CSC 19 – RENCONTRE#2 – Pauline Amelin, réalisatrice du film SHOW

Dans le cadre du festival CHACUN SON COURT à Strasbourg, j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec Pauline Amelin, jeune réalisatrice (et bien plus encore) qui venait présenter son court-métrage SHOW au public Strasbourgeois. Un film léger, plein d’humour et de bienveillance que j’ai vraiment adoré.

A 30 ans, Pauline a déjà tout fait. Comédienne, monteuse, scripte, chanteuse, scénariste….et réalisatrice ! Après une école de cinéma en Belgique, elle commence à écrire son projet de film et quelques mois plus tard, une rencontre, un festival et la machine est lancée ! En 2018, Pauline réalise et diffuse SHOW son premier court-métrage. Un film basé sur une histoire que sa grand-mère lui a racontée et que Pauline a décidé de mettre en lumière.

Synopsis du film: Fraîchement retraitée et légèrement coincée, Line retrouve pour la dernière fois ses anciens collègues au dîner-spectacle organisé par son entreprise. Tony, un jeune drag-queen qui fait le show, va la bousculer dans ses habitudes pour l’encourager à se transformer et se libérer.

Son parcours, ses projets, ses envies, nos divagations et notre énergie partagée : ma rencontre avec Pauline Amelin.

(une rencontre que vous pouvez écouter également, en podcast juste Youtube ou sur Sounclound )

Pauline Amelin, réalisatrice du film SHOW, à Strasbourg – Octobre 2019

Bonjour Pauline, peux-tu te présenter et nous parler un peu de ton parcours ?

Pauline Amelin : J’ai 30 ans, je vis à Paris et SHOW est mon premier film ! Moi j’ai commencé plutôt comme comédienne, en faisant des pièces, des pubs, des choses comme ça. En parallèle, j’ai fait mes études, lettres modernes puis une école de cinéma (en Belgique,l’IAD) pendant trois ans où là j’ai étudié le métier de scripte et celui de monteuse. Là bas j’ai aussi commencé à écrire, mais j’étais vraiment de base dans l’équipe technique, j’ai fait pas mal de tournages. Ensuite je suis revenue à Paris où j’ai fini par faire un master de réalisation. Et c’est durant ce master que j’ai rencontré Paul mon producteur, de chez Orfeu Productions. J’ai participé à un appel à projets de la région Grand EST, on est allé au festival de Clermont-Ferrand et en fait là bas ils organisaient des rendez-vous avec des producteurs. J’avais jamais eu de rencontre avec des producteurs donc j’étais très stressée. Et au final j’ai rencontré Paul à une soirée du festival, on a tout de suite accroché, je lui ai fait lire mon scénario et quelques temps plus tard il m’a rappelée et m’a dis qu’il voulait vraiment produire le film. J’ai hésité au début car j’étais prête à tourner mon film, l’auto-produire là dans les deux mois avec des amis, des gens que je connais. Et le confier à une production ça voulais dire repousser le tournage, attendre les financements. Mais j’ai fini par accepter et en fin de compte on a eu très vite les financements, les choses ont pris du temps ensuite mais le film a vu le jour et je regrette pas car c’est ce qui fait la qualité du film et aussi sa visibilité (achat par ARTE, les festivals etc).

Mais du coup, tu avais déjà écrit le scénario avant de partir pour Clermont-Ferrand et de rencontrer ton producteur. Comment ça s’est passé l’écriture et comment l’idée a-t-elle germée, tu me disais que c’était en partie grâce à ta grand-mère ? Raconte nous cette histoire !

P.A : Oui, j’avais commencé à écrire le scénario en Belgique et évidemment il a énormément évolué depuis puisque c’était il y a 3 ou 4 ans déjà ! Et oui, effectivement, l’idée est venue après un coup de téléphone avec ma grand-mère qui est quelqu’un de très terre à terre. Et en fait, elle m’appelle et me raconte un dîner avec ses anciens collègues où il y avait des drag-queens et elle était fascinée. Elle me disait « mais ils avaient des jambes magnifiques» ! Et cette soirée a cassé un peu ses préjugés, même si elle n’a pas conscience du rapport politique ou engagé. Et j’ai trouvé ça fou que ces deux mondes se rencontrent : que ce milieu drag hyper engagé, militant sur la cause LGBTQ réussisse à toucher une dame dans sa campagne qui n’a pas forcément conscience de tout ça et qui s’ouvre à ça. Et moi qui ai toujours eu un attrait particulier pour ce genre de performance, le spectacle, le déguisement, ça a fait rejoindre beaucoup de choses dans ma tête : la femme, le corps de la femme, le fait de vieillir et d’être face à une espèce de bombe alors qu’on ne sait pas trop si c’est une créature de la nuit ou non. Mais oui l’idée est vraiment partie de ce coup de fil !

Et concernant le casting, comment ça s’est passé ? Parce que Catherine Giron qui joue Line dans le film est assez incroyable, très belle, presque juvénile. Comment tu l’a choisie ?

P.A : C’est un véritable coup de cœur. C’était pas gagné, je faisais beaucoup de castings, mais je trouvais que les femmes que je voyais étaient pas bonne comédienne. Je pensais vraiment que je ne trouverais pas. Et puis j’ai rencontré Catherine (Giron), qui ne connaissait pas son texte et ça, c’est quelque chose que je déteste. Étant moi même comédienne, je supporte pas qu’on arrive sans connaître le texte. Donc de base ça aurait pu vraiment être rédhibitoire. Et en fait, elle arrivait hyper bien a comprendre l’intention de la scène. Et moi j’aime bien demander aux acteurs de jouer plusieurs choses, de tester plusieurs intentions pour vraiment voir si l’acteur est capable de changer de ton, de jeu parce que pour la plupart ils sont toujours dans le même jeu, et là Catherine était vraiment incroyable. Et au delà de ça, c’est un véritable coup de cœur pour la femme. On se ressemble beaucoup, elle est pas du tout comme dans le film dans la vraie vie. J’avais l’impression de me voir mais en plus âgée ! En terme de personnalité on a vraiment de gros points communs et très vite j’étais quasiment sure que c’était elle. Donc oui c’est vraiment un gros coup de cœur confirmé par le fait que au niveau du boulot, je voyais que ça allait le faire.

Catherine Giron, comédienne

Et par rapport aux drag-queens, les acteurs, comment ça s’est passé le casting ? Tu me disais qu’il y en avait un qui était vraiment dans ce milieu donc tu n’a pas fait de casting pour lui ?

P.A : Oui, j’ai choisi Clément Chevalier qui est donc un drag-queen effectivement. Mais j’ai quand même fait des essais avec lui, parce que je suis pas du tout dans cette école là de la tradition française de prendre des personnes qui n’ont jamais joué. Donc j’étais un peu réticente et en même temps son physique m’intéressait beaucoup, totalement opposé à l’autre acteur (Thomas Coumans). Et finalement pendant les essais, je me suis rendu compte qu’il avait une réelle force. Il a un côté très doux, très rond et délicat, et en même temps une voix très rauque. Ça marchait vraiment bien et j’aurais aimé pouvoir le filmer d’avantage.

Thomas Coumans (à gauche) et Clément Chevalier (à droite) pour SHOW de Pauline Amelin

C’est vrai qu’on ne le voit pas beaucoup à l’écran finalement. Est-ce que tu aurais envie de continuer à travailler sur ce thème et pourquoi pas lui proposer un prochain rôle ?

P.A : J’ai vraiment envie de tourner à nouveau avec lui. Il y avait beaucoup plus de plans avec lui, mais j’ai du couper car ça ne marchait pas, c’est vraiment une histoire de rythme. Là, j’écris un nouveau projet, une série qui parle de la naissance d’un drag-queen. Un jeune mec qui ne connaît rien au monde des drag-queens et qui va tomber amoureux et donc s’intéresser à ce domaine. Et c’est vrai que j’imagine vraiment bien Clément dans ce rôle là. Bon, je te dis ça mais je ne lui ai rien proposé encore, ce sera peut être pas lui ! Mes autres projets de courts-métrages ne traitent pas de ce thème là mais le motif du drag je le retrouverais dans d’autres projets, c’est possible. Avec SHOW j’ai pas pu encore développer tout ce que j’ai a dire sur ce thème.

Cet intérêt pour le milieu des drag-queens, que je partage aussi, tu l’a donc déjà depuis un moment même avant que ta grand-mère te raconte cette histoire. Il vient d’où et dans quel mesure est-ce important pour toi d’en parler ?

P.A : Je pense qu’il y a deux points majeurs dans mon intérêt. Déjà ça a commencé quand j’étais petite, où j’ai vu des comédiens qui jouaient des drag-queens dans le film Priscilla, folle du désert (film australien de Stephan Elliott, réalisé en 1994) avec des acteurs de fou : Terence Stamp, Hugo Weaving et Guy Pearce. Ce sont des hommes très virils, et qui s’emparent des rôles de manière incroyable et moi j’étais fascinée par ça. Et ensuite, en me penchant un peu plus sur le milieu et sur l’envers du décor politique, engagé, je ressentais vraiment un espèce de truc hyper libérateur, une grande liberté. C’est étonnant, parce qu’ils se cachent, se dissimulent, se transforment. Ils créent leur personnage. Et moi j’ai la sensation qu’ils peuvent vraiment être eux mêmes ou qui ils veulent…alors même qu’ils sont cachés. Et j’adore l’idée qu’il y ai des endroits où tu puisses te sentir libérée à ce point.

Alors tu fais aussi le show puisque le générique du film te mentionne comme étant l’auteure et l’interprète de la chanson diffusée pendant la scène de playback, raconte nous ça !

P.A : Alors oui, je chante un peu à coté dans des bars ou je fais des jams de temps en temps mais rien de professionnel. Et pour le film, j’ai écrit cette chanson un peu punchy donc « Comme une reine » avec le compositeur et on s’était dis qu’on chercherait une chanteuse avec une voix vraiment rauque, puissante. Donc en attendant on avait enregistré la maquette avec ma voix qui est plutôt douce. Et au final, ça ne marchait pas avec la chanteuse qu’on avait trouvé. Et Hugo, le compositeur m’a dit « mais il faut qu’on garde ta voix, ça marche hyper bien ». J’étais pas très sûre car j’ai une voix qui est pas du tout faite pour chanter en playback comme ça. Et finalement, c’est vrai que je trouve que ça fonctionne vraiment bien et puis, je me dis que je fais mon petit caméo dans le film ! Je suis très contente de l’avoir fait.

Retrouvez la chanson « Comme une reine » en streaming juste ici

Tu fais vraiment énormément de choses, la dessus je me reconnaît vraiment en toi. Comment tu gères tout ça ? Tu a envie de chanter ou de continuer à jouer en plus de tes projets de réalisation?

P.A : J’ai vraiment beaucoup de centres d’intérêt c’est terrible. Mais c’est aussi pour ça que le cinéma je pense que c’est parfait pour moi car je peux vraiment m’éclater à plein d’aspects de la création. C’est vrai que ce qui est compliqué c’est de ne pas s’éparpiller. Mais bon, quand tu mets quatre ans pour faire un film tu a le temps de t’intéresser à plein d’autre choses à coté ! Mais vraiment, maintenant j’estime que mon métier c’est d’écrire et de réaliser. Si je reçois des castings ou des projets intéressants, oui je pense que j’accepterai. Mais je ne fais plus la démarche de me faire connaître pour être actrice. Je ne me suis jamais autant sentie comme un poisson dans l’eau qu’en tant que réalisatrice. Alors que dans le jeu, c’est vrai qu’il y en a des dizaines des blondes aux yeux bleus, je me sens noyée dans la masse. Pour le moment j’ai pas encore trouvé un projet où je me suis dis « ah oui jouer c’est vraiment mon truc » alors que derrière la caméra je me suis sentie tout de suite bien. J’adore jouer la comédie, c’est génial et si on me propose un rôle trop cool, j’irai, mais je ne cherche plus et on verra par la suite ! Ça m’a fait plaisir d’ailleurs de voir dans La nuit elle ment de Jeremy Forni et Rachel Lang (autre film diffusé pendant le festival) que c’était une réalisatrice qui jouait et que apparemment c’était une actrice qui a joué pendant hyper longtemps. Je me suis dis que c’était bien qu’on puisse faire plusieurs choses, et je trouve que c’est pas forcément bien vu.

Avoir plusieurs casquettes, tu penses que c’est pas forcément une bonne idée ? Pourtant ça se démocratise beaucoup, on voit par exemple des actrices qui passent derrière la caméra comme Monia Chokri, Géraldine Nakache ou Angelina Jolie etc. Il y a même des chanteurs qui deviennent acteurs. Je pense par exemple à Patrick Bruel, qui au final n’est pas plus mauvais qu’un autre et a même fait de sacrées performances comme dans « Le prénom » que je trouve très réussi. Donc je ne suis pas sure que ce soit si mal vu. Au contraire, c’est vraiment inspirant de voir les gens faire plein de choses. Surtout les femmes !

P.A : Je trouve que c’est vite vu comme « ah bah elle fait plein de trucs, mais est-ce qu’elle fait un seul truc bien » ? Évidemment, elles, elles l’assument et le font très bien. Mais c’est vrai que ça peut vite être mal vu et c’est dommage. Mais oui, c’est génial de faire plein de choses.

Je pense notamment au podcast de Iris Brey, She Cannes, qui donne la parole aux femmes. Je te l’enverrai si tu ne connais pas. Mais c’est vraiment enrichissant d’entendre des femmes faire autant de choses. Même moi j’essaie de faire tout ce dont j’ai envie, et de faire pleins de choses. Il faut juste se lancer !

P.A : Je ne connais pas, mais ça m’intéresse beaucoup ! Je travaille sur un podcast aussi, sur les artistes et le milieu artistique. D’ailleurs il y avait le festival du podcast à Paris, et j’y suis allée. C’était vraiment impressionnant et enrichissant. Mais oui c’est le moment de se lancer et le podcast l’avantage c’est que tu n’es pas obligé d’avoir un matos de folie. Tu peux vraiment te lancer et voir ce que ça donne. Il faut se dire qu’on va aller que en s’améliorant. On a toujours peur de se lancer parce qu’on est perfectionniste, on veut un truc super et on se met des barrières nous mêmes. Ma philosophie serait de se lancer, quitte à ce que cela ne soit pas parfait. En plus les gens font des retours, et tu t’améliores au fur et à mesure. Surtout quand, comme nous, on est intéressé par plein de choses, il ne faut pas se mettre de barrières.

C’est exactement ça, et c’est pour ça que je suis impressionnée aussi de rencontrer des jeunes artistes comme toi (acteurs, réalisateurs etc) et de voir ce qu’ils arrivent à faire. Ça fait du bien aussi de voir que notre génération a plus envie de faire ce qu’elle aime, quitte à avoir des emplois précaires ou autre mais de se lancer.

P.A : Mais c’est vrai, c’est ce qu’on se disait aussi. On se lance beaucoup plus. A part quand on a un achat de TV, moi j’ai eu l’achat de Arte par exemple donc j’ai des droits d’auteurs qui tombent. Mais j’étais serveuse encore en Avril dernier. J’ai lâché mon boulot de serveuse et là je lis des scénarios pour Orange Studios, ça me fait des petits revenus mais ça me permet de me concentrer sur mes projets. Même si, serveuse, ça m’a donné plein d’idées !

Pauline Amelin

Merci à Pauline Amelin pour son enthousiasme et pour avoir pris un peu de temps pour discuter avec moi de son film, son parcours et d’avoir divagué sur autant de choses. C’était une rencontre très enrichissante et très agréable. Je vous mets tous les liens pour plus d’informations juste en dessous et vous pouvez également suivre les news de Pauline sur son compte instagram.

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Rencontre avec Thomas Coulans : Tony dans SHOW