YOU, la série qui dérange

YOU est une série produite par Netflix et sortie en ce début d’année 2019 sur la plateforme. Développée par Greg Berlanti et Sera Gamble la série est une adaptation du roman (publié en 2014) de Caroline Kepnes : Parfaite.

De quoi ça parle? Joe est gérant d’une librairie quand il tombe fou amoureux de Beck, une jeune femme passionnée par la poésie et qui aspire à devenir écrivaine. Il va alors tout faire pour la séduire quitte à s’infiltrer dans sa vie privée et finir par contrôler sa vie.

YOU me faisait envie depuis un bon moment. Vendue comme une série sur le harcèlement et l’amour obsessionnel, elle s’annonçait intrigante voire utile (à savoir que je n’ai pas lu le livre et n’avais donc aucune attente particulière). Mais la série tient-elle toutes ces promesses? Et bien la réponse est non, malheureusement.

Le pitch de la série est tout bonnement effacé au bout de quelques épisodes (si ce n’est dès le début). Les actes de Joe sont justifiés constamment, alors qu’ils ont pourtant des conséquences dramatiques. Son amour pour Beck est sans limite alors même qu’ils ne se sont rencontrés qu’une fois. Le garçon est malade et traumatisé, on le comprend très vite, mais cela ne justifie en rien son comportement. La voix off (qui rappelle celle de DEXTER qui expliquait ses actes et ses méthodes de la même manière, etc.) qui rythme la série et qui n’est autre que celle de Joe noue un lien avec le spectateur. Mais du coup, nous n’avons jamais autre chose que ses propres pensées et ses propres justifications. Ajoutez à cela un acteur plutôt mignon, des personnages féminins tous plus insupportables les uns que les autres (à commencer par Beck elle même) et vous vous retrouvez à apprécier le harceleur/meurtrier. Et à partir de ce moment-là : la série est ratée sur le plan idéologique. Même l’acteur qui incarne Joe (Penn Badgley) s’insurge depuis quelques semaines des retours que lui font ses fans. Non, nous ne sommes pas censés apprécier ce personnage et encore moins tenter de le justifier. Malheureusement, c’est la série elle même qui entraîne ces émotions. Tous les autres personnages sont des psychopathes ou des gens malfaisants, ce qui annule totalement l’impact du personnage de Joe comme étant LA menace. La voix off, les caractéristiques des personnages autour de Joe, son passé, sa relation avec Pacco son jeune voisin qu’il aide et aime tous les jours, son romantisme : tout est fait pour que nous soyons touchés par le personnage. Pire encore, le scénario ne tarde pas à le mettre en concurrence avec une autre personne malsaine : Peach la meilleure amie de Beck. On déteste alors ce personnage qui est cette fois dépeint exactement comme elle doit l’être à savoir une personne destructrice, obsessionnelle et dangereuse. Ce tableau nous pousse donc à comprendre les actes de Joe à son égard voire à souhaiter qu’il s’en débarrasse et à détester davantage Beck de ne pas se rendre compte du réel visage de son amie. Est-ce une manière de montrer que les harceleurs sont souvent des gens normaux à qui l’on donne facilement sa confiance et dont on fini par excuser les actes ? Peut être que les créateurs ont souhaité mettre en avant l’impunité de ces personnes de cette manière là. Seulement, même si je suis de celle qui pense qu’un public n’a pas besoin d’être éduqué et est assez intelligent pour comprendre la fiction et les messages parfois cachés dans les œuvres : ici je suis dérangée par le discours plus qu’ambiguë de la série et son absence de morale. On s’attache à son personnage principal et l’on finit même par détester la victime (aussi insupportable soit elle). Ce que provoque la série rappelle les réactions que nous voyons trop souvent dans les médias chaque fois qu’une femme raconte avoir été harcelée, agressée ou abusée. La victime est souvent montrée du doigts et le(a) harceleur(se) a le droit à un flot de soutien. Et c’est cet aspect là qui me dérange. YOU aurait pu être une série profondément nécessaire et malheureusement elle se trompe (malgré elle peut-être) de discours.

Ici, le traitement des personnages est tel que nous ne parvenons pas à discerner le propos réel de la série. Et si l’acteur lui même est surpris de l’accueil du public envers son personnage c’est qu’il pensait surement qu’il serait tout autre non?

Cependant, si l’on s’attarde uniquement sur la qualité de la série alors elle n’est pas totalement mauvaise. Si vous acceptez l’ambiguïté du discours et le manque de morale et que vous souhaitez seulement être divertit : YOU vous plaira peut-être. Le rythme est quelque peu inégal mais on reste accroché à l’histoire. Les acteurs sont plutôt bons et le divertissement est réussi malgré une fin bâclée et un cliffhanger totalement prévisible. Et vous, YOU vous a-t-elle dérangée?

YOU, disponible sur Netflix.

Edmond de Alexis Michalik

Je jette avec grâce mon feutre, 
Je fais lentement l’abandon
Du grand manteau qui me calfeutre, 
Et je tire mon espadon ;
Élégant comme Céladon, 
Agile comme Scaramouche, 
Je vous préviens, cher Myrmidon, 
Qu’à la fin de l’envoi, je touche !

Edmond est un petit bijou pour bien des raisons. La particularité de ce film c’est qu’il s’agit d’une incroyable mise en abîme. En effet, l’acteur, metteur en scène et scénariste Alexis Michalik déjà auteur de deux pièces à succès (Le porteur d’histoire en 2011 et Le cercle des illusionnistes en 2014) s’est attaqué à l’adaptation de sa propre oeuvre. Edmond est une pièce qu’il a créee en 2016 et qui raconte la création de la célèbre comédie Cyrano de Bergerac du poète Edmond Rostand. Écrite et montée en décembre 1897 c’est une pièce en cinq actes, en vers et qui a fait trembler les planches de nombreux théâtres depuis sa création. Edmond a été ovationné pendant plus de deux ans avant de se retrouver dans nos salles. L’adaptation d’une pièce de théatre au cinéma est toujours un projet particulier. Mais lorsque l’on adapte une pièce qui elle même raconte la création d’une autre et tout cela par le même auteur : qu’est ce que ça donne?

Edmond, c’est du cinéma pour les amoureux. Amoureux du théâtre français, de la poésie, des acteurs, de Paris, et de la création. Si vous n’êtes pas sensibles à tout ça, alors le film ne vous touchera peut-être pas autant que je l’ai été. Plongés dans un Paris du 19e, on revit les quelques semaines intenses durant lesquelles Cyrano à vu le jour : l’histoire d’amour intellectuelle d’Edmond, le triangle amoureux qui fera naître le comique de la pièce, la peur de voir le théâtre s’éteindre au profit du cinématographe, sa vie personnelle tourmentée, le théâtre parisien de l’époque, l’incroyable gérant du café où il écrit une grande partie de l’oeuvre, les improbables heures de filages et de répétitions avant d’arriver à l’apothéose des applaudissements et du succès de la pièce lors de la première. On redécouvre avec délectation les vers et les dialogues, on visualise leur création, on aspire la beauté des lettres du poète à Jeanne et on se réjouit des répétitions parfois chaotiques de la troupe. A noter que le film n’est pas à prendre comme un biopic ou une réelle reconstitution des faits mais bien une fiction inspirée de faits reels écrite par le réalisateur. 

Raconter comment l’un des plus grands poètes à pondu la plus célèbre pièce française c’était un pari risqué. J’ai peut-être sciemment ignoré les quelques défauts du film mais, pour moi c’est un pari réussi. J’ai adoré la manière dont Michalik se réapproprie sa pièce. On sent l’attachement énorme du réalisateur pour l’histoire qu’il raconte, pour les acteurs qui se tiennent devant sa caméra, pour Cyrano et pour l’époque qu’il filme. Certains plans sont véritablement sublimes (plans larges et sublimés devant le moulin rouge ou devant les cafés, contre plongée sur les lieux de représentations, plans fixes sur les scènes de spectacles, etc.) et l’on sent l’amour du cinéaste pour Paris et pour le monde des artistes. Il réussit également à ne pas faire de son film une pièce de théâtre filmée. Ce n’est pas une captation d’une représentation de Cyrano ni celle de sa propre pièce et c’est pourtant ce dont on pourrait avoir peur lors des scènes finales de représentation. Mais Michalik n’oublie pas que nous sommes au cinéma et embarque sa caméra pour jouer sur les différences et les atouts des deux arts qui s’entremêlent face à nous. Il fait glisser doucement la représentation théâtrale vers une véritable scène d’amour tragique de cinéma avec les mouvements de caméra, les décors et tout ce qui s’y rattache avant de revenir doucement sur les planches et retrouver les personnages là où on les a laissés. C’est profondément poétique, engagé et une belle déclaration d’amour au texte d’Edmond Rostand, au théâtre et au cinéma.

Alexis Michalik nous touche et parvient à créer une oeuvre totale tout en s’attaquant à une histoire populaire. Le film est drôle, dynamique, intéressant, beau et rend hommage au texte d’Edmond Rostand et à son oeuvre emblématique. J’aimais déjà énormément Cyrano de Bergerac, et le film m’a rappelé pourquoi. Le cinéaste signe ici un grand film, une déclaration d’amour au théâtre français et à la poésie. La mise en scène est brillante et sa reconstitution de l’époque est sublime. Un film français que je vous encourage à voir en ce début d’année et qui donne envie de suivre ce metteur en scène/cinéaste de plus près ainsi que de découvrir son travail sur les planches. J’adorerais voir Edmond au théâtre.

J’en profite d’ailleurs pour vous rappeler que Cyrano de Bergerac a elle même été adaptée de nombreuses fois au cinéma, et l’une de mes adaptations préférées est celle de Rappeneau en 1990 avec le grand (et jeune) Gérard Depardieu dans le rôle de Cyrano. C’est l’une des premières adaptations cinématographiques que j’ai vu et elle m’a vraiment marquée.

Extrait de Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990) avec Gerard Depardieu

Mais il y a également eu la version plus ancienne de Fernand Rivers en 1946 ou encore celle de Claude Barma en téléfilm dans les années 60. La pièce sera quant à elle encore jouée cette année notamment a la comédie française et l’a été de nombreuses fois en 2018. Une oeuvre que nous connaissons tous mais qui ne prends pas une ride et qui continue de faire vibrer les planches des théâtres français et de nous éblouir sur grand écran.

Edmond de Alexis Michalik, sorti le 9 janvier 2019.

BIRD BOX de Susanne Bier

Le nouveau film produit par Netflix et mis en ligne quelques jours avant la fin d’année est le plus gros succès de la plateforme en 2018 et a comptabilisé plus de 45 millions de vues dès la première semaine, mais que vaut-il réellement?

attention, cet article contient des spoilers

BIRD BOX c’est l’histoire de Malorie (Sandra Bullock) qui vit depuis cinq ans dans un monde où d’étranges créatures ont pris le pouvoir et ont décimé une grande partie de la population. Une seule règle : ne pas ouvrir les yeux lorsqu’on se trouve à l’extérieur. Après une énième perte, Malorie et les deux enfants qui sont à ses cotés, vont entreprendre une grande traversée les yeux bandés pour rejoindre le seul endroit qui semble pouvoir les protéger.

Alors de prime abord, l’idée est assez chouette mais elle sent un peu le réchauffé. Les films d’horreurs où l’un des sens est manquant sont nombreux (dernier en date Sans un bruit de John Krasinski sorti la même année ou encore Hush de Mike Flanagan sorti en 2016 et également disponible sur la plateforme) et le genre s’essouffle un peu. Dans le cas de Bird Box je n’arrive pas vraiment à le caser dans la case « horreur » mais plutôt dans le genre apocalyptique ou (à la limite) thriller.

Le film n’est pas mauvais, que l’on s’entende, c’est même un divertissement plutôt réussi mais il est loin d’être révolutionnaire. Le fil narratif est très classique et avec peu d’originalité si ce n’est le concept de base qui est d’avoir les yeux bandés/cachés. On tombe très vite dans un contexte apocalyptique et ce, sans aucunes justifications (on ne sait pas ce que sont ces choses, on ne sait pas d’où elles viennent, ce qu’elles font ni pourquoi elles sont là) : on ne peut que supposer. La situation est acceptée très rapidement par les protagonistes ce qui réduit donc légèrement sa crédibilité et son impact. En quelques minutes le réalisateur nous propulse en dehors du monde, nous explique en quelques mots le mal qui ronge le monde (à savoir une étrange force qui vous pousserait au suicide en vous montrant vos plus grandes peurs si vous la regardez dans les yeux) puis passe directement au chapitre suivant : la survie. Pour ma part, j’aurais eu besoin d’un peu plus de détails et d’explications pour véritablement entrer dans le film, mais soit.

Autre aspect qui m’a profondément dérangée : le personnage de Malorie n’est absolument pas assez travaillé. On ne sait rien d’elle. On la prend au passage, à un instant T de sa vie sans rien savoir de plus. Pourquoi a-t-elle autant de mal à appréhender le rôle de mère pendant (et après) sa grossesse? Pourquoi était-elle si asociale avant les événements? On apprend par ci par là que ses parents n’étaient pas géniaux mais c’est tout. Du coup, l’intérêt pour le personnage met du temps à se manifester. On a l’impression de rencontrer une jeune femme, de la suivre dans cette situation apocalyptique et de la quitter lorsque les choses se sont arrangées. On ne peut s’attacher à un personnage dont on ne sait rien et dont on n’apprend rien. Et c’est dommage parce que du coup, le film reste en suspens. Il est simplement là pour nous dire : « eh, c’est la fin du monde, les gens qu’on vous présente vont tenter de s’en sortir et entre temps il y aura une ou deux scènes un peu fortes. Bonne soirée. »  Et malheureusement ça ne suffit pas pour en faire un film passionnant.

Dernier aspect légèrement décevant : le film ne va pas assez loin. L’idée d’une force ou de créatures qui vous poussent à vous suicider si vous les regardez en face est chouette mais pour que nous soyons réellement effrayés ou angoissés par l’arrivée de ces choses : montrez les nous, faites en quelque chose de réellement angoissant ou bien montrez nous ce qu’elles provoquent. L’une de ces trois choses aurait suffit pour que l’on s’inquiète vraiment, mais là il n’y a rien. On constate simplement les effets suicidaires mais on ne les vit pas vraiment. On voit quelques personnages se suicider, mais pourquoi? Qu’est-ce qu’ils voient? Cela aurait été intéressant de voir les peurs de chacun par exemple. Et je reviens donc à l’aspect le plus problématique du film pour moi : on ne connait pas assez les personnages et du coup, tout reste un peu en surface. Je regrette qu’il n’y ai pas eu une scène où Malorie aurait été confrontée directement à ces « choses » et leur aurait résisté par exemple. Et puis, pourquoi les créatures ne peuvent elles pas entrer dans les maisons? On voit bien quelles peuvent avoir une force considérable, alors pourquoi sont elles coincées à l’extérieur? Encore une chose qu’on ne nous explique pas et qui enlève un peu d’impact à l’aspect terrifiant du film.

Cela dit, il y a quand même plusieurs choses intéressantes dans le film comme le fait que ceux qui se sont échappés de l’institut psychiatrique soient « immunisés » face aux créatures : sont ils insensibles à la peur? Sont-ils trop fous pour y voir quelque chose de terrifiant? Ils parlent tous de la beauté que les créatures représentent et que tout le monde devrait voir. La scène où celui qui est entré dans la maison sort tout ses dessins est intrigante : sont-ils les seuls à pouvoir les regarder? Le fait qu’il y ai plusieurs représentations sur ses dessins montre également la psychologie du personnage et c’est vraiment intéressant. C’est d’ailleurs les seules représentations des créatures que le film nous offrira. Enfin, la seconde scène que j’ai trouvée assez percutante est celle dans le bateau où Malorie expliquent aux enfants que l’un d’eux devra enlever son bandeau pour la guider sur le fleuve. Sa réaction lorsque son fils se propose et son silence lorsque la petite fille le fait à son tour : cette scène est atroce mais nécessaire dans le processus psychologique du personnage. Va-t-elle réellement devoir choisir lequel des deux enfants doit risquer sa vie? Le silence, les regards, la résignation qui se lit sur le visage de la petite fille : tout est terrible. Cette scène est celle qui m’a le plus marquée.

BIRD BOX est un bon divertissement : on va rapidement au but, c’est bien rythmé, les scènes fortes fonctionnent plutôt bien et on ne s’ennuie pas. Mais il ne va pas assez loin, manque de profondeur et d’originalité. On en ressort pas marqué ni terrifié et c’est dommage car l’idée de base aurait pu réellement donner quelque chose de beaucoup plus intense. A voir donc, mais sans en attendre grand chose de plus qu’un bon film apocalyptique.

Dispo sur Netflix.

Les 8 courts-métrages qu’il ne fallait pas rater en 2018 !

En 2018, un petit nouveau à fait son entrée dans mon quotidien : le court-métrage. Alors certes j’étais déjà familière à ce monde là mais très loin d’imaginer son réel potentiel. J’ai eu la chance de participer a la programmation de la huitième édition du festival Chacun son court à Strasbourg, organisé par La Cigogne Enragée grâce à qui j’ai également pu participer au Festival International du court-métrage de Clermont-Ferrand. Ces deux expériences m’ont clairement prouvée la grande diversité de ce format et j’y ai découvert de petites pépites. Que ce soit via des plateformes telles que Youtube ou Viméo, en festival ou parfois avant certains longs-métrages, ce format est désormais quelque chose qui m’intéresse et m’attire davantage. Accessible un peu partout, il suffit parfois de chiner sur la toile pour tomber sur de véritables œuvres. Le court-métrage est réellement un puits sans fin de créativité et de talent, réalisé autant par de grands noms, des amateurs ou des étudiants (Femis, Gobelins ou universités). Voici les 8 courts-métrages que j’ai préférés en 2018 (liste non exhaustive que j’ai basée en priorité sur ceux que j’ai pu retrouver en ligne pour vous permettre de les visionner à votre tour, mais ils ne le sont pas tous malheureusement…).

J’mange froid de Romain Laguna

J’mange froid est un des courts métrages qui m’a le plus touché cette année. Peut être parce qu’il allie beaucoup de thématiques que j’aime retrouver à l’écran : la musique, la banlieue, les personnages forts, l’amitié, etc. Interprété par le rappeur français MELAN qui vaut le détour ne serait-ce que pour sa musique, ce film est une petite bulle d’espoir qui fait du bien et dont vous entendrez parler encore en 2019 puisqu’il se trouve parmi la sélection officielle courts métrages des Césars de cette année !

extrait du film

Bonobo de Zoel Aeschbacher

Un des meilleurs (voir peut être LE meilleur) film de 2018, Bonobo est un film chorale qui monte en puissance à chaque minute et fini par vous emporter dans une tornade absurde et à la fois si réaliste. On suit les quelques heures de plusieurs protagonistes qui vont sans s’en rendre compte être lié par la panne de l’ascenseur de leur immeuble. C’est intelligent, beau, puissant et totalement prenant. La maîtrise du rythme et de la tension est réellement incroyable, donc chapeau bas au réalisateur. Je n’ai pas réussi à remettre la main dessus mais si vous le trouvez, regardez le vous ne serez pas déçus !

Pépé le morse de Lucrèce Andreae

Ce petit film a reçu le César 2018 du meilleur court-métrage d’animation et c’est mérité. Je pense néanmoins (pour en avoir fait l’expérience avec un visionnage à plusieurs) qu’il ne parlera peut être pas à tout le monde. Cependant, étant disponible sur arte.tv je vous conseille de le visionner pour vous faire votre propre avis, pour ma part ce fut un bon moment plein d’émotions. Pépé le morse raconte l’épopée d’une famille à travers les dunes pour dire adieu au grand-père qui vient vraisemblablement de les quitter. La grand-mère, la fille, les enfants : tous appréhendent le deuil d’une façon différente. C’est poétique, drôle parfois, bien écrit et surtout très bien réalisé .

Les indes galantes de Clément Cogitore

Pour celui ci, je pense que son appréciation est profondément subjective. Il faut être touchée par ce que l’on voit et ce que l’on entends, et ça n’atteindra peut être pas tout le monde donc faites l’expérience et dites moi (film complet ci-dessous). La mise en scène est sublime et nous offre cinq minutes merveilleuses.

Film complet

Prends mon poing de Sarah Al Atassi

Ce film (produit par La Fémis) est une véritable claque d’une dizaine de minutes. Il a également divisé le public et cela fait partie de sa force. Il est violent certes, mais une violence nécessaire et organique. Les coups et le corps comme seul moyen de communication pour ses deux êtres solitaires. Un langage propre qu’ils se sont attribués et qui finira par les rapprocher. Un vrai coup de poing visuel également, ce film ne laisse personne indifférent.

Teaser du film

Bao de Domee Shi

Celui ci beaucoup d’entre vous ont dû le voir ou en entendre parler puisqu’il a été produit par Pixar et diffusé en salles juste avant le film Les Indestructibles 2 durant l’été 2018. Désormais disponible en ligne juste ici, vous pouvez voir ou revoir ce petit film d’animation à croquer qui m’a beaucoup plu. Les influences asiatiques sont très chouettes et l’histoire assez jolie. Un doux moment qu’il serait dommage de rater surtout que c’est (au passage) le premier court-métrage réalisé par une femme pour Pixar.

Malik de Nathan Carli

Retour sur un univers bien plus sombre avec Malik, un court métrage que j’ai réellement adoré. L’histoire d’un jeune de banlieue qui décide de fuir son quartier et sa famille avec son copain. En quelques minutes le film traite de l’homosexualité, de la banlieue, de la famille ou encore de la religion. Une fuite vers la liberté très bien menée avec une tension maîtrisée jusqu’au bout. Le film est très beau et presque trop court !

Avec Thelma de Ann Sirot et Raphael Balboni

On finit tout en légèreté avec ce petit film sur l’homoparentalité. Avec Thelma raconte les quelques jours que passent un couple homosexuel avec la nièce de l’un deux qui va littéralement bouleverser leur quotidien et les marquer. Le film parle autant de la routine au sein du couple que de la vision de la société des parents homosexuels. Intelligent et léger à la fois, c’est un film qui mérite d’être vu.

Teaser du film

Il y en a tant d’autres que j’ai eu la chance de visionner et bien plus que je n’ai pas eu le temps de voir, alors en attendant de découvrir le cru de 2019 j’espère que cette petite sélection de courts-métrages sortis l’année passée vous a plu !

Retour sur…l’année 2018 !

Pour cette première publication de l’année 2019, j’avais envie de faire un petit retour sur mes visionnages de l’année 2018, et ils sont nombreux ! L’année qui vient de s’achever a été riche en émotions, en création et en cinéma. Entre les grands films attendus de tous, les créations originales de plusieurs plateformes (Netflix, Canal etc), les séries ou encore les spectacles il y eu du neuf et du beau un peu partout. Je n’ai pas pu tout voir et j’ai surement raté des pépites mais peu importe, voici mes 12 coups de cœurs de l’année!

12. Detective Dee : la légende des rois célestes de Tsui Hark

Detective Dee n’est pas une surprise : j’avais adoré les deux premiers et je savais que ce troisième opus serait un régal pour moi. L’univers complétement barré de Tsui Hark est une exception dans mon coeur. Je ne suis généralement pas touchée par les mondes improbables, les couleurs partout, les réalisations qui partent dans tous les sens, etc. Mais Tsui Hark réussit chaque fois à me faire oublier la rationalité et à m’emporter dans un tourbillon d’émotions et de beauté. Dectective Dee : la légende des rois célestes est un condensé de beauté esthétique, de personnages hauts en couleurs, d’intrigues improbables avec un rythme affolant. Il faut absolument abandonner toutes ses croyances et attentes en termes de narration classique lorsqu’on entre dans une salle pour voir ce genre de films. Et lorsque l’on a accepté cet univers alors il nous transporte totalement. C’est beau, riche, coloré, impressionnant, incroyablement réalisé et on en ressort avec de multiples images en tête. Tsui Hark propose un véritable spectacle de plus de deux heures qui nous bouscule de A à Z.

11. En liberté ! de Pierre Salvadori

Ce film, j’ai hésité à le mettre dans le classement car je pense que mon amour pour lui est lié principalement aux conditions dans lesquelles je l’ai vu et à ce qu’il m’a procuré à cet instant. Il faut savoir que j’ai vu ce film à deux, seuls dans la salle à la séance de 22h30 et cela a contribué grandement à son appréciation. La liberté qu’on a eu de réagir en direct sans se censurer en ayant cette immense salle rien que pour nous était jouissif et c’est principalement ce que le film engendre : une envie de jouir de sa liberté même lorsqu’on ne sait pas quoi en faire. En liberté ! est un film qu’on savoure presque honteusement. Le fil narratif n’est pas vraiment original et le rythme un peu décousu. Mais Pio Marmai et Adèle Haenel sont tellement exquis qu’on s’accroche à eux instinctivement. Le film est terriblement drôle mais avec un humour tranchant, totalement insolent et absurde à de nombreux égards. Un délice à savourer à plusieurs !

10. The Haunting of Hill House créee par Mike Flanagan

Passons du coq à l’âne avec cette série d’horreur diffusée sur Netflix en Octobre 2018. Une série en dix épisodes et qui m’a littéralement obsédée. Je ne suis pas très adepte du cinéma d’horreur car j’ai très peu de maitrise face à ça et surtout je suis beaucoup plus perturbée par les horreurs plus psychologiques (Funny Games, Harry un ami qui vous veut du bien etc.). J’avais déjà essayé les séries de ce type comme American Horror Story mais sans jamais réussir à être absorbée, alors quand j’ai commencé cette série j’étais sur mes gardes. Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu (piquez les codes Netflix de votre voisin et foncez dès la fin de cet article!) il s’agit de l’histoire de la famille Crain qui a vécu à Hill House la maison hantée la plus célèbre des Etats Unis. Chaque membre de la famille est toujours hanté par ses traumatismes et plus on avance dans la série plus on se rend compte de la profondeur de ces derniers. Cette série est un chef d’oeuvre du petit écran, elle est terriblement bien réalisée et chaque épisode est un petit bijou d’horreur à lui seul. Petit bémol pour l’épisode de fin qui part un peu dans tous les sens mais c’est un avis personnel. The Haunting of Hill House m’a tenu éveillée longtemps et m’a réconciliée avec le genre horrifique tout comme Hérédité (Ari Aster) que je ne mettrais pas dans ce classement mais qui est également assez incroyable dans le genre !

9. Le Grand Bain de Gilles Lellouche

Un peu (plus) de cinéma français, s’il vous plait ! Le nouveau film de Gilles Lellouche était certainement l’un des films que j’attendais le plus. Il nous avait fait patienter en dévoilant un casting fou et un scénario assez flou. Mais Le Grand Bain est finalement une réussite sur bien des points et fait partie des films de 2018 qui m’ont redonné foi dans le cinéma français. Ce film a été vendu comme une comédie un peu partout et même après sa sortie les critiques en parlait comme la comédie de l’année, sur les affiches promotionnelles les encarts de presses insistaient tous sur le coté « hilarant » ou « comique » du film. Pour ma part, je dirais plutôt qu’un film n’a jamais aussi bien porté le genre de « comédie dramatique ». Parce que oui, le film est drôle mais c’est loin d’être son utilité première. Je crois d’ailleurs avoir souri pour la première fois au bout d’une bonne heure de film. Gilles Lellouche a réussi à dresser un tableau de la dépression qui m’a profondément touché. Almaric, Poelvoorde ou encore Katerine sont exceptionnels dans ces rôles de paumés qui cherchent par tous les moyens un peu de vie et de contact. Et au final l’idée de la natation synchronisée est belle car elle leur permet d’apprendre la légèreté, l’esprit d’équipe, l’envie de réussir des choses etc. Mention spéciale aussi pour Virginie Effira qui est décidément bien douée. Le cinéma français ne m’a jamais paru aussi qualitatif qu’après être sortie de la salle et Le Grand Bain mérite largement le succès qu’il a obtenu.

8. The Guilty de Gustav Moller

Et en Europe il s’est passé quoi? Et bien Gustav Moller, pour son premier long métrage, a réussi le thriller de l’année tout simplement. The Guilty c’est l’adaptation d’un roman (que je n’ai pas lu d’ailleurs) danois qui se passe intégralement au téléphone dans les locaux des services d’urgences de la police. On suit la folle nuit de l’agent Asger Holm qui reçoit un appel d’une femme qui dit avoir été kidnappée. Ce film est un véritable coup de maître, déjà par son originalité mais aussi par sa maîtrise de la tension dramatique. Il nous tient en haleine pendant 1h30 alors que nous ne voyons absolument rien à part un homme au téléphone et le climax de fin est incroyable. C’est une petite pépite qui méritait un succès bien plus grand.

7. Bohemian Rhapsody de Bryan Singer

Parce qu’il fallait bien que je le place quelque part : voici mon coup de cœur absolument pas objectif de l’année ! Bohemian Rhapsody est LE film que j’attendais pour 2018. Amoureuse inconditionnelle du groupe QUEEN j’étais folle d’impatience et j’avais déjà vu le teaser des dizaines de fois avant d’aller le voir en salle. Et que dire? Rami Malek est incroyable et m’a donné envie de me replonger dans la série Mr Robot dans lequel il a le premier rôle et que j’avais rapidement abandonné. Cet acteur va faire de grandes choses c’est indéniable ! Les scènes de création des plus grands morceaux du groupe sont délicieuses et Bryan Singer signe des plans absolument sublimes. Alors oui, tout n’est pas totalement vrai et on ne peut peut-être pas appelé ce film un biopic tant certaines choses ont été lissées mais on ne m’enlèvera pas que Bohemian Rhapsody est un show immense qui m’a fait vivre de grandes émotions. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai chanté, j’ai eu les yeux écarquillés et mon amour pour le groupe n’était que plus grand en sortant de la salle. Alors au diable l’objectivité et l’analyse purement cinématographique : j’ai adoré et je me devais de le mettre dans mes favoris de l’année.

6. Spider-man : new generation de Bob Persichetti et Peter Ramsey

Spider-Man into the spider-verse (vo) est un réel chef d’oeuvre d’animation. Il aurait pu se trouver dans le top 3 de ce classement mais je n’ai pas pu me résigner à le modifier. Le film est vraiment excellent. J’ai fait une petite après-séance en rentrant du cinéma que j’ai laissé en ligne vous pouvez la retrouver sur le blog, je ne vais donc pas me paraphraser. Mais c’est drôle, intelligent, terriblement bien foutu et divertissant au possible. Un réel coup de cœur pour ce film d’animation autant fait pour les adultes que pour les plus petits et qui fout une claque bien mérité à tous les autres films de supers-héros de l’année. Chapeau bas !

5. Au poste ! de Quentin Dupieux

Les amoureux de l’absurde et de son maître Quentin Dupieux comprendront certainement mon amour pour ce troisième (et dernier) film français du classement. Le nouveau film du très grand Mr Oizo a été une petite claque pour moi. Un délice d’humour, de cinéphilie, de talent (Poelvoorde et Ludig sont clairement le meilleur duo de l’année), d’absurdité et d’ingéniosité. Je ne saurais même pas comment expliquer, critiquer ou analyser ce film et d’autres ont du le faire bien mieux que moi. Mais la simple lecture de ces trois noms devrait vous donner envie de découvrir cette petite merveille qui, encore une fois, m’a donné envie de croire que le cinéma français avait encore de belles années devant lui en permettant à ce genre de choses de se réaliser. Et ils sont nombreux à m’avoir donné raison cette année : Le monde est à toi de Romain Gavras ou encore Mauvaises Herbes de Kheiron sont aussi des films qui m’ont interpellée et qui auraient mérité une place ici. Le cinéma qui se joue des codes et qui montre aussi de plus en plus son talent pour les dialogues fous. 2018 est un bon cru, ça c’est certain !

4. Nanette par Hannah Gadsby

Au pied du podium, et croyez moi j’ai hésité à la mettre directement en première position, on retrouve Hannah Gadsby et son spectacle Nanette diffusé sur Netflix qui m’a littéralement terrassée. Pour ceux qui ne l’ont pas vu : voyez-le et montrez le autour de vous au maximum. Ce spectacle n’est pas vraiment un one woman show comme on peut s’y attendre. C’est un plaidoyer, une ôde à la vie et au droit d’être, une colère qui gronde contre le statut de femme et ses conséquences : c’est magnifiquement douloureux. En tant que femme ou en tant qu’être humain tout simplement, vous ne pouvez pas sortir indemne de ce visionnage. Et honnêtement, c’est tout ce que je vous souhaite.

3. Wildlifeune saison ardente de Paul Dano

On arrive enfin sur le podium et sur mes trois oeuvres coups de coeur de l’année 2018. Et en troisième position : Wildlife, le premier film de Paul Dano avec Carey Mulligan et Jack Gyllenhaal. Ce film est un petit bijou. Paul Dano réussit a faire vivre à l’écran l’une des choses les plus difficiles à expliquer ou à exprimer : la destruction d’une famille. Au milieu du Montana des années 60, Joe un adolescent assiste impuissant au carnage que provoque une séparation et à son monde qui s’écroule. Le parallèle avec le feu est d’une pertinence folle et l’élégance des plans de Paul Dano est magique. C’est beau, puissant, d’une rare pudeur et d’une justesse incroyable. Carey Mulligan crève l’écran dans le rôle d’une femme qui tente de se révéler, se réveiller, s’émanciper sans vraiment y parvenir et Jack Gyllenhaal prouve une nouvelle fois la justesse de son talent. Mention spéciale pour le jeune Ed Oxenbould qui parvient à se faire une place au milieu de ces deux grands acteurs et qui réussit à exprimer les plus sombres émotions et l’éclatant espoir d’un adolescent face à sa famille qui prend feu. Wildlife est pour moi l’un des plus beaux films que j’ai pu voir ces dernières années.

2. Three Billboards : les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh

En deuxième position, l’un des plus grands films de l’année : Three Billboards. Ce film, on en a tous entendu parler et pour une fois, c’est amplement mérité. Je suis souvent déçue par les films qui font le plus de bruit mais alors là…quelle claque ! Il a été l’un des premiers films que j’ai vu, début 2018 il me semble, et je n’arrive toujours pas à l’oublier sachant que je ne l’ai vu qu’une seule fois pour le moment. C’est simple : ce film est brillant. Il a réussit là où beaucoup se sont égarés : la justesse et le rythme. Il est parfaitement calibré, alternant l’humour, le dramatique et l’émotion. La photographie est grandiose et le montage particulièrement réussi. Mais on ne peut pas parler de ce film sans mettre en avant celle qui le porte avec un panache absolument incroyable : Frances McDormand est une montagne de talent. Elle parvient à vous faire peur, vous dégoûter, vous faire pleurer, vous faire mourir de rire et vous donner envie de la gifler tout ça en l’espace de quelques minutes. Elle signe un rôle ambiguë, fort, humain, réaliste et terriblement touchant. Parfois même sans prononcer un seul mot, rien que par son attitude elle réussi a transmettre une violence dans ses émotions qui vous traverse totalement. Ce film fait partie du grand cinéma comme on aime le vivre.

  1. Burning de Lee Chang-Dong

Et sur la première marche du podium, le majestueux BURNING de LEE Chang-Dong. Ce film mérite amplement sa tête du classement, malgré toutes les tentations qu’il y a eu de le détrôner il est resté en place car je pense pouvoir dire aujourd’hui qu’aucun autre film ou série ne m’a procuré autant d’émotions et de fascination que lui. Le cinéma coréen est particulier et ne m’a pas souvent fasciné à ce point mais je lui ai toujours reconnu des qualités telles que sa photographie, son amour pour les plans longs et forts ou encore ses scénarios souvent très élevés. Burning est un condensé de tout ce que le cinéma coréen sait faire de merveilleux, avec un rythme quasi parfait en prime. Le scénario est incroyable et est impossible à vous résumer mais il vous surprend de plus en plus au fur et à mesure que le film avance. L’acteur principal a un talent fou et parvient à nous accrocher dès le départ avant de nous offrir une séquence finale qui vous scotche au siège. Ce film est magnifique en tout point de vue. Il est long certes, mais tout est nécessaire, haletant, beau et rythmé. Burning est clairement le film que j’ai préféré cette année et il aura du mal à se faire détrôner l’année prochaine tant sa qualité est indéniable.

L’année 2018 a donc été une année très riche en cinéma et en émotions. De nombreux films ont retenus mon attention et méritent également d’être cités comme Blackkklansman de Spike Lee, The Shape of Water de Guillermo Del Toro, Everybody Knows de Afsgar Farhadi ou encore Asterix et le secret de la potion magique de notre très cher Alexandre Astier pour finir sur une touche française.

Et vous, quels films/séries vous ont fait frémir en 2018? Faites moi découvrir tout ça!