REGARDS CONFINÉS #5 : friends party

Le confinement donne du fil à retordre à notre vie sociale. Cependant, la technologie nous offre quand même de nombreuses solutions pour continuer à se voir, se parler, débattre pendant des heures ou boire jusqu’à plus soif en compagnie de ses meilleurs amis! On se sollicite dans des formats et des situations tellement improbables qu’on finira par avoir des souvenirs incroyables.

Vous avez déjà fait une dizaine d’apéros en visio, des picolos, vous avez refait le monde jusqu’à l’aube et vous avez même réussi à trouver des remèdes maisons au virus qui nous frappe : en bref, les idées manquent et vous ne savez plus quoi faire avec vos proches à distance. Et si vous regardiez un bon film en mangeant du popcorn et en discutant avec vos potes, chacun dans son salon?

Je vous ai préparé une sélection de films à voir entre amis, pour changer d’air et passer une soirée comme au cinéma (les gens trop grands devant vous et les couples qui se galochent à coté de vous en moins) !

Five de Igor Gotesman

Devenu culte en très peu de temps, le film de Igor Gotesman se hisse tout en haut de ma liste. Pierre Niney et François Civil mènent la barque d’un groupe d’amis d’enfance qui réussi enfin à vivre ensemble. Malheureusement, la dolce vita va vite prendre un tournant dramatique lors que le père de Samuel lui coupe les vivres, l’obligeant à trouver une autre solution pour gagner sa vie : dealer ! Une idée très mauvaise évidemment, qui va donner lieu à de nombreuses péripéties comiques et dramatiques à la fois.

Avec un humour particulier mais souvent très juste, et un casting en harmonie, Igor Gotesman réalise l’un des films de potes les plus jouissifs de ces dernières années.

Hilarant et touchant, c’est LE film par excellence pour démarrer ce week-end avec vos potes.

La trilogie Cornetto de Edgar Wright

La trilogie parfaite pour une soirée improbable. Le monde de Edgar Wright dans une saga parfaite pour la situation que nous vivons.

Lorsque Shaun Of The Dead est sorti en 2004, il n’était pas question d’une trilogie. Le trio Wright/Pegg/Frost a ensuite travaillé sur Hot Fuzz et quelques années plus tard, sur Le dernier Pub avant la fin du monde. Les trois films n’appartiennent pas au même univers ni au même genre cinématographique. Ils sont simplement reliés entre eux par l’équipe qui les a réalisés/écrits à savoir Edgar Wright et Simon Pegg ainsi qu’une équipe d’acteurs commun comme Nick Frost, Martin Freeman, Patricia Franklin etc. Mais au fil du temps, on remarque de nombreux clins d’œil d’un film à l’autre. Et après une remarque d’un journaliste, l’idée de la trilogie « Cornetto » s’est mise en place (également appelée The Three Flavours Cornetto Trilogy). Une réplique relie les trois films, et la glace en question est présente dans chacun des trois longs métrages : rouge dans Shaun of The Dead (zombie), bleue dans Hot Fuzz (police) et verte dans Le dernier pub avant la fin du monde (extraterrestre).

Mais ce qui en fait une trilogie géniale à regarder entre amis, c’est son humour complétement décalé. Chacun des trois univers est traité avec comme repère : la parodie du genre. Et c’est une véritable bombe de références, d’humour et d’explosions en tout genres. A regarder sans modération !

Je voulais aussi vous conseiller l’un des derniers films de Edgar Wright qui n’est autre que Baby Driver (2017). Avec un casting incroyable (Ansel Elgort, Kevin Spacey, Jon Hamm, Jamie Fox etc), ce film est une petite pépite du genre. Un film d’action avec un scénario classique mais basé sur une idée originale c’est assez rare pour être relevé. En effet, toute l’histoire de Baby se base sur le fait qu’il roule au rythme de la playlist qu’il écoute. Mélomane, il est d’une intelligence mais aussi d’une naiveté à toute épreuve. Avec un montage impressionnant, Baby Driver est un film qui vous fera passer une excellente soirée et vous donnera également quelques idées pour vos prochaines playlists 😉

Good Morning England de Richard Curtis

Pour rester dans la musique, direction la radio pirate la plus cool du grand écran : Good Morning England de Richard Curtis est un good movie qui va faire du bien à vos oreilles, à vos yeux et à votre petit cœur en ces temps de confinement.

Radio Rock est une radio pirate émise sur un bateau en pleine mer du Nord pendant que le gouvernement tente de faire interdire toutes les ondes. Un équipage haut en couleurs, une véritable famille qui se bat pour continuer à faire vivre la musique coute que coute. Une ode à la marginalité, la passion, la musique et l’amour qui vous donnera envie de vous enfuir avec vos potes pour vivre votre passion ! Bon, certes, votre meilleur ami n’est pas Philip Seymour Hoffman mais bon, il peut pas être parfait !

The Nice Guys de Shane Black

Russell Crowe et Ryan Gosling réunis dans un film policier totalement improbable, ne serait-ce pas un goal de soirée réussie? Shane Black nous offre une comédie policière en plein coeur de L.A des années 70, avec look improbable, conspirations de célébrités et situations loufoques. Porté par un duo génial que l’on attendait pas forcément dans ce type de film, The Nice Guys est un petite bombe d’humour et de divertissement.

OSS 117 de Michel Hazanavicius

Quoi de mieux pour s’évader que de partir en mission avec le meilleur (du pire) agent secret made in France? Jean Dujardin, dans le costume de Oss 117, agent émérite (ou pas) des services secrets français, c’est l’une des meilleures choses des années 2000.

Au Caire puis à Rio, les méthodes improbables de Oss sont déléctables. Avec une écriture incroyable, mêlant références cinéphiles historiques et humoristiques, Hazanavicius propose une comédie presque parfaite. En deux oeuvres que l’on retrouve chaque fois avec grand plaisir. Alors, comment est votre blanquette ?

à noter qu’un troisième volet est en préparation, sous la direction cette fois de Nicolas Bedos, ce qui annonce surement une différence assez notable avec les deux premiers. A suivre.

Nous trois ou rien de Kheiron

En 2015, le comédie Kheiron nous a offert un film assez incroyable. Il nous raconte le destin de ses parents; Hibat et Fereshteh, de la révolution Iranienne aux quartiers Parisiens. Dans une comédie touchante, au casting presque parfait (Leila Behkti, Gerard Darmon, Alexandre Astier entre autres), il nous embarque dans son histoire familiale mais aussi dans l’Histoire de son pays d’origine. Une traversée que l’on découvre avec plaisir, et où l’humour est au coeur de tout. De franches tranches de rires avec un fond intelligent et passionnant, c’est ce qu’on appelle une comédie française réussie !

La trilogie de Cédric Klapish

La trilogie qui a révélé Cecile de France (et lui a valu deux Césars) mais aussi Romain Duris est un petit cocon de soleil, de nostalgie et de cinéma. L’auberge espagnole (2002), Les poupées russes (2005) et le dernier, et plus mature, Casse Tête chinois (2013) font partie de la trilogie réalisée par Céderic Klapish où l’on suit le parcours de Xavier Rousseau, de ses 20 à ses 40 ans.

Tableau d’une génération, avide de voyages, de rencontres et de rêves, cette trilogie vous donnera des envies d’ailleurs.

J’espère que cette petite sélection vous aura donné des idées de soirées entre potes, à distance ou simplement envie de voir, revoir ou découvrir des œuvres qui nous envoient de bonnes ondes en ces temps difficiles.

N’hésitez pas à partager ce nouveau numéro et à me dire quels sont vos films fétiches que vous regardez pour vous remonter le moral ! On se retrouve très vite pour un sixième numéro et en attendant, prenez soin de vous !

CALENDRIER DE L’AVENT #11 – Ma palme d’or

Aujourd’hui, je suis vraiment ravie de pouvoir enfin vous faire découvrir LE film qui m’a le plus touché cette année.

La palme d’or du Festival de Cannes c’est un prix prestigieux que de nombreux réalisateurs rêve d’obtenir. Chaque année la sélection est composée d’une douzaine de films qui se disputent la première place pendant une dizaine de jours. Cette année, la palme d’or a donc été attribuée à PARASITE de Bong Joon-Ho. Un réalisateur que j’adore et je suis ravie qu’il ai été enfin récompensé.

Seulement voilà, entre les scandales, les montées des marches hurlantes et les photocalls qui crépitent : un film, un seul, s’est réellement figé dans mon cœur. Il s’agit du film qui a remporté le prix Un Certain Regard : La vie invisible d’Euridice Gusmao de Karin Ainou. Et je trouve ça extrêmement dommage qu’il n’ai pas été programmé en compétition officielle car pour moi, c’est LA palme d’or de ce festival.

Ce film brésilien raconte l’histoire de deux sœurs, entre 1940 et 1960, qui tentent de construire leur vie et d’avancer en tant que femme dans un Brésil oppressant et des traditions archaïques. Une histoire d’amour fraternelle, de lutte, de survie, d’absence et de mémoire : un film entier porté par deux actrices absolument parfaites. Julia Stockler (Guida) est une révélation, sa présence à l’écran est magistrale.

J’ai découvert ce film par hasard, à l’issue de la cérémonie de clôture Un Certain Regard. Et j’ai été complètement charmée. LA VIE INVISIBLE D’EURIDICE GUSMAO est une fresque incroyable portée par deux femmes aux destins différents mais liées à jamais. Le film dépeint avec une beauté folle les différences sociales et culturelles dans une ville aussi belle que triste, aussi libre que soumise.

Guida s’enfuit après une dispute avec son père. Lorsqu’elle revient quelques années plus tard, enceinte, ses parents lui ferment la porte à cause du déshonneur qu’elle a porté à la famille. Personne ne prévient alors Euridice , sa sœur, de son retour. Durant plus de 20 ans, elles vont vivre l’une sans l’autre, dans des sphères sociales totalement différentes. Le souvenir de l’autre sera constamment présent. La ville, devient alors un personnage vivant qui lie inconsciemment les deux sœurs.

Cette histoire m’a bouleversée. Sûrement parce que Karim Ainouz parvient, avec une extrême délicatesse, à mettre en avant toute la complexité des relations familiales. Mais ce n’est pas le seul propos du film, au contraire. Le réalisateur met en lumière l’émancipation des femmes dans un Brésil des années 50 très traditionnel. Que ce soit Euridice et son mariage qui l’empêche de vivre de sa passion ou Guida élevant seule son fils dans les favelas : le film raconte le combat de deux femmes pour faire entendre leur voix dans cette ville immense où personne ne semble les entendre. La solitude, la douleur, les conventions, le regard des autres et leur propre combat : tout y est.

Le film est beau, profond, impeccablement réalisé, historiquement très intéressant : en bref, c’est une pépite. J’ai été émerveillée par le travail de Karim Ainouz et par la prestation de Carol Duarte et Julia Stockler. Un film qui raconte beaucoup de choses, vous fait vivre des milliers d’émotions et vous laisse rêveur : c’est le cinéma que j’aime. Je vous encourage vivement à aller le découvrir en salles.

En salles dès le 11/12/19

CALENDRIER DE L’AVENT #10 – HIS DARK MATERIALS, récit d’une adaptation

Je vous ai déjà un peu parlé de cette saga littéraire sur les réseaux sociaux, et de mon excitation à l’idée qu’une adaptation en série était prévue pour 2019. Cela fait désormais quelques semaines que la série est sortie, et avant la fin de la série, j’avais envie de vous parler de l’histoire de cette saga et de cette adaptation !

Si je vous en parle, vous vous doutez bien que je suis assez ravie de cette nouvelle adaptation. En effet, ce n’est pas la première fois qu’une adaptation est faite de cette saga et le premier essai était assez catastrophique.

LES ROMANS (1995)

Pour commencer, il faut savoir qu’il s’agit à la base d’une trilogie fantasy écrite par Phillip Pullman entre 1995 et 2000. À LA CROISÉE DES MONDES (FR) est composée de trois tomes : Les Royaumes du Nord, La Tour des Anges et Le Miroir d’Ambre. Il existe aussi d’autres œuvres, des préquels ou des romans parallèles sur la vie de Lyra (le personnage principal). Phillip Pullman a également prévu une nouvelle trilogie, La Trilogie de la Poussière, dont le premier tome est sorti en 2017.

Cette trilogie est une vraie merveille. Je l’ai lue et relue des dizaines de fois depuis une quinzaine d’années et elle m’a accompagnée durant toute mon adolescence. Mais alors, de quoi ça parle?

La trilogie se déroule dans un monde parallèle au notre, contrôlé par le Magistérium, sorte de gouvernement répressif religieux. Dans le tome 1, Les Royaumes Du Nord (dont la saison 1 de la série est issue) on y suit l’histoire de Lyra Belacqua, jeune fille de 12 ans, qui a vécu une bonne partie de son enfance à Jordan College, entourée de maitres assez lugubres. On comprend très vite que dans ce monde, l’âme de chacun est personnifiée par un daemon, un animal lié à chaque être humain. Lyra et Pan (son daemon) apprennent par hasard l’existence de la Poussière, une étrange particule que Lord Asriel (son oncle) a découvert dans le Nord. Dans le même temps, des enfants sont enlevés et Roger, l’ami de Lyra en fait partie. En parallèle, des expériences sont menées pour déterminer pourquoi la Poussière semble moins attirée par les enfants que par les adultes. Ces expériences sont menées par Mrs Coulter, une femme magnifique puissante et très inquiétante, mandatée par le Magistérium. Elle va alors proposer à Lyra de la suivre, pour explorer le Nord et retrouver son ami. Avant de la laisser partir, le Maitre de Jordan College confie à Lyra un objet incroyable : un aléthiomètre. Un instrument permettant de répondre à n’importe quelle question, grâce aux symboles dont il est doté. Très vite, Lyra va devoir se battre pour découvrir la vérité et sauver ses amis.

L’histoire de cette saga est très complexe, entre la Poussière, les mondes parallèles, les daemons, le Magistérium et cette prophétie dont Lyra semble être l’objet : il s’agit d’une saga très fournie qui traite de nombreux sujets notamment la religion et son emprise sur le monde. D’abord édités pour les adolescents, dans le rayon jeunesse, les livres ont également une très grande portée et de nombreuses grilles de lectures. Encore aujourd’hui, la saga portent de nombreux messages et s’adresse à un public bien plus large que les adolescents.

LE FILM (2007)

Une première adaptation a été réalisée en 2007. Un film, se basant sur le premier tome et relatant l’aventure de Lyra aux cotés de Mrs Coulter notamment. Le titre avait déjà fait tiquer de nombreuses personnes : LA BOUSSOLE D’OR. Il était évident que nous parlions de l’aléthiomètre, mais renommer un élément aussi important dans la saga, n’augurais rien de bon !

A LA CROISÉE DES MONDES : LA BOUSSOLE D’OR, 2007 de Chris Weitz

Le film est donc sorti en 2007, avec un casting qui semblait plutôt intéressant : Nicole Kidman dans le rôle de la froide et intrigante Mrs Coulter, Daniel Craig pour Lord Asriel, la jeune Dakota Blue Richards dans le rôle de Lyra ou encore Eva Green qui interprète Serafina, la sorcière.

Malheureusement, il s’avère que cette adaptation est une vraie catastrophe. En effet, pour des raisons de censure et un souhait d’attirer un public très jeune, de nombreux éléments extrêmement importants de la saga ont été édulcorés ou carrément mis de côté. Le coté religieux n’existe quasiment plus, le rapport entre science et croyance n’est absolument plus mis en avant, la dictature, la violence, le mensonge, la cruauté des ours et les lois de pouvoir : tout est simplifié, édulcoré et les personnages sont tous très ternes. On assiste alors à une épopée magique d’une enfant et d’un ours pour sauver ses amis. Rien de ce qui faisait l’essence même de la saga n’est véritablement mis en avant et le film devient très vite ennuyeux. Il y a tant de défauts dans ce film (qui dure moins de 2h) et le public averti lui a réservé un accueil tellement mitigé que la suite a été annulée.

Le film a quand même été nominé dans pas mal de cérémonies et, à ma plus grande surprise, a remporté 2 prix pour les effets visuels. Ce que je trouve assez hilarant étant donné qu’à mon sens, ils étaient relativement affreux. Surtout en ce qui concerne les daemons ou les ours. Surtout le daemon de Mrs Coulter : le singe doré était véritablement affreux !

Il s’agissait donc d’une véritable déception et après cette catastrophe, il était difficile de croire en une adaptation digne de ce nom.

LA SÉRIE (2019)

Douze ans plus tard, alors que nous pensions qu’une adaptation visuelle n’était plus envisageable, HBO débarque avec la série la plus chère de ses productions : HIS DARK MATERIALS.

L’annonce de cette série a eu l’effet d’une bombe pour un grand nombre d’entre nous. Pour commencer, annoncer un projet d’adaptation en série, lorsque la saga est si dense, est déjà un bon point. On est rassurés, car on se dit que les éléments les plus complexes auront le temps d’être traités correctement. L’annonce du casting a également rassuré de nombreux fans. James McAvoy dans le rôle de Lord Asriel, Dafne Keen (que l’on a notamment vu dans Logan de James Mangold) pour Lyra , Ruth Wilson pour Mrs Coulter ou encore James Cosmo (qui jouait dans GOT pour ceux qui le reconnaitront). Les bandes-annonces ont également su nous convaincre.

Seulement, après l’échec cuisant du film de 2007, il y avait de quoi être dubitatif.

6 épisodes plus tard et deux semaines avant la fin de la saison 1, je peux vous assurer que la série réalisée par Tom Hooper, a su réconcilier tous les déçus de 2007 ! HIS DARK MATERIALS est assez incroyable. Le casting est fou, Dafne Keen réussi à interpréter une Lyra combative et intelligente face à des personnages très forts comme Mrs Coulter interprétée par l’intrigante Ruth Wilson qui a su cerner le coté étrange et radical de son personnage. Visuellement, le budget de la série se ressent, car tout est magnifique. Les daemons notamment sont vraiment bien faits et sont très crédibles. Le singe doré de Mrs Coulter n’a rien à voir avec l’horrible peluche du film. Les gitans sont enfin représentés correctement, c’est à dire une armée combative, forte et unie.

L’une des frayeurs que j’avais concernait principalement Iorek Byrnisson, l’ours en armure de la saga. Surprise : le personnage est incroyablement bien fait et bien amené. De plus, contrairement au film, la série assume les thèmes et les débats que Phillip Pullman avait mis en avant dans sa trilogie. Le rapport avec la religion, les références historiques, la dualité qui existe chez chaque personnage, le pouvoir du magesterium et surtout, les intrigues entre la Poussière et les mondes parallèles : tout est fait pour retranscrire avec précision l’histoire complexe et dense de l’auteur. L’importance et le mystère de l’aléthiomètre sont également bien mises en avant.

La première saison semble se baser sur le premier tome avec beaucoup plus de détails et d’intensité que le film. Ne comptez pas sur moi pour vous spoiler ce qu’est précisément la Poussière, cela sera dévoilé au fur et à mesure des saisons. Le fait que Phillip Pullman soit producteur de la série, et qu’il ai relu chaque épisode pour être sûr que son récit soit correctement mis en place, aide grandement à la qualité de la série.

Quant au générique de la série, on sent que HBO a souhaité garder l’esprit de Game Of Thrones avec une musique incroyable composée par Lorne Balfe et un générique très long et très fourni qui est déjà culte.

Il reste deux épisodes avant la fin de la saison 1 et une deuxième saison est déjà prévue pour 2020. Ce qui est sur c’est que l’on a enfin une adaptation digne de ce nom pour cette célèbre saga et ça fait plaisir ! Et pour ceux qui n’ont jamais lu les romans, je vous encourage vraiment à le faire.

Et vous, vous regardez HIS DARK MATERIALS? Donnez moi votre avis en commentaires !

On se retrouve demain, pour une nouvelle case !

CALENDRIER DE L’AVENT #5 – Le meilleur du court en 2019

Pour ce 5e jour, j’avais envie de vous parler d’un format cher à mon cœur : le court-métrage. J’en ai déjà beaucoup parlé ces dernières semaines avec le festival Chacun Son Court à Strasbourg mais j’en regarde très régulièrement et j’avais envie de vous partager ceux qui m’ont le plus marqué cette année ! Certains sont sortis en 2019, d’autres sont plus vieux, mais ce sont tous des films que j’ai vus cette année et qui m’ont fait ressentir énormément d’émotions.

Retour sur 4 œuvres courtes mais intenses !

LA DISTANCE ENTRE LE CIEL ET NOUS – Vasilis Kekatos (2019)

La poésie en 8 minutes chrono : je vous présente un bijou d’écriture. Comment faire naitre une émotion en un dialogue de huit minutes entre deux inconnus? Vasilis Kekatos y parvient et nous propose ce court-métrage complétement fou. Palme d’or du court-métrage 2019, rien que ça, ce film est une preuve de l’intensité et la rigueur des courts-métrages. Poser une situation, des personnages, faire naitre un dialogue, une émotion, un ressenti qui reste même après la fin : c’est exceptionnel et impressionnant. Ce court-métrage est certainement celui qui m’a le plus impressionné cette année tant l’idée est brillante et réussie.

Et grâce à Arte, vous pouvez voir ce film gratuitement sans modération juste ici !

SHOW – Pauline Amelin (2018)

Ce film, je vous en ai déjà parlé longuement grâce à l’entretien que j’ai réalisé avec Pauline, la réalisatrice. C’est un de ces films qui vous donne le sourire immédiatement, un sourire doux que vous gardez longtemps après la séance. Encore une fois, c’est cette capacité à proposer un moment de vie, faire naitre une émotion profonde en quelques minutes. Et cette capsule de vie entre cette femme retraitée et ce jeune drag queen : un bonheur.

Malheureusement vous ne pouvez pas (re)voir ce film pour l’instant sur la toile, mais vous pouvez écouter Pauline en parler juste et écouter la bande son, qui vaut le détour !

L’ATTENTE – Clara Stern (2016)

Retour à la réalité avec ce film d’une puissance inouïe. Le visionnage peut être difficile pour certaines personnes (comme il l’a été pour moi) tant la situation est parfaitement établie à l’écran. On suit, pendant une dizaine de minutes, l’attente de Anna à son arrêt de bus. Il est tard, elle est seule et elle va vivre ce que nous avons toutes vécu bien trop souvent : la peur et la sensation d’être une proie. Il n’y a quasiment aucun dialogue dans ce film mais sa puissance est incroyable. Presque synesthésique, c’est un film douloureux qui parvient à retranscrire une réalité sans aucun discours. Poignant.

Je vous invite vivement à tenter l’expérience, et en discuter ensuite (avec moi, ici en commentaires, ou autour de vous). Le film est à voir juste ! Et juste ici vous pouvez écouter la réalisatrice parler de son projet.

SKIN – Guy Nattiv (2018)

Direction les États-Unis avec cet incroyable film de Guy Nattiv.

SKIN est un court-métrage d’une vingtaine de minutes narrant l’histoire (réelle) d’un chef de gang skinhead et de sa famille. Structure assez classique, très américaine, certes, donc rien de bien original dans la proposition. Cependant, le film est une véritable claque. Guy Nattiv parvient à poser un cadre, un contexte, à faire vivre autant la relation tendre de cette famille extrémiste avec des moments de dialogues brillants que la guerre entre les gangs qui va se terminer en un véritable drame. Oscar du meilleur court-métrage 2019, SKIN est sans conteste un film important et poignant.

A savoir que le réalisateur a adapté son court-métrage en un long métrage de deux heures (que je n’ai pas encore visionné) du même titre. Cette histoire et l’esthétique choisit par le réalisateur n’est pas sans rappeler l’incroyable AMERICAN HISTORY X de Tony Kaye sorti en 1998.

Bande Annonce du court-métrage SKIN

Et vous, quels sont vos coups de cœurs de ces derniers mois? Vous regardez beaucoup de courts-métrages? Dites moi tout, je serai ravie de découvrir vos pépites !

On se retrouve demain pour la suite du calendrier, soyez au rendez-vous, ce sera un article pour sauver votre honneur sous le sapin !

SHAME (2011) : le vide sous toutes ses formes

En ce mois de Novembre, mois gris et pluvieux, je me suis dis qu’il était temps de vous sortir ma critique sur ce film que j’ai vu pour la première fois il y a quelques semaines. Alerte : il semble y faire chaud, mais pas forcément bon vivre, vous voilà prévenus !

SHAME est un film de Steve McQueen avec Michael Fassbender et Carey Mulligan, sorti en 2011. Ce drame raconte, de manière assez brutale, l’histoire de Brandon trentenaire célibataire, bosseur et accroc au sexe. Il se perd dans une addiction qui devient glauque, dangereuse et malsaine. Sa petite sœur Sissy, débarque alors chez lui sans prévenir. Sa présence va pousser Brandon dans ses retranchements.

Interdit aux – de 12 ans, le film est par moment assez difficile à regarder. L’addiction de Brandon l’a rendu très solitaire et chaque interaction avec une autre personne se transforme en une rencontre malsaine, douloureuse, empreinte d’un besoin contrôlé de posséder l’autre peu importe ce qu’il est. Les séquences de sexe sont parfois extrêmement violentes psychologiquement, car Brandon est un véritable monstre dans ces moments là. Sans âme, il s’évade tout en ayant la sensation de n’être vivant que par ces quelques minutes de plaisir. Tel un animal se jetant sur sa proie, Brandon évalue l’environnement et le contexte avant d’attraper sa victime. Il n’y a pas de scènes sans consentement, que l’on s’entende bien, Brandon parvient à contrôler son addiction à ce stade ci. Cependant, entre les prostituées, les collègues, les amies ou un mec dans une ruelle : le sexe n’a pas de visage. Encore plus perturbant, son addiction aux films pornos qui défilent sans cesse sur son écran que ce soit chez lui ou au travail. Brandon est seul, perturbant, mais solide addict, mais non-violent : c’est un homme moderne, accroc à la seule chose qui lui donne l’impression d’exister.

L’arrivée de Sissy dans cet appartement presque immaculé est comme une tornade. On comprend très vite que leur relation est également très destructrice et qu’elle a subi les conséquences de l’isolement volontaire de Brandon. On le découvre agressif face à une jeune femme envahissante, mais aimante. Sissy aime son frère, mais elle sait que quelque chose ne va pas chez lui. Elle tente de le faire réagir, tout en essayant elle même de se retrouver. Une séquence déchirante, où ils s’expriment tous les deux sur leur enfance et leur relation, va faire basculer Brandon dans une rage folle. Ils sont très proches, McQueen joue constamment sur cette proximité qui n’ira pas jusqu’à l’inceste. Comme ci la seule réponse à l’amour platonique était le rejet et la violence. Brandon ne sait pas aimer sa sœur, il ne voit en elle qu’un corps qui empiète sur son quotidien et qu’il ne peut pas posséder.

Sissy est une jeune femme sublime mais perdue également. Son personnage va servir à révéler davantage les blocages et la souffrance de Brandon. Mais aussi de mettre en lumière la vision qu’il peut avoir de lui même. Ses insultes et ses gestes envers Sissy lorsqu’elle couche le premier soir avec un de ses collègues, montrent toute la haine et le dégout qu’il ressent envers le sexe. La présence de Sissy va également mettre en avant l’isolement de Brandon, qui n’a pas d’amis et qui ne parvient pas à faire l’amour à une femme si elle lui apporte autre chose que du plaisir. Ce blocage, cette impuissance lorsqu’il s’agit d’une femme pour laquelle il ressent d’autres choses que juste une pulsion sexuelle est un aspect qui ne trouvera jamais d’issue dans le film. McQueen nous laisse dans un chaos et il n’est en aucun cas question de nous réchauffer le cœur, mais plutôt de faire un constat glacial du monde et de ses déviances.

L’un des rares films traitant le sexe qui ne vous donne pas envie de vous jeter sur votre partenaire. Le sexe est ici très froid, distancié, animal : à l’image du personnage. Le film, et c’est bien là toute sa réussite, parvient à garder cette distance malgré les larmes, le sang, le sperme, la sueur qui se déverse à l’écran. SHAME est un film incroyablement calibré, écrit et réalisé. C’est son aspect presque clinique qui fait de ce film une sorte d’installation plasticienne démontrant les rouages d’une société malade et impudique.

SHAME est un chef d’œuvre, sur la solitude et sur le vide qui nous ronge. L’addiction au sexe peut être remplacée aujourd’hui par l’addiction aux réseaux sociaux. Le mal moderne que l’on côtoie constamment et dont on ne sait pas se défaire. Le thème choisi par McQueen n’est qu’une énième expression de la solitude moderne. Le film est d’une noirceur vertigineuse qui vous dérange et vous rend mal à l’aise tout le long. Dans chaque plan, la composition est précise et illustre ce vide profond qui entoure Brandon.

La séquence finale du film est d’une puissance sans nom et, dans sa violence, condamne le personnage à perpétuité. Il reste froid, mécanique et le peu de chaleur émanant de lui n’est qu’une façade face à l’impuissance dont il fait alors preuve. Michael Fassbender a reçu de McQueen l’un des plus beaux cadeaux de sa carrière. Ce personnage vit à travers lui et on le sent habité profondément par son histoire. Si ce n’est pas le rôle de sa vie, ça en a quand même les traits. Une œuvre totale qui en dérangera plus d’un tant elle est proche de ce que nous redoutons le plus.

Un film à voir, en ayant le cœur bien accroché et l’œil bien affuté.