Festival de Cannes : que nous promet la 72e édition?

Le Festival de Cannes et sa célèbre palme d’or, représentent une entité dans le monde du cinéma. Un festival haut en couleurs, devenu l’un des plus convoités dans le milieu. Chaque année, depuis 1947, la croisette à Cannes est transformée en décor parfait pour accueillir projections, photocall, stars, tapis rouge, marché du film, cinephiles et journalistes. Pendant une dizaine de jours, de nombreux évènements sont organisés et tous les yeux sont rivés vers ce petit coin de notre grand pays. Je serais sur la croisette du 18 au 25 mai inclus, pour vivre ce festival iconique de l’intérieur (pour la première fois) et vous partagez tout ça ! J’aurais une accréditation (pour le palais,etc) pendant trois jours seulement (du 23 au 25) mais je compte bien accéder a de nombreuses choses pendant les 5 jours précédents. Mais alors, la 72e édition du Festival de Cannes, qui s’ouvre ce soir, ça annonce quoi ? Petit récapitulatif rapide de la programmation.

COMPÉTITION OFFICIELLE (palme d’or)

The Dead Don’t Die (Jim Jarmusch) – FILM D’OUVERTURE

Douleur et Gloire (Pedro Almodovar)

Le Traître (Marco Bellocchio)

Le Lac aux oies sauvages (Diao Yinan)

Parasite (Bong Joon-ho)

Le Jeune Ahmed (Jean-Pierre & Luc Dardenne)

Roubaix, une lumière (Arnaud Desplechin)

Atlantique (Mati Diop)

Matthias et Maxime (Xavier Dolan)

Little Joe (Jessica Hausner)

Pardon, tu nous as manqués (Ken Loach)

Les Misérables (Ladj Ly)

Une Vie Cachée (Terrence Malick)

Bacurau (Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles)

La Gomera / The Whistlers (Corneliu Porumboiu)

Frankie (Ira Sachs)

Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma)

It must be heaven (Elia Suleiman)

Sibyl (Justine Triet)

Mektoub, My Love : Intermezzo (Abdellatif Kechiche)

Once Upon A Time In Hollywood (Quentin Tarantino)

Hors-Normes (Nakache et Toledano) – FILM DE CLÔTURE

COURTS MÉTRAGES en compétition

The Van (Erenik Beqiri)

Anna (Dekel Berenson)

Le Grand Saut (Vanessa Dumont, Nicolas Davenel)

La distance entre nous et le ciel (Vasilis Kekatos)

All Inclusive (Teemu Nikki)

Ingen Lyssnar (Elin Övergaard)

L’Heure de l’Ours (Agnès Patron)

Parparim (Yona Rozenkier)

Monstruo Dios (Agustina San Martin)

White Echo (Chloë Sevigny)

La Siesta (Federico Luis Tachella)

UN CERTAIN REGARD

Vida Invisivel (Karim Aïnouz)

Dylda (Kantemir Balagov)

Les Hirondelles de Kaboul (Zabou Breitman & Eléa Gobé Mévellec)

La Femme de mon Frère (Monia Chokri)

The Climb (Michael Covino)

Jeanne (Bruno Dumont)

Viendra le Feu (Olivier Laxe)

Chambre 212 (Christophe Honoré)

Port Authority (Danielle Lessovitz)

Papicha (Mounia Meddour)

Adam (Maryam Touzani)

Zhuo Ren Mi Mi (Midi Z)

Liberté (Albert Serra)

Bull (Annie Silverstein)

Summer of Changsha (Zu Feng)

Evge (Nariman Aliev)

La fameuse invasion des Ours en Sicile (Lorenzo Mattotti)

Odnazhdy y Trubchevske (Larissa Sadilova)

HORS COMPÉTITION

Les plus belles années d’une vie (Claude Lelouch)

Rocketman (Dexter Fletcher)

Too Old To Die Young (Nicolas Winding Refn) – Episodes 4 et 5

Diego Maradona (Asif Kapadia)

La Belle Epoque (Nicolas Bedos)

SÉANCES DE MINUIT

The Gangster, The Cop and The Devil (Lee Won-tae)

Lux Aeterna (Gaspar Noé)

SÉANCES SPÉCIALES

Share (Pippa Bianco)

Pour Sama (Waad Al Kateab & Edward Watts)

Family Romance (Werner Herzog)

Tommaso (Abel Ferrara)

Être vivant et le savoir (Alain Cavalier)

Chicuarotes (Gael Garcia Bernal)

La Cordillère des songes (Patricio Guzman)

La Glace en feu (Leila Conners)

Ward 5B (Dan Krauss)

FILM DE CLÔTURE

Hors-Normes (Olivier Nakache et Eric Toledano)

…Et pleins d’autres surprises et évènements ! Notamment La Quinzaine des Réalisateurs qui a une programmation assez intéressante.

Je ne pourrais malheureusement pas tout voir mais j’essaierais de voir le maximum de choses et de vous partager tout ça dès que possible ! N’hésitez pas à me suivre également sur Instagram et Facebook où je serais également très active.

Festival de Cannes, 72e édition : c’est parti !

CANNES 2019 – THE DEAD DON’T DIE : Jim Jarmush et son casting mortel en ouverture du Festival de Cannes

Ça y est, la 72e édition du Fesival de Cannes a commencé hier soir ! Une cérémonie d’ouverture orchestrée par notre cher Edouard Baer, qui a eu du mal a trouver ses mots, mais qui a tout de même réussi à nous faire rire doucement mais surement. Après un léger hommage à Agnès Varda, il a rappellé l’importance du cinéma et principalement de ses salles. Le fait de se déplacer, d’être ensemble, de vivre les émotions dans une salle prévue pour ça et entouré de proches ou d’inconnus : c’est ça qui fait la magie du cinéma. Malgré un tacle volontaire à la plateforme Netflix (une nouvelle fois boycottée par le festival malgré les compromis faits depuis l’année dernière) qui n’était pas franchement nécessaire et un peu hypocrite (le festival étant en partenariat avec l’une des plus grosses chaines privée françaises avec un abonnement mensuel et un catalogue de VOD incroyable : canal +), il a remercié le public de se déplacer toujours autant dans les salles et de faire vivre le cinéma. La présentation du Jury a suivie et le discours du président, Alejandro Gonzales Inarritu était du même acabit : la mixité, la différence au sein des œuvres, l’émotion et les coups de cœurs que procurent le cinéma. Après le lancement officiel de la compétition, prononcé par Charlotte Gainsbourg et Javier Bardem (très en forme sur cette première soirée d’ailleurs, fidèle à lui même), le film d’ouverture du festival et de la compétition officielle a été projeté sur la croisette et dans plus de 600 salles françaises.

Le casting de The Dead Don’t Die de Jim Jarmush, film d’ouverture du 72e festival de Cannes

Cette année c’est le grand Jim JARMUSH qui avait l’honneur d’ouvrir le festival avec The Dead Don’t Die et son casting phénoménal. En effet, on retrouve l’irremplaçable Bill Murray et le désormais très connu Adam Driver mais aussi l’énigmatique Tilda Swinton. Trois monstres du cinéma entourés de nombreux noms comme Chloé Sevigny, Selena Gomez, Iggy Pop, Danny Glover etc… Jim Jarmush a donc parié sur un casting à la Wes Anderson, aussi impressionnant qu’étrange, pour ce dernier film vendu comme un film de zombie par la presse. Mais croyez moi, ce film est bien plus qu’une simple comédie apocalyptique.

Jarmush est un cinéaste extrêmement déroutant. Il alterne entre chef d’œuvre de l’ennui (Stranger than Paradise, 1985), voyage initiatique en noir et blanc (Dead Man, 1996), films à sketch sur le monde (Coffee and Cigarettes, 2004), comédie trash (Only Lovers Left Alive, 2013) ou encore poésie de la vie quotidienne (Paterson, 2016) et tant d’autres. Une filmographie passionnante avec un style toujours très pointu qui oscille constamment entre les dialogues parfois absurdes mais superbement écrits et les séquences de latence, d’ennui et de non-action merveilleusement mises en scènes. Le cinéaste adore se réapproprier les genres : western, film de vampires, road-movie, gangsters. Avec ce bagage, il était évident que The Dead Don’t Die attirerait mon attention. Le film raconte l’histoire d’une petite ville des Etats-Unis, Centerville, où tout va changer à cause du dérèglement de l’axe de la planète. Les policiers Cliff Robertson (Bill Murray) et Ronald Peterson (Adam Driver), ainsi que tous les étranges habitants, vont devoir gérer le réveil des morts et leur attaque.

Cette comédie horrifique signe le plus politique des films de Jim Jarmush. Pastiche alarmante de l’Amérique de Donald Trump : climatoseptique, raciste, matérialiste et égocentrique. The Dead Don’t Die est une satire passionnante de ce monde qui s’abime et que nous regardons mourir à travers nos écrans. Crise écologique que les autorités tentent de cacher, racisme latent de plus en plus présent, marginalisation des minorités : tout est dépeint avec la plus grande résignation, et c’est surement ça le plus horrifique dans l’histoire. Jarmush se réapproprie le film de zombie, avec une très claire reprise du film source La nuit des morts-vivants de Georges Romero (1968) qui, à l’époque, dénonçait la guerre du Vietnam et la société américaine qui reculait devant les droits civiques. 50 ans après, The Dead Don’t Die reprends le flambeau et remet au gout du jour le pouvoir politique du zombie.

Le film compile tout ce dans quoi Jarmush excelle : les longues séquences presque ennuyeuses ou rien ne se passe, les dialogues totalement absurdes entre les personnages, les clins d’œils cinéphiles à n’en plus finir, la mise en abime et la multitude de détails dans chaque plan. The Dead Don’t Die est une satire rafraichissante qui modernise le film de zombie tout en revenant au point de départ. Malgré quelques longueurs, c’est une comédie politique passionnante dans laquelle Adam Driver tire son épingle du lot avec un jeu absolument parfait et une auto-dérision très satisfaisante. Petit coup de cœur également pour Tom Waits, toujours aussi juste dans ce type de personnage marginal, agressif mais touchant.

Bill Murray, Chloé Sevigny et Adam Driver

Il ne faut pas s’attendre à avoir peur ou a s’amuser de bout en bout. Il faut aller voir ce film avec l’envie de recevoir tout ce qu’il souhaite vous donner, de découvrir chaque détails et d’être alerte a chaque instant. The Dead Don’t Die ne sera pas le film de l’année, et il a très peu de chance de remporter la palme cette année mais c’est un bon film d’ouverture. Il ouvre un Festival où l’on attend parfois un peu plus d’engagement, de satire, d’auto-dérision et d’amour du cinéma que du divertissement pur.

Le film sort aujourd’hui partout en France et je vous conseille donc fortement d’aller le voir. On se retrouve très vite pour la suite des festivités !