s’accroche à eux instinctivement. Le film est terriblement drôle mais avec un humour tranchant, totalement insolent et absurde à de nombreux égards. Un délice à savourer à plusieurs !

10. The Haunting of Hill House créee par Mike Flanagan

Passons du coq à l’âne avec cette série d’horreur diffusée sur Netflix en Octobre 2018. Une série en dix épisodes et qui m’a littéralement obsédée. Je ne suis pas très adepte du cinéma d’horreur car j’ai très peu de maitrise face à ça et surtout je suis beaucoup plus perturbée par les horreurs plus psychologiques (Funny Games, Harry un ami qui vous veut du bien etc.). J’avais déjà essayé les séries de ce type comme American Horror Story mais sans jamais réussir à être absorbée, alors quand j’ai commencé cette série j’étais sur mes gardes. Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu (piquez les codes Netflix de votre voisin et foncez dès la fin de cet article!) il s’agit de l’histoire de la famille Crain qui a vécu à Hill House la maison hantée la plus célèbre des Etats Unis. Chaque membre de la famille est toujours hanté par ses traumatismes et plus on avance dans la série plus on se rend compte de la profondeur de ces derniers. Cette série est un chef d’oeuvre du petit écran, elle est terriblement bien réalisée et chaque épisode est un petit bijou d’horreur à lui seul. Petit bémol pour l’épisode de fin qui part un peu dans tous les sens mais c’est un avis personnel. The Haunting of Hill House m’a tenu éveillée longtemps et m’a réconciliée avec le genre horrifique tout comme Hérédité (Ari Aster) que je ne mettrais pas dans ce classement mais qui est également assez incroyable dans le genre !

9. Le Grand Bain de Gilles Lellouche

Un peu (plus) de cinéma français, s’il vous plait ! Le nouveau film de Gilles Lellouche était certainement l’un des films que j’attendais le plus. Il nous avait fait patienter en dévoilant un casting fou et un scénario assez flou. Mais Le Grand Bain est finalement une réussite sur bien des points et fait partie des films de 2018 qui m’ont redonné foi dans le cinéma français. Ce film a été vendu comme une comédie un peu partout et même après sa sortie les critiques en parlait comme la comédie de l’année, sur les affiches promotionnelles les encarts de presses insistaient tous sur le coté « hilarant » ou « comique » du film. Pour ma part, je dirais plutôt qu’un film n’a jamais aussi bien porté le genre de « comédie dramatique ». Parce que oui, le film est drôle mais c’est loin d’être son utilité première. Je crois d’ailleurs avoir souri pour la première fois au bout d’une bonne heure de film. Gilles Lellouche a réussi à dresser un tableau de la dépression qui m’a profondément touché. Almaric, Poelvoorde ou encore Katerine sont exceptionnels dans ces rôles de paumés qui cherchent par tous les moyens un peu de vie et de contact. Et au final l’idée de la natation synchronisée est belle car elle leur permet d’apprendre la légèreté, l’esprit d’équipe, l’envie de réussir des choses etc. Mention spéciale aussi pour Virginie Effira qui est décidément bien douée. Le cinéma français ne m’a jamais paru aussi qualitatif qu’après être sortie de la salle et Le Grand Bain mérite largement le succès qu’il a obtenu.

8. The Guilty de Gustav Moller

Et en Europe il s’est passé quoi? Et bien Gustav Moller, pour son premier long métrage, a réussi le thriller de l’année tout simplement. The Guilty c’est l’adaptation d’un roman (que je n’ai pas lu d’ailleurs) danois qui se passe intégralement au téléphone dans les locaux des services d’urgences de la police. On suit la folle nuit de l’agent Asger Holm qui reçoit un appel d’une femme qui dit avoir été kidnappée. Ce film est un véritable coup de maître, déjà par son originalité mais aussi par sa maîtrise de la tension dramatique. Il nous tient en haleine pendant 1h30 alors que nous ne voyons absolument rien à part un homme au téléphone et le climax de fin est incroyable. C’est une petite pépite qui méritait un succès bien plus grand.

7. Bohemian Rhapsody de Bryan Singer

Parce qu’il fallait bien que je le place quelque part : voici mon coup de cœur absolument pas objectif de l’année ! Bohemian Rhapsody est LE film que j’attendais pour 2018. Amoureuse inconditionnelle du groupe QUEEN j’étais folle d’impatience et j’avais déjà vu le teaser des dizaines de fois avant d’aller le voir en salle. Et que dire? Rami Malek est incroyable et m’a donné envie de me replonger dans la série Mr Robot dans lequel il a le premier rôle et que j’avais rapidement abandonné. Cet acteur va faire de grandes choses c’est indéniable ! Les scènes de création des plus grands morceaux du groupe sont délicieuses et Bryan Singer signe des plans absolument sublimes. Alors oui, tout n’est pas totalement vrai et on ne peut peut-être pas appelé ce film un biopic tant certaines choses ont été lissées mais on ne m’enlèvera pas que Bohemian Rhapsody est un show immense qui m’a fait vivre de grandes émotions. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai chanté, j’ai eu les yeux écarquillés et mon amour pour le groupe n’était que plus grand en sortant de la salle. Alors au diable l’objectivité et l’analyse purement cinématographique : j’ai adoré et je me devais de le mettre dans mes favoris de l’année.

6. Spider-man : new generation de Bob Persichetti et Peter Ramsey

Spider-Man into the spider-verse (vo) est un réel chef d’oeuvre d’animation. Il aurait pu se trouver dans le top 3 de ce classement mais je n’ai pas pu me résigner à le modifier. Le film est vraiment excellent. J’ai fait une petite après-séance en rentrant du cinéma que j’ai laissé en ligne vous pouvez la retrouver sur le blog, je ne vais donc pas me paraphraser. Mais c’est drôle, intelligent, terriblement bien foutu et divertissant au possible. Un réel coup de cœur pour ce film d’animation autant fait pour les adultes que pour les plus petits et qui fout une claque bien mérité à tous les autres films de supers-héros de l’année. Chapeau bas !

5. Au poste ! de Quentin Dupieux

Les amoureux de l’absurde et de son maître Quentin Dupieux comprendront certainement mon amour pour ce troisième (et dernier) film français du classement. Le nouveau film du très grand Mr Oizo a été une petite claque pour moi. Un délice d’humour, de cinéphilie, de talent (Poelvoorde et Ludig sont clairement le meilleur duo de l’année), d’absurdité et d’ingéniosité. Je ne saurais même pas comment expliquer, critiquer ou analyser ce film et d’autres ont du le faire bien mieux que moi. Mais la simple lecture de ces trois noms devrait vous donner envie de découvrir cette petite merveille qui, encore une fois, m’a donné envie de croire que le cinéma français avait encore de belles années devant lui en permettant à ce genre de choses de se réaliser. Et ils sont nombreux à m’avoir donné raison cette année : Le monde est à toi de Romain Gavras ou encore Mauvaises Herbes de Kheiron sont aussi des films qui m’ont interpellée et qui auraient mérité une place ici. Le cinéma qui se joue des codes et qui montre aussi de plus en plus son talent pour les dialogues fous. 2018 est un bon cru, ça c’est certain !

4. Nanette par Hannah Gadsby

Au pied du podium, et croyez moi j’ai hésité à la mettre directement en première position, on retrouve Hannah Gadsby et son spectacle Nanette diffusé sur Netflix qui m’a littéralement terrassée. Pour ceux qui ne l’ont pas vu : voyez-le et montrez le autour de vous au maximum. Ce spectacle n’est pas vraiment un one woman show comme on peut s’y attendre. C’est un plaidoyer, une ôde à la vie et au droit d’être, une colère qui gronde contre le statut de femme et ses conséquences : c’est magnifiquement douloureux. En tant que femme ou en tant qu’être humain tout simplement, vous ne pouvez pas sortir indemne de ce visionnage. Et honnêtement, c’est tout ce que je vous souhaite.

3. Wildlifeune saison ardente de Paul Dano

On arrive enfin sur le podium et sur mes trois oeuvres coups de coeur de l’année 2018. Et en troisième position : Wildlife, le premier film de Paul Dano avec Carey Mulligan et Jack Gyllenhaal. Ce film est un petit bijou. Paul Dano réussit a faire vivre à l’écran l’une des choses les plus difficiles à expliquer ou à exprimer : la destruction d’une famille. Au milieu du Montana des années 60, Joe un adolescent assiste impuissant au carnage que provoque une séparation et à son monde qui s’écroule. Le parallèle avec le feu est d’une pertinence folle et l’élégance des plans de Paul Dano est magique. C’est beau, puissant, d’une rare pudeur et d’une justesse incroyable. Carey Mulligan crève l’écran dans le rôle d’une femme qui tente de se révéler, se réveiller, s’émanciper sans vraiment y parvenir et Jack Gyllenhaal prouve une nouvelle fois la justesse de son talent. Mention spéciale pour le jeune Ed Oxenbould qui parvient à se faire une place au milieu de ces deux grands acteurs et qui réussit à exprimer les plus sombres émotions et l’éclatant espoir d’un adolescent face à sa famille qui prend feu. Wildlife est pour moi l’un des plus beaux films que j’ai pu voir ces dernières années.

2. Three Billboards : les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh

En deuxième position, l’un des plus grands films de l’année : Three Billboards. Ce film, on en a tous entendu parler et pour une fois, c’est amplement mérité. Je suis souvent déçue par les films qui font le plus de bruit mais alors là…quelle claque ! Il a été l’un des premiers films que j’ai vu, début 2018 il me semble, et je n’arrive toujours pas à l’oublier sachant que je ne l’ai vu qu’une seule fois pour le moment. C’est simple : ce film est brillant. Il a réussit là où beaucoup se sont égarés : la justesse et le rythme. Il est parfaitement calibré, alternant l’humour, le dramatique et l’émotion. La photographie est grandiose et le montage particulièrement réussi. Mais on ne peut pas parler de ce film sans mettre en avant celle qui le porte avec un panache absolument incroyable : Frances McDormand est une montagne de talent. Elle parvient à vous faire peur, vous dégoûter, vous faire pleurer, vous faire mourir de rire et vous donner envie de la gifler tout ça en l’espace de quelques minutes. Elle signe un rôle ambiguë, fort, humain, réaliste et terriblement touchant. Parfois même sans prononcer un seul mot, rien que par son attitude elle réussi a transmettre une violence dans ses émotions qui vous traverse totalement. Ce film fait partie du grand cinéma comme on aime le vivre.

  1. Burning de Lee Chang-Dong

Et sur la première marche du podium, le majestueux BURNING de LEE Chang-Dong. Ce film mérite amplement sa tête du classement, malgré toutes les tentations qu’il y a eu de le détrôner il est resté en place car je pense pouvoir dire aujourd’hui qu’aucun autre film ou série ne m’a procuré autant d’émotions et de fascination que lui. Le cinéma coréen est particulier et ne m’a pas souvent fasciné à ce point mais je lui ai toujours reconnu des qualités telles que sa photographie, son amour pour les plans longs et forts ou encore ses scénarios souvent très élevés. Burning est un condensé de tout ce que le cinéma coréen sait faire de merveilleux, avec un rythme quasi parfait en prime. Le scénario est incroyable et est impossible à vous résumer mais il vous surprend de plus en plus au fur et à mesure que le film avance. L’acteur principal a un talent fou et parvient à nous accrocher dès le départ avant de nous offrir une séquence finale qui vous scotche au siège. Ce film est magnifique en tout point de vue. Il est long certes, mais tout est nécessaire, haletant, beau et rythmé. Burning est clairement le film que j’ai préféré cette année et il aura du mal à se faire détrôner l’année prochaine tant sa qualité est indéniable.

L’année 2018 a donc été une année très riche en cinéma et en émotions. De nombreux films ont retenus mon attention et méritent également d’être cités comme Blackkklansman de Spike Lee, The Shape of Water de Guillermo Del Toro, Everybody Knows de Afsgar Farhadi ou encore Asterix et le secret de la potion magique de notre très cher Alexandre Astier pour finir sur une touche française.

Et vous, quels films/séries vous ont fait frémir en 2018? Faites moi découvrir tout ça!