LES SAUVAGES : le coup de maître de la rentrée

Je vous en parlais dans mon article sur les séries de la rentrée (à lire juste ici) : Canal + à dévoilé ce Lundi 23 Septembre sa nouvelle série française. LES SAUVAGES réalisée par Rebecca Zlotowski (rien que ça) est une série politique française qui met en scène l’arrivée au pouvoir d’un président pas comme les autres. Idder Chaouch est élu, et la France s’embrase. La tentative de meurtre dont il est victime le soir de son élection va changer le pays et la vie de nombreuses personnes. Enquête policière, crise identitaire, fresque politique et familiale : LES SAUVAGES est un réel coup de maitre dans le paysage audiovisuel français.

La férocité de Rebecca Zlotowski

Les premières minutes de la série sont déjà percutantes : on emploie des termes controversés, on met en avant une population rejetée et stigmatisée etc. LES SAUVAGES c’est d’abord des romans, écrits par Sabri Louatah, né à Saint-Étienne dans une famille d’origine algérienne. Il écrit quatre tomes, traduits dans de nombreux pays, sur l’arrivée au pouvoir du premier président français d’origine algérienne. On est en 2012, Barack Obama est président des États-Unis depuis trois ans et Sabri Louatah se sert énormément de cette révolution outre atlantique pour construire son histoire. Sept ans plus tard, on découvre LES SAUVAGES sur le petit écran et l’histoire est encore plus poignante. Co-scénariste de la série, il laisse la réalisation à Rebecca Zlotowski, réalisatrice controversée qui aime détourner les clichés et qui revendique son envie de faire bouger les consciences. Présente à Cannes cette année avec son film UNE FILLE FACILE avec Zahia Dehar, la réalisatrice a déjà fait beaucoup de bruit cette année et n’est pas prête de s’arrêter.

Rebecca Zlotowski chez Clique pour LES SAUVAGES

Pour sa première série, il était donc légitime de la retrouver à la tête d’une œuvre aussi puissante. On reconnait Rebecca Zlotowski partout : son envie de ne rien cacher, de sublimer les mots et les gens, de se servir des clichés et des préjugés, d’être crue et d’aller au fond des choses. C’est avec férocité que la réalisatrice, s’alignant avec les romans de Sabri Louatah, donne sa vision des choses. Avec un rythme magistral qui réussit à condenser les quatre romans en six épisodes, elle en conserve les ambitions et dépeint une fresque sociale et politique incroyable, complexe et nuancée.

Avec au centre de la série, cette question de la haine qui est traitée de manière très complète. La haine de l’autre, la haine de soi, la haine de ses origines qui vient aussi de la haine que l’on reçoit et que l’on reproduit. Haïr sa famille ou son pays, c’est aussi haïr son histoire. Vision extrêmement féroce des sentiments qui règnent en France, dans chaque communauté et aussi, au sein d’une même famille. Le discours de fin de Roschdy Zem est poignant, froid et bouleversant. Qu’est-ce que veut dire « être français » aujourd’hui? La série répond, et cela ne va pas plaire à tout le monde.

Un casting extrêmement convaincant

Au delà du propos, c’est également le casting qui fait de cette série une belle réussite. Pour porter une histoire aussi forte, il fallait trouver des personnes capables de faire résonner tout ça et le pari est réussi. On retrouve des acteurs français très connus comme Marina Fois, Amira Casar ou encore Roschdy Zem (qui explose de justesse) qui côtoie des nouvelles têtes dont certaines assez inattendues. Le rapeur Fianso, de son vrai nom Sofiane Zermani, joue la figure menaçante de la série avec un talent assez impressionnant. Jamais dans l’excès, il parvient à convaincre et à prendre sa place à l’écran. Une vraie révélation, également, pour la jeune actrice suisse Souheila Yacoub, que l’on a déjà pu voir chez Gaspard Noé pour Climax ou dans le clip de Lomepal : « Trop beau ». Elle joue également à Paris, au théâtre, sous la direction de Wadji Mouawad. Un parcours intriguant et prestigieux pour cette actrice de 27 ans qui joue ici une fille aimante mais aussi une redoutable directrice de campagne. En tête d’affiche, on retrouve aussi Dali Benssalah, un jeune acteur français que vous avez sans doute vu dans le clip fou de The Blaze, sorti il y a deux ans, qui a fait le tour du monde. L’acteur alors inconnu a été repéré et sera à l’affiche du prochain 007, rien que ça ! Dans Les Sauvages, il joue le rôle de Fouad, fil rouge entre les deux familles et qui incarne parfaitement cette honte de ses origines presque aussi destructrice que la haine dont il est victime. Mention spéciale aussi pour le reste du casting qui est tout aussi puissant, notamment le jeune tireur, joué par Iliès Kadri.

Un casting qui, véritablement, apporte du cachet à la série. Roschdy Zem est magistral dans ce rôle de politicien qui ne veut pas faire comme les autres, de père, de mari et d’homme tiraillé par son histoire. Il ressemble à chacun des personnages, tous tiraillés par une forme de dualité. Une dualité que nous connaissons tous. Notre sexualité, notre famille, notre histoire, notre religion ou nos choix : on est tous catégorisés, jugés, emprisonnés. Les Sauvages montrent le pire mais aussi le meilleur de l’être humain lorsqu’il est confronté à sa condition.

Un discours percutant

Il y a deux scènes de vrai « discours » : la scène de débat qui ouvre la série et le discours de fin du dernier épisode. Ce choix d’ouvrir et de fermer la série par deux moments politiques très forts en France (le débat des présidentielles et l’investiture) est extrêmement puissant. Les propos de Idder Chaouch résonnent alors tout au long de la série et servent de fil rouge. Le silence, les questions sur l’origine, sur la légitimité à être français. Et la question qui va animer toute la série, et tous ses protagonistes, c’est bien cela. Qu’est ce que cela veut dire, aujourd’hui, d’être français? Dans une France en lambeaux et en flammes, la question se pose encore. Et en tant que spectateurs, on finit par se questionner aussi. Et c’est là la grande réussite de la série : parvenir à cogner là où ça fait mal. En six épisodes, dans un rythme effréné, avec un spectre politique et familial, Les Sauvages questionnent tout le monde sur son histoire et sur ce que nous sommes prêts à accepter pour notre avenir. Idder Chaouch répond finalement à cette question dans son discours de fin, et nous fait frissonner tant il est droit, froid et profondément changé. L’idée qu’il représente à la fin, entouré par son histoire (notre histoire) est très puissante.

Vous l’aurez compris, je ne peux que vous conseiller de jeter un œil à cette nouvelle série. Déjà parce qu’elle est française et qu’il est très rare de retrouver une telle qualité (malheureusement) dans notre paysage télévisuel. Ensuite car Les Sauvages parle à tous et sert avec une sacrée puissance un discours qu’il est important d’écouter. Il ne s’agit pas de faire la morale, Rebecca Zlotowski est bien plus subtile que cela. Il s’agit de combattre les préjugés tout en plongeant la tête la première dans ce qu’ils provoquent. Enfin, car au delà de la fresque sociale et politique, c’est une profonde histoire familiale complexe absolument passionnante. Ajouter à tout cela une très belle qualité d’écriture et de mise en scène et vous obtenez le coup de maitre de cette rentrée.

LES SAUVAGES de Rebecca Zlotowski et Sabri Louatah, disponible sur My Canal.

YEARS AND YEARS : incontournable et anxiogène

C’est une tornade que vient de créer Russell T. Davies (Queer as Folk, Doctor Who..). Un vent de protestation souffle sur le monde et soudain, tout explose. Littéralement. Dans 5 ans, Trump lancera une bombe nucléaire sur le sol Chinois, et le monde ne sera alors plus comme avant. Le début de la série sonne comme l’angoisse que nous avons tous depuis 2017, mais est-ce vraiment ce qui changera notre monde? Produite (et diffusée) par la BBC et HBO, YEARS AND YEARS nous montre que non, d’années en années, cette famille britannique voit notre monde changer et personne ne semble réagir autrement que par des mots : deuxième mandat de Donald Trump, Grexit, France bloquée, Espagne qui passe aux mains de l’extrême gauche, effondrement des banques, réchauffement climatique, disparition de certains animaux et fruits, attentats, quartier londonien réservé aux riches avec test bancaire à l’entrée, fake news avec des politiciens recréés numériquement pour des vidéos virales, avancées vers le transhumanisme avec des téléphones intégrés, camps, génocides cachés. Russell T. Davies a écrit notre histoire, l’a anticipée et c’est effrayant.

Anxiogène est un terme parfait pour décrire YEARS AND YEARS. On est happés par ce qu’il se passe sous nos yeux pendant six heures (6 épisodes) et on reste ébahis. On rit aussi beaucoup, on trouve certaines choses improbables et puis, on finit par y réfléchir et on se demande si c’est réellement impossible. Le point de vue occidental est irritant parfois. Comme si l’autre partie du monde n’existait pas ou était déjà perdue. Mais il est également profondément efficace puisqu’il démonte justement toutes nos croyances. Vous pensez être privilégiés et à l’abri dans votre pays riche et développé? Vous pensez que ce qui arrive au Moyen-Orient, en Afrique ou en Amérique du Sud ne vous atteindra jamais et surtout, ça ne vous intéresse pas? La série s’adresse à nous tous, population privilégiée qui va voir son petit monde s’écrouler devant ses yeux. L’argent si durement gagné va disparaitre, vos maisons vont vous être enlevées, un tri sera fait à l’entrée des quartiers ou des écoles, vous ne pourrez pas voter si votre QI n’est pas assez élevé et votre liberté ne sera plus qu’un mirage. Et le coup de maitre de la série est de nous montrer tout cela via le prisme de la famille.

Une famille touchante, mixte, multi-culturelle, aimante et soudée. Une famille où l’un a beaucoup d’argent grâce à son travail au sein d’une grosse entreprise bancaire et où l’autre est partie depuis sept ans pour des voyages humanitaires et des coups d’états. Les enfants sont non-binaires ou ultras connectés. Les difficultés médicales ou financières ne leurs sont pas étrangères. L’homosexualité est au centre de la famille, le mariage mixte également et les avis politiques sont divers. La famille Lyons est faussement normale en somme, avec des souffrances, des secrets mais des gens biens. Comme vous et moi, des gens qui pensent aux catastrophes du monde avec tristesse mais qui continuent d’acheter leur t-shirt à 1e. Des gens qui sont tolérants, humains et aidants mais qui au quotidien, changent de chaine lorsque l’on parle trop de la Syrie ou des palestiniens. Et puis on découvre Daniel et son obsession féroce pour sauver son petit ami Viktor, réfugié Ukrainien. Edith et sa rage de vaincre ce système corrompu et dangereux. Bethany qui se fait instrumentaliser par/pour le gouvernement et qui finit par s’en servir contre eux. Céleste et son caractère bien trempé. Stephen dont la fragilité et la lâcheté explosera aux yeux de tous. Ou la grand mère qui ne cesse de vouloir réunir sa famille malgré les horreurs du quotidien. Un événement brutal fait basculer la famille (et nous aussi par la même occasion) et est certainement le coup de massue que la série nous porte. Un coup nécessaire pour affirmer son propos : les choses ne se passent pas uniquement chez nos voisins.

Autre coup de maitre : la mise en place de la carrière de Vivienne Rook, politicienne démesurée et dangereuse digne d’une Donald Tump ou d’un Bolsonaro au féminin. Des propos qui choquent le pays mais qui amusent, une voix proche du peuple et des soucis internes au pays, une femme forte qui ose dire ce que nous pensons tous même les pires horreurs : Rook est digne des guignols que l’on voit sur chaque chaine depuis des années et qui pensent être ce qu’il nous faut pour (re)devenir un grand pays. Riche, provocatrice, politicienne du dimanche et dangerosité au maximum. Une carrière en fond tout au long de la série mais qui rythmera de nombreux événements. De son apogée à sa chute, elle deviendra le cœur du monde pour cette famille et un monstre à qui il faut couper la tête. Un monstre, joué par l’incroyable Emma Thompson qui nous glace le sang mais que le créateur de la série choisit de ne pas nous mettre au premier plan. Il est là, il se prépare et on ne se rend compte de son pouvoir que lorsqu’il est au sommet. Un moyen intelligent de nous montrer à quel point l’insouciance et le détachement des citoyens face a ces figures ridicules peuvent les amener à gouverner sans que nous n’ayons eu le temps de nous rendre compte de ce qui se passait.

Emma Thompson est Vivienne Rook

La série est extrêmement bien écrite. Russell T. Davies réussit en seulement six épisodes a brasser de nombreux sujets. Et surtout il parvient avec brio à changer d’échelle. Il passe d’un évènement aux retombées mondiales, au destin d’un pays avant de revenir a l’intimité d’une famille. L’effet papillon par excellence, pour nous montrer la portée de certains évènements, sur plusieurs années. Et comme cette famille, nous avons tous les mêmes questions en tête : que sera notre monde dans un an? Dans cinq ans, dix ans, vingt ans? Le secret de la série est justement de parler de notre présent (la série commence en 2019) et d’avancer petit à petit vers notre avenir (15 ans plus loin environ). Sans parler de robots dans tous les foyers, de clonages ou de vie sur mars, non non, l’angoisse vient justement du quotidien : ces petites ou grandes choses qui arrivent dans le monde chaque mois, chaque année et que nous oublions après quelques temps. Ce sont ces choses qui changeront notre monde à jamais : le climat que nous laissons partir en vrille depuis des décennies, les extrêmes que nous laissons grimper dans nos pays et nos gouvernements, le racisme que nous laissons impuni, les guerres auxquelles nos gouvernements participent, les droits de l’homme que nous laissons être bafoués un peu partout. Et comme le montre si bien la série, nous ne verrons pas les choses arriver. Parce que nous allons fermer les yeux, oublier et continuer sans réagir. Parce que tant que les choses ne seront pas devant notre porte, nous n’y croirons pas. On est aveuglés par nos écrans, par les médias et nous ne pensons plus par nous mêmes. Nous allons laisser ce monde nous échapper … jusqu’à ce qu’on réagisse enfin. Par amour, par peur, par conviction ou simplement pour survivre. Est-ce le message de Davies? Pour lui, l’avenir c’est un monde de chaos dans lequel nous allons vivre pendant des années avant de nous révolter et de reconstruire quelque chose? Notre monde actuel doit-il exploser pour nous permettre de créer un monde meilleur? Peut-être.

Ce qui est sûr, c’est qu’il faut vous attendre à être secoués par YEARS AND YEARS. La série rejoint Black Mirror sans ce coté moralisateur, va au delà de House of Cards avec un monstre bien plus gros que celui incarné par Kevin Spacey, au delà de tout ce que nous avons pu regarder avec effroi ces dernières années. Plus réaliste, moins fantaisiste et du coup beaucoup plus angoissante : cette fois ci, on nous offre l’une des séries d’anticipation les plus réussies.

YEARS AND YEARS de Russell T.Davies, six épisodes, avec Emma Thompson, Russell Tovey, Anne Reid etc. Disponible en totalité sur mycanal/OCS

CALLS de Timothée Hochet : le frisson par le son

La série crée par Timothée Hochet a été diffusée pour la première fois sur CANAL + en 2017. Le concept ? Dix épisodes d’une vingtaine de minutes maximum, audio uniquement et qui vous plonge chacun dans un univers différent. Il s’agit d’une série dramatique dans laquelle la tension est au maximum. Les personnages sont tous interprétés par des acteurs français avec notamment Matthieu Kassovitz, Jérémie Renier, François Civil, Marina Fois, Sara Forestier et j’en passe. Un casting cinq étoiles pour une série qui s’écoute? Le projet a beaucoup plu et la saison 2 est disponible depuis quelques jours.

Et c’est un coup de maitre. Malgré quelques épisodes un peu plus faibles narrativement parlant, la série porte une tension qui est véritablement prenante. Chaque épisode vous prends aux tripes et votre esprit divague. Votre imagination suit son cours, il s’agit presque d’une série ludique où vous avez le pouvoir des images que vous lui associerez. Comme un bon bouquin, CALLS allie écriture, interprétation, questionnement, frissons et imagination.

La saison 2 ne se centre plus uniquement sur le drame mais glisse vers la nostalgie avec quelques épisodes sur le souvenir, l’amour et la mémoire. Les thèmes sont quant à eux toujours très divers : du thriller de base au questionnement politique il y a de tout ! Certains sont fortement inspirés de certains scénarios comme celui de THE GUILTY de Gustav Moller pour l’épisode 5. Il y a rarement une fin heureuse dans CALLS mais toujours des émotions, des frissons et des interprètes vraiment très bons. On retrouve notamment dans ce nouveau casting : Swann Arlaud, Ramzy Bedia, Lambert Wilson, Ludivine Sagnier ou encore Alban Lenoir. Et ne vous étonnez pas si chaque épisode vous laisse sur votre faim, la mécanique de la série est souvent de ne vous donner aucune réponse sur les évènements que vous venez d’entendre/de vivre. Un très bon moyen de vous rendre accroc !

Certains épisodes sont disponibles sur YOUTUBE pour ceux n’ayant pas accès à MyCanal. Je vous mets quelques liens ci dessous :

Je vous conseille fortement de mettre des écouteurs pour être bien plongé dans chaque épisode. Certains épisodes peuvent vraiment être malaisants (vous voilà prévenus !) mais l’expérience est réellement intéressante et sensorielle. Bonne écoute !

The Society : quand Netflix s’attaque à Sa Majesté…

Avant d’entamer dix jours intense pour suivre le Festival de Cannes 2019, je me suis perdue dans les méandres de Netflix. Une nouvelle série est mise en avant sur la plateforme et le synopsis vous parlera peut-être : plus de 200 adolescents se retrouvent piégés dans ce qui semble être une copie conforme de leur riche petite ville. Elle est vide, encerclée par une forêt immense et il n’y a plus personne à part eux. Après le choc et l’incompréhension, place au pouvoir, aux règles et à l’ordre. Qui dois diriger ce nouveau monde? Quelles seront les règles à appliquer pour être en sécurité? Le pouvoir, ça s’apprend ou ça se prend? Tant de questions que la série tente d’exploiter avec une dizaine de personnages, assez caricaturaux.

The Society

Librement inspirée de Sa majesté des mouches de William Golding, que nous avons tous lu dans nos jeunes années, la série peine à trouver son équilibre. Avec Riverdale, Netflix a déjà prouvée que les séries pour adolescents, sous fond de scénario un peu fantastique, c’était pas son fort (à part Stranger Things qui sort un peu du lot). A partir de la saison 2, le fil narratif part complétement en vrille et devient peu crédible. Ici, avec The Society, l’inexplicable transforme les doutes en peur et les clans se forment pour survivre. Jusque là, on y croit : les fortes têtes prennent l’ascendant et on assiste à une véritable mise en place d’une nouvelle société avec ses propres règles. Mais le concept s’épuise assez vite et je crains un retour en fanfare avec un scénario abracadabrant.

Malgré la caricature un peu dommage de la plupart des personnages (fille populaire détestée, outsider méprisé, sportifs transformés en gardes du corps ou encore fils de riche qui s’avère être un psychopathe etc.) et du scénario (histoires d’amour, jalousies, bal de promo etc.) certaines idées sont assez intéressantes. Notamment le questionnement sur les limites à ne pas franchir : comment ne pas passer du coté de la dictature? Le partage des ressources, des tâches, de la sécurité et de la pérennisation de la société : tout doit être contrôlé et inventé sans dépasser les limites. De nombreux dialogues se veulent un peu moralisateurs mais fonctionnent malgré tout assez bien.

La série manque un peu de tension dramatique et abuse un peu des gros plans et des monologues désespérés. Cependant, le personnage de Campbell, bien qu’insupportable, est certainement l’un des plus intéressant avec une évolution assez prenante. Le personnage en lui même est certes peu original mais il est nécessaire pour maintenir un minimum de tension et piquer notre intérêt. De plus, il est plutôt bien écrit et sa présence à l’écran assure une suite (s’il y en une) plutôt tendue et intéressante. Avec une fin de saison à couper au couteau, on reste quelque peu sur notre faim. Une saison 2 n’est pas encore prévue (cela se décidera en fonction des audiences) mais elle est clairement nécessaire pour faire basculer la série dans un autre registre que celui de l’énième série pour ados. La série peut malgré tout se vanter d’avoir à sa réalisation Marc Webb (500 jours ensemble) qui d’ailleurs fera un petit clin d’œil à son film en l’incluant à une des scènes de la série. Malin !

A voir sur Netflix depuis le 10 mai. 1 saison de 10 épisodes pour le moment.

Love, Death and Robots : un cocktail savoureux pour adultes avertis

Proposée par David Fincher (Seven, Fight Club, Gone Girl) et Tim Miller (Deadpool, Terminator), entres autres, la nouvelle création Netflix est aussi surprenante que savoureuse. La plateforme elle même en parle comme la version animée de Black Mirror, sa célèbre création futuriste et dérangeante. Love, Death and Robots compile une créativité, une réflexion et une maîtrise de l’animation formidable. Dix-huit épisodes entre 5 et 20 minutes, chacun dans un univers différent et une animation cohérente à ce nouveau monde. Conçus par des studios hongrois, français, américains ou encore coréens : les épisodes fourmillent de styles différents pour parler d’amour (un peu), de la mort (beaucoup) et des robots qui sont omniprésents dans un futur sombre, un passé revisité ou un présent beaucoup plus obscur que le notre. L’humour, la violence, le sexe et la mort sont assemblés autour de thèmes divers comme l’écologie, la maladie ou encore la politique.

La qualité des épisodes en terme de narration varie, certains sont exceptionnels ( L’avantage de Sonnie, Le Témoin, Bonne Chasse ou encore L’œuvre de Zima) et d’autres beaucoup moins recherchés dans l’écriture (Un vieux démon ou Une guerre secrète). Et c’est là le petit point négatif et décevant de la série. Dix-huit épisodes c’est énorme, et cela ne semble pas avoir été un choix de qualité mais plutôt de quantité. Certains épisodes ressortent des clichés de SF (soldats se battant pendant 10 minutes contre une horde de créatures à coup d’explosifs ou aliens menaçant la tranquillité d’une campagne américaine, etc), d’autres adoptent continuellement un point vue rappelant les jeux vidéos avec une qualité bien plus élevée bien sur. Le manque d’originalité (et de qualité narrative) de certains épisodes est décevant et pousse à se poser la question de la nécessité d’avoir produit autant de courts-métrages si c’est pour avoir bâclé l’écriture de certains. Cependant, la palette de style en terme d’animation est véritablement appréciable.

Autre particularité de cet ovni : l’ordre des épisodes varie en fonction des utilisateurs de la plateforme. Netflix a ainsi expliqué que les épisodes de la série sont présentés dans quatre ordres différents. La plateforme n’a pas expliqué sur quelles informations se basaient l’algorithme qui détermine l’ordre que vous obtenez. Peut être que cela se base sur vos préférences en fonction de vos visionnages précédents sur votre compte ou encore votre situation géographique, c’est une question intéressante pour laquelle nous n’avons pour l’instant aucune réponse. Cependant, l’ordre des épisodes n’est pas forcément primordial étant donné que vous pouvez tout à fait décider de passer outre et regarder certains épisodes avant les autres en toute liberté. La chronologie n’a pas vraiment d’impact sur le visionnage des épisodes étant donné qu’ils sont tous aussi différents des uns des autres.

Love, Death and Robots est donc une série qui ravira les grands enfants adeptes d’animation et d’originalité. Malgré sa qualité narrative pas toujours au rendez-vous, la qualité de l’animation remporte toute l’attention. Et pour vous donner envie de jeter un œil, voici les 5 courts-métrages qui m’ont marquée !

Le témoin

Une jeune fille qui se prépare près de sa fenêtre aperçoit un meurtre dans l’immeuble d’en face. S’ensuit une course-poursuite effrénée dans une ville surréaliste dont l’issue s’annonce surprenante.

Avec une esthétique proche des mangas, ce court-métrage est l’un des plus beaux visuellement et l’un des plus surprenant. Il ressemble davantage à l’esprit de Black Mirror mais dans un univers bien plus coloré. Un délice visuel de douze minutes.

L’avantage de Sonnie

Le premier épisode de la série est à mon sens le plus réussi. Il nous plonge dans un univers violent et sombre : les combats de « bêtes ». Sonnie est invaincue et se retrouve face à un nouvel adversaire. Ce court-métrage est extrêmement violent et délicieux à la fois. La beauté de l’animation est incroyable et le scénario très fort. La scène de fin m’a vraiment marquée. En bref : moins de vingt minutes pour vous faire frissonner de plaisir.

Bonne chasse

Dans cet univers, les Hulijing sont des créatures chassées. Le fils d’un des chasseurs se lie d’amitié avec l’une d’entre elles et va l’aider à récupérer sa forme initiale.

Cet épisode est vraiment l’un des plus beaux autant narrativement parlant qu’en termes esthétiques. Le lien qui unit les deux personnages est très particulier et l’univers dans lequel ils évoluent l’est tout autant. Un petit bijou !

L’œuvre de Zima

Cet épisode est très singulier mais c’est certainement le plus poussé en terme de narration. Le questionnement sur l’art est ici brillamment mis en avant. C’est un court-métrage très intéressant et dont la fin vous laisse réellement ahuri. A voir sans tarder !

Les trois robots

Un peu d’humour fait toujours du bien ! Cet épisode est l’un des moins sombres de la série et il est très bien fait. Trois robots à la pointe de la technologie font du tourisme sur Terre. Seul problème : les humains ont tous disparus et la planète est en ruine. Avec un humour très plaisant, cet épisode vous embarque dans une direction inattendue et dont le scénario est bien plus subtil qu’il n’y paraît.