YOU, la série qui dérange

YOU est une série produite par Netflix et sortie en ce début d’année 2019 sur la plateforme. Développée par Greg Berlanti et Sera Gamble la série est une adaptation du roman (publié en 2014) de Caroline Kepnes : Parfaite.

De quoi ça parle? Joe est gérant d’une librairie quand il tombe fou amoureux de Beck, une jeune femme passionnée par la poésie et qui aspire à devenir écrivaine. Il va alors tout faire pour la séduire quitte à s’infiltrer dans sa vie privée et finir par contrôler sa vie.

YOU me faisait envie depuis un bon moment. Vendue comme une série sur le harcèlement et l’amour obsessionnel, elle s’annonçait intrigante voire utile (à savoir que je n’ai pas lu le livre et n’avais donc aucune attente particulière). Mais la série tient-elle toutes ces promesses? Et bien la réponse est non, malheureusement.

Le pitch de la série est tout bonnement effacé au bout de quelques épisodes (si ce n’est dès le début). Les actes de Joe sont justifiés constamment, alors qu’ils ont pourtant des conséquences dramatiques. Son amour pour Beck est sans limite alors même qu’ils ne se sont rencontrés qu’une fois. Le garçon est malade et traumatisé, on le comprend très vite, mais cela ne justifie en rien son comportement. La voix off (qui rappelle celle de DEXTER qui expliquait ses actes et ses méthodes de la même manière, etc.) qui rythme la série et qui n’est autre que celle de Joe noue un lien avec le spectateur. Mais du coup, nous n’avons jamais autre chose que ses propres pensées et ses propres justifications. Ajoutez à cela un acteur plutôt mignon, des personnages féminins tous plus insupportables les uns que les autres (à commencer par Beck elle même) et vous vous retrouvez à apprécier le harceleur/meurtrier. Et à partir de ce moment-là : la série est ratée sur le plan idéologique. Même l’acteur qui incarne Joe (Penn Badgley) s’insurge depuis quelques semaines des retours que lui font ses fans. Non, nous ne sommes pas censés apprécier ce personnage et encore moins tenter de le justifier. Malheureusement, c’est la série elle même qui entraîne ces émotions. Tous les autres personnages sont des psychopathes ou des gens malfaisants, ce qui annule totalement l’impact du personnage de Joe comme étant LA menace. La voix off, les caractéristiques des personnages autour de Joe, son passé, sa relation avec Pacco son jeune voisin qu’il aide et aime tous les jours, son romantisme : tout est fait pour que nous soyons touchés par le personnage. Pire encore, le scénario ne tarde pas à le mettre en concurrence avec une autre personne malsaine : Peach la meilleure amie de Beck. On déteste alors ce personnage qui est cette fois dépeint exactement comme elle doit l’être à savoir une personne destructrice, obsessionnelle et dangereuse. Ce tableau nous pousse donc à comprendre les actes de Joe à son égard voire à souhaiter qu’il s’en débarrasse et à détester davantage Beck de ne pas se rendre compte du réel visage de son amie. Est-ce une manière de montrer que les harceleurs sont souvent des gens normaux à qui l’on donne facilement sa confiance et dont on fini par excuser les actes ? Peut être que les créateurs ont souhaité mettre en avant l’impunité de ces personnes de cette manière là. Seulement, même si je suis de celle qui pense qu’un public n’a pas besoin d’être éduqué et est assez intelligent pour comprendre la fiction et les messages parfois cachés dans les œuvres : ici je suis dérangée par le discours plus qu’ambiguë de la série et son absence de morale. On s’attache à son personnage principal et l’on finit même par détester la victime (aussi insupportable soit elle). Ce que provoque la série rappelle les réactions que nous voyons trop souvent dans les médias chaque fois qu’une femme raconte avoir été harcelée, agressée ou abusée. La victime est souvent montrée du doigts et le(a) harceleur(se) a le droit à un flot de soutien. Et c’est cet aspect là qui me dérange. YOU aurait pu être une série profondément nécessaire et malheureusement elle se trompe (malgré elle peut-être) de discours.

Ici, le traitement des personnages est tel que nous ne parvenons pas à discerner le propos réel de la série. Et si l’acteur lui même est surpris de l’accueil du public envers son personnage c’est qu’il pensait surement qu’il serait tout autre non?

Cependant, si l’on s’attarde uniquement sur la qualité de la série alors elle n’est pas totalement mauvaise. Si vous acceptez l’ambiguïté du discours et le manque de morale et que vous souhaitez seulement être divertit : YOU vous plaira peut-être. Le rythme est quelque peu inégal mais on reste accroché à l’histoire. Les acteurs sont plutôt bons et le divertissement est réussi malgré une fin bâclée et un cliffhanger totalement prévisible. Et vous, YOU vous a-t-elle dérangée?

YOU, disponible sur Netflix.

BIRD BOX de Susanne Bier

Le nouveau film produit par Netflix et mis en ligne quelques jours avant la fin d’année est le plus gros succès de la plateforme en 2018 et a comptabilisé plus de 45 millions de vues dès la première semaine, mais que vaut-il réellement?

attention, cet article contient des spoilers

BIRD BOX c’est l’histoire de Malorie (Sandra Bullock) qui vit depuis cinq ans dans un monde où d’étranges créatures ont pris le pouvoir et ont décimé une grande partie de la population. Une seule règle : ne pas ouvrir les yeux lorsqu’on se trouve à l’extérieur. Après une énième perte, Malorie et les deux enfants qui sont à ses cotés, vont entreprendre une grande traversée les yeux bandés pour rejoindre le seul endroit qui semble pouvoir les protéger.

Alors de prime abord, l’idée est assez chouette mais elle sent un peu le réchauffé. Les films d’horreurs où l’un des sens est manquant sont nombreux (dernier en date Sans un bruit de John Krasinski sorti la même année ou encore Hush de Mike Flanagan sorti en 2016 et également disponible sur la plateforme) et le genre s’essouffle un peu. Dans le cas de Bird Box je n’arrive pas vraiment à le caser dans la case « horreur » mais plutôt dans le genre apocalyptique ou (à la limite) thriller.

Le film n’est pas mauvais, que l’on s’entende, c’est même un divertissement plutôt réussi mais il est loin d’être révolutionnaire. Le fil narratif est très classique et avec peu d’originalité si ce n’est le concept de base qui est d’avoir les yeux bandés/cachés. On tombe très vite dans un contexte apocalyptique et ce, sans aucunes justifications (on ne sait pas ce que sont ces choses, on ne sait pas d’où elles viennent, ce qu’elles font ni pourquoi elles sont là) : on ne peut que supposer. La situation est acceptée très rapidement par les protagonistes ce qui réduit donc légèrement sa crédibilité et son impact. En quelques minutes le réalisateur nous propulse en dehors du monde, nous explique en quelques mots le mal qui ronge le monde (à savoir une étrange force qui vous pousserait au suicide en vous montrant vos plus grandes peurs si vous la regardez dans les yeux) puis passe directement au chapitre suivant : la survie. Pour ma part, j’aurais eu besoin d’un peu plus de détails et d’explications pour véritablement entrer dans le film, mais soit.

Autre aspect qui m’a profondément dérangée : le personnage de Malorie n’est absolument pas assez travaillé. On ne sait rien d’elle. On la prend au passage, à un instant T de sa vie sans rien savoir de plus. Pourquoi a-t-elle autant de mal à appréhender le rôle de mère pendant (et après) sa grossesse? Pourquoi était-elle si asociale avant les événements? On apprend par ci par là que ses parents n’étaient pas géniaux mais c’est tout. Du coup, l’intérêt pour le personnage met du temps à se manifester. On a l’impression de rencontrer une jeune femme, de la suivre dans cette situation apocalyptique et de la quitter lorsque les choses se sont arrangées. On ne peut s’attacher à un personnage dont on ne sait rien et dont on n’apprend rien. Et c’est dommage parce que du coup, le film reste en suspens. Il est simplement là pour nous dire : « eh, c’est la fin du monde, les gens qu’on vous présente vont tenter de s’en sortir et entre temps il y aura une ou deux scènes un peu fortes. Bonne soirée. »  Et malheureusement ça ne suffit pas pour en faire un film passionnant.

Dernier aspect légèrement décevant : le film ne va pas assez loin. L’idée d’une force ou de créatures qui vous poussent à vous suicider si vous les regardez en face est chouette mais pour que nous soyons réellement effrayés ou angoissés par l’arrivée de ces choses : montrez les nous, faites en quelque chose de réellement angoissant ou bien montrez nous ce qu’elles provoquent. L’une de ces trois choses aurait suffit pour que l’on s’inquiète vraiment, mais là il n’y a rien. On constate simplement les effets suicidaires mais on ne les vit pas vraiment. On voit quelques personnages se suicider, mais pourquoi? Qu’est-ce qu’ils voient? Cela aurait été intéressant de voir les peurs de chacun par exemple. Et je reviens donc à l’aspect le plus problématique du film pour moi : on ne connait pas assez les personnages et du coup, tout reste un peu en surface. Je regrette qu’il n’y ai pas eu une scène où Malorie aurait été confrontée directement à ces « choses » et leur aurait résisté par exemple. Et puis, pourquoi les créatures ne peuvent elles pas entrer dans les maisons? On voit bien quelles peuvent avoir une force considérable, alors pourquoi sont elles coincées à l’extérieur? Encore une chose qu’on ne nous explique pas et qui enlève un peu d’impact à l’aspect terrifiant du film.

Cela dit, il y a quand même plusieurs choses intéressantes dans le film comme le fait que ceux qui se sont échappés de l’institut psychiatrique soient « immunisés » face aux créatures : sont ils insensibles à la peur? Sont-ils trop fous pour y voir quelque chose de terrifiant? Ils parlent tous de la beauté que les créatures représentent et que tout le monde devrait voir. La scène où celui qui est entré dans la maison sort tout ses dessins est intrigante : sont-ils les seuls à pouvoir les regarder? Le fait qu’il y ai plusieurs représentations sur ses dessins montre également la psychologie du personnage et c’est vraiment intéressant. C’est d’ailleurs les seules représentations des créatures que le film nous offrira. Enfin, la seconde scène que j’ai trouvée assez percutante est celle dans le bateau où Malorie expliquent aux enfants que l’un d’eux devra enlever son bandeau pour la guider sur le fleuve. Sa réaction lorsque son fils se propose et son silence lorsque la petite fille le fait à son tour : cette scène est atroce mais nécessaire dans le processus psychologique du personnage. Va-t-elle réellement devoir choisir lequel des deux enfants doit risquer sa vie? Le silence, les regards, la résignation qui se lit sur le visage de la petite fille : tout est terrible. Cette scène est celle qui m’a le plus marquée.

BIRD BOX est un bon divertissement : on va rapidement au but, c’est bien rythmé, les scènes fortes fonctionnent plutôt bien et on ne s’ennuie pas. Mais il ne va pas assez loin, manque de profondeur et d’originalité. On en ressort pas marqué ni terrifié et c’est dommage car l’idée de base aurait pu réellement donner quelque chose de beaucoup plus intense. A voir donc, mais sans en attendre grand chose de plus qu’un bon film apocalyptique.

Dispo sur Netflix.