Alita : Battle Angel réalisé par Robert Rodriguez

Produit et écrit par James Cameron, l’adaptation du manga Gunnm
de Yukito Kishiro sorti dans les 90s, est un blockbuster futuriste au budget impressionnant (plus de 200 millions de dollars). Dans la tête du réalisateur d’Avatar depuis 2003, il a finalement laissé la réalisation à Robert Rodriguez (Sin City ou Spy Kids). Le retour des fans et lecteurs du manga d’origine indique que l’adaptation est extrêmement bien réussie. Mais dans le regard d’une personne qui n’a pas lu les mangas et ne connait pas l’univers, que vaut Alita : Battle Angel?

Iron City est une ville futuriste qui a connu l’apocalypse 300 ans plus tôt et où les habitants sont quasiment tous affublés de pièces cybernétiques. Zalem, la cité flottante ayant survécu à l’Effondrement, déverse chaque jour des déchets (métal, pièces détachées etc). Lors de sa recherche quotidienne de matériel, le chirurgien Dr. Ido (joué par Christoph Waltz) découvre les restes d’une cyborg et s’attelle à la réparer. A son réveil, cette dernière n’a aucuns souvenirs de sa vie passée et va découvrir au fil du temps sa véritable identité. L’innocence qui se dégage de ses grands yeux va vite être éliminée par son véritable caractère et elle devra combattre de nombreux ennemis pour sauver ce qu’elle aime et embrasser son destin.

Le scénario, en tant que tel, est loin d’être original. En 2019, les histoires comme celle ci on en a vu des dizaines. Une jeune femme (ou un jeune homme) qui se découvre un destin incroyable, des capacités hors normes et des ennemis à la pelle : classique, efficace, mais quelque peu ennuyant. Là où le film rafle toute mon attention et mon admiration, c’est sur sa capacité à rendre cette histoire banale absolument passionnante. L’univers issu du manga est réellement génial. On entre dans le monde qui nous est proposé avec une grande facilité. Les cyborg, robots, androïdes qui peuplent les rues nous sont familiers tout à coup. Le sport national « Motorball » est un mix entre le hockey et le basket ball dans lequel on plonge avec plaisir. Tout est fait pour rendre cet univers accessible même à ceux qui n’ont pas lu les mangas et ça c’est une des grandes forces du film.

La deuxième chose qui m’a littéralement scotchée, c’est la qualité du film. Les robots, le monde, les effets spéciaux, les scènes de Motorball ou de combat : tout est absolument sublime. La maîtrise des technologies et de l’animation est divine. La synthèse entre monde réel et animation montre l’avancement du cinéma dans ce type de technologie. De nombreux choix esthétiques et d’animation auraient pu faire tomber le film dans une chose informe et peu crédible. Il n’en est rien. Les grands yeux d’Alita qui rappelle les mangas sont le cœur de son humanité. Le lien entre son corps robotisé et ses yeux immenses est un choix qui s’avère extrêmement réaliste et prenant. Son amnésie fait d’elle une adolescente qui découvre un nouveau monde. Ses grands yeux permettent une palette d’émotions infinis. De plus, c’est ce qui permet au réalisateur de faire vivre Iron City aux yeux du spectateur. Les détails sont impressionnants. On découvre les alentours, les shop, les cyborg, les chasseurs guerriers et le nombre de détails fabuleux dont ils sont affublés. Egalement, les ralentis pendant les combats, les couleurs, la rapidité d’exécution de certains mouvements : l’essence du manga est présente tout le long du film sans être caricaturale et c’est un délice.

Autre point à soulever : la violence du film. Bien qu’elle soit atténuée par le coté robotique des personnages (voir des bouts de métal voler ou se faire arracher est clairement moins traumatisant que si ça avait été des bouts de chair humaine, évidemment) elle est extrêmement présente. Il semblerait que la noirceur et les combats soient au cœur du manga d’origine, mais sur grand écran cela donne un tout autre regard sur l’histoire. La violence est au centre de la cité : le Motorball est un sport qui fait passer le hockey sur glace et le rugby pour des sports enfantins. Les participants ne se font aucun cadeaux. Il est de mise d’écraser ses adversaires, de les mettre en pièces (littéralement) et de les déchiqueter. Les concurrents se font alors réparer plus tard, rajoutent des options ou des pièces plus résistantes. Si l’aspect robotique n’était pas présent, ces scènes seraient relativement difficile à regarder. Au delà de ça, les combats dans les ruelles ou sur les toits sont tout aussi violents. La réalisation incroyable permet des chorégraphies vraiment passionnantes et les scènes en deviennent iconiques. Cependant, la violence accrue est une des pièces maîtresses du film (et du manga apparemment) mais qui peut étonner certains spectateurs.

Rosa Salazar dans le rôle de Alita, en performance capture

Incarnée en performance capture par Rosa Salazar, Alita est l’une des créations cinématographiques les plus réussies : vivante, fonctionnelle, pertinente et incroyablement interprétée. Les scènes de Motorball ont une intensité et une qualité technique qu’on n’avait pas vue sur grand écran depuis bien longtemps. Au delà de son schéma narratif un peu classique et des facilités scénaristiques (l’axe romantique bien hollywoodien avec Hugo, est légèrement agaçant par exemple) le film est époustouflant par sa maîtrise des techniques d’animation, de performance capture, du jeu des acteurs, de la réalisation et j’en passe. Mention spéciale à Mahershala Ali que je retrouve une nouvelle fois avec plaisir.

Alita : Battle Angel a déjà exploser au box office international et on comprend pourquoi. Novices ou avertis, foncez voir ce blockbuster pas comme les autres.

En salles depuis le 13 février 2019 en France.

ARTIC, la synestésie par Joe Penna

Présenté en séance de minuit à Cannes, ARTIC c’est le premier film de Joe Penna, un youtubeur notamment connu pour sa chaîne de musique (MysteryGuitarMan) mais qui a également fait/produit de nombreux courts-métrages. Son premier long métrage raconte la survie d’un homme en arctique après le crash de son avion. Et qui, à part Mads Mikkelsen, pouvait accepter un rôle aussi difficile ? Le comédien connu pour jouer, souvent, le rôle d’un solitaire en marge du monde (La chasse, Polar, Michael Kohlhaas etc) était le choix parfait pour ARTIC.

Ce film, est l’un des survivals les plus convaincant que j’ai pu voir. Dénué de dialogues,(Mads doit prononcer deux phrases entières sur les 1h40 de film), tout repose sur les images et surtout sur la prestation de l’acteur. Joe Penna tourne le dos à toutes les attentes hollywoodiennes que nous pouvons avoir face à ce type de film. Et ça marche ! Chaque plan est fait pour que nous nous retrouvions dans la même situation que le personnage. On a froid, on a peur, on a mal : la synesthésie fonctionne à merveille et c’est presque effrayant tant on se sent embarquer dans cette solitude glacée en même temps que le personnage. Loin de The Revenant, où Léonardo Di Caprio avait une multitude d’interactions diverses pour jouer, ARTIC laisse Mads Mikkelsen seul avec l’environnement. Il ne se passe rien, et c’est là toute la beauté du film. Si vous deviez être un rescapé d’un crash d’avion en plein désert de glace, que se passerait il? Rien, et c’est bien ça le plus dramatique. La solitude, le désespoir, l’instinct de survie, le froid : Mads Mikkelsen livre une prestation absolument incroyable. Tourné en conditions réelles, le film donne le champ libre au talent de l’acteur et il le dévoile petit à petit avec une justesse magique. Le minimalisme du film est le défaut que beaucoup lui ont donné, pour ma part, j’ai trouvé ça ambitieux et réussi !

L’arrivée d’une deuxième rescapée pourrait être vu comme une facilité scénaristique mais elle est nécessaire et vraiment bien pensée. La jeune femme qui s’écrase en voulant porter secours à Mads sera dans un état de léthargie totale après son accident et ce, durant tout le film. Il n’y a donc pas vraiment d’interaction avec Mads et encore moins une romance forcée comme on pourrait s’y attendre. Cependant, ce personnage est essentiel car il permet au réalisateur de montrer autre chose : l’humanité sans limite dont fait preuve son personnage. Mais au delà de ça, c’est une nouvelle fois, l’occasion pour Mads Mikkelsen de prouver son talent. En quelques plans, il témoigne de son humanité et de son envie de la sauver mais aussi de son instinct de survie qu’il doit refréner. En un regard, on perçoit pendant une seconde la pensée qui le traverse : et si il mangeais cette femme? Elle représenterait des semaines de nourriture. Mais cet éclat dans son regard disparaît vite et il se remet à la soigner.

La deuxième chose intéressante est la confrontation avec l’ours polaire. Elle est brève et loin du spectaculaire qu’on pourrait attendre dans ce type de film. Mais, elle est également nécessaire pour mieux comprendre le personnage et pour faire éclater le talent de l’acteur. Ces quelques minutes où l’ours tente de détruire la caverne dans laquelle sont cachés les deux survivants, sont rapides et intenses. Overgard (M.Mikkelsen), alerte, réagit très vite et s’empare de sa fusée de survie pour faire fuir l’animal. A peine ce dernier parti, l’homme se recroqueville la tête entre les jambes et tremble de tout son corps. Cette scène est forte et montre la dualité qui anime chaque être humain dans ce genre de situations incontrolables : l’instinct de survie et la peur. Overgard parait être maître de sa situation depuis le début. On ne sait pas depuis quand il est là mais il a des habitudes, des mécanismes de défenses et de sécurité. Cependant, pour nous faire oublier ça et nous ramener à la réalité, cette scène est extrêmement bien faite. Elle montre Overgard dans une situation où la peur le terrasse mais où son instinct lui dicte de se défendre. Après la confrontation, il retrouve sa condition d’homme solitaire et laisse éclater sa fatigue et sa terreur.

Enfin, si le film fonctionne aussi bien c’est aussi pour sa réalisation. Les images sont fabuleuses et surtout, Joe Penna assume son parti pris de faire de son film, presque, un documentaire sur la survie en milieu hostile. Un peu comme un guide de survie réaliste. On voit Overgard se nourrir grâce à un mécanisme de pêche particulier, la congélation de ses poissons, comment il se repère dans le temps avec sa montre et son alarme, comment il boit etc. On vit avec lui et cet aspect du film est terriblement réussi.

La dualité constante du personnage d’Overgard, les choix scénaristiques intelligents (on ne tombe pas dans la facilité avec des flash backs et de la musique larmoyante), la photographie et au delà de tout la prestation de Mads Mikkelsen : ARTIC est un film à part, qui me permet de faire éclater une nouvelle fois mon amour pour cet acteur, et que je conseille sans hésiter.

En salles depuis le 6 février, en France.

VICE, le coup de maître signé Adam McKay

VICE raconte comment Dick Cheney, un looser alcoolique a fini par être le vice-président de Georges W. Bush en ayant un pouvoir incroyable alors que le poste de vice-president ne le permettait pas. Sa position et le pouvoir qu’il s’est attribué dans l’ombre a contribué à changer l’Histoire et notre monde. Adam McKay s’attaque donc là à un pan de l’histoire politique des Etats-Unis mais aussi du monde entier.

Je ne vais pas passer par quatre chemins : ce film c’est du pur génie. Si vous ne deviez voir qu’un seul film ce mois ci, c’est celui là. Pourquoi? Dans un premier temps parce que c’est un film qui fait réfléchir et qui vous retourne un peu l’estomac. Ensuite car l’audace du réalisateur et de toute l’équipe du film est à noter (Dick Cheney étant encore vivant, etc) et qu’un film aussi sincère fait du bien. Et enfin, car Adam McKay signe ici un film qui, non seulement met en lumière une partie de l’Histoire que nous sommes nombreux à ne pas connaitre et qui va, je vous l’assure, vous rendre mal à l’aise de nombreuses fois mais, en plus il le fait avec un style unique et parfaitement calibré. VICE c’est un biopic, un film historique et une parodie à la fois. Une parodie de la vie politique, des hommes de pouvoir mais aussi des médias et du cinéma. McKay parvient à rythmer son film quasiment à la perfection entre ces différents styles et bouleverse tous les codes que nous connaissons en tant que spectateur. Je ne vais pas m’attarder sur les aspects politiques dénoncés précisément dans le film car c’est assez compliqué à analyser et je ne souhaite pas m’y risquer. Les critiques américaines ont descendu le film sur ses inexactitudes historiques, je ne suis pas en mesure de les contredire ou de défendre McKay. Cependant, le film en tant que tel mérite qu’on s’y attarde tant il fonctionne à merveille, et ce, grâce à quelques points précis.

Le montage, chef d’orchestre du film

Si le film est aussi efficace et que les différents styles pratiqués par son réalisateur fonctionnent aussi bien c’est principalement du au montage. Le rythme précis et le style totalement unique qui se dégage de VICE est réussi grâce à un montage que j’ai rarement vu aussi brut, juste, calibré et efficace. Adam McKay joue avec ses images et leur fait dire ce qu’il veut. Il abuse des métaphores et ça marche ! Le montage est l’allié du spectateur et raconte l’histoire à lui seul. Parfois sans paroles, les images parlent d’elles même. Les métaphores entre la pêche et la politique, le passage du rire au drame ou des actes aux conséquences mais aussi les métaphores psychologiques pour appuyer le ressenti des personnages : McKay va au bout de ses idées et produit un travail incroyable à ce niveau là. L’humour qui en découle est grinçant et le drame nous prend à la gorge. Il passe d’un générique de fin en plein milieu du film à des images d’archives appuyant son propos en passant par des plans de l’eau calme qui clapote illustrant le calme de Cheney avant qu’il ne dévoile une nouvelle action. Je n’ai jamais autant ressenti l’importance du montage que devant VICE. Un talent reconnu chez le réalisateur qui en abusait également dans The Big Short mais qui, à mon sens, ne fonctionnait pas aussi bien voire écrasait peu à peu le propos et le film. Là, c’est impérieux et réussi.


« En politique, comme dans le film, l’amusement vient de la sidération, précise Adam McKay. Voir comme ces gens jouent avec les vies humaines de façon totalement décomplexée fait rire, parce que cela semble impossible. »

interview pour 20 minutes

Un casting magistral au service d’une grande inventivité

La deuxième qualité incroyable du film c’est son casting. Amy Adams, Sam Rockwell, Steve Carell et bien sur Christian Bale : ils sont tous méconnaissables mais surtout impressionnants. Christan Bale est tout simplement magique. Le ton de sa voix, sa gestuelle, son regard : tout est juste et prenant. Quelques vidéos du vrai Dick Cheney circulent, et vous pourrez apprécier la ressemblance frappante entre les deux. Christian Bale montre une nouvelle fois son talent sans limites dans la métamorphose et l’appropriation de ses personnages. Il est glaçant de bout en bout et réussit à porter sur ses épaules ce rôle si loin de ce qu’il est. Adam McKay a de nombreuses fois confié avoir écrit son film en pensant à Bale et n’aurait soit disant pas fait le film si l’acteur avait refusé le rôle. Et on le comprends, qui d’autre que le monstre des métamorphoses et des grands rôles aurait pu endosser ce costume d’homme politique aussi sombre que passionnant? Pour le reste, ils sont tous à la hauteur. Amy Adams est phénoménale dans ce rôle de femme de l’ombre ambitieuse et impitoyable. Steve Carrell atteint peut être un peu trop la caricature mais cela lui sied à merveille. Quant à Sam Rockwell il est délicieux en George W. Bush totalement à l’ouest.

Une belle brochette d’acteurs qui porte le film avec force et donne du corps aux idées du réalisateur. Séquences iconiques, parodiques et incroyablement ingénieuses (pions dans la maison de poupées, scène du restaurant, séquence de l’accord entre Cheney et Bush, métaphore de la pile de tasse et de coupelles, fausse fin, séquence post générique etc) : Adam McKay nous offre son génie sur un plateau. Les influences sont également bien présentes (de House of Card à Shakespeare) et achèvent de nous embarquer dans une tragédie comique. Son humour est noir et effrayant. On rit souvent mais pas de bon cœur. C’est un rire jaune, ahuri et qui nous prouve, de manière plus efficace qu’un documentaire sur les arnaques politiques ou les travers des hommes de pouvoir, à quel point on se fait manipuler. La mise en scène, le style et le parti pris (assumé) du réalisateur sont un coup de poing dans la fourmilière. Car oui, il y a un parti pris clair dans VICE. On ne montre que les républicains. Il n’y a pas de contrebalance avec un coté démocrate ou tout autre opposition. Un parti pris assumé par le réalisateur qui anticipe les critiques et y répond dans une scène post-générique absolument absurde et délicieuse.

Christian Bale et Amy Adams

L’aspect historique et le propos politique appuyés par des archives

L’une des forces du film est l’utilisation d’images d’archives par le réalisateur. Elles appuient ses propos et donnent du poids aux événements. On retrouve alors des images de discours de Hillary Clinton, des images de l’Irak, l’investiture de Barak Obama etc. VICE s’inscrit dans un contexte politique mondial fragile. Le gouvernement Trump, Bolsonaro au Brésil mais aussi le soulèvement des Gilets Jaunes en France, sans compter les nombreux conflits encore en cours sur le globe : les actes de Dick Cheney ne sont pas responsables de ce qui se passe actuellement, cependant, ils ont grandement contribué au glissement des choses. L’axe sur le terrorisme et sur les attentats du 11 septembre est risqué pour Adam McKay mais je l’ai trouvé très intéressant et surtout, effrayant. Le réalisateur assume son parti pris et il souhaite également ouvrir les yeux à la jeunesse qui boude les urnes depuis plusieurs années. VICE est un biopic, une comédie mais aussi un film politique engagé.


 « La défiance de la jeunesse pour la politique m’inquiète en tant que citoyen, avoue-t-il. Si Vice fait rire, je pense que cela peut être un pas vers une réflexion plus profonde. » 

Adam McKay dans un entretien pour 20 minutes
Christian Bale as Dick Cheney in Adam McKay’s VICE, an Annapurna Pictures release. Credit : Annapurna Pictures 2018 © Annapurna Pictures, LLC. All Rights Reserved.

VICE, déjà par son titre, parle à tous. En anglais comme en français, le titre du film fait référence autant au vice-président qu’au vice dont on peut tous être atteint et auquel le monde politique est davantage exposé. C’est un film effrayant mais passionnant, qui dépeint un homme tel un héros tragédien : aussi noble que avide de pouvoir, aussi sombre que loyal. Un héros américain en somme. Dick Cheney est digne d’un personnage de film et McKay l’a compris. Il en tire un portrait effrayant mais profondément réaliste, parsemé de commentaires et d’humour noir. VICE est un bijou, du cinéma de génie et une palette de talents fabuleux. Christian Bale signe ici son rôle le plus poussé, pour moi, et mérite toutes les statuettes du monde pour sa prestation.

En salles depuis le 13 février, en France.

PURL le court métrage féministe de chez Pixar

Un nouveau court métrage des studios Pixar a été dévoilé cette semaine. Et il s’attaque au sexisme en entreprise, dans un registre un peu déjà vu mais qui fait du bien dans un domaine qu’on sait majoritairement masculin : l’animation.

Réalisé par Kristen Lester, PURL (que vous pouvez visionner juste au dessus) met une scène une femme qui arrive dans une société composée uniquement d’hommes. Ces derniers ne l’intègrent absolument pas dans l’entreprise, pire : ils la rejettent en tant que personne et ne donne aucuns crédits à ses idées ou sa place dans le travail. Purl finit par se cacher, renier ce qu’elle est pour s’inclure dans le cercle masculin dont est composé son nouveau travail.

Comme l’explique la réalisatrice dans ce petit making-off (ci dessous), elle s’est inspirée de sa propre expérience au sein de l’animation. Un domaine principalement masculin (je vous disais d’ailleurs en début d’année que BAO le court métrage diffusé avant Les Indestructibles 2 était le premier réalisé par une femme au sein de PIXAR) où elle a vécu le sexisme et la discrimination féminine de nombreuses fois.

Un court-métrage qui ne révolutionne pas le cinéma mais qui s’inscrit dans un léger changement de cap de la société PIXAR et c’est à noter.

La Favorite de Yorgos Lanthimos

Un casting féminin majestueux, une satire de la bourgeoisie anglaise du XVIIIe, Yorgos Lanthimos aux commandes et un flot de critiques positives depuis des mois : tout est fait pour que vous alliez voir LA FAVORITE en salles depuis le 6 février en France.

Le dernier film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos raconte l’histoire de Anne, reine d’Angleterre au début du XVIIIe siècle en pleine guerre contre la France. Dans un état de santé lamentable et un caractère majestueusement insupportable, la reine ne commande plus grand chose et laisse le soin à son amie Sarah Marlborough de diriger le pays à sa place. Son amie et amante se délecte de ce pouvoir et joue de son influence auprès de la reine, tout en démontrant une sincérité à toute épreuve. Mais lorsque sa cousine Abigail débarque pour se faire embaucher, les choses vont changer du tout au tout.

Lanthimos nous embarque dans un triangle amoureux mêlant politique, pouvoir, guerre et manipulations. Les trois actrices sont absolument divines. Olivia Colman et Rachel Weisz, avec qui il avait déjà tourné notamment pour The Lobster , sont sublimes en amantes déchirées entre le contrôle de l’autre et l’amour véritable. Le personnage de la reine est si complexe, incontrôlable et touchant qu’il laisse le champ libre à son interprète qui offre des scènes fabuleuses. Olivia Colman est décidément une très grande actrice. Les scènes où elle perd totalement le contrôle sont certes parfois surjouées mais saisissantes. Ce besoin irrationnelle d’être aimée profondément et sans conditions, d’avoir le contrôle sur la personne qu’elle veut mais de se laisser manipuler également, ses traumatismes de mère qui n’a jamais pu avoir d’enfants malgré ses 17 tentatives et son incapacité à diriger son pays : Lanthimos a réussi a créer un personnage féminin complexe, intéressant, frustrant parfois et totalement fou. La reine est détruite par la mort de ses enfants, comme ci l’amour inconditionnel lui avait été refusé dix-sept fois. La douceur et l’innocence dont elle fait preuve face aux lapins qu’elle a adopté pour remplacer ses enfants est triste et si belle à la fois. Et c’est grâce à son besoin d’être comprise qu’elle va s’attacher à Abigail, qui lui montre son affection envers ses « enfants » sans jugement et qui lui fait revivre des instants d’innocence (danse, jeux etc). Comme un enfant, il suffit de lui accorder de l’attention pour être dans ses petits papiers, mais si vous lui retirez votre amour ne serait-ce qu’une seconde, la frustration et la colère prenne le dessus. Ce personnage est profondément bien construit et intéressant.

Autre personnage savamment orchestré : Abigail, joué par la délicieuse Emma Stone. Présentée comme une ancienne aristocrate qui a perdue toute sa superbe et qui vient demander de l’aide à sa cousine, Abigail va très vite troquer sa fausse naïveté contre sa cupidité, sa méchanceté et son orgueil. Un personnage qui nous touche énormément au début et qu’on finit par détester. Quant à Rachel Weisz, elle est impressionnante et livre un personnage d’une froideur incroyable qui dirige d’une main de maître les événements. Elle est majestueuse à sa façon et sa rage crève l’écran. Les rôles s’inversent au fur et à mesure : le caractère insupportable de Sarah est finalement révélé comme étant la seule chose sincère entourant la reine et la douceur d’Abigail se transforme en cruelle insolence.

Au delà de l’écriture et du développement très réussit de ces trois personnages, le réalisateur prouve une nouvelle fois son talent incroyable en termes de réalisation et de scénario. Les dialogues sont absolument délicieux. Et dès les premières images on reconnait sa signature. L’image est soignée, magnifique et chaque plan nous emmène dans le même état latent et confus que la reine : le changement de focale, les contre-champs, les miroirs, les gros plans, les ralentis, les travelling interminables, les plans larges somptueux qui isolent les personnages dans des pièces immenses où tout les dépassent. Tout est calculé et sublime. Chaque plan renforce l’ambiance du film, entre absurde et malaise. Le film est un délice pour les yeux et les amoureux de cinéma. La musique est également propre à Lanthimos, qui aime les instruments à corde et qui en abuse. Elle contribue à la confusion du spectateur en mimétisme à celle de la reine, mais elle est interminable et donne vite mal à la tête.

Vous l’aurez compris, à mon sens, La Favorite est un chef d’oeuvre de part ses actrices, ses dialogues et sa réalisation. Cependant, j’émets de nombreuses réserves quand au reste. Le film a des longueurs qui, au final, m’ont fait décrocher. Tout comme dans The Lobster ou Mise à mort du cerf sacré, l’absurde ou la bizarrerie adorée du réalisateur finit par se complaire dans une contemplation de ses idées et nous emmène rarement avec lui. J’ai décroché plus d’une fois et n’ai donc pas réussit à apprécier profondément le film. La satire de la bourgeoisie est parfaite, les séquences comme celles de la course de canards ou le lancer de légumes sur un homme nu : les ralentis et gros plans qui accentue la stupidité issue de l’ennui des classes supérieures en temps de guerre, c’est génial. Mais c’est long, insistant et grotesque par moment également. Quant à la fin du film, j’ai encore du mal à y voir un sens caché quelconque. Le plan est sublime, mais la superposition tue l’image et donne le tournis. Je pense que je suis décidément très peu touchée par les fins proposées par Lanthimos.

La Favorite est un bijou, un film comme on en voit peu, mais qui a ses limites. Yorgos Lanthimos ne réussit pas à me convaincre totalement, comme à son habitude. Il divise mais s’en délecte aussi et c’est certainement ce qui fait la rareté de son art. Déjà récompensé à Venise et aux Golden Globes, La Favorite sera très certainement sacré aux Oscars dans quelques jours et restera, j’en suis convaincue, malgré tout l’un des films les plus intéressants de cette année.